Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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9 février 2014

De retour de la JDC

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 11:19


Nonobstant la couleur des cheveux, « JDC » ne signifie pas « jus de carottes ».

Mais en quelle langue chante-t-elle donc ?

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 1:40


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Le programme du récital de la soprano « mozartienne née » Sophie Krathäuser et du pianiste né on ne sait oùMême le site de la BBC indique : “We currently have no biography for this artist. You can contribute biographical information for Eugene Asti to Wikipedia, the user-contributed encyclopedia.” Eugene Asti, qui vient de se donner au Théâtre des Abbesses, promettait : une première partie romantique, avec des lieder de Schubert dont le très émouvant Gretchen am Spinnrade (mais qui peut y surpasser les duos Elizabeth Schwarzkopf – Edwin Fischer et Dietrich Fischer Dieskau – Gerald Moore ?), et le cycle Frauenliebe und –leben de Schumann ; une seconde partie de mélodies françaises amusantes de Honegger (bon, il était Suisse), Poulenc, Satie et Chabrier.

Malheureusement, dès quasiment la première note – donc du tout premier lied de Schubert, Ganymed –, il s’est avéré que la soprano avait, surtout dans le registre haut, un timbre métallique, plat, et plutôt strident voire criard dans les forte, tandis que le pianiste détachait les notes d’une façon particulièrement mécanique (tout le monde n’est pas Glenn Gould, et d’ailleurs Glenn Gould dans le répertoire romantique c’est pas trop ça) et qui manquait parfois de la délicatesse que demandait la mélodie. Si la voix s’est quelque peu adoucie dans le premier, le troisième et le dernier des lieder de Schubert et y a fait montre d’expressivité et d’un joli timbre, c’était sans doute dû aussi au registre globalement plus bas de ces mouvements.

Quant aux mélodies françaises, eh bien, il a été particulièrement difficile d’en comprendre les paroles (ce qui n’est pas sans rappeler les difficultés d’élocution d’une Joan Sutherland, mais quel timbre elle avait, elle, dans toute la tessiture de sa voix !) ; il est donc fort dommage que le programme n’en ait pas fourni pas le texte (et pour la première partie, sa traduction), il était impossible d’en saisir tout l’humour hormis ce qu’en reflétait la musique (et le maniérisme souvent outré de la soprano durant tout le récital). Le français est bien plus difficile à chanter que l’allemand ou l’italien, il est vrai, mais quel plaisir quand un interprète rend justice autant au texte qu’à la mélodie. Les trois mélodies de Satie et la première des deux de Chabrier en ont moins souffert.

Le bis était une curiosité : Fancy, une mélodie de Poulenc sur un texte en anglais de Shakespeare, langue qui n’est pas facile à chanter non plus. Cette œuvre, commandée par la comtesse de Harewood pour son anthologie de chansons classiques pour enfants, présentait en conséquence moins de difficultés que le répertoire qui a précédé.

1 février 2014

Le parfait petit ramoneur

Classé dans : Actualité, Littérature, Théâtre — Miklos @ 20:42


Maurin de Pompigny : Le Ramoneur prince et le Prince ramoneur, comédie proverbe en un acte, en prose, représentée pour la première fois à Paris, sur le Théâtre des Variétés Amusantes, le 22 décembre 1784.

On nous informe qu’à partir du premier janvier 2015, il ne sera plus permis de faire des feux de bois à Paris, même d’agrément. Ce n’est pas tant le danger d’incendie qui est la cause de l’inter­diction – comme on peut le voir ci-contre, les cheminées à l’épreuve de ces accidents existent au moins depuis 1759 –, mais pour réduire la pollu­tion de l’air. Cet arrêté ne me dérange pas parti­cu­liè­rement : l’une de mes deux cheminées me sert occa­sion­nel­lement à brûler mes reçus de carte bleue, tandis que l’autre sert à évacuer la fumée de ma chaudière à gaz. Je les fais donc régu­liè­rement ramoner, ce qui n’est pas une mince affaire, le conduit de la seconde étant d’un accès parti­cu­liè­rement complexe qui non seulement ne permet pas au Père Noël de l’utiliser (cela ne me dérange pas particu­liè­rement) mais nécessite du Savoyard de service des capacités acrobatiques certaines.

L’entreprise que j’avais trouvée ne possédant pas ces qualités, et leur intervention ayant été particulièrement hasardeuse – tout s’était déglingué et c’est par miracle qu’ils sont arrivés à remettre péniblement tout en l’état –, j’en ai changé à l’aveugle, il y a quelques années : j’ai appelé un numéro sur une modeste publicité trouvée dans ma boîte à lettres. Eh bien, c’est le jackpot : comme j’ai pu encore m’en rendre compte hier, ils sont : particulièrement aimables, efficaces et consciencieux, et méticuleusement propres : la prépa­ration du site (pour éviter qu’il ne se salisse), le ramonage du conduit et de la tuyauterie attenante, le nettoyage après coup (c’en était même plus propre qu’avant leur intervention). Et s’ils ont augmenté leur tarif – lui-même près de la moitié de celui indiqué sur une publicité d’une entreprise concurrente – de deux euros depuis 2012, ce n’est qu’à cause du changement de la t.v.a… Quant au déplacement, il est gratuit.

Comment alors ne pas vous les recommander ? Vous avez bien une petite cheminée quelque part chez vous ? Si oui, l’entreprise (fami­liale) en question est R.F. Ramonage ; appelez-les au 01 69 68 07 76. Bon, ils ne sont ni petits ni Savoyards, mais ils ne feront certainement pas fortune sur votre dos et vous serez ravis de leur prestation !


Louis-Edmond Duranty (1833-1880) : « La Fortune du ramoneur »,
in Théâtre de marionnettes du jardin des Tuileries, 1864.
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Of the importance of punctuation in the oratory and musical arts

Classé dans : Humour, Langue, Musique — Miklos @ 18:53

The wonderful late Danish comedian and pianist Victor Borge presents his phonetic punctuation system and illustrates it with an except from a “pick pocket edition of a Johann Sebastian Shakesphere’s short story”.

In the open window there suddenly came light. Beautiful Eleanor had alone dreaming of but one thing. – Two years had passed, since she met Sir Henry. She could still remember the unhappy evening, when her father had thrown him out. They had been sitting in the park and Henry had said: “Darling! Is this the first time you have loved?” She had answered: “Yes – but it is so wonderful, that I hope it shall not be the last!”

Suddenly she heard a well known sound. It was he. In two strikes he was near her, embraced, kissed and caressed her. “Henry! What is love?” she asked. He answered: “Well, I couldn’t live without!”……….. She asked: “Where have your thoughts been?” He answered: “With thee, my lady.” Suddenly he had gone. All she heard was the well-known sound of his departing horse.

In another show, Borge teaches Dean Martin his system and they alternate practice and performance in a series of well-known songs: Remember (“Re­mem­ber the night you said ‘I love you!’, remember?”), Never on a Sunday (“Oh, you can kiss me on a Monday / A Monday, a Monday is very very good”), Fly Me To The Moon (“Fly me to the moon / And let me play among the stars”), Maria (“I just met a girl named Maria / And suddenly that name / Will never be the same / To me”), Wunderbar (“Wunderbar, Wunderbar! / What a perfect night for love / Here I am, here you are, / Why, it’s truly wunderbar!”), Shall We dance? (“Shall we dance? / On a bright cloud of music shall we fly? / Shall we dance? / Shall we then say, goodnight and mean goodbye?”) and Do-Re-Mi (“DO – a deer, a female deer / RE – a drop of golden sun / MI – a name, I call myself”).

A French standup comedian (some happen to like his “humor”, I happen not to) did a much more recent act which is essentially a French (and vulgar) adaptation of Borge’s classical (and classy) act, without giving any credits whatsoever to its creator.

31 janvier 2014

Gaudriole

Classé dans : Langue, Littérature, Musique — Miklos @ 11:19


Le pantalon de Casimir, gaudriole populaire.
Paroles de Baumaine et Blondelet, musique de Ed. Deransart (détail). 1879. Source : Gallica.

Le mot de gaudriole (propos ou acte licencieux) serait apparu dans la première moitié du XVIIIe siècle par dérivation de gaudir (se réjouir, cf. la célèbre chanson Gaudeamus igitur) – qui a des connotations plus coquines dans les substantifs gaudisserie (caractère licencieux, paillard) et gaudisseur (jouisseur) –, et de la terminaison -iole que l’on trouve dans cabriole, qui dénote les « bonds légers et folâtres » qui peuvent se pratiquer lors de certaines gaudrioles.

Ainsi, les Mémoires pour servir à l’histoire des spectacles de la foire de Claude Parfait, publiées en 1743, mentionnent un « opéra comique d’un acte » intitulé Les Trois prologues, « dont le premier était effectivement le Prologue, la Gaudriole, ou le repas allégorique était le second, et l’Amphigourie, le dernier, le 30 juin 1739 ». On n’a pas trouvé trace (en ligne) de ce curieux repas.

Par contre, le mot apparaît dans deux textes – Ouvrage de Pénélope, ou Machiavel en médecine, de Julien Offray de la Mettrie et publié vers 1748, et La Faculté vengée, comédie en trois actes, attribuée au même La Mettrie et publiée en 1747. Cet auteur est un personnage parti­cu­liè­rement intéressant : philosophe maté­rialiste, le terme « âme » désigne pour lui seulement l’organe qui nous permet de penser, c’est-à-dire le cerveau. Il la conçoit donc comme étendue et matérielle. La Mettrie propose aussi une théorie morale fondée sur le maté­rialisme. À la morale sociale, il oppose une morale naturelle, la seule véritable, dans laquelle le bonheur est identifié à un ensemble de sensations agréables (ce qui, soit dit en passant, est à la base de l’utili­tarisme de Jeremy Bentham« Par principe d’utilité, il faut entendre le principe qui approuve ou désapprouve quelque action que ce soit en fonction de sa tendance à augmenter ou diminuer le bonheur de la partie dont l’intérêt est en jeu. » (Bentham, 1789, cité par John Kenneth Galbraith in L’Art d’ignorer les pauvres.)). Les rechercher est conforme à la nature et à la raison. L’influence de La Mettrie a été considérable pour tout le courant matérialiste en philosophie, pour les idéologues, et notamment Pierre Jean Georges Cabanis (1757-1808), dont les mémoires sur les Rapports du physique et du moral (1802) tentent d’approfondir la voie de La Mettrie. Les questions ouvertes par La Mettrie demeurent celles de la neurophysiologie contemporaine. (Source : Microsoft Encarta 99).

Le conte libertin que l’on trouvera ici, publié à la même période, s’intitulé tout simplement Gaudriole : c’est non seulement le nom d’une de ses protagonistes mais c’est surtout le propos du récit. Cette facétieuse nouvelle de la recherche – initiatique pour les uns, obsessionnelle pour les autres – de « cet » obscur objet du désir à tout âge met en scène les affres de l’âme et la jouissance des corps, les conflits entre raison et passion, le frustrant distinguo entre vouloir et pouvoir. Gaudriole, oui, mais pas grivoise, tout y est suggéré, et l’auteur semble parfois faire avec un malin plaisir du second degré avec cette littérature de genre. Ainsi, en y réfléchissant quelque peu, vous comprendrez rapidement l’étymologie du nom du fameux fruit chinois que convoitent les deux rivales.

Le récit oppose deux couples : l’un en voie de formation, si l’on peux dire, Arthénie, princesse jeune et (très) innocente et Zamor (on remarquera l’étendue de l’alphabet…), prince fidèle et généreux, à un couple de vieillards lubriques et roués, le mauvais génie Moragrandy qui convoite la princesse tout en étant impuissant, et Gaudriole son épouse, une laide fée qui règne sur une île à l’autre bout du monde, sur laquelle son mari va disperser les membres de son rival, dont l’un d’eux… mais comme le précise le titre du deuxième chapitre, vous en saurez plus quand vous l’aurez lu.

Quant à l’auteur de cette gaudriole, on ne le connaît pas : l’ouvrage a été publié anonymement à La Haye, une source l’attribuant à Claude Godard d’Aucourt (1716-1795) et une autre à François Antoine Chevrier (1721-1762).

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