Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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26 février 2009

Le temps, vite ; ou de forums, de listes de diffusion et de blogs

Classé dans : Livre, Peinture, dessin, Sciences, techniques — Miklos @ 19:21

Voir aussi l’article qui a fait suite à l’annonce de la fermeture de la liste le 3 juin 2009.

Pour ceux qui sont nés informatiquement avant le Déluge – l’émergence du Web qui a tout balayé –, il existait un mode de communication public en réseau appelé Usenet. Prédatant l’internet grand public (conçu en 1979, il s’était développé sur le réseau UUCP), il permettait d’envoyer un message (ou « article ») classifié par son auteur dans une ou plusieurs catégories hiérarchiques (professionnelles ou non) ; cet article se diffusait d’ordinateur en ordinateur qui le « rangeait » dans les catégories adéquates (pour autant que l’administrateur avait abonné l’ordinateur à ces catégories) et le passait aux relais suivants. Les identifiants des catégories rappellent un peu des systèmes de classification connus en bibliothèque… Ainsi, fr.emploi.demandes désignait la catégorie de demandes d’emploi en France (ou en français), sous-catégorie de fr.emploi, elle-même faisant partie de la catégorie-mère fr.

Dans les premiers temps de Usenet, il n’y avait que trois, puis huit, catégories mères (comp pour l’informatique, humanities pour les arts et les lettres, soc pour la sociologie, talk pour le clavardage, etc.), mais bientôt il s’en créera une galaxie représentant d’autres critères de rangement (par exemple le pays, d’où les catégories fr, uk… ; le réseau d’origine, tels bitnet, fidonet…). Certaines classes de catégories mères (notamment celle appelée alt) permettaient à n’importe qui d’y créer des sous-catégories (ce qui a donné lieu à de nombreux abus qui participèrent au déclin de Usenet), d’autres nécessitaient une procédure formelle qui comprenait rédaction de charte, vote, etc. Certaines catégories étaient administrées (« modérées », en franglais) – ce qui causait évidemment des délais supplémentaires dans la diffusion des articles – d’autres non. Un administrateur pouvait en général effacer, après coup, un article qui y avait été diffusé (en envoyant un message spécial qui tentait de « rattraper » l’article en question, et demander aux relais de l’effacer).

Il n’était pas nécessaire de s’abonner pour consulter les messages de telle ou telle catégorie : il suffisait de s’y connecter avec un logiciel adéquat (appelé newsreader en anglais). Toute personne connectée à l’un des réseaux de l’époque pouvait consulter les articles diffusés dans ces catégories, y répondre publiquement ou en privé ; les réponses préservaient l’objet de l’article original, et il était possible de les lire contextuellement. À cet époque lointaine, les articles (et les courriers électroniques aussi, d’ailleurs) se diffusaient lentement : il leur fallait parfois plusieurs jours pour arriver à destination. Au bout d’un certain temps (de l’ordre de quelques jours à quelques semaines, selon ce qu’avait programmé l’administrateur du relais), ils s’effaçaient de la catégorie où ils avaient été publiés (ce qui n’a pas empêché notre AMI – l’Aspirateur Mondial de l’Information – de trouver le moyen de récupérer des archives de ces forums remontant au début des années 80… la vertu de l’oubli s’oublie). Appelés de nos jours « forums » (terme qui recouvre aussi d’autres systèmes de communication), ils sont surtout utilisés en interne, par exemple par des fournisseurs d’accès (ainsi, certains en utilisent pour le « support » de leurs usagers ; ils sont alors thématisés par le genre de problèmes rencontrés – messagerie, téléphonie, connectivité, etc.).

Le déclin de Usenet a commencé dans les années 90 avec l’émergence du Web, et, plus tard, de sites de réseaux sociaux. Si ces derniers sont, pour certains aspects, plus rapides, efficaces ou conviviaux (surtout pour la diffusion de contenus binaires – musique, images fixes ou animées, etc.), aucun d’eux ne possède cette particularité réellement unique qu’avait Usenet (et, à certains égards, irc et icq) : la qualité d’être un système complètement réparti et décentralisé. Les divers Facebook, Youtube, Deezer, Second Life et autres appartiennent en général à une société privée et dépendent d’une infrastructure particulière (qui peut être répartie, comme celle de Google, mais alors répartie en interne et visible de l’extérieur comme un seul service ; d’ailleurs, s’il tombe en panne, comme ça l’est encore arrivé récemment pour l’accès aux sites, puis à ses courriers, cela affecte tout le service et donc l’humanité googleuse). La « propriété » des contenus – créés par les contributeurs – est aussi problématique. Il suffit de rappeler la très récente controverse qu’a occasionnée Facebook en imposant dans ses conditions d’utilisation la clause selon laquelle l’usager lui cède ad vitam aeternam ses droits sur de la totalité des contenus – textes, images… – qu’il y a mis en ligne, pour toute utilisation, y compris celle de son propre nom et de ses photos personnelles, non seulement pendant qu’il y est inscrit, mais aussi après sa désinscription ; le scandale leur a fait annuler cette toute dernière clause, mais pas le reste…

Les listes de diffusion sont venues répondre en général à un besoin plus spécifique, à une thématique particulière. En ce sens, ils correspondent, peu ou prou, à une catégorie (ou forum) de Usenet et fonctionnent quasiment de la même façon : l’envoi d’un message par courrier électronique à des inscrits à la liste (appelés « abonnés ») ; mais au lieu d’avoir à choisir une catégorie parmi d’autres, le message est expédié par son auteur à une adresse (le serveur, qui la diffusera aux abonnés). L’accès en lecture à ces messages nécessite donc d’y être inscrit (plus tard, l’accès web, puis RSS, à leurs archives permettra aussi d’offrir la lecture sans authentification en option), et donc de créer des forums privés, à la différence de Usenet. L’écriture dans une liste peut y être libre ou administrée (même pour ses abonnés). Ces listes ne sont évidemment pas réparties comme l’était Usenet : elles nécessitent, chacune, un « serveur de liste », qui reçoit les demandes de publication, autorise la gestion de filtrages, et gère la diffusion aux abonnés.

La liste de diffusion francophone consacrée aux bibliothèques, Biblio-FR, est née en septembre 1993. Gérée la plupart du temps par une personne (bénévole, dans son temps libre), elle est devenue victime de son succès : un nombre d’abonnés de plus de 17.000, un nombre de contributeurs variés croissant, des sujets et des thématiques (débats, annonces d’événements, demandes et offres d’emploi, questions/réponses) plus riches, voire hétéroclites. En conséquence, au lieu de fournir un mode de communication plus rapide et plus structuré que ne l’aurait fait Usenet – ce qui était le cas dans les premières années d’existence de la liste –, celle-ci est saturée de messages présentés tous au même niveau et envahissant ainsi les boîtes à lettre des abonnés, et s’engorge souvent : interruptions et délais (parfois allant jusqu’à deux semaines) entre l’envoi et la publication (certains événements sont ainsi annoncés après leur tenue…) du fait de sa gestion essentiellement unipersonnelle, regroupement de messages distincts à l’origine dans un même message à sa diffusion (ce qui ne permet pas de les sélectionner indépendamment et nécessite de parcourir tout le message regroupé – tel ce message du 20 février 2009 qui comprenait 43 offres d’emploi à la queue-leu-leu), ce qui est contraire au principe même de la diffusion des messages individuels (les listes de diffusion permettent de créer, indépendamment, des regroupements, appelés digest, mais ils ne sont pas obligatoires)…

Si Biblio-FR vise à être un mode utile de communication autour de sa thématique globale, il me semble qu’il faut prendre acte de cette mutation – non seulement du volume et de la variété de son lectorat, de ses thématiques et de ses auteurs, mais aussi des techniques de communication qui existent présentement – pour continuer à les fédérer, mais d’une façon plus efficace, plus utile, à ses usagers. En bref : de l’organisation de l’information et de la gestion de sa circulation (« workflow »).

Il me semble qu’une évolution possible – ce n’est certainement pas la seule, c’est celle qui me vient à l’esprit, et je la suggère pour réouvrir le débat (j’avais tenté de le faire par le passé, mais la modération n’avait pas laissé passer mon message) – serait de passer à une plate-forme de blog, dans laquelle les billets seraient l’équivalent des messages de la liste. Que permet-elle ?

— la création de catégories hiérarchiques (par l’administrateur) et/ou l’étiquetage (« tags ») des billets (le choix des catégories et/ou des étiquettes peut être fait par l’auteur du billet et/ou l’administrateur), et donc la classification des messages, ce qui permet aux lecteurs de ne consulter que la/les catégorie(s) qui les intéressent (l’ébauche existe dans biblio-fr, « JOBILISE », « QU », « Infosite », etc., mots-clé rajoutés aux objets des messages, mais elle est trop limitée) – en outre, le blog affiche en général aussi la liste des derniers billets toutes catégories confondues – ce qui n’empêche pas de consulter directement à la catégorie souhaitée. En particulier, l’événementiel peut être aussi catégorisé par régions, ce qui permet aussi un meilleur ciblage. Pour ceux qui ne sont intéressé que par un certain nombre limité de catégories, des fils RSS leurs permettent d’être informé de ce qui s’y publie, sans avoir à aller sur le site pour vérifier ; dans certains cas, les fils peuvent être programmés pour répondre à des requêtes (et ressemblent ainsi à de la DSI).

— la gestion des réponses (suivi) à un billet, en tant que commentaires au billet et pas en tant que billets indépendants, évitant ainsi la saturation, et hiérarchisant message d’origine et ses suites, ce qui n’est pas le cas dans la liste de diffusion ;

— le filtrage (« modération ») des billets et de leurs commentaires si souhaité (mais on peut aussi faire en sorte que les messages des inscrits ne nécessitent pas de modération), et l’effaçage a posteriori (ce que ne permet évidemment pas Biblio-FR : une fois qu’un message est parti, il est parti…) ;

— l’affichage des noms des auteurs dans la liste des billets (dans la liste actuelle, l’auteur affiché dans la liste est « Moderateur Biblio-FR », pour connaître l’auteur réel il faut ouvrir le message) ;

— la possibilité d’insérer des images (par exemple des copies d’écran, pour illustrer une discussion sur un logiciel bibliothéconomique), des liens hypertextuels, etc. (ce qui peut être contrôlé, pour éviter des problèmes de droit) ;

— la gestion intégrée d’archives (qui peut réintégrer les archives existantes de la liste, où les messages seraient transformés en billets, préservant leur date originale de publication… on peut d’ailleurs aussi y récupérer la liste des abonnés) et de recherche.

Etc. Un blog (ou tout système technique, d’ailleurs) n’est jamais une panacée : mal organisé, il ne fournit pas un accès structuré ; géré irrégulièrement, il n’accélèrera pas la diffusion des contenus. En revanche, il peut aussi faciliter toutes ces tâches, et fournir une meilleure plate-forme d’échange. C’est ce qu’on souhaite pour Biblio-FR.

Version légèrement modifiée d’un message envoyé à la liste Biblio-FR le 26 février 2009. Voir aussi à ce sujet un article de 2008.

20 février 2009

Second hommage aux potages au fromage de la Mama

Classé dans : Cuisine, Littérature — Miklos @ 1:58


La soupe chez la Mama

«Elle est prête ?… Alors on s’y met.
Ô simple et délicat fumet !
Tous les parfums de l’Arabie
Et que l’Orient distilla,
Ne valent pas une roupie
De singe, auprès de celui-là.
Et puis !….quel fromage énergique !
File-t-il, cré nom ! file-t-il !
Si l’on ne lui coupe le fil,
Il va filer jusqu’en Belgique !

On me dirait dans cet instant :
« La fortune est là qui t’attend.
Laisse là ta soupe et sois riche »
Que d’un cran je ne bougerais.
Qu’elle m’attende, je m’en fiche !
En vérité, je ne saurais,
Quand elle passerait ma porte,
Manger deux soupes à la fois,
Comme celle-ci. Non, ma foi.
Alors, que le diable l’emporte !

Assez causé. Goûtons un peu
Cette soupe, s’il plaît à Dieu !
Cristi ! Qu’elle est chaude, la garce !
Autant pour moi ! Où donc aussi,
Avais-je la cervelle éparse ?

Sans doute entre Auteuil et Bercy…
Elle ne m’a pas pris en traître
Sais-je pas sur le bout du doigt,
Que toute honnête soupe doit
Être brûlante ou ne pas être ?

Qu’est-ce à dire ? Je m’aperçois
Que j’en ai repris quatre fois.
Parbleu ! je n’en fais point mystère.
Mais j’en veux manger tout mon soûl.
Quatre fois ! peuh ! la belle affaire !
J’en reprendrais bien pour un sou.
Dussé-je crever à la peine,
Je n’aurais garde d’en laisser.
Et ne croyez pas me blesser,
En m’appelant « vieux phénomène »…

Allons, bon !… Il n’en reste plus !
Et bien, alors, il n’en faut plus.
Ayons quelque philosophie.
Une soupe se trouvait là…
Elle n’est plus là… C’est la Vie !
Que voulez-vous faire à cela ?
La soupe la plus innombrable,»
Finit tôt par nous dire adieu.
Et je ne vois guère que Dieu,
Finalement, de perdurable.

Raoul Ponchon, « La soupe à l’oignon » (extrait).
Les Poètes du Chat Noir, Gallimard.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

27 janvier 2009

Vita all’inferno: Akbar e Bianca mangiano insieme

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 20:38

Akbar et Bianca, la célèbre Cantatrice rousse, n’ont pas mangé depuis leurs dernières tribulations gastronomiques. Ils ont donc très faim. Surtout Akbar : il est déjà 13h30. Il propose à la star toute de noir vêtue, son petit manteau évoquant celui de sa collègue la grande et éternelle Piaf, de se rendre dans un restaurant qu’il fréquente de temps à autre depuis qu’il a atterri sur cette planète. Les plats y ont des noms italiens, le serveur de l’époque arrivait à adopter un accent italien de cuisine (après tout, il s’agit de cuisine) qui pouvait convaincre des touristes américains et on y trouve du Lambrusco (Jeff adore, et Akbar ne déteste pas).

L’immense salle est presque vide. Ils s’installent non loin du radiateur et attendent en devisant. Ils attendent en devisant. Ils attendent en devisant. Finalement, Akbar hèle le serveur actuel (qui n’a pas d’accent italien) et se rappelle à son bon souvenir. L’ardoise leur est présentée, et notre couple choisit sans hésiter la pizza du jour : tomates, mozzarella, œuf. Une pour chacun. Ils attendent en devisant. Ils attendent en devisant. Ils attendent en devisant.

L’attente valait la peine. Les pizzas ont une taille respectable mais abordable, elles sont chaudes (ce qui n’est pas toujours le cas des autres plats que l’on sert ici, toujours généreux mais chi va piano, va sano), le fromage coule à souhait, et, bonus !, il y a du thon en sus. Mais surtout, la pâte est succulente (si Bianca le reconnaît volontiers, c’est que c’est vrai : elle est encore plus exigeante qu’Akbar) : plus épaisse que les anorexiques pizzas romaines qu’Akbar avait dû enfiler lors de son récent séjour dans la ville éternelle, bien moins que celle des pizzas étouffe-chrétiens (ça n’aurait d’ailleurs pas marché avec Akbar ou Bianca) originaires de Chicago ; à l’instar des pizzas napolitaines, elle est pleine en bouche, élastique sans être collante, très légèrement croustillante en surface, salée juste comme il faut, ni trop ni trop peu. La seule différence – quasi imperceptible – avec les pizzas qu’il avait dégustées avec délectation quelques mois auparavant à l’ombre du Vésuve : la mouture un peu plus fine de la farine (Akbar la préfère plus grossière). Ils ne boudent donc pas leur plaisir : Bianca finit presque entièrement son plat (une fois n’est pas coutume), et son compagnon de table ne se gène pas pour faire un sort aux chutes qu’elles a laissées.

La prochaine fois, ils prendront du Lambrusco en accompagnement. Quant au café, celui qu’Akbar a rapporté d’Italie est bien meilleur que tout ce qu’il a trouvé depuis son retour.


Voir en plus grand

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

24 janvier 2009

Les juifs à Rome

Classé dans : Architecture, Histoire, Judaïsme, Lieux, Photographie — Miklos @ 0:02


Pierre tombale juive, Rome

«Oui il y a eu des juifs à Rome avant l’etablissement de la religion chrétienne, et même long-temps avant la naissance de Jésus-Christ. C’est un fait attesté par une foule d’écrivains (1). Le grand Pompée ayant conquis la Palestine et pris Jérusalem, fît transporter à Rome Aristobule et une multitude de juifs captifs qu’il réserva pour son triomphe. Ces juifs obtinrent sous César et sous Auguste la permission de vivre selon leurs rits et de pratiquer leurs cérémonies. Ils recouvrèrent aussi peu à peu leur liberté, et nous voyons, dans le discours de Philon à Caïus, que la plupart étoient fils d’affranchis (2). Un quartier leur fut assigné au delà du Tibre et ils l’ont toujours gardé. Ils y eurent leurs proseuques et leurs synagogues, et ils s’y réunissoient librement (3). Pour leur nombre, ou peut en juger par un fait que rapporte l’historien Josèphe. Les juifs de Jérusalem ayant envoyé à l’empereur Auguste une ambassade composée de cinquante notables, plus de huit mille juifs de ceux qui habitoient Rome, vinrent audevant des députés et leur firent cortége- (4).

Que résulte-t-il de là ? La chose est simple. Puisque les juifs jouissoient de tant de liberté à Rome, qu’ils y étoient si nombreux et qu’ils vivoient selon leurs rits, qui ne leur permettoient pas de brûler leurs cadavres, il falloit nécessairement qu’ils eussent un cimetière particulier. (…)

Les juifs avoient un cimetière à Rome long-temps avant qu’il y eût des chrétiens. (…) Ce cimetière (…) a été découvert il y a près de deux siècles et demi (14 décembre 1602) par le célèbre antiquaire Antoine Bosio, sur la voie dite Portuensis, c’est-à-dire du port du Tibre, endroit situé hors de l’enceinte de cette partie de la ville, mais voisin du quartier que les juifs occupoient dans l’intérieur. » Là on ne trouva aucun des signes de la religion chrétienne, comme on en trouve dans les autres cimetières ; mais on y trouva représenté le candélabre à sept branches, des lampes de terre cuite portant le même signe, le terme grec Συναγωγ. (Synagogue) dans un fragment d’inscription, etc (5).

« Des catacombes », Journal historique et littéraire, Liège, 1843.

(1) Cicéron, Horace, Plutarque, Tacite, Josèphe, Suétone, Philon , Hégésippe, Orosius, St. Jérôme, St. Augustin, etc.
(2) Philo jud. Orat. de legatione ad Caium.
(3) Ibidem.
(4) Flav. Joseph. Lib. 17. Antiquit. C. 12.
(5) Voir les autres détails dans le Roma subt[erranea] T. I, p. 390.


Arc de Titus (détail), Rome

«Ce petit arc de triomphe si joli fut élevé en l’honneur de Titus, fils de l’empereur Vespasien ; on voulut immortaliser la conquête de Jérusalem ; il n’y a qu’une arcade. Après l’arc de triomphe de Drusus près la porte Saint-Sébastien, celui-ci est le plus ancien de ceux que l’on voit à Rome ; il fut le plus élégant jusqu’à l’époque fatale où il a été refait par M. Valadier.

Cet homme est architecte et Romain de naissance malgré son nom français. Au lien de soutenir l’arc de Titus, qui menaçait ruine, par des armatures de fer, ou par un arc-boutant en briques, tout à fait distinct du monument lui-même, ce malheureux l’a refait. Il a osé tailler des blocs de travertin d’après la forme des pierres antiques, et les substituer à celles-ci, qui ont été emportées je ne sais où. Il ne nous reste donc qu’une copie de l’arc de Titus.

Il est vrai que cette copie est placée au lieu même où était l’arc ancien, et les bas-reliefs qui ornent l’intérieur de la porte ont été conservés. Cette infamie a été commise sous le règne du bon Pie VII ; mais ce prince, déjà fort vieux, crut qu’il ne s’agissait que d’une restauration ordinaire, et le cardinal Consalvi ne put résister au parti rétrograde, qui protégeait, dit-on, M. Valadier.

Heureusement, le monument que nous pleurons était semblable en tout aux arcs de triomphe élevés en l’honneur de Trajan à Ancone et à Bénévent.

Les bas-reliefs de l’arc de Titus sont d’un travail excellent et qui ne rappelle point le fini de la miniature comme ceux de l’arc du Carrousel. L’un de ces bas-reliefs représente Titus dans son char triomphal, attelé de quatre chevaux ; il est au milieu de ses licteurs, suivi de son armée, et protégé par le génie du sénat. Derrière l’empereur on aperçoit une victoire qui de la main droite pose une couronne sur sa tête, et de la gauche tient un rameau de palmier allusif à la Judée. Le bas-relief qui est placé vis-à-vis est plus caractéristique : on y voit les dépouilles du temple de Jérusalem portées en triomphe : le candélabre d’or à sept branches, » la caisse qui contenait les livres sacrés, la table d’or, etc. Les petites figures de la frise complétaient l’explication du monument. On distingue encore la statue couchée du Jourdain, fleuve de la Judée, portée par deux hommes.

Stendhal, Promenades dans Rome.


Arc de Titus (détail), Rome

«Parlons donc du sort des Juifs sous le gouvernement pontifical ! Certes la colonie juive de Rome est aussi romaine qu’aucune autre partie de la population. S’il y a encore des Juifs à Rome, c’est que le pouvoir temporel les y a trouvés et n’a pu supprimer, comme il a fait des dissidens survenus plus tard, cette communauté autochtone. Son immigration date du siège de Jérusalem, et la tradition fait remonter au temps de Titus la synagogue actuelle. Voici comment la tolérance pontificale est exercée à l’égard des Juifs romains. Il y a encore un ghetto à Rome lorsqu’il n’y en a plus dans le reste de l’Europe. Or un ghetto, ce n’est pas seulement un quartier particulier et marqué, c’est à une certaine heure de la nuit une prison où toute une population est séquestrée. Les Juifs ne peuvent demeurer hors du ghetto. Un très petit nombre d’entre eux ont eu la permission d’avoir des magasins hors de cette enceinte et seulement dans quelques rues voisines. Ils ne peuvent quitter Rome sans l’autorisation de l’inquisition, et s’ils ont obtenu d’aller dans une autre ville romaine, ils doivent, dès leur arrivée, se présenter à l’inquisiteur de la localité. Ils n’ont droit d’exercer qu’un nombre très restreint de métiers; ils n’exerceront la médecine que dans l’intérieur du ghetto ; l’accès aux professions libérales leur est interdit. Le droit de tester est pour eux soumis à un grand nombre de restrictions ; leur témoignage n’est admis dans les causes civiles que sous une foule de réserves. On sait à quelles avanies est soumise leur foi religieuse et le droit que l’autorité ecclésiastique s’arroge de leur enlever leurs enfans pour les baptiser : ils sont tenus de payer l’entretien des catéchumènes que l’on recrute parmi eux. Au moment où l’un de ces catéchumènes reçoit le baptême, son père est forcé de déposer son bilan et de remettre la part d’héritage du nouveau catholique, comme si la conversion ou l’apostasie de son enfant le frappait d’une mort anticipée. Le Juif romain qui n’est point moralement enchaîné au ghetto par les liens de famille, par l’âge, par l’amour du sol natal, le jeune homme qui aspire aux professions libérales et à la dignité d’une existence émancipée, ne peuvent échapper à cette destinée qu’en s’évadant par les montagnes comme des malfaiteurs ou des contrebandiers. Ainsi il n’y a parmi les Romains qu’un culte différent de la religion catholique, le culte israélite, et voilà le traitement que les Juifs reçoivent ! » Ils ne sont pas seulement outragés dans leur foi, blessés cruellement dans ce que le sentiment religieux a de plus cher et de plus sacré; ils sont chargés des plus pénibles et des plus humiliantes entraves dans tous les actes de la société civile.

E. Forcade, « Chronique de la quinzaine », Revue des Deux Mondes, 31 janvier 1865.

Eugène Forcade, né à Marseille, était un journaliste précoce : il avait fondé le journal Le Sémaphore à l’âge de 17 ans, et en avait été l’éditeur de 1837 à 1840, tout en étant commis dans une banque. Sa réputation le précédant, il est invité à joindre la prestigieuse Revue des Deux Mondes, à laquelle il contribue ses chroniques bimensuelles très remarquées pour leur couverture, leur style concis et brillant, modéré mais parfois d’un sarcasme féroce à l’encontre du système impérial. Il décède le 6 novembre 1869 à l’âge de 49 ans. (Source)

23 décembre 2008

Évolution

Classé dans : Progrès, Publicité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 13:02

« La publicité, c’est la gloire du riche ; la gloire, c’est la publicité du pauvre. » — Auguste Detœuf

“My opinions may have changed, but not the fact that I am right.” — Ashleigh Brilliant

« Évoluer, c’est céder à la fatalité. » — Thomas Mann

“Someday, there will be advertising on Wikipedia. Either that, or we will have to find some other way to raise money, but I can’t think of any. (…) I imagine that there will be some resistance to advertising from adamant anti-capitalists, and from those who think that any association with money is necessarily corrupting. I can’t really help that, and I can only state for the record that I think such people are seriously mistaken in many aspects of their world view.”

Personal Appeal From Wikipedia Founder Jimmy Wales, 9 novembre 2001.

“Like a national park or a school, we don’t believe advertising should have a place in Wikipedia.”

An appeal from Wikipedia founder, Jimmy Wales, 23 décembre 2008.

“Currently, the predominant business model for commercial search engines is advertising. The goals of the advertising business model do not always correspond to providing quality search to users. (…) For this type of reason and historical experience with other media, we expect that advertising funded search engines will be inherently biased towards the advertisers and away from the needs of the consumers. (…) we believe the issue of advertising causes enough mixed incentives that it is crucial to have a competitive search engine that is transparent and in the academic realm.”

Sergey Brin and Lawrence Page [les deux co-fondateurs de Google], “The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine”, 1998.

“Advertise your business on Google. No matter what your budget, you can display your ads on Google and our advertising network. Pay only if people click your ads.”

Google AdWords, 2008.

“Fascinating, those huge batteries of machines pouring out their messages to the American people. It seemed to him almost miraculous, the way the commercials were broadcast into thin air and picked up by the tiny discs embedded in the bottle or can or box or whatever wrapping contained the product, but he knew it involved some sort of electronic process that he couldn’t understand. Such an incredibly complex process, yet unfailingly accurate!”

Ann Warren Griffith, “Captive Audience”, 1953.

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