Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 mai 2010

Des nouvelles de notre AMI à tous, ou, Big Brother is Watching Your WiFi

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 7:54

On vient d’apprendre que, lors de son entre­prise de photographie des rues des villes de la Terre entière, l’AMI (aspirateur mondial de l’infor­mation) ne s’est pas contenté de saisir les rues et les visages des passants (non floutés dans les photos rajoutées en commentaires…), les façades des maisons et ce qu’un bon voyeur pourrait contempler dans un jardin ou par une fenêtre ouverte, mais il a aussi espionné – appelons un chat un chat – les réseaux sans fil (WiFi) à portée de ses engins de vidéo­surveillance, et collecté le contenu des échanges sur ceux qui n’étaient pas cryptés.

« C’était une erreur », affirme le géant. Quand on est si grand, on peut se permettre de tout affirmer, tel un fort à bras dans la cour de récré qui rétorque innocemment « Mais c’est pas moi, M’dame ! » à la prof’ qui essaie faiblement de lui faire une remontrance pour avoir volé les billes d’un petit.

Mais jouons le jeu un instant : fermons les yeux très forts et faisons un gros effort de crédulité (après tout, ils affirment vouloir notre bien à tous, alors pourquoi les soupçonner de mauvaises intentions), on se dit alors qu’on est arrivé à l’ère que Wells ou Van Vogt, Fritz Lang ou George Orwell, Jacques Ellul ou Paul Virilio voyaient venir puis s’installer, celle des systèmes si complexes qu’ils ont leur propre « logique », qui ne peuvent plus être contrôlés par leur créateur tel le Golem de Prague, et qu’ils développent leurs capacités bien au-delà de l’intention d’origine (ce qui est le propre de tout outil, et de la technique en général).

Now open your eyes! comme nous l’enjoint Laurie Anderson, autre visionnaire du futur radieux qui nous tend ses bras (électroniques), c’est si facile de rester aveuglé devant l’évidence – celle de cette servitude volontaire dans laquelle chacun se livre par facilité ou par commodité, d’autant plus qu’elle n’est plus physique mais informationnelle et donc bien plus insidieuse. La finalité ? Cette symbiose homme-machine rêvée, mais pas pour les raisons que l’on croit : ce n’est pas la machine qui servira à l’homme de prothèse, mais c’est l’homme qui fournira son essence à la machine qui en nourrira, à son tour, son propriétaire.

Et c’est ainsi que les Molochs de ce monde, à l’instar de Google, de Yahoo ou de Facebook, avalent les plus petits qu’eux – DoubleClick et YouTube, Inktomi et Altavista ou FriendFeed et Flickr –, s’allient et se désallient comme les super­puissances Eastasia, Eurasia et Ocenia de 1984, pour pouvoir mieux encore capter nos informations personnelles (tous les moyens sont bons, y compris l’analyse des courriels qu’ils hébergent et la fédération d’informations laissées sur des plateformes que l’on croyait distinctes), les transformer en publicité « person­na­lisée », omni­présente et surtout juteuse, se les revendre entre eux, modifiant à leur convenance et le plus discrètement possible leurs propres règles de comportement (c’est commode d’être une multinationale, on choisit les lois nationales qui conviennent le mieux à sa propre stratégie expansionniste) pour autant qu’ils en aient, ou alors, ce n’était qu’une erreur.

Entre temps, veillez à fermer vos rideaux et à crypter vos réseaux, même s’ils trouveront comment passer par erreur à travers ces barrières illusoires.

15 mai 2010

La femme-biche

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 17:47


La femme-biche.

« C’est ainsi que le prince l’aperçut. Mi-femme, mi-biche, dans le ruisseau se désal­térant. La femme si jolie. La biche si agile. La femme il voulait l’aimer, la biche, il voulait la tuer. »

Marina Colasanti, « O… dans le vert feuillage », conte.

Marina Colasanti est une écrivaine et journaliste italo-brésilienne, née en Éthiopie en 1938. Elle a publié plus d’une trentaine de livres de contes, de chroniques, de poèmes et de récits pour enfants. Elle est mariée à l’écrivain et poète Affonso Romano de Sant’Anna et vit au Brésil.

La femme-biche (détail).

14 mai 2010

Paysage de l’homme solitaire*

Classé dans : Photographie — Miklos @ 22:41


« Je est le cœur de la ville tentaculaire. » (Miklos)

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* Titre d’un poème de Jean Follain.


Il faut qu’une porte…

Classé dans : Photographie, Théâtre — Miklos @ 10:31

Lolive.

Oh çà, Monsieur, quand vous serez sorti, voulez-vous que je laisse la porte ouverte ?

M. Grichard.

Non.

Lolive.

Voulez-vous que je la tienne fermée ?

M. Grichard.

Non.

Lolive.

Si faut-il, Monsieur…

M. Grichard.

Encore ? tu raisonneras, ivrogne ?

Ariste.

Il me semble après tout, mon frère, qu’il ne raisonne pas mal : & l’on doit être bien aise d’avoir un valet raisonnable.

M. Grichard.

Et il me semble à moi, Monsieur mon frère, que vous raisonnez fort mal. Oui, l’on doit être bien aise d’avoir un valet raisonnable, mais non pas un valet raisonneur.

Lolive.

Morbleu j’enrage d’avoir raison.

M. Grichard.

Te tairas-tu ?

Lolive.

Monsieur, je me ferais hacher ; il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée : choisissez ; comment la voulez-vous ?

M. Grichard.

Je te l’ai dit mille fois, coquin. Je la veux… je la… Mais voyez ce maraud-là, est-ce à un valet à me venir faire des questions ? Si je te prends, traître, je te montrerai bien comment je la veux.

M. de Breuys, Le Grondeur, comédie. 1691.

13 mai 2010

Life in Hell : c’est au tour de Jeff de râler

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 22:28

La sœur de Jeff vient lui rendre visite. Akbar propose de dîner dans un certain restaurant de tartes flam­bées alsa­ciennes à volonté. Jeff s’installe dans le fauteuil « parce que c’est plus confortable » (il a raison, constate Akbar).

Franchette consulte la carte et aimerait bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a envie de celle du jour. Ils demandent donc à la petite souris une moitié de chaque. Elle leur répond que ce n’est pas possible, tous les convives doivent partager la même, c’est le principe. Mon œil, se dit Akbar, toutes les fois où j’y viens avec Jeff, on ne prend jamais la même chose, et on n’a aucun problème, elle ne doit pas aimer les femmes, celle-là.

Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff, fâché, décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Repas faisant, une touche d’aïoli dans l’assent, elle raconte aux deux compères avec faconde ses voyages fabuleux en campingue car aux States, la nuit où un ours est venu humer la tente dans laquelle sa moitié se préparait à dormir, la vue magnifique du grand canionne (le nord, parce que l’autre bout, c’est une arnaque des Indiens, 70$ pour deux kilomètres en bus !)…

Il est temps de commander la tarte flambée suivante. Franchette aimerait toujours bien goûter à la tarte flambée aux champignons. Jeff, lui, a encore envie de celle du jour. Faute de pouvoir avoir les deux, Jeff décide qu’ils prendront celle du jour. Franchette est très accommodante, non seulement elle acquiesce, mais quand finalement la tarte arrive, elle trouve que c’est un bon choix, elle est bonne. Cette fois-ci, elle raconte ses mésaventures avec un commercial auquel elle demandait un devis pour refaire les fenêtres de sa maison, et qui s’entêtait à vouloir parler avec un homme, parce que les femmes ça ne comprend pas. Il ne doit pas aimer les femmes, celui-là. Franchette n’est pas née de la dernière pluie, elle a déjà construit trois maisons, et sait en sus reconnaître un goujat et un arnaqueur. Elle indique la porte à ce deux-en-un qui sort en l’insultant. Ah ces mecs !

Ce n’est finalement qu’à la troisième tarte flambée, puis à la quatrième, qu’elle peut enfin satisfaire sa discrète envie. Ah, ces mecs…

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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