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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 février 2014

Oblativité et altruisme

Classé dans : Langue, Religion, Santé, Société — Miklos @ 15:24

Oblativité est un terme – qui n’a rien à voir avec un certain tube – introduit en psychanalyse dans les années 1920, et attribué à Édouard Pichon (1890-1940), personnage que l’on pourrait qualifier de poly­graphe : il était tout à la fois médecin, psychanalyste et gram­mairien, et sa production écrite s’étend à ces domaines.

On mentionnera notamment le monumental ouvrage en sept volumes qu’il a écrit avec son oncle, le linguiste Jacques Damourette (1873-1943), Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, et à propos de quoi Jacques Lacan écrivait :

«Cent psychanalystes français ne feront pas faire un pas à sa connaissance [de la psychanalyse), tandis qu’un médecin, d’être l’auteur d’une œuvre géniale (et qu’on n’aille pas imaginer ici quelque sympathique production de l’humanisme médical), »a maintenu, sa vie durant, le style de la commu­ni­cation à l’intérieur d’un groupe d’analystes contre les vents de sa discordance et la marée de ses servitudes.

C’est d’ailleurs chez Pichon que Lacan a pris le terme de forclusion (et, selon Michel Arrivé, des concepts fondamentaux). En effet, « forclusif » puis « forclusion » y sont ainsi introduits dans le tome premier de l’ouvrage susmen­tionné au chapitre « La négation » :

«Le second morceau de la négation française, constitué par des mots comme rien, jamais, aucun, personne, plus, guère, etc.Pas appartient à ce groupe, mais comme il possède des pouvoirs particuliers de surnégation (ex. : « çà n’est pas rien », « je ne fais pas que de la peinture »), nous ne le prendrons pas comme type dans ce rapide exposé. Le lecteur en trouvera dans les livres suivants l’étude détaillée., s’applique aux faits que le locuteur n’envisage pas comme faisant partie de la réalité. Ces faits sont en quelque sorte forclos, aussi donnerons-nous à ce second morceau de la négation le nom de forclusif. […] Pour bien nier, il faut non seulement que j’affirme que le fait n’apparaît pas dans mon champ de connaissance »(forclusion), mais encore que, par une sorte de contre-épreuve, je le perçoive comme incompatible avec tous les faits qui sont dans ce champ (discordance).

Revenons à l’oblativité. Ce terme apparaît, sous diverses formes, dans le premier article (« Schizophrénie et schizonoïa », de René Laforgue, 1894-1962) du tout premier numéro de la Revue française de psychanalyse (dont on peut voir la fort curieuse couverture ci-contre) :

«On peut se représenter le développement d’un individu dans le milieu familial comme une continuation de la naissance dans le sens d’un détachement progressif entre le sujet et sa mère, jusqu’au moment de l’indé­pendance complète de ce sujet. Au cours de ce développement, l’affec­ti­vité du sujet subit des modi­fi­cations profondes. Fixée au début à la mère, elle est captative (Codet), et nécessite pour chaque effort l’aide de l’entourage. Avec le temps elle devient davantage oblative (Pichon), c’est-à-dire que l’enfant apprend à se passer de l’entourage et à se suffire à lui-même. Cette évolution représente le sacrifice de la mère par l’enfant et se fait par plusieurs stades, le premier intra-utérin, le second intrafamilial, le troisième intranational. […]

Le sevrage semble avoir un rôle biologique important et modifier profondément le fonctionnement de l’affectivité de l’individu par l’intermédiaire de toute une série de facteurs d’ordre émotionnel. C’est au cours de cette épreuve que le sujet acquiert la capacité au sacrifice dont on a besoin pour la vie intranationale. Nous verrons plus tard quel rôle insoupçonné joue la capacité au sacrifice dans le développement de l’affectivité d’un individu en particulier aussi bien que dans celui de la civilisation en général, civilisation qui a exalté l’idée du sacrifice à Dieu le Père, l’idée de l’amour du prochain. Cette capacité au sacrifice a été appelée par notre ami Pichon l’oblativité, par opposition à la captativité dénommée d’autre part par Codet. Ce sont ces deux facteurs captativité et oblativité qui forment ensemble ce que nous avons appelé la résultante vitale d’un individu : cette résultante serait fonction de l’un et de l’autre de ces deux facteurs. L’oblativité correspondrait donc dans une certaine mesure au « Realitäts princip » de Freud. C’est une capacité inconsciente du psychisme à accepter sans réaction pathologique tout ce qui dans la vie est en analogie avec le sevrage ; elle est par conséquent susceptible de réveiller par association d’idées les traumatismes de ce dernier. Or notre vie en société est sous bien des rapports la projection sur un plan plus vaste de la vie telle qu’on apprend à la vivre dans le milieu familial. Nous savons comment l’autorité du père devient celle de la patrie, des patrons, ou, »dans un autre ordre d’idées, celle de Dieu le Père, comment les frères deviennent des confrères, comment la nation cherche à réaliser l’idéal de la fraternité.

L’oblativité se différencierait donc de l’altruisme entre autre en cela qu’elle inclut une certaine notion de sacrifice ou de renoncement de la part de celui qu’il caractérise. On retrouve d’ailleurs cette connotation dans le terme oblat, qui signifie entre autres « Personne se sacrifiant » et à propos duquel le Trésor de la langue française cite Sartre : « Nous n’étions rien et voici que nous sommes les élus de la souffrance, les oblats, les martyrs. » (La mort dans l’âme, 1949). Éty­mo­logiquement, ils remontent tous deux au participe passé du verbe en bas latin offerire, littéralement « porter devant ». L’altruisme, lui, a une connotation positive de sympathie, de bienveillance à l’égard d’autrui. L’un valorise le sacrifice, l’autre la générosité, l’un est morbide, l’autre est positif.

À ce propos, mon père m’avait donné une intéressante interprétation de la scène biblique du « sacrifice » d’Isaac. En me faisant remarquer que Dieu avait arrêté la main d’Abraham au moment où il s’apprêtait à tuer son fils, il me dit qu’ainsi Il s’était, en fait, élevé contre la pratique païenne des sacrifices humains qui était monnaie courante à l’époque. C’est en cela que cet élément fondateur du judaïsme est à l’opposé de celui à l’origine du christianisme : dans l’un, le père ne sacrifie pas son fils, dans l’autre, ce rituel s’accomplit (et nécessite une résurrection pour assurer la survie du fils). On pourrait dire que Dieu enseigne ici au patriarche la vertu de l’altruisme, supérieure à celle de l’oblativité.

J’ai retrouvé cette interprétation dans un texte bien plus récent : « Selon Marc-Alain Ouaknin, la leçon de cet épisode est sans équivoque : c’est une mise en scène dramatique pour signifier aux hommes qu’on ne peut désormais plus jamais se croire autorisé à porter la main sur un autre homme au nom de Dieu. Pour lui, le fait que le sacrifice n’ait pas lieu est tout à fait révolutionnaire : le message qui en résulte rejoint celui des dix commandements : ce Dieu est un Dieu d’amour et de justice qui refuse la violence et plus encore celle qui est faite en son nom. » (source)

Pour les férus de psychanalyse, on signalera l’article de Christine Ragoucy « L’oblativité : premières controverses », Psychanalyse 1/2007 n° 8, p. 29-41.


Matthias Stomer (1600-1650) : Sacrifice d’Isaac. (source)

23 février 2014

Le nouveau tube de la Castafiore : « Ah ah ah, je ris… »

Classé dans : Actualité — Miklos @ 22:10


La Castafiore, ou, L’art de devenir grand-mère

Deux femmes se rencontrent :

– Quel âge ont vos enfants ?

– Le médecin il a six ans, et l’avocat il a quatre ans.

Mazal tov !

Life in Hell : pourquoi (et comment) Akbar quitte Bouygues Télécom

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 20:05

Un divorce ne venant jamais seul, Akbar vient de résilier son abonnement téléphonique chez Bouygues. Voilà pourquoi.

Hier. Le téléphone sonne. Akbar répond, bien que le numéro de l’appelant soit masqué :

– Allo ?

– Bonjour, dit une voix masculinement féminine. Ici Bouygues Télécom. Vous êtes bien Akbarikou, demande-t-elle familièrement et sans même utiliser une formule de politesse ?

– Oui, je suis Monsieur Akbar.

– Vous avez actuellement une formule sans engagement chez nous, pourquoi, hein ? demande-t-elle à plusieurs reprises et avec un ton appuyé.

– Parce que, répond Akbar poliment tout en se demandant si on était en Ukraine, lors de votre dernière campagne téléphonique, il y a moins de deux mois, c’est ce que vous m’aviez proposé, me démontrant que ce serait plus avantageux, et je l’ai prise. Entre nous, Madame Bouygues, ça s’est avéré être plus cher.

– Nous avons une nouvelle formule à vous proposer, à 19€90 hors taxe, rajoute-t-elle rapidement dans un murmure inaudible, et avec beaucoup plus d’internet.

– Mais ça me reviendra quasiment à ce que je paie aujourd’hui ! d’ailleurs, je n’ai pas besoin de plus d’internet, mais j’ai besoin de…

À cet instant, Madame Bouygues lui claque le téléphone au nez sans un mot. Non, ce n’est pas un « incident technique », elle n’a pas rappelé de la journée.

Ni une ni deux, Akbar envoie à Monsieur Bouygues une lettre où il lui décrit l’insupportable outrage qu’il vient de subir. Il en envoie une copie à 60 millions de consommateurs.

Aujourd’hui. Après qu’Akbar ait aidé Jeff à comparer divers services de connexion internet et de téléphonie, il se décide à sauter le pas : il résilie son abonnement à Bouygues et en prend un chez Sosh : moins cher (TTC, lui), répondant bien mieux aux besoins de notre Don Quichotte Akbar, et en plus leur site est clair et simple.

Ceci fait, il réalise que, sans avoir pris des mesures drastiques, la carte SIM que la dite Sosh lui enverra ne pourra fonctionner dans son portable : comme tous les portables achetés avec un abonnement chez un telco, il est verrouillé de façon à n’accepter aucune carte SIM ne provenant de Bouygues…

Après s’être plongé dans une fébrile recherche sur l’internet, il trouve finalement comment demander un code de déverrouillage (ou de désimlockage, en techno­français) à Bouygues. Pas facile, les adresses que l’entreprise fournit pour ce faire sont inexistantes, mais rien ne résiste à Akbar. Enfin, presque rien.

Il saisit le code libérateur, mais voilà que son téléphone lui rétorque : « Impossible d’annuler la restriction ».

Après s’être replongé dans une fébrile recherche sur l’internet, il trouve que cela est dû à trois vaines tentatives de déverrouillage qu’il avait faites auparavant, lorsqu’il avait reçu une carte SIM gratuite de chez Free : les codes que Bouygues lui avait envoyés alors étaient faux, et au bout de trois essais, le téléphone en refuse d’autres.

À cette époque, Akbar avait reçu un autre téléphone gratuitement, ce qui lui avait permis d’utiliser cette nouvelle carte. Mais là, il tient à continuer à utiliser son bon vieux Nokia, dont l’interface est parti­cu­liè­rement ergonomique. Que faire, se demande-t-il in peto ?

Après s’être replongé une fois de plus dans une fébrile recherche sur l’internet, il trouve un logiciel miracle gratuit qui réinitialise le compteur de déver­rouil­lages en quelques instants, ce qui permet enfin à Akbar de se libérer des chaînes qui l’enlaçaient.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

22 février 2014

Givré, étouffé, frappé, battu, fouetté, pelé à vif, haché… : il n’y a pas de mal à se faire du bien

Classé dans : Cuisine, Langue, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 1:50


Alexandre Dumas. Caricature de Cham.

On peut être un adepte de la non-violence tout en goûtant ces plaisirs :

• carottes râpées aux pamplemousses pelés à vif (avec canne­berges que vous aurez au préalable réhydratées, des graines de fenouil, un peu d’huile, et le tour est joué) ;

• crème fouettée à la fleur d’oranger pralinée (surtout utilisez de la crème double nouvelle que vous aurez mise deux heures d’avance dans de la glace pilée, puis, après y avoir mêlé une bonne pincée de gomme adragant en poudre, que vous fouetterez avec un fouet à biscuit pendant un bon quart d’heure) ;

• haché gourmand aux abricots moelleux et au rhum (plus rapide à préparer qu’à prononcer son nom) ;

• orange givrée (et même sans sorbetière ! n’oubliez pas de leur ôter le chapeau, toutefois) ;

• gâteau battu (attention à bien le faire, il est défendu par la Noble Confrérie du Gâteau Battu) ;

• gâteau à l’étouffée en cocotte (un gâteau qu’on peut faire sans moule, une aubaine !) ;

• et pour finir, un café frappé (vraiment instantané, si vous aimez…) que vous siroterez en écoutant Boris Vian ou Tom Lehrer.

19 février 2014

C’est cité aveuglément

Classé dans : Actualité, Littérature, Société — Miklos @ 12:53

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