Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 août 2009

Alla breve. V.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 11:15

[36] Pour une étude locale des musiques locales. Richard Wolf, professeur de musique à Harvard, est un grand amateur – et interprète – de musiques carnatique et tamil. Il vient d’éditer un ouvrage savant sur les musiques du sud-est asiatique, qui privilégie une analyse locale plutôt que globale, en contradiction avec les principales tendances ethnomusicologiques. (Source)

[37] Une brève histoire de la musique classique en Indonésie. À l’occasion des débuts internationaux du Twilite Orchestra indonésien, un article brosse l’histoire de l’émergence des ensembles classiques dans ce pays depuis le 18e s. et durant les colonisations néerlandaise et britannique, puis l’occupation japonaise et enfin l’indépendance.

[37] Des nouvelles de Hariprasad Chaurasia. Ce grand interprète de la flûte bansuri indienne et de son répertoire classique, que l’on a pu entendre récemment au Théâtre de la Ville à Paris (on en a parlé ici), est le directeur artistique du Conservatoire de musique à Rotterdam, organisme novateur s’il en est, on en a parlé ailleurs (page 11). Son père, lutteur connu en Inde, voulait que son fils lui succède. Heureusement qu’il a désobéi. (Source)

[38] La musique classique indienne tente de résister à Bollywood. La disparition des cultures traditionnelles – celles, par exemple, qui foisonnaient autour des palais des maharadjahs en Inde – et la fascination de l’occident mettent à mal les traditions artistiques classiques du pays : instrumentale (tabla), danse (ghoomar), chant… et les structures sociales qui les soutenaient. Les interprètes tentent, tant bien que mal, de résister, de se produire et de transmettre. (Source)

[39] La danse de l’évolution. Le compositeur Julian Anderson vient d’achever The Comedy of Change, un ballet qui sera donné en première mondiale par le Concertgebouw d’Amsterdam en septembre, avec la Rambert Dance Company. C’est une commande à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin et du 150e de la publication de De l’origine des espèces. Le compositeur explique comment il utilise un concept d’évolution dans sa nouvelle œuvre.

[40] Un nouvel enregistrement des sonates de violon de Jean-Marie Leclair. Quelque peu oublié de nos jours (mais très estimé de son temps, comme le montre un hommage publié au Mercure de France en 1764, année de sa mort), il revient sur scène avec un disque de Naxos, qui, décidemment, ratisse large (ce n’est pas une critique). (Source)

[41] La musique classique arrive sur DS. Il ne s’agit pas de la DS 19, mais de la « console » DS (pour Double Screen) de Nintendo. Une société espagnole, au nom qui fait penser, au vu du contexte, aux célèbres variations d’Elgar plutôt qu’au système de chiffrage allemand durant la Deuxième guerre mondiale, annonce la publication d’un nouveau jeu qui « regroupera les grandes figures de la musique classique (…) qui enseigneront les bases des instruments », avec plus de trente « chansons » de leurs œuvres. (Source)

[42] Dis-moi quelle musique tu as sur ton iPod, je te dirai qui tu es. Des chercheurs de la vénérable université de Cambridge sous la direction de Jason Rentfrow ont étudié plus de 250.000 mélomanes et déterminé que les amateurs de jazz sont créatifs, ceux de rock rebelles, ceux de musique classique intellectuels, et ceux de pop sociables. Un court métrage sur ce sujet. (Source)

20 août 2009

Alla breve. III.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 16:35

[18] L’opéra pour tous, gratuitement. Non, il ne s’agit pas d’une révolution à l’Opéra Bastille et d’un retour à cette utopie d’une salle d’opéra populaire, mais de la 8e édition du festival Opéra des rues, les 4, 5 et 6 septembre prochains, dans les 12e et 13e arrondissements de Paris, avec, entre autres, La Servante maîtresse de Pergolèse, Cosi fan tutte de Mozart… Courez-y (avec ou sans oranges…) ! (Source)

[19] Un opéra très social. Le Royal Opera House de Londres a invité les internautes à composer le livret d’un opéra par l’entremise du réseau social Twitter : les messages qu’on peut y composer sont, à l’instar de SMS, d’une longueur de 140 signes au maximum. On se demande comment se répartiront les droits d’auteur…

[20] Un opéra très populaire. La pièce de théâtre L’Opéra du Gueux, adapté par Jean-Marie Sillard du Beggar’s Opera de John Gay de 1728 (et source de L’Opéra de Quat’ sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht), est créé ces jours-ci par 35 comédiens et 25 techniciens, tous amateurs et habitants du village de Queaux (en Poitou-Charentes), soit 10% de la population. (Source)

[21] Intégrale des madrigaux de Gesualdo sur CD. Le Quintet Kassiopeia vient de une intégrale des madrigaux de Gesualdo et Globe réédite donc tous les volumes enregistrés depuis 2004. ResMusica, sous la plume de Hubert Stoecklin, en propose une recension qui vous mettra l’eau à la bouche.

[22] Un fonds musical rare à l’Inguimbertine. C’est le nom de la bibliothèque municipale de Carpentras, qui compte, parmi ses collections, un don d’un mélomane, Bonaventure Laurens (1801-1890), comprenant sa collection d’instruments, les lettres qu’il échangea avec Mendelssohn, Berlioz et Schumann, ainsi que plus de 1400 partitions de grande valeur, dont un choral autographe de Jean-Sébastien Bach. (Source)

[23] Placido Domingo et l’opéra contemporain. Le grand ténor, pragmatique, est d’avis « qu’un nouvel opéra ne doit pas être trop long », et qu’on puisse l’« associer avec d’autres pièces courtes telles que Cavalliera rusticana » afin « d’apprivoiser le public et d’éviter qu’il ne s’en aille avant la fin ». Entretien.

[24] Rolando Villazon recommence à chanter. Le ténor franco-mexicain a annoncé fin juillet qu’il retravaillait sa voix après avoir été opéré avec succès d’un kyste aux cordes vocales. (Source)

[25] Un téléfilm sur Wagner avec Alagna et Dombasle. Le tournage de ce film de Jean-Louis Guillermou, « à la fois opéra, fable et récit d’une prise d’otages dans un supermarché de la région parisienne » (Arielle fera la caissière ?) commence à Cannes fin août. Stéphane Bern y jouera Louis II de Bavière, enfin un rôle à la mesure de ses admirations. (Source)

[26] Dominique Meyer à Vienne. Directeur actuel du Théâtre des Champs-Élysées, il prendra la tête de l’Opéra de Vienne en 2010. Ce n’est pas le premier français à la direction d’un opéra (étranger) de renom : on pense à Stéphane Lissner reconduit à la Scala de Milan jusqu’en 2013, ou à Jean-Marie Blanchard qui vient de terminer son mandat au Grand Théâtre de Genève. (Source)

[27] Dennis Kozhukhin lauréat du 4e concours international de piano Vendome. Ce jeune pianiste russe de 23 ans, élève de Natalia Fish puis de Dimitri Bashkirov et de Claude Martinez-Menheronde, a interprété le concerto pour piano n° 2 de Brahms, avec l’orchestre Gulbenkian sous la direction de George Pehlivanian. Le second prix a été décerné à son compatriote Dmitri Levkovich. La première édition de ce concours s’était tenue en 2000 à l’Unesco à Paris, sous le patronage de Catherine Tasca. (Source)

[28] Pianotripez ! Guillemette et Christophe sont des musiciens ambulants. Leur instrument ? Un piano. 6.500 km en 9 mois dans toute l’Europe ! Ils en parlent dans leur blog, et d’ailleurs, ils ne sont pas les seuls. Et vous, chers lecteurs ? Yes, you can! (Source)

30 juillet 2009

Tous pourris

Classé dans : Cinéma, vidéo — Miklos @ 0:48

Tous amis : un médecin, un avocat, un architecte, un employé de banque, un tailleur pour dames, un chausseur de luxe… Ces d’apparence respectables signori vénitiens et leurs respectives signore, sont l’objet d’une comédie de mœurs bien enlevée de Pietro Germi (en français : Ces Messieurs Dames) tournée en 1966.

La farandole qu’ils offrent à nos yeux n’est pas sans rappeler de subtiles pièces de théâtre baroques : les couples se croisent et se décroisent, s’affrontent parfois à mains nues, se font et se défont, se lancent des coups d’œil suggestifs et des moqueries légères et piquantes, s’envoient des lettres anonymes fielleuses et bien tournées, colportent des ragots avec indignation et délectation, abondent en tromperies, adultère et retournement de détournement de mineur…

Si c’est une comédie, elle est douce-amère et parfois grinçante, mais surtout une satire mordante de la société, du haut en bas : l’Église, la justice, la police et la presse – ses quatre piliers – se prêtent à ces dérangements avec complaisance : il suffit d’un coup de fil ou d’une liasse de billets pour que la loi des hommes et de Dieu plie devant ce grand désordre amoureux où les sentiments réels importent peu. Le pouvoir réel n’est pas tant celui du juge, du monsignior ou du carabinier : c’est celui du système qui cherche à préserver les apparences vertueuses – et à continuer à jouer sur scène un faux-semblant d’ordre social quoi qu’il se passe dans ses coulisses. L’individu, à l’exception de la pute au grand cœur et de son amoureux naïf harcelé par sa femme, est veule et concupiscent si c’est un homme, et une belle chose bébête ou un manipulateur chevronné si c’est une femme.

Ce film, palme d’or à Cannes à sa sortie, vient de réapparaître sur quelques écrans. Allez le voir : bien joué et bien filmé par des acteurs et par un réalisateur quasi inconnus, cette nef des fous pince-sans-rire et ironique vous fera rire et réfléchir.


Sébastien Brant : Das Narren Schiff (La Grant nef des folz), 1494.
Illustrations de Dürer et d’autres artistes.

27 juin 2009

Chacrobate

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 7:12

«Une sorte d’Hermès de la bourgeoisie, un chat acrobate farci de luxure candide et d’indifférence sournoise,» un écolier (voyez le col et la cravate de l’aquarelle) patelin, voleur, véolce, totalement libéré des contraintes de la gravitation et d’une parfaite désinvolture mathématique.

Cahiers Jean Cocteau, 1975.

«On essaya jadis aux Funambules des animaux véritables : un chat était attaché à la troupe ; il avait un joli logement dans la loge de la portière. Son emploi consistait à entrer comme entremets dans les dîners goulus de Pierrot. Plus d’une fois le chat joua admirablement la scène du pâté ; le couvercle levé, le chat passait sa tête, et de ses deux grands yeux verts, pleins d’un charme cruel, il magnétisait Pierrot. Mais le chat devint vieux et atrabilaire ; il n’avait plus, dans ses rapports avec les comédiens, cette douceur de manières, cette politesse exquise qu’on dit avoir existé au foyer du Théâtre-Français. Il ne se tint plus avec son calme si précieux dans le pâté, et ce bout de rôle, qu’il avait rendu important à force de sérieux, il le convertit en scène d’épilepsie. Il sauta de son pâté aux jambes de M. Laplace, le roi des Cassandre, grimpa au manteau d’Arlequin, et s’élança dans le paradis, où les voyous le reçurent avec des huées et des cris tels, qu’ils furent entendus au Château-d’Eau.

L’administration se mit à la poursuite du chat. Mais lui, qui jadis arrivait le premier à la répétition, désormais se sauva aussitôt que le son de la cloche lui apprit qu’on n’attendait plus que lui. »

Mon chat, dans sa courte existence, eut autant de finesse sans que son génie le conduisît à des actes aussi répréhensibles.

Champfleury : Souvenirs de funambules. Paris, 1859

2 juin 2009

Life in Hell: le massacre des innocents

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Musique, Théâtre — Miklos @ 0:33

Akbar est invité in extremis par Julio à voir la pièce de théâtre L’École des veuves de Jean Cocteau qui se donne présentement à l’Essaïon. Akbar n’en a jamais entendu parler et n’en sait rien d’autre que le titre. Ils sont assis dans la petite salle et attendent. La lumière baisse, une voix demande au public d’éteindre leurs téléphones portables. Sur ces entrefaites, une sonnerie se déclenche. On aperçoit dans la pénombre un spectateur tentant vainement d’éteindre son mobile qui se remet à sonner. Faute d’arriver à ses fins, l’homme décroche et engage une conversation. On entend la voix de son interlocutrice dans les hauts parleurs de la salle. La pièce a donc commencé. Akbar est étonné que Cocteau ait eut vent de ces nouvelles technologies de la communication, mais il n’était pas au bout de ses surprises.

L’homme monte en scène, monologue, interpelle le public, discute avec lui. Il attend un appel de Fanny Ardant qui doit venir jouer dans la pièce qu’il a écrite. Ce n’est pas elle au bout du fil – la célèbre actrice (qui avait quatorze ans lorsque Cocteau est décédé) appellera plus tard mais n’apparaîtra pas (quel dommage ! c’est une bonne actrice, elle) – mais la voisine, une emm… et mauvaise actrice de surcroît qui ne rêve que de décrocher un rôle dans la pièce. Elle ne l’aura pas et, de dépit, lance qu’elle est nulle. Elle ne croit pas si bien dire. Akbar, assourdi par les voix tonitruantes des acteurs, est abasourdi par le modernisme inattendu de la pièce.

Rideau. Enfin, non, il n’y a pas de rideau ; le personnage masculin s’effeuille plus vite qu’une meneuse de revue au Crazy Horse et se retrouve en (légers) habits de centurion (sans la plastique avantageuse à laquelle Spartacus nous avait habitué pour ce type de personnage). Akbar et le public sont ainsi transportés dans le caveau d’un cimetière à Éphèse, quelque deux mille ans plus tôt. Une veuve éplorée (qui tâche de ressembler à Arielle Dombasle mais n’y réussit pas, quel dommage ! c’est une bonne actrice, elle) s’y laisse mourir de chagrin et de faim sur la tombe de son mari. La suivante de la dame (jouée par la voisine emm… qui confirme son manque de talent) la suit de son plein gré dans son triste sort, mais tente de convaincre sa maîtresse d’y renoncer, et de se prendre un autre homme, tiens ! justement, il y a là un centurion qui garde la tombe.

Cela vous rappelle-t-il quelque chose, fidèle lecteur ? L’argument de la pièce est « un conte usé, commun et rebattu », selon les propres termes de La Fontaine, ce qui ne l’a pas empêché de le mettre en vers à sa guise. C’est celui de La Matrone d’Éphèse dont on comptait au moins soixante-seize versions en 1907, de Pétrone (dans le Satyricon) à bien d’autres écrivains connus ou moins connus depuis, à l’instar de Brantôme, John Ogilby, Antoine Houdar de la Motte (1702), John Wolcot (sous le pseudonyme de Peter Pindar), Lessing, Oliver Goldsmith (1762), Eugène Vercousin (1870), Jean Cocteau (avec cette pièce-ci, 1937), Georges Sion (1944) ou Christopher Fry (1946). Les illustrations de la veuve éplorée entourée de sa suivante et du centurion n’ont pas manqué d’inspirer les plus grands, à l’instar de Jean-Baptiste Oudry, de Fragonard ou de Gustave Moreau. Quant à sa mise en musique, on peut trouver The Ephesian Matron, a comic serenata after the manner of the Italian, by Isaac Bickerstaff, esq., the music by Mr. Dibdin, par exemple. Akbar avait récemment entendu une cantate comique composée par Nicolas Racot de Grandval (1676-1753) sur ce thème : fine, joyeuse, enlevée, passant de la tristesse du récent veuvage à l’allégresse du (re)mariage imprévu par un moment de suspense vite résolu.

Ce n’est pas l’impression qu’Akbar a de la pièce qui se joue devant lui : le jeu est maladroit et hystérique, bruyant, lourd et inutilement graveleux, affublé de projections d’extraits du Satyricon de Fellini. Akbar se dit qu’il aurait mieux fait d’aller revoir ce film, un chef-d’œuvre, que cette (mise en) pièce, dont l’interprétation style comédie de boulevard vulgaire ne doit sans doute pas rendre justice aux mânes de son auteur.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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