Cette fameuse poudre…
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Il y a joueur et joueur
M. Perlimpinpin est un prestidigitateur des plus habiles. Cet artiste reçut dernièrement une singulière visite.
Le visiteur avait cinquante-cinq ans environ ; ses façons, sa tenue, son langage annonçaient un homme sérieux et de la meilleure compagnie.
Après s’être nommé, il parla ainsi :
— Je viens, monsieur, solliciter un service. Il vous est facile de me le rendre, et il a pour moi une souveraine importance.
J’ai un fils de vingt et un ans, qui a de l’intelligence, de bons sentiments et un cœur d’or, mais j’ai remarqué en lui un penchant terrible pour le jeu. Il commence à peine à manier les cartes, et déjà il a perdu beaucoup d’argent. J’ai résolu de le guérir radicalement par un remède homœopathique.
— Monsieur…
— Monsieur Perlimpinpin, je vous connais de réputation comme un prestidigitateur très-adroit et comme un fort honnête homme. Je viens vous prier d’être le médecin de mon fils.
— Comment désirez-vous que je pratique cette cure ?
— Veuillez aller dans tel cercle ; vous y trouverez mon fils. Engagez une partie avec lui. Trichez. Faites sauter la coupe. Ayez des cartes dans vos manches, mais faites qu’il perde une grosse somme d’argent. Avec un homme d’honneur, je n’ai pas besoin de m’expliquer plus longuement.
— C’est une mission délicate que vous me donnez là, monsieur; mais, pour répondre à votre confiance, je l’accepte.
M. Perlimpinpin se rencontra avec Georges de R***. Il joua, tricha et gagna d’emblée trente mille francs.
M. de R*** est riche. Il a fait à son fils une jolie pension, mais trente mille francs se trouvent rarement dans la bourse d’un jeune homme, et Georges rentra chez lui, la mort dans l’âme.
Avant de se coucher, il écrivit à son père : « Hier, j’ai joué au cercle; j’y ai perdu trente mille francs. J’ai recours à vous, mon père. Il y va de mon honneur et de ma vie. »
A midi, il n’avait point reçu de réponse.
Le désespoir le gagnait, la tête se perdait. Il allait charger un revolver et se faire sauter le caisson, quand on sonna à sa porte.
C’était son père, M. de R***.
— Mon cher enfant, dit le vieillard, j’ai reçu votre lettre. Vous vous êtes mis dans une situation grave et vous me causez un grand chagrin. Toutefois, comme votre honneur est le mien, je veux le sauver. Je vous apporte la somme que vous avez perdue. Mais avant toute chose, j’exige de vous un serment. Promettez- moi, Gabriel, de ne plus jamais toucher une carte. Donnez-moi votre parole.
— Je vous le jure, mon père, je vous le jure, et la leçon me servira.
Le pauvre garçon courut chez M. Perlimpinpin et lui compta ses trente mille francs.
Une heure après, le même Perlimpinpin se présentait chez le vieux gentilhomme et lui remettait cette somme. Pour prix du signalé service qu’il venait de rendre à une famille honorable, il ne voulut accepter que des remerciments.
Ch. Deslauriers.
Petit journal pour rire, n° 376, p. 2, 1/7/1882.
