Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 janvier 2009

Regards voilés à Rome

Classé dans : Architecture, Lieux, Photographie, Sculpture — Miklos @ 1:20


Igor Mitoraj : St. Jean le Baptiste, 2006. Église Sainte-Marie-des-Anges

«Entrons maintenant [dans Rome] ; heureux ceux qui n’en sortent plus ! car cette ville ne peut être abandonnée qu’avec regrets et larmes, tous les voyageurs l’ont déjà dit. C’est là que l’artiste surtout, l’homme de poésie et de sentiment, aime à fonder son tabernacle ; Raphaël songeait au bonheur calme et serein que Rome seule peut donner, lorsqu’il peignit la Transfiguration. » Michel-Ange mit en œuvre d’architecture la théorie, du Thabor ; il bâtit à Rome trois tentes, Sainte-Marie-des-Anges, le Capitole, le dôme du Vatican ; une pour lui, une pour Virgile, une pour Dieu.

Joseph Méry, « Italie. — Sienne. — Radicoffani. — Aquapendente. — Rome », in Revue de Paris, tome VIII. Bruxelles, 1835.


Le Nil (détail). Fontaine du Bernin, place Navone

«Le Bernin, pour exprimer l’inutilité des tentatives faites de tous temps» pour trouver les sources du Nil, lui a couvert la tête d’un voile ; idée que Lucain avoit rendue dans ces vers : Arcanum natura caput non protulit ulli,
Nec licuit populis parvum te, Nile, videre.

Antoine-Nicolas Dézallier d’Argenville, Vie des fameux sculpteurs, depuis la renaissance des arts, avec la description de leurs ouvrages. Paris, 1787.

«On prétend que le voile qui couvre la tête du Nil, au lieu d’être une allusion au mystère de sa source, » est une épigramme de Bernin contre son rival implacable, le Borromini. Cette figure se- cache la tête pour ne pas voir la façade de l’église de Sainte-Agnès, le moins bizarre toutefois des ouvrages du Borromini.

Augustin Joseph du Pays, Itinéraire descriptif, historique et artistique de l’Italie et de la Sicile. Paris, 1855.

«Nous vîmes immédiatement au-dessous de nous le Nil, semblable à un ruisseau qui à peine aurait eu assez d’eau pour faire tourner un moulin. Je ne pouvais cependant me rassasier de contempler ce fleuve si près de sa source. Je me rappelais tous les passages des auteurs anciens d’après lesquels il semblait que cette source devait rester éternellement cachée. Les vers du poète me revinrent surtout dans la mémoire, » et je jouis, pour la première fois, du triomphe que je devais à une intrépidité fécondée par la Providence et qui m’élevait au-dessus d’une foule d’hommes puissants et savants qui, dès la plus haute antiquité, ont tenté vainement l’entreprise dans laquelle j’eus le bonheur de réussir. »

James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1769-1770). Karthala Éditions, 2004.

14 janvier 2009

Fenêtres de Rome

Classé dans : Architecture, Lieux, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:42


Arrière du Palazzo Senatorio, vu du Forum Romanum


Via della Conciliazione


Le palais Farnèse

«J’ai vu des Romains passer des heures entières dans une admiration muette, appuyés sur une fenêtre de la villa Lante, sur le mont Janicule. On apperçoit au loin les belles figures formées par le palais de Monte-Cavallo, le Capitole, la tour de Néron, le Monte-Pincio et l’Académie de France, et l’on a sous les yeux, au bas de la colline, le palais Corsini, la Farnesina, le palais Farnèse. » Jamais la réunion des jolies maisons de Londres et de Paris, fussent-elles badigeonnées avec cent fois plus d’élégance, ne donnera la moindre idée de ceci. A Rome, souvent une simple remise est monumentale.

Stendhal, Promenades dans Rome, le 17 novembre 1827.

La philosophie dans le boudoir

Classé dans : Actualité, Philosophie, Société — Miklos @ 15:24

Selon Têtu qui rapporte une interview dans Libération, Roselyne Bachelot, invoquant des analyses d’experts, aurait déclaré : « Les données épis­té­mo­logiques sont incon­testables : entre 10 et 18% des gays sont contaminés. »

On se demande pourquoi invoquer la philo­sophie plutôt que les sciences (et en l’occurrence, l’épi­dé­mio­logie), d’autant plus que la ministre a rajouté : « Ce n’est pas une option philo­sophique ».

On est curieux de savoir quels philosophes ont été sollicités par Roselyne Bachelot pour leur expertise dans ce domaine, mais surtout ce qu’elle a réellement dit à Libé.

Vérification faite, Libé écrivait bien : « Les données épi­dé­mio­logiques sont incon­tes­tables… » C’est Têtu (voir ci-dessous) qui se casse incon­tes­ta­blement la tête.

Souvenirs de Naples et de Rome

Classé dans : Photographie, Sculpture — Miklos @ 0:54


Au premier plan : Hercule Farnèse, musée archéologique de Naples.
En arrière-plan, partie d’une publicité D&G sur un mur de Rome.

«Le plus bel Hercule connu est l’Hercule en repos que l’on appelle l’Hercule Farnèse, parce qu’il était autrefois à Rome dans la collection Farnèse actuellement à Naples. Il tient derrière son dos les pommes d’or du jardin des Hespérides et s’appuie sur sa massue. » Sur la base se lit : ΓΛΥΚΩΝ ΑΘΗΝΑΙΟΣ ΕΠΟΙΕΙ (œuvre de Glycon). C’est une imitation d’un Hercule de Lysippe (Maffei, Raccolta di statue, XLIX). Соmр. l’Hercule posé sur sa massue (Morell, Méd. du Roi, XIV).

Biographie universelle, ancienne et moderne. Partie mythologique, t. 54. Paris, 1832.

«L’Hercule offre l’emblème de la force, calme, en repos. Ce colosse, du sculpteur athénien Glycon, avait d’abord été trouvé, privé de ses jambes, dans les thermes de Caracalla : Michel-Ange fut chargé par Paul III Farnèse de les remplacer ; mais à peine, malgré sa résistance, en eut-il achevé le modèle, qu’il le brisa à coups de marteau, en s’écriant que jamais il ne voudrait ni ne pourrait faire un doigt d’une telle statue. Guillaume de la Porta, alors le plus renommé après lui des sculpteurs, fut chargé du travail, et il y obtint l’approbation universelle ; mais les véritables jambes ayant été retrouvées dans un puits, » à trois milles de la place où le corps avait été découvert, elles lui furent restituées, le prince Borghèse, qui les possédait, les ayant cédées généreusement au roi de Naples. Il ne manque aujourd’hui au fils d’Alcmène que la main gauche.

M. Valery, Voyages historiques et littéraires en Italie pendant les années 1826, 1827 et 1828 ; ou L’Indicateur italien. Bruxelles, 1835.

13 janvier 2009

Rome 2009

Classé dans : Lieux, Philosophie, Photographie, Religion — Miklos @ 23:05


Giordano Bruno dans Rome illunée

«Les deux ouvrages l’un en Latin l’autre en Italien que Giordano Bruno a publié de l’univers & de l’infini, & que j’ay lûs autrefois, font voir que cet auteur ne manquoit pas de penetration. Mais malheureusement il est allé au-delà des justes bornes de la raison.» Il donnoit aussi dans les Chimeres de l’Art de Raymond Lulle. Je n’ay jamais lû son spaccio della Bestia triomfante : il me semble, qu’on m’en a parlé un jour en France, mais je ne le saurois asseurer : il y a trop long temps.

Leibniz, Lettre à Mr Toland, 1709.

«Les libertés qu’ont prises Machiavel, l’Arioste, l’Aretin, l’archevêque de Bénévent la Casa, le cardinal Bembo, Pomponace, Cardan, & tant d’autres savans, sont assez connues. Les papes n’y fesaient nulle attention ; & pourvu qu’on achetât des indulgences, & qu’on ne se mêlât point du gouvernement, il était permis de tout dire. Les Italiens alors ressemblaient aux anciens Romains qui se moquaient impunément de leurs dieux, mais qui ne troublèrent jamais le culte reçu.1 Il n’y eut que Giordano Bruno, qui ayant bravé l’inquisiteur à Venise, & s’étant fait un ennemi irréconciliable d’un homme si puissant & si dangereux, fut recherché pour son livre della bestia trionfante ; on le fit périr par le supplice du feu, supplice inventé parmi les chrétiens contre les hérétiques.» Ce livre très-rare est pis qu’hérétique ; l’auteur n’admet que la loi des patriarches, la loi naturelle ; il fut composé & imprimé à Londres chez le lord Philippe Sidney, l’un des plus grands-hommes d’Angleterre, favori de la reine Elisabeth.

Voltaire, Lettre II sur François Rabelais.

1 Nous citons tous ces scandales en les détestant, & nous espérons faire passer dans l’esprit du lecteur judicieux les sentimens qui nous animent.

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