Alors, cheveux longs ou courts ?
Cliquer pour agrandir. Source : ChatGPT
Le texte ci-dessous est extrait du Dictionnaire universel françois et latin…, publié en 1752 (source). On y a actualisé la typographie et l’orthographe pour en faciliter la lecture.
«C’était un grand ornement parmi les Gaulois que d’avoir de grands cheveux, & de-là vient que la plus grande partie des Gaules s’appelait Gallia comata. C’est pour cela que ceux qui quittaient le monde pour se retirer dans les cloîtres, se faisaient raser les cheveux, pour montrer qu’ils renonçaient à tous les ornements mondains; & qu’ils faisaient vœu d’une sujétion absolue à leurs Supérieurs. Aussi J. César lorsqu’il conquit les Gaules, faisait abattre les cheveux des Gaulois en signe de soumission ; Ovide le dit à sa Maîtresse, qui se servait de faux cheveux :
Maintenant la Germanie t’enverra des cheveux d’esclaves ;
Une nation soumise se chargera de ta parure.Nunc tibi captivos mittet Germania crines.
Culta triumphatae munere gentis eris.
On imposait aux vaincus la nécessité de se faire tondre, pour marque qu’ils étaient subjugués ; & c’est apparemment d’où est venue cette expression, il a été tondu, en parlant d’un homme qui est déchu de quelque prétention : & cette autre, je veux qu’on me tonde, qui est une peine qu’on s’impose, en cas que la chose qu’on affirme ne soit pas véritable. La raison est qu’on regardait comme une honte d’être tondu. M. Auboux, dans sa véritable Pratique civile & criminelle, dit, qu’apparemment cette manière de parler est venue de ce qu’autrefois, quand un Magistrat trouvait un Clerc qui n’avait ni l’habit convenable à son état, ni la tonsure cléricale, il le faisait tondre.
Vers l’an 428, Clodion introduisit dans la famille Royale seulement la coutume de porter les cheveux longs ; mais à la réserve des Princes tous les hommes portaient les cheveux courts, de sorte qu’ils ne leur venaient qu’un peu au-dessous des oreilles. Greg. de Tours, Hist. Fr. L. III. c. 18. L. VI. c. 24. L. VIII. c. 10. Agathias en parle plus particulièrement dans son premier Livre. C’est la coutume des Rois des François, dit cet Auteur, de ne se faire jamais couper les cheveux. Leur chevelure qui descend toute sur les épaules a fort bonne grâce. Les cheveux de devant se partagent sur le front, & se rejettent des deux côtés. Leurs cheveux ne sont point mal en ordre, & mal propres, comme ceux des Turcs & des Barbares, ni liés & cordelés tout ensemble sans grâce & sans agrément, mais ils ont différentes manières de les tenir propres, & en ont un très- grand soin. Au reste, c’est chez eux un privilège de la famille Royale ; car leurs sujets les coupent en rond, il ne leur est pas permis de les porter longs. Hotman traite de ce droit des Rois de France, c. 11, Franco-Galliae. Voyez aussi les Notes de Savaron & celles du P. Sirmond sur l’épître 2. du Livre I de Sidonius Apollinaris. Couper les cheveux à un fils de Roi de France sous la 1e race, c’était le déclarer déchu de la succession à la couronne, & le réduire à la condition du sujet. P. Daniel, T. I. p. 83.
Dans le onzième siècle ceux qui se piquaient de bonne grâce laissaient croître leurs cheveux, qui leur descendaient jusques à la ceinture par grosses boucles. Godefroy Evêque d’Amiens y trouva de l’indécence & de la mollesse. Il refusa le jour de Noël la communion à ceux qui se présentaient ainsi à la sainte Table, & rejeta leurs offrandes, ce qui les obligea à faire couper leurs cheveux sur le champ ; & la coutume cessa. Dans le VIIIe siècle les personnes de qualité faisaient couper les premiers cheveux à leurs enfants par d’autres personnes qualifiées, qui étaient appelées pour cela les Pères spirituels de ces enfants. Ainsi Charles Martel envoya son fils Pépin à Luitprand Roi des Lombards, afin qu’en lui coupant les cheveux, selon la coutume, il devint son Père spirituel. Cette coutume était plus ancienne. L’Empereur Constantin envoya au Pape les cheveux de ses fils Justinien & Héraclius ; pour lui témoigner, selon la coutume de ce temps-là, qu’il désirait qu’il leur tint lieu de Père, & qu’eux lui obéissent & l’honorassent comme ses enfants. C’était un témoignage bien authentique du respect qu’il portait au Pape. Godeau.
On attribue au Pape Anicet la défense pour les Clercs de porter de grands cheveux, mais elle est plus ancienne dans les Eglises d’Occident ; & l’Epître où ce Décret se lit aujourd’hui a été écrite longtemps après la mort de ce Pape. La tonsure Cléricale est rapportée par S. Isidore de Séville à la Tradition Apostolique, en quoi il est suivi par plusieurs Auteurs.
Les cheveux longs ont été si odieux autrefois, qu’il se trouve un Canon de l’an 1096. portant que ceux qui auront de longs cheveux seront exclus de l’entrée de l’Eglise pendant leur vie, & qu’on ne priera point Dieu pour eux après leur mort. Nous avons dit ci-dessus ce que fit un Evêque d’Amiens. Luitprand a fait une furieuse déclamation contre l’Empereur Phocas, qui portait de longs cheveux, comme les Empereurs d’Orient ; à la réserve de l’Empereur Théophile, qui étant chauve crut effacer cet opprobre de dessus sa tête, en ordonnant à ses sujets de raser leurs cheveux, pour ôter la différence qui le choquait. S. Paul, en recommandant aux femmes le soin de leurs cheveux, ajoute à l’égard des hommes, qu’il est contre nature de les nourrir. On ne comprend pas bien la raison de ces défenses, de porter des cheveux ; puisqu’ils paraissent un des plus beaux ornements de l’homme, & non pas une superfluité de la nature. Sans doute que la nature dans le passage de S. Paul signifie la coutume. En 1650 un Professeur d’Utrecht agita la question, s’il est permis aux hommes de porter de longs cheveux. Un Théologien, nommé de Reves, qui avait écrit pour l’affirmative, lui répliqua. Pasquier dit qu’en son jeune âge tout le monde portait de longs cheveux, à la réserve des Moines. Le Roi François I ayant commencé à porter des cheveux courts, pour la raison rapportée ci-dessous, les Prêtres mêmes se firent tondre : ce qui eût été auparavant trouvé de mauvais exemple, comme dit le même Auteur. L’offre qu’ils font à Dieu de leurs cheveux, quand ils font des vœux, est une marque qu’ils se donnent à lui en perpétuelle servitude. Corneille dit d’un grand Capitaine, J’aime en lui ses cheveux tout couverts de lauriers.
Les cheveux longs furent donc à la mode sous la première race de nos Rois. Le Roi les portait très-longs, ses parents de même, & la Noblesse à proportion de son rang & de sa naissance. Le peuple était plus ou moins rasé. L’homme serf l’était tout-à-fait ; l’homme de pote ou poëste ; c’est-à-dire, l’homme payant tribut ne l’était pas entièrement. Pépin & Charlemagne méprisèrent les cheveux longs. Charlemagne les portait courts, son fils encore plus : Charles le Chauve n’en avait point. On commença sous Hugues Capet à les porter un peu plus longs. Cela déplut aux Ecclésiastiques : on excommunia ceux qui laissaient croître leurs cheveux. Pierre Lombard en fit si grand scrupule à Louis le Jeune, que ce Prince fit couper les liens. Les autres Rois jusqu’à Louis XIII ne les ont portés que fort courts. Les cheveux de S. Louis, de Charles V, de Louis XII, tels qu’on les voit dans leurs portraits, & sur leurs médailles, ou monnaies, ne passent pas le milieu du cou. François I ayant été blessé à la tête par Montgommeri, les Médecins lui firent couper les cheveux. Sur son exemple tous ses sujets quittèrent leur chevelure ; chacun porta longue barbe, & fit couper ses cheveux : ce qui auparavant était une ignominie. Pasq. Sous Louis XIII, la mode changea ; comme il aimait fort les cheveux, on lui fit plaisir de les porter longs. Le Gendre. Voyez aussi Thiers, Traité des Perruques. L’an 1460, le Duc de Bourgogne fut grièvement malade, & de telle sorte que l’on désespéra de sa santé ; pour laquelle assurer les Médecins lui conseillèrent de permet tre que sa longue perruque lui fût abattue. Ce qu’ayant été fait, tous les Courtisans, (sauf le Prince & quelques grands Seigneurs) & »le peuple en firent autant, & fut mis en usage de ne porter les longs cheveux» Gollut. Mém. de Bourg. L. X. c. 81.
