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10 mars 2008

Un ticket gagnant le soir des élections

Classé dans : Musique — Miklos @ 2:15

Il s’en est fallu de peu que le concert de dimanche soir au Théâtre des Champs-Élysées n’ait pas lieu : encore une grève, mais cette fois celle du trafic ferries Calais-Douvres qui transportaient les instruments, arrivés in extremis et mis en place une fois la salle remplie. En conséquence, l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise, qui avait donné la veille un programme tout-Wagner « simply sensational » au Royal Festival Hall sous la direction de Mariss Jansons, n’avait pu s’installer avant le début du concert.

Paris eut droit à un concert mi-Wagner mi-Mahler. Il s’est ouvert sur le prélude du premier acte de Lohengrin : on ne pouvait qu’admirer la maîtrise parfaite du chef durant le développement très progressif de la tension croissante soutenant cette immense phrase, même si sa battue s’arrêtait tout à fait, à certains moments, comme s’il était subjugué par la splendeur de la musique ; on aura moins aimé un certain statisme qui a semblé plomber, ici et là, la marche du prélude. S’ensuivaient les Wesendonk Lieder (dans l’orchestration de Felix Mottl), avec la mezzo-soprano Mihoko Fujimura. Son interprétation, musicale et expressive, démontrait une grande maîtrise de la dynamique jusqu’au pianissimi les plus ténus et un très beau timbre dans l’essentiel de son registre, même si on l’aurait préféré plus velouté dans les basses et moins dur et vibré dans les aigus. Était-ce une question de réchauffement ? Dans les derniers lieder – et notamment dans Schmerzen – on a vivement apprécié la chaleur de sa belle voix, qui fusionnait étrangement, à certains moments, avec les instruments qui l’accompagnaient jusqu’à s’y confondre, effet qui ne manquait pas de magie. À de rares moments, la direction « suspendue » de Jansons fut probablement la cause de certains petits défauts de synchronisation, notamment sensibles dans les pizzicati de la fin de Im Treibhaus.

La seconde partie du concert était consacrée à la première symphonie de Mahler, dite « Titan ». Comment ne pas aimer cette œuvre ? Elle est bien titanesque dans ses dimensions – et notamment le quatrième mouvement – et spectaculaire dans son orchestration, mais si humaine ! Mélodies populaires, danses et chansons, la parcourent, alternant avec le parodique, le grotesque, le démoniaque, le funèbre et le tragique. Jansons a parfaitement « tenu » l’œuvre sans un moment de relâchement et insufflé une excitation perceptible chez ses musiciens jusqu’au final extatique. Ce n’était toutefois pas une lecture viennoise, il y manquait un peu de schmaltz : le pépiement des oiseaux au début était sec, les ländler dansaient moins qu’on l’aurait voulu et qu’on l’a aimé avec un Bruno Walter ; l’incongruité et l’inquiétude se faisaient trop discrètes, à l’opposé de la fébrilité urgente d’un Leonard Bernstein frisant l’hystérie – et qui pourrait se rapprocher du style de direction d’orchestre de Mahler en personne : ce n’est qu’une hypothèse, mais on peut le supposer à l’écoute des enregistrements qu’il a laissés de son jeu au piano (sur un Welte Mignon, qui préservait aussi la dynamique). Mais ces quelques réserves ne nous ont pas empêché d’apprécier à sa juste mesure ce très beau programme exigeant.

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