Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 août 2009

Alla breve. V.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 11:15

[36] Pour une étude locale des musiques locales. Richard Wolf, professeur de musique à Harvard, est un grand amateur – et interprète – de musiques carnatique et tamil. Il vient d’éditer un ouvrage savant sur les musiques du sud-est asiatique, qui privilégie une analyse locale plutôt que globale, en contradiction avec les principales tendances ethnomusicologiques. (Source)

[37] Une brève histoire de la musique classique en Indonésie. À l’occasion des débuts internationaux du Twilite Orchestra indonésien, un article brosse l’histoire de l’émergence des ensembles classiques dans ce pays depuis le 18e s. et durant les colonisations néerlandaise et britannique, puis l’occupation japonaise et enfin l’indépendance.

[37] Des nouvelles de Hariprasad Chaurasia. Ce grand interprète de la flûte bansuri indienne et de son répertoire classique, que l’on a pu entendre récemment au Théâtre de la Ville à Paris (on en a parlé ici), est le directeur artistique du Conservatoire de musique à Rotterdam, organisme novateur s’il en est, on en a parlé ailleurs (page 11). Son père, lutteur connu en Inde, voulait que son fils lui succède. Heureusement qu’il a désobéi. (Source)

[38] La musique classique indienne tente de résister à Bollywood. La disparition des cultures traditionnelles – celles, par exemple, qui foisonnaient autour des palais des maharadjahs en Inde – et la fascination de l’occident mettent à mal les traditions artistiques classiques du pays : instrumentale (tabla), danse (ghoomar), chant… et les structures sociales qui les soutenaient. Les interprètes tentent, tant bien que mal, de résister, de se produire et de transmettre. (Source)

[39] La danse de l’évolution. Le compositeur Julian Anderson vient d’achever The Comedy of Change, un ballet qui sera donné en première mondiale par le Concertgebouw d’Amsterdam en septembre, avec la Rambert Dance Company. C’est une commande à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin et du 150e de la publication de De l’origine des espèces. Le compositeur explique comment il utilise un concept d’évolution dans sa nouvelle œuvre.

[40] Un nouvel enregistrement des sonates de violon de Jean-Marie Leclair. Quelque peu oublié de nos jours (mais très estimé de son temps, comme le montre un hommage publié au Mercure de France en 1764, année de sa mort), il revient sur scène avec un disque de Naxos, qui, décidemment, ratisse large (ce n’est pas une critique). (Source)

[41] La musique classique arrive sur DS. Il ne s’agit pas de la DS 19, mais de la « console » DS (pour Double Screen) de Nintendo. Une société espagnole, au nom qui fait penser, au vu du contexte, aux célèbres variations d’Elgar plutôt qu’au système de chiffrage allemand durant la Deuxième guerre mondiale, annonce la publication d’un nouveau jeu qui « regroupera les grandes figures de la musique classique (…) qui enseigneront les bases des instruments », avec plus de trente « chansons » de leurs œuvres. (Source)

[42] Dis-moi quelle musique tu as sur ton iPod, je te dirai qui tu es. Des chercheurs de la vénérable université de Cambridge sous la direction de Jason Rentfrow ont étudié plus de 250.000 mélomanes et déterminé que les amateurs de jazz sont créatifs, ceux de rock rebelles, ceux de musique classique intellectuels, et ceux de pop sociables. Un court métrage sur ce sujet. (Source)

6 août 2009

C(r)ash, ou, le fantôme de la rue Quincampoix

Classé dans : Actualité, Histoire, Photographie, Société, Économie — Miklos @ 13:09

À l’instar du Phénix qui renaît de ses cendres, le système bancaire se relève toujours de ses échecs, aussi catastrophiques soient-ils. Après tout, ceux qui y ont le plus à perdre en sont les clients, et ceux qui ont le plus à gagner en sont les opérateurs…

2008-2009

4.8.2009. BNP Paribas provisionne un milliard d’euros pour les bonus de ses traders. (Le Monde)

24.6.2009. Les employés de Goldman Sachs à Londres ont reçu une bonne nouvelle la semaine dernière : ils peuvent s’attendre à la plus importante distribution de bonus de l’histoire de la banque ! (Tendances)

29.4.2009. La banque américaine Citigroup, renflouée par l’Etat, a demandé au Trésor l’autorisation de verser des bonus à certains salariés importants afin de les retenir, indique le Wall Street Journal. (Le Figaro)

17.3.2009. D’après le Wall Street Journal, des études sont menées afin de contourner les règles à venir sur la limitation de primes versées aux employés. Certaines banques envisageraient d’augmenter le salaire fixe de leurs dirigeants, ignorant ainsi le tolet (sic) général qu’a provoqué le versement des 450 millions de dollars de primes aux employés d’AIG. (Le Journal des finances)

1.3.2009. Et de seize ! Depuis le début de l’année, pas moins de seize banques américaines ont fait faillite. Ce vendredi, la Federal Deposit Insurance Corporation (FIDC), l’agence américaine chargée de garantir les dépôts bancaires, a annoncé la fermeture de deux banques régionales dans le Nevada (ouest) et l’Illinois (nord). Le coût de ces faillites atteint 1,6 milliard de dollars pour la FDIC. (La Tribune)

11.2.2009. La première banque suisse UBS a enregistré en 2008 une perte nette de 19,7 milliards de francs suisses (13 milliards d’euros), qui succède à celle de 5,2 milliards constatée en 2007. C’est le plus lourd déficit jamais connu par une société helvétique. «Le quatrième trimestre (8,1 milliards de pertes, NDLR) a été le pire dans l’histoire de notre banque», a admis le directeur général, Marcel Rohner. La déconfiture d’UBS est avant tout celle de son activité de banque d’investissement qui, en 2008, a perdu la somme énorme de 33,7 milliards de francs suisses (22,2 milliards d’euros). (Le Figaro)

4.10.2008. Au moment même où Angela Merkel tentait, à Paris, de faire front commun avec ses partenaires européens pour faire face à la crise financière, l’Allemagne s’apprêtait à faire face à une catastrophe bancaire: la potentielle faillite de la banque immobilière Hypo Real Estate (HRE). Samedi soir, l’établissement financier a annoncé l’échec du plan de sauvetage de 35 milliards d’euros – le plus important de l’histoire allemande – qui devait lui permettre de se sortir d’affaires. (Le Parisien)

27.9.2008. La faillite suivante, aux Etats-Unis est, bien entendu, déjà programmée. Il s’agit de la banque Wachovia, qui doit faire face à un montant de 167 milliards de dollars de crédits à risque… Les temples new-yorkais de la finance multiplient en effet les rumeurs, recoupant les vraies informations des supputations. Et – grande première – ces dernières viennent de franchir l’Atlantique. Hier, ainsi, c’est l’un des vingt plus grands groupes de banque et d’assurance du monde, le Belgo-Néerlandais Fortis, qui en a fait dramatiquement les frais; son action a d’ailleurs plongé de 22%. (24 heures)

26.9.2008. Depuis le 15 septembre, après le week-end de la faillite de Lehman Brothers et du sauvetage d’AIG, les clients de WaMu [Washington Mutual], une caisse d’épargne, ont retiré leurs dépôts et précipité la chute de la banque, qui suscitait déjà de profondes inquiétudes depuis plusieurs mois. La presse américaine parle de la plus grosse faillite d’une banque jamais déclarée. (Les Échos)

17.9.2008. La banque d’affaires américaine Lehman Brothers s’est placée, lundi 15 septembre, sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites (…) « afin de protéger ses actifs et de maximiser sa valeur ». (Le Nouvel Obs)

28.1.2008. La Société Générale annonce avoir été victime de la part d’un de ses traders, Jérôme Kerviel, 31 ans, d’une fraude portant sur des produits dérivés, qui lui a valu une perte de 4,9 milliards d’euros. Une perte à laquelle s’ajoutent des dépréciations de 2 milliards d’euros, liées à la crise des « subprimes ». (Challenges)

1994-1995

4.10.1995. L’enjeu des discussions qui débutent aujourd’hui à l’Assemblée nationale sur le projet de loi présenté par le gouvernement concernant les plans de sauvetage du Crédit Lyonnais et du Comptoir des Entrepreneurs (CDE) est de taille. Pas moins de 150 milliards de francs de créances et d’actifs douteux, appartenant à l’origine au Crédit Lyonnais et au CDE, vont, en effet, bénéficier d’une garantie de l’Etat aux termes de ces deux plans. (Les Échos)

31.8.1995. Les autorités nipponnes ont annoncé mercredi 30 août la fermeture de la première banque mutualiste du Japon, la banque Kizu Credit Union. Elles ont été dans l’incapacité d’élaborer un plan de sauvetage efficace. Kizu Credit Union est victime des créances douteuses accumulées au cours des dernières années. Sa faillite intervient après celle de trois autres établissements financiers de type mutualiste. Cette nouvelle défaillance fait craindre une réaction en chaîne pour l’ensemble du système bancaire japonais. (Le Monde)

10.5.1995. Hier, la cour d’appel de Francfort a en effet donné son feu vert à l’extradition vers Singapour de Nick Leeson, 28 ans, à l’origine d’une perte supérieure à 6 milliards de francs (autour de 800 millions de livres) sur les marchés d’option et auteur présumé de la chute retentissante de la banque d’affaires britannique [Barings]. (Libération)

23.4.1995. Pris par un vent de panique à la suite de la crise mexicaine de décembre 1994, les résidents [argentins] se sont rués dans les banques et ont brutalement vidé leurs comptes, pour placer leur argent dans des banques étrangères, le convertir en dollars ou tout simplement le faire sortir du pays. En trois mois, les dépôts bancaires ont plongé de 8 milliards de dollars (environ 40 milliards de francs), la fuite des capitaux étant évaluée à 4 milliards de dollars. Hypertrophié, sous-capitalisé, miné par des créances douteuses, le système bancaire argentin, structurellement fragile, n’a pas résisté au choc. La plupart des 160 banques du pays et des quelque 200 institutions financières locales (pour un marché qui représente 45 milliards dollars en dépôts) sont en faillite. (Le Monde)

1719-1721

La spéculation financière – basée sur la cupidité, la manipulation, la crédulité humaines – n’est pas une invention des temps modernes et de ses technologies. Du temps du Régent, l’affaire Law en comprenait déjà toutes les caractéristiques de l’inflation puis des bulles actuelles, y compris sa brièveté (trois mois) et sa dimension internationale ; mais surtout, la nécessité suprême, celle de « se hâter de sauver un établissement vaste, utile, et devenu sacré, celui de la banque ».

«Law concevait de grandes espérances de ce beau royaume de France, le plus étendu, le plus fertile, le mieux peuplé du continent, et déjà l’un des plus industrieux de l’Europe. Quoique dans une situation momentanément malheureuse, il avait encore un revenu trois fois supérieur à celui de l’Angleterre. 1l ne fallait pour y réveiller l’industrie, et alléger les charges dont il était accablé, que rétablir la confiance et la circulation au moyen d’un bon système de crédit. (…)

Law ne fit pas de demi-proposition, il offrit son projet tout entier : une banque générale administrant tous les revenus, exploitant tous les monopoles, présentant à la fois une monnaie et des placemens. Le conseil des finances, composé d’esprits sages mais peu intelligens, ne saisit pas le projet de Law ou s’en effraya, et en décida le rejet. Law se réduisit alors. Il proposa une banque privée, et offrit même de l’établir à ses frais. Il présenta plusieurs mémoires qui nous apprendraient peu de chose aujourd’hui, mais qui sont des modèles de discussion. Il soutenait qu’une banque multiplierait le numéraire par l’émission des billets, rendrait les remises plus faciles de province à province, rétablirait la confiance par la création d’une monnaie fixe, l’argent de banque; permettrait aux étrangers de stipuler en France d’après des valeurs certaines, et contribuerait par toutes ces raisons au rétablissement du crédit public et privé. Law proposait d’en faire l’essai à ses frais, et offrait ses biens en garantie, si des dommages étaient possibles. (…)

Le succès de la banque fut extraordinaire. Avec un fonds qui n’était que de 6 millions, elle put émettre jusqu’à 50 et 60 millions de billets, sans que la confiance fût le moins du monde ébranlée. La demande des billets s’élevait au contraire chaque jour, et les dépôts d’or et d’argent s’augmentaient à vue d’oeil. Si Law s’en était tenu à cet établissement, il serait considéré comme un des bienfaiteurs de notre pays, et le créateur du plus beau système de crédit ; mais son impatience, jointe à celle de la nation chez laquelle il opérait, amena un établissement gigantesque et désastreux. (…)

Il y avait, entre les deux rues Saint-Denis et Saint-Martin, une rue nommée Quincampoix, qui avait toujours été habitée par les banquiers et les marchands de papier. (…) On venait dans les bureaux s’informer des cours, négocier des valeurs, et trafiquer sur les différens effets émis par l’État. Depuis que les guerres ruineuses de Louis XIV avaient obligé de recourir au crédit, il s’était formé à Paris des commerçans de papier, dignes du débiteur sur les engagemens duquel ils spéculaient. Les mauvais débiteurs font naître les usuriers, de même les gouvernemens infidèles ou inexacts font naître les agioteurs. (…)

Le 13 septembre, Law se décida à commencer la nouvelle émission des actions. (…) L’empressement à souscrire fut extraordinaire : tout ce qu’il y avait de capitaux disponibles, soit dans les mains des agioteurs, soit dans celles des créanciers de l’Etat, fut employé en souscriptions. (…)

Ce n’étaient plus quelques pelotons épars que l’on remarquait dans la rue Quincampoix : c’était une foule immense, occupée à spéculer du matin jusqu’au soir. (…)

Ce n’étaient pas seulement les spéculateurs ordinaires et les créanciers de l’État qu’on voyait dans la rue Quincampoix ; c’étaient toutes les classes de la société confondues ensemble et se repaissant des mêmes illusions. On y voyait des nobles illustrés sur les champs de bataille ou honorés dans la magistrature, des gens d’église, des commercans, des bourgeois paisibles, des domestiques enfin que des fortunes- rapides avaient remplis de l’espérance d’égaler leurs maîtres. Toutes les maisons de la rue Quincampoix avaient été changées en bureaux par les marchands de papier ; les locataires avaient cédé leurs appartemens, les marchands leurs boutiques ; des maisons de 7 ou 8 cents livres de loyer avaient été divisées en une trentaine de bureaux, et pouvaient rapporter 50 ou 60 mille livres. L’agiotage s’exerçait sur les loyers comme sur les papiers. Un savetier qui avait changé son échoppe en bureau, en y plaçant des tabourets, une table et une écritoire, gagnait 200 livres par jour. Les boutiques avaient été changées en cafés et en restaurans ; une partie des habitans de Paris avaient transporté leur vie dans ce quartier : ils y venaient le matin, ils y déjeunaient, ils y dînaient, et lorsque l’ardeur des négociations était calmée, ils passaient l’après-midi à jouer aux quadrilles. De nombreux équipages attendaient à la file, et obstruaient les deux rues Saint-Denis et Saint-Martin, aboutissant à la rue Quincampoix. (…)

Aux habitans de Paris s’étaient joints beaucoup de provinciaux et d’étrangers : on comptait surtout des Gascons, des Provençaux, des Dauphinois, des Génois, des Vénitiens, des Génevois, des juifs allemands, des Hollandais, des Flamands et des Anglais. Beaucoup de gens n’osant pas jouer, par timidité ou par ignorance, faisaient jouer, pour leur compte, les intrépides agioteurs formés sous le dernier règne. Ces fripons s’étaient organisés : ils spéculaient sur la hausse constante, mais plus souvent sur les variations qu’ils avaient l’art de produire. Ils se rangeaient à la file dans la rue Quincampoix, prêts à agir au premier signal. A peine une sonnette, placée dans le bureau d’un nommé Papillon, s’était-elle fait entendre, qu’ils offraient tous à la fois des actions, vendaient et amenaient la baisse : à un signal contraire, ils rachetaient au prix le plus bas ce qu’ils avaient vendu au prix le plus haut, de manière qu’ils déterminaient un retour : de cette manière ils vendaient toujours cher et rachetaient toujours à bon marché. Les variations étaient si rapides que des agioteurs recevant des actions pour aller les vendre, en les gardant un jour seulement, avaient le temps de faire des profits énormes. On en cite un qui, chargé d’aller vendre des actions resta deux jours sans paraître. On crut les actions volées ; point du tout : il en rendit fidèlement la valeur, mais il s’était donné le temps de gagner un million pour lui. Cette faculté qu’avaient les capitaux de produire si rapidement avait amené un trafic. On prêtait des fonds à l’heure, et on exigeait un intérêt dont il n’y a pas d’exemple. Les agioteurs trouvaient encore à payer l’intérêt exigé, et à recueillir un profit pour eux-mêmes. On pouvait gagner jusqu’à un million par jour. Il n’est donc pas étonnant que des valets devinssent tout à coup aussi riches que des seigneurs : on en cite un qui, rencontrant son maître par un mauvais temps, fit arrêter son carrosse et lui offrit d’y monter.

On appelait la rue Quincampoix le Mississipi. Tous les jours des artisans laborieux, de paisibles rentiers, se laissaient arracher au travail et à la médiocrité pour se précipiter sur cette mer orageuse. On n’avait encore aucune crainte. A la fin de novembre les actions étaient à 15 mille livres, c’est-à-dire à trente capitaux pour un. Personne ne se demandait quel était le fondement d’une richesse aussi énorme ; personne ne se disait que le papier n’est réel qu’autant qu’il représente des réalités. (…)

Cette exagération de prix devait finir au moment où la fiction entrerait en comparaison avec la réalité ; ce moment était celui où les riches actionnaires songeraient à réaliser leur fortune, soit pour l’assurer, soit pour en jouir. La fin de décembre 1719 fut le terme de cette funeste illusion, qui avait duré trois mois. Un certain nombre d’agioteurs plus avisés, commençant à douter, ou pressés de jouir, s’entendirent pour vendre leurs actions. Ils profitèrent de l’aveuglement qui portait une foule de gens à vendre leurs propriétés; ils les achetèrent, et ils donnèrent l’imaginaire pour le réel. (…) Le premier résultat de cet empressement à réaliser fut un rencherissement général de toutes choses. Une masse énorme de capitaux de papier entrant en balance avec la même quantité de marchandises ou de propriétés, plus de papier s’offrit contre la même quantité d’objets achetables, et le renchérissement dut devenir rapide. (…)

Dans cette situation, il fallait prendre un parti. Il était évident que la chute des actions allait s’effectuer sans relâche ; que dans le moment, la terreur s’emparant de toutes les têtes, le discrédit serait exagéré comme le crédit, et que les actions tomberaient momentanément au dessous de leur valeur réelle. Il fallait s’y résoudre, et subir les conséquences de la faute qu’on avait commise dans la conversion de la dette. Il fallait laisser tomber les actions, dont on n’avait pas su empêcher la hausse factice, mais se hâter de sauver un établissement vaste, utile, et devenu sacré, celui de la banque. Les billets avaient, à être sauvés, un bien autre titre que les actions. Les spéculateurs sur les actions avaient sans doute été abusés; parmi eux beaucoup de créanciers de l’Etat étaient victimes de fausses illusions; mais enfin ils avaient voulu spéculer, et avaient couru des chances de fortune. Les porteurs de billets, au contraire, les avaient reçus forcément, en vertu des édits qui ordonnaient le remboursement de la dette, qui rendaient les billets obligatoires dans les paiemens au dessus de 300 livres, qui donnaient enfin aux billets cours forcé de monnaie. Ces billets étaient une valeur que les porteurs avaient prise sans choix, sans chance de fortune, par force, pour obéir à la loi. Sous peine de les voler, la loi devait leur garantir cette valeur. (…)

Dans cette situation déplorable, il ne restait qu’une mesure à prendre. Puisqu’on n’avait pas voulu faire un sacrifice nécessaire, et abandonner les actions pour sauver les billets, il fallait maintenant tout sacrifier, actions et billets, afin de détruire une fiction criminelle. 1l ne fallait pas prolonger le mensonge de cette valeur nominale, qui forçait tous les individus liés par des obligations antérieures, à recevoir pour un entier ce qui ne valait qu’une moitié ou un tiers. Réduire sur-le-champ la valeur nominale de l’action et du billet, était la seule ressource. On ne saurait trop hâter les sacrifices, quand ils sont devenus indispensables. (…)

Le 21 mai 1721, un édit, qui est resté célèbre dans l’histoire du système, annonça la réduction progressive des actions et des billets ; elle devait commencer le jour même de la publication de l’édit, et continuer de mois en mois jusqu’au premier décembre. A ce dernier terme l’action ne devait plus valoir que 5 mille livres; le billet de 10 mille livres n’en devait plus valoir que 5, celui de mille 500, etc. Les billets devaient donc être réduits de moitié, et l’action seulement de quatre neuvièmes. Law, quoique opposé à l’édit, consentit par faiblesse à en être le rapporteur.

A peine fut-il publié, »qu’une effrayante clameur s’éleva de toutes parts. On appela cette réduction une banqueroute ; on reprocha au gouver­nement d’être le premier à discréditer les valeurs qu’il avait créées, de voler les créanciers qu’il venait de rembourser la veille en billets; en un mot, d’attenter à la fortune de tous les citoyens.

Adolphe Thiers : « Law », in Encyclopédie progressive, 1826


Rue Quincampoix

30 juillet 2009

Tous pourris

Classé dans : Cinéma, vidéo — Miklos @ 0:48

Tous amis : un médecin, un avocat, un architecte, un employé de banque, un tailleur pour dames, un chausseur de luxe… Ces d’apparence respectables signori vénitiens et leurs respectives signore, sont l’objet d’une comédie de mœurs bien enlevée de Pietro Germi (en français : Ces Messieurs Dames) tournée en 1966.

La farandole qu’ils offrent à nos yeux n’est pas sans rappeler de subtiles pièces de théâtre baroques : les couples se croisent et se décroisent, s’affrontent parfois à mains nues, se font et se défont, se lancent des coups d’œil suggestifs et des moqueries légères et piquantes, s’envoient des lettres anonymes fielleuses et bien tournées, colportent des ragots avec indignation et délectation, abondent en tromperies, adultère et retournement de détournement de mineur…

Si c’est une comédie, elle est douce-amère et parfois grinçante, mais surtout une satire mordante de la société, du haut en bas : l’Église, la justice, la police et la presse – ses quatre piliers – se prêtent à ces dérangements avec complaisance : il suffit d’un coup de fil ou d’une liasse de billets pour que la loi des hommes et de Dieu plie devant ce grand désordre amoureux où les sentiments réels importent peu. Le pouvoir réel n’est pas tant celui du juge, du monsignior ou du carabinier : c’est celui du système qui cherche à préserver les apparences vertueuses – et à continuer à jouer sur scène un faux-semblant d’ordre social quoi qu’il se passe dans ses coulisses. L’individu, à l’exception de la pute au grand cœur et de son amoureux naïf harcelé par sa femme, est veule et concupiscent si c’est un homme, et une belle chose bébête ou un manipulateur chevronné si c’est une femme.

Ce film, palme d’or à Cannes à sa sortie, vient de réapparaître sur quelques écrans. Allez le voir : bien joué et bien filmé par des acteurs et par un réalisateur quasi inconnus, cette nef des fous pince-sans-rire et ironique vous fera rire et réfléchir.


Sébastien Brant : Das Narren Schiff (La Grant nef des folz), 1494.
Illustrations de Dürer et d’autres artistes.

13 juillet 2009

“Adieu, Amsterdam, wel schooner stede…” (Anna Roemer Visscher)

Classé dans : Amsterdam, Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 17:53


Amsterdam. Plus de photos ici.

«Amsterdam, ville de 220,000 hab., partagée par l’Amstel et quantité de canaux en plusieurs parties dont la communication a lieu par 290 ponts. La ville est éclairée présentement en gaz. Parmi les villes commerçantes de l’univers elle tient le second rang, et elle est la plus riche en proportion de sa grandeur. (…) Promenades. Les grachtes ou grandes rues, les quais le long de l’Y, surtout du côté de Kattenbourg ; c’est de l’autre rive de l’Y que la ville se présente dans toute sa magnificence. Là, et sur les boulevards autour de la ville, au parc et dans les nombreux jardins publics, on voit une foule joyeuse lorsqu’il fait beau, tandis que des centaines de Yachts (bâtiments pour le plaisir de la navigation) semblent jouer avec les ondes de l’Y, du Pampus et du Zuidersee. Le Heeren-Gracht et le Keizers-Gracht au centre de la ville sont éclairés par du gas, tout comme le Prinzen-Gracht et la rue Kalverstraat ; les magasins des marchands y rivalisent à l’envi en magnificence et splendeur. Le pont de l’Amstel ; le Diemer-Meer, petit canton très-fertile, rempli de maisons de campagne et de fermes ; le nouveau plantage, les promenades en voiture au village d’Amstelveen et à celui d’Ouverkuk, ou en Treckschuits à l’auberge de het Kalfje, Ziebourg, Rozenbourg, etc. Les voitures dont le public fait usage à Amsterdam sont ou des carrosses de louage ou des sleeden, c’est-à-dire des coches ou caisses de voitures posées sur un traîneauou des demi- carrioles» attelées d’un cheval. On paye pour les premières 9 stuvres le jour et 12 stuvres la nuit. On va aussi introduire des omnibus. Le marché aux fruits et aux fleurs rempli des productions de Pomone et de Flore offre des charmes d’un genre particulier.

Le voyageur en Allemagne et en Suisse, à Amsterdam, à Bruxelles, à Copenhague, à Londres, à Milan, à Paris, à St. Pétersbourg, à Pesth, à Stockholm, à Venise et à Varsovie par M. Reichard, avec une description particulière des lieux de bains, de voyages, aux montagnes, de la navigation sur le Danube et sur le Rhin. Manuel à l’usage de tout le monde. Douzième édition, de nouveau rectifiée, corrigée et completée par F. A. Herbig. 1844.


De Grote of St. Bavokerk te Haarlem. Plus de photos ici.

«Amsterdam est composée du ramas de toutes les nations. On y trouve autant d’aventuriers et plus de matelots que partout ailleurs. Or ceux-ci sont les plus indisciplinés et les plus brutaux de tous les hommes ; ceux-là les plus fripons, les plus intrigans et les plus dangereux. Le levain des anciennes dissensions entre le parti aristocratique et le démocratique fermente encore dans cette grande ville. On y professe plus de trente religions diverses : les prosélytes nombreux de ces sectes, émules l’une de l’autre, suivent et prêchent, presque dans les mêmes lieux, les dogmes et les rites de leur croyance. Que d’étincelles qui pourraient produire les plus terribles embrasemens ! Cependant cette cité est habituellement (et abstraction faite de quelques émotions populaires qu’excitent deux fois en un siècle les prévarications des municipaux ou les intrigues des factions), cette cité, dis-je, est la plus paisible de toutes les grandes villes, et cela sans lettres de cachet, sans inspecteurs ni exempts de police, ni commissaires de quartier, ni toute cette race de délateurs qui infeste notre capitale et nous fait trembler au sein de nos foyers domestiques, ni emprisonnemens arbitraires et indéfinis, ni punitions extra-judiciaires, ni enfin tout ce qu’osent les rois. Nul bourgeois ne saurait être arrêté dans sa maison, même pour le forfait le plus atroce, que tout le corps de la magistrature ne s’y transporte, et n’atteste ainsi solennellement que l’accusation est réelle, et que l’accusé sera légalement absous ou condamné. Par quelle magie peut-on produire des effets si merveilleux ? Par le seul secours des lois, par leur exécution constante, rigide, inflexible. Tout citoyen sait, dans cet heureux pays, qu’il est homme aussi bien que le premier des magistrats. Il ne compte pas sur l’impunité : il ne craint point l’oppression. Rien ne l’excite donc à la méchanceté, et tout l’invite à la paix. Aucune secte ne prévaut, aucun sectaire n’ose se faire remarquer, parce que la puissance civile les traite tous avec la même impartialité; et que, loin de fomenter les haines et d’autoriser la persécution, le magistrat s’y oppose de tout son pouvoir; parce qu’il réprime le prosélytisme, et punit toute action qui trouble la société, quelle que soit la religion du délinquant; parce qu’il contient les prédicans dans des limites très-étroites; parce qu’enfin, en bornant les ministres de la religion dominante à la desserte de leurs églises, il a eu grand soin de rendre leurs places plus pénibles que lucratives, et de leur défendre de parler en public» de ce qui intéresse l’ordre du gouvernement. La puissance temporelle, dominant absolument sur la spirituelle, conserve aux Hollandais, avec une infatigable vigilance, l’héritage précieux de la tolérance que leurs pères ont payée de leur sang.

Mirabeau, Des lettres de cachet et des prisons d’État. 1835

4 juin 2009

Sic transit

Classé dans : Livre, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 2:32

« Qui bene amat, bene castigat. » — Proverbe latin

« Ceux qui méritent le plus d’être loués supportent le mieux d’être critiqués. » — Alexander Pope

Je viens d’apprendre – indirectement, c’est symptomatique – la fermeture de la liste de diffusion Biblio-FR. Cette liste avait été créée en 1993 par Hervé Le Crosnier à l’intention de « bibliothécaires et documentalistes francophones, et toute personne intéressée par la diffusion électronique de l’information documentaire ».

J’avais découvert cette liste peu après sa création (ses archives contiennent un message que j’y avais envoyé en janvier 1994), et il m’arrivait d’y faire part d’informations qui me semblaient intéressantes pour ses membres. Mais son utilité pour moi s’est surtout révélée lorsque j’ai été chargé, en 1995, du projet de constitution d’une médiathèque ; elle devait réunir les fonds d’une bibliothèque existante, équipée d’un petit progiciel basé sur des formats propriétaires, avec un fonds, qu’il me fallait constituer, d’archives physiques et numériques.

Si je m’étais rapidement fait une opinion sur les usages et les interfaces – une bibliothèque hybride, physique et numérique, utilisant les technologies émergentes du Web pour interface – je n’étais ni bibliothécaire ni documentaliste ni archiviste ; il me fallait donc trouver comment me renseigner (en quelques semaines !) pour me faire mon opinion sur les options, les standards, les solutions, les tendances, du moins en ce qui concernait la bibliothéconomie, métier que, jusque là, je n’avais vu que de l’extérieur, même si, par curiosité et, entre autres, par fréquentation de Biblio-FR et la réalisation d’autres projets, j’en connaissais certains aspects.

Biblio-FR fut l’une de mes trois sources d’information primaires et primordiales, du fait de la présence de professionnels disposés à partager avec générosité leur expérience et à répondre avec compétence, patience et indulgence aux questions de l’outsider que j’étais. Je retrouve dans ses archives un écho à mon message à la liste à ce sujet (cité dans une des réponses en juillet 1995 ; le message d’origine est absent des archives, ainsi que la réponse qu’Hervé Le Crosnier y avait apporté et que j’aurais aimé relire) :

Bonjour,
 
Pour un projet en cours, je recherche un logiciel de bibliothèque qui :
- permette la gestion du catalogue de la bibliothèque (saisie, interrogation) ;
- gère la circulation (emprunts) ;
- permette d’accéder au « matériau » lui-même s’il est accessible sur informatique (livre, image ou son numérisé) ;
- de préférence, tourne sous Unix ;
- de préférence, possède une interface Z39.50.
 
Où dois-je commencer à regarder ? Recommendations ?
 
Merci d’avance

C’était alors une petite « communauté virtuelle » – la réussite de la constitution d’une telle communauté n’est pas à attribuer à l’outil, mais principalement à son créateur et animateur – et les réponses utiles ne tardèrent pas à arriver1 : Biblio-FR m’a rendu là un service inestimable, qui manifeste l’esprit d’entraide et de collaboration amicale au-delà des contraintes institutionnelles et matérielles que j’ai trouvé dans la communauté réelle sur laquelle la liste s’adosse.

Une fois le projet abouti (en 1996), je n’ai pas quitté ce forum. Le contenu des messages m’intéressait souvent, et leur volume était gérable même s’il était en croissance constante : 43 messages (regroupés, comprenant chacun un ou plusieurs messages « source », mais en nombre raisonnable) en septembre 1994, 60 messages à la même période un an plus tard, pour en arriver à plus de 300 messages mensuels ces derniers temps (l’un d’eux contenant lui-même 43 messages…), diffusés avec des retards croissants. L’intérêt des contenus n’a pas crû avec le volume. J’ai exprimé ailleurs ma frustration à l’égard de cette saturation, qui m’a menée à me désabonner de la liste, et à la consulter de plus en plus rarement.

Biblio-FR, ouverte à tous, a été victime non pas uniquement de son succès, mais du phénomène général lié à la banalisation des technologies de la communication et à leur adoption par un nombre croissant d’utilisateurs pour des usages personnels et plus uniquement professionnel, notamment du fait de l’émergence du Web qui a permis de mettre en œuvre des modes d’accès bien plus conviviaux et abordables pour des « non initiés », de la baisse des coûts du matériel informatique et de la connectivité à l’internet, de la croissance des débits, puis, actuellement, de la convergence informatique – téléphonie.

Cette banalisation s’accompagne évidemment d’une croissance des messages et des informations auxquels l’utilisateur de ces technologies est directement exposé, volontairement ou non, autant de la part de contacts personnels ou professionnels que des spams. Nos boîtes aux lettres se remplissent à une vitesse bien plus grande qu’auparavant, et, de ce fait, il est plus difficile d’accorder son attention à chaque message (et il arrive à chacun de ne pas en remarquer de significatifs). Les téléphones portables sonnent à tout bout de champ – même en plein concert – quand bien même il est possible de les éteindre et de consulter ultérieurement leur messagerie vocale ou la liste des SMS reçus.

Non seulement le malheureux utilisateur est potentiellement en ligne directe de tout autre utilisateur (de l’internet, de la téléphonie…), mais comme il est beaucoup plus facile et presque gratuit d’envoyer un message ou d’appeler un correspondant, on le fait sans discrimination, là où, auparavant, on réfléchissait sur la méthode la plus adaptée à communiquer – lettre, télégramme, téléphone… – en fonction de l’importance du message, de son coût et de son temps de transmission. Le fonctionnement par impulsion et par envie, dans l’immédiat, sont les caractéristiques d’une société de consommation et d’innovation technologique qui s’emballe (jusqu’à ce que les ressources, qu’elle suppose, dans sa logique de fonctionnement basée sur la « création destructrice », infinies, s’épuisent finalement).

Biblio-FR se retrouve englouti dans ce tsunami qui a rendu ce médium difficilement utilisable, c’est-à-dire lisible. De débats, il s’est transformé en un immense dazibao, un mur d’un Jacques Villeglé, où les affiches se recouvrent les unes les autres avec une telle rapidité que leur contenu n’en est plus perceptible, que la masse noie l’essence. Le plus ciblé côtoie le plus banal, l’information la plus objective alterne avec l’opinion parfois virulente, et la couverture des sujets est si vaste du fait de l’évolution des métiers qu’il est probable que chaque lecteur n’est intéressé que par une partie infime des messages – pour certains d’une grande richesse –, le reste étant, pour lui, du bruit. Et ce bruit devient assourdissant.

La modération – bénévole – aurait peut-être pu en laisser passer moins pour tenter de préserver un volume raisonnable et donner à la liste une orientation plus ciblée (par exemple, débats plutôt qu’annonces), mais c’était de toute façon mission impossible : elle a dû faire face à un nombre croissant de messages à traiter et a elle-même saturé. L’outil – liste de diffusion modérée – n’est plus adapté à ses usages actuels.

Face à cette surcharge informationnelle, de nouveaux outils émergent. Il s’agit, pour faire bref, de plateformes plus spécialisées à certains types de communication combinant commentaires, annotations et débats (par exemple : blogs) et de constitution collaborative de contenus (par exemple : wikis) et fournissant des méthodes pour leur organisation sémantique (thématisation, indexation, taggage… préétablis, libres, automatisés…) et temporelle (discerner une information à valeur temporelle courte – news – ou longue – document de référence, par exemple), des principes variés de recherche de l’information et de « navigation » mais aussi de dispositifs permettant le choix et l’organisation personnels de sources d’informations par les usagers : fils RSS, interfaces à la netvibes… Mais l’outil ne (se) suffit pas : il lui faut aussi le médiateur, et c’est un équilibre complexe entre les deux qui en conditionne le succès.

La disparition de Biblio-FR pourrait encourager le développement de services utilisant une ou plusieurs de ces technologies. Si on y gagnera dans le ciblage, on y perdra une caractéristique essentielle de Biblio-FR : elle était la référence première pour tout ce qui touchait de près ou de loin les bibliothèques (physiques puis numériques), elle était l’usuel qu’on consultait en cas de besoin. Cette fragmentation est-elle inévitable ? Elle s’est aussi produite dans d’autres domaines – d’où la nécessité croissante de passer par des moteurs de recherche généralistes, puis, plus récemment, par des moteurs spécialisés (ou portails). Le portail sera-t-il l’avatar de Biblio-FR ?

Le futur est la chose qu’il est le plus difficile de prévoir ou de prédire ; je ne peux que parler avec certitude du passé, et en particulier de celui que j’ai connu : Biblio-FR m’a été extrêmement utile, et je suis donc très reconnaissant que cette liste ait existé. Elle m’a aussi poussé à réfléchir, suscité des réflexions et la nécessité de leur formulation, et pour cela aussi, j’en suis reconnaissant. Je devine aussi l’immense travail, sans doute rarement gratifiant, que ses organisateurs, Hervé Le Crosnier, puis Sara Aubry, ont fourni bénévolement pour faire fonctionner cette liste qui devenait de plus en plus pesante, je leur en suis d’autant plus reconnaissant.


1 Maintenant, un tel message sur la liste aurait suscité des réactions virulentes et son auteur assimilé à « ceux qui jettent une bouteille à la mer faute d’une formation professionnelle idoine » – pour reprendre une expression de Bertrand Calenge dans un récent billet critiquant l’évolution de la liste – contribuant ainsi à son bruit et à son inutilité. Autres temps, autres mœurs.

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