Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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11 mai 2018

« Je suis pour l’élitisme pour tous » (Jean-Marie Rouart, ce matin sur Radio Classique, dans l’émission « Accords/désaccords »)

Classé dans : Langue, Médias, Société — Miklos @ 15:27

On est tous les premiers à avancer en même temps. © Miklos 2007.Street art. Paris, 2007. Cliquer pour agrandir.

« Élitisme n. m. xxe siècle. Dérivé d’élite. Tendance à favoriser la formation d’une élite ou à conforter le pouvoir des élites en place. L’élitisme d’un système scolaire. Ce projet est entaché d’élitisme. » (Dictionnaire de l’Académie française, dont Rouart fait partie – il est vrai qu’il a dû s’y reprendre à cinq fois pour que sa candidature soit acceptée)

« Élite n. f. xiie siècle. 1. Ensemble de ceux qui, dans un groupe, une société, sont considérés comme les meilleurs. 2. Qui, par ses qualités exceptionnelles, domine les autres ; supérieur. » (id.)

1 mai 2018

My ratatouille

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 14:45

Ratatouille ingredients (oops, forgot the garlic). Click to enlarge.

• 3 medium sized eggplants (aubergines)
• 3 zucchinis (courgettes)
• 3 bell peppers (different colors if available)
• 3 large tomatoes
• 1 large onion
• 3 garlic cloves
• 3 tablespoons of
herbes de Provence
• 3 teaspoons of salt
• 1 teaspoon of ground pepper
• 1 teaspoon of turmeric (optional)
• 1 teaspoon of ground thyme (optional)
• 1 teaspoon of grated cumin (optional)
• 100 ml (or so) olive oil

Heat the oil in a deep and thick pan.

Peel, then slice the onion. Peel then chop the garlic. When the oil is warm, add onion, garlic, salt, pepper, turmeric (optional), ground thyme, cumin (optional) and herbs to the pan. Cover and lower the heat.

Chop into cubes one eggplant (after having cut its stem), one zucchini (after having cut the stem), one bell pepper emptied of its seeds and one tomato. When done, add them to the pan, mix well, and cover again. Repeat twice for the remaining vegetables.

Let cook for 35 minutes or so. Check regularly (it shouldn’t be overcooked, look at the eggplant pieces) and carefully mix the vegetables.

After having added the first vegetables to the pan . Click to enlarge.

3 avril 2018

Quelle peste que Google Translate !

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 2:22


Cliquer pour agrandir.

Par curiosité, on a comparé les traductions que donne notre AMIAspirateur mondial de l’information à tous de l’adjectif espagnol majo, -a (gentil, -e, cf. « Los Majos Enamorados » des Goyescas d’Enrique Granados) vers l’anglais et le français.

Eh bien, c’est gratiné !

Tout d’abord, bien qu’on ait indiqué la langue source (« Espanol », comme on le voit dans l’onglet supérieur gauche), le site indique « Slovène » pour la forme masculine, et « Polonais » pour la forme féminine.

Quant aux résultats, il n’y a que la traduction en anglais du masculin qui soit correcte ; la correspondante en français échoue. Pour la forme féminine, la traduction en anglais fait preuve d’un sexisme outrageant, et pour le français – erreur de genre et sens n’ayant quasiment pas de rapport.

On vous laissera découvrir comment cet outil incontournable traite ce même adjectif avec une majuscule.

Édifiant.

4 mars 2018

Chat alors ! Comme c’est curieux ! comme c’est bizarre ! et quelle coïncidence !

Classé dans : Littérature — Miklos @ 15:01

“And he began with the simple things that everybody’s known and felt—the freshness of a fine morning when you’re young, and the taste of food when you’re hungry, and the new day that’s every day when you’re a child. He took them up and he turned them in his hands. They were good things for any man. But without freedom, they sickened. And when he talked of those enslaved, and the sorrows of slavery, his voice got like a big bell. He talked of the early days of America and the men who had made those days. It wasn’t a spread-eagle speech, but he made you see it. He admitted all the wrong that had ever been done. But he showed how, out of the wrong and the right, the suffering and the starvations, something new had come. And everybody had played a part in it, even the traitors.”
– Stephen Vincent Benét, The Devil And Daniel Webster.

La collection L’Éveilleur Étrange a récemment (2017) publié Le Roi des chats, recueil de six nouvelles fantastiques mâtinées d’un léger humour décalé de Stephen Vincent Benét (1898-1943) traduites de l’anglais (The King of the Cats, 1929) par Pierre Javel.

Dans la préface, Thierry Gillybœuf écrit : « Qui, aujourd’hui, en France, connaît le nom de cet écrivain […], dont aucune œuvre n’était plus disponible dans notre langue […] ? » jusqu’à cette publication. Oubli d’autant plus curieux que la Library of America (à ne pas confondre avec la bibliothèque du Congrès) avait inclus ce recueil dans sa rétrospective de 200 ans de contes fantastiques américains (en 2009).

Eh bien, moi, par exemple. Ado­lescent, j’avais lu et aimé, ri, et été boule­versé par la lecture de The Devil and Daniel Webster en anglais (était-ce dans une classe d’anglais, en Israël ? Où étais-je tombé dessus par hasard?), célèbre conte faustien publié en 1936 (et adapté pour l’opéra deux ans plus tard, pour devenir un film en 1941).

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats. Selon la préface, Benét aurait repris un conte populaire britannique éponyme. Selon quelques sources en ligne, la première version connue en serait Beware the Cat (1553) de William Baldwin, qui aurait l’insigne distinction d’être la première longue œuvre en prose de fiction en langue anglaise (on peut aussi en trouver une version modernisée et une courte vidéo ci-dessous). Elle est en plus apparemment déroutante et inclassifiable.

À la lecture des résumés qu’on trouve de cet ancien conte, il semble que Benét ait innové, et de façon assez spectaculaire : ses deux personnages principaux s’avèrent être un homme-chat et une femme-chatte et le conte décrit principalement la fascination qu’ils exercent sur leur entourage, ce qui paraît tout à fait absent des versions précédentes de ce conte. Le récit de Baldwin ne constitue en fait que la chute de celui de Benét.

Cette caractéristique ne peut éviter de rappeler le fameux conte japonais du chat-vampire de Nabeshima (cf. texte et contexte ici). Benét aurait-il pu en avoir connaissance ? Peut-être : une version en avait été publiée aux États-Unis en 1871, in Tales of Old Japan, près de 30 ans avant la naissance de Benét.

Enfin, on remarquera qu’un quasi homonyme de Stephen Vincent Benét, Vincent Bénet, professeur à l’Inalco, est titulaire d’une maîtrise en littérature russe sur « Le mythe du chat dans le Maître et Marguerite de Boulgakov »… Ce qui explique la célèbre interjection de Madame Martin qui intitule ce billet.

Les autres contes du recueil Le Roi des chats ne sont pas tous folichons : on mentionnera La Fuite en Égypte (mauvaise traduction, à mon avis, du titre original Into Egypt : il est loin de s’agir ici d’une fuite) décrit sobrement la tragique expulsion du Peuple maudit, du point de vue d’un officier chargé d’en superviser la bonne marche. Conte superbe, par l’empathie qu’il dégage discrètement (empathie que l’on retrouve dans d’autres contes de Benét, à l’instar de Daniel Webster, cf. la citation en exergue), par son actualité (le président américain actuel devrait le lire, cela changerait peut-être ses plans d’expulser ces maudits migrants étrangers non blancs non chrétiens non Américains) et aussi par sa chute.

Ce mélange de quasi fantastique et de réalisme, d’humour, d’ironie et de tragique sans effets de manche n’est pas sans rappeler le recueil Le Passe-muraille de Marcel Aymé. Bref, Benét est un écrivain à connaître. Voici deux recueils d’œuvres choisies de ses œuvres (en anglais) : 1. Poésie. 2. Prose.

1 mars 2018

Life in Hell : Mais pourquoi le rail français est-il si raillable1 ?

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 17:50

Akbar s’échappant du RER. Cliquer pour agrandir. (source de la photo)

Akbar se demandait récemment si l’actuel président français réussirait à réformer les statuts de la SNCF : après tout, les avantages plus que généreux de ses cheminots avaient été mis en place à l’époque des locomotives à vapeur alimentées au charbon 🚂, ce qui dégradait leur santé beaucoup plus rapidement que celle du consommateur français moyen de vin et de cigarettes. Avec l’avènement de l’électricité et, plus tard, de l’informatique, conduire ces bêtes devenus inhumaines devrait presque être une sinécure. Mais après être finalement arrivé à rentrer chez lui de sa récente incursion à l’aéroport Charles-de-Gaulle, il se demande maintenant si Macron ne devrait pas également s’attaquer à d’autres compagnies d’exploitation ferroviaires fran­çaises. Voici pourquoi.

oOo

La visite du Shah de Jakarta chez son bon ami Akbar se terminant, il lui faut maintenant se présenter à 5 heures du matin au terminal 1 de l’aéroport pour s’enregistrer sur son vol matinal ✈ ☉. Il est bien trop tôt pour emprunter la ligne B du RER – exploitée comme on le sait conjointement par la RATP et la SNCF (cette dernière pour le tronçon à emprunter) – qui ne commence son service que plus tardivement. Comme Akbar ne souhaite pas que le Shah passe la nuit à l’aéroport, il commande un taxi pour 4h30 dans lequel ils embarquent de concert. Une fois ce dernier enregistré au comptoir de sa compagnie de vol, ils bavardent à bâtons rompus, puis se séparent à 5h45, le Shah pour passer le contrôle de sécurité et se rendre vers la zone d’embarquement, Akbar pour rentrer à Paris par RER qui avait entre temps commencé son service.

oOo

La gare du RER – appelée Charles-de-Gaulle 1 mais desservant en fait le terminal 3 – étant située à Roissypôle, Akbar doit d’abord prendre la navette automatique CDGVAL, dont l’exploitant est Transdev (ex Veolia Transdev). Arrivé sur son quai où se trouvent déjà quelques passagers, voici que retentit l’annonce suivante : « Le service est temporairement suspendu pour des raisons de sécurité ». Il attend. Cette annonce se répétant toutes les deux-trois minutes sans autre précision quant à la durée de l’interruption, Akbar se demande si le service reprendra un jour.

Après un bon moment, il se décide à quitter le quai. Il revient dans le terminal et cherche un humain à qui demander des précisions sur la reprise du service ou sur un moyen de transport alternatif. Autrefois, se souvient-il, il y avait des bus reliant les terminaux, et si l’un tombait en panne, le suivant arrivait quelques instants plus tard. Maintenant c’est plus pareil, ça change, ça change (comme le chantait Boris Vian), le progrès a remplacé ces multiples bus et leurs conducteurs par un train automatique. Mais quand c’est lui qui est arrêté ou tombe en panne, on est dans la panade. Non, on ne peut aller d’un terminal à l’autre à pied, il n’y a pas de trottoirs pour ce faire.

Personne à l’horizon. Il aperçoit finalement un panneau portant le mot Information et une flèche ⇗ qu’il s’empresse de suivre. Elle lui enjoint de prendre l’ascenseur vers un autre étage du terminal. En en émergeant, il voit au loin le guichet de service de l’aéroport, et, s’en rapprochant, l’affiche « Fermé ». Faut-il s’en étonner ?, se demande Akbar sans pour autant se résigner à s’installer à vie dans l’aéroport.

Non loin de là, deux dames portent des uniformes qui lui font penser à des employées de l’aéroport. Il s’en rapproche, et leur demande si elles savent quand CDGVAL reprendra son service. Que nenni, elles ne savaient même pas qu’il était arrêté. Elles s’empressent fort aimablement de lancer des appels téléphoniques sur leurs trois smartphones, mais leurs interlocuteurs n’en savent pas plus. Finalement, l’un d’eux leur dit qu’il appellera quelqu’un d’autre qui les rappellera (vous suivez ?), ce qui est fait quelques instants plus tard. Il s’avère qu’on a signalé une personne sur la voie de CDGVAL d’où son arrêt. Il devrait reprendre son service dans le quart d’heure qui suit, et si ce n’est pas le cas, des bus seront mis à disposition. Akbar se dit in peto que l’aéroport a donc encore ces bus et leurs chauffeurs, alors à quoi bon le CDGVAL ?

Malgré ce questionnement, il revient vers le quai de la navette qui fait son apparition quelques instants plus tard, ce qui lui permet d’arriver enfin à Roissypôle.

oOo

Suivant les indications, il descend vers le quai desservant les RER à destination de Paris. Un train se trouve sur l’une des deux voies le bordant, toutes lumières allumées, l’autre voie étant vide. Les deux panneaux d’affichage indiquent que le prochain train pour Paris et le suivant partent de la première voie. Akbar entre donc dans la voiture la plus proche, où se trouve déjà un passager qui d’évidence attend le départ en somnolant.

Quelques minutes plus tard, le signal indiquant la fermeture des portes sonne et le train se met en marche. Comme Akbar s’était mis à lire, il ne contemple pas le paysage, mais peu après le départ il se rend finalement compte que le train s’était arrêté depuis un petit moment, mais pas dans une station : levant les yeux, il aperçoit un mur d’un côté, et de l’autre un train arrêté toutes lumières allumées. Il en conclut qu’il y avait sans doute un problème qui avait causé cette interruption de service simultanée sur les deux voies dans un tunnel, et qu’il espère temporaire, comme pour le CDGVAL. Mais aucun des deux trains ne redémarre.

Après de longues minutes, il voit une personne qui marche dans l’espace entre les deux trains (mais impossible de l’interpeller). Il décide alors d’appeler 📱 le numéro d’urgence affiché près des portes, le 3117. Or il n’y a pas de couverture réseau… Finalement, il se résout à tirer une des poignées d’alarme : sans aucun effet. L’autre passager, qu’il avait entre temps réveillé et auquel il avait expliqué la situation, en tire une autre, sans effet non plus. Akbar appuie sur le bouton d’ouverture de plusieurs portes de la voiture : sans effet.

Que faire ? Gonflant ses biceps 💪, il force l’ouverture d’une porte en écartant ses deux panneaux. Akbar et son compagnon d’infortune sautent de la voiture vers l’espace entre les deux trains, saut d’une hauteur de 1 m, ce qui n’est pas chose aisée vu sa fracture du pied.

Ils constatent alors qu’ils se trouvent dans un tunnel en cul-de-sac ⛔, où leur train et l’autre y sont non pas simplement arrêtés, mais garés. Ils prennent le sens opposé. Après quelques instants, ils rencontrent une personne venant dans leur direction qui s’avère – en réponse à la question d’Akbar – être un employé. Akbar lui explique leur situation, l’employé répond qu’il y a « dû y avoir un problème d’information », leur dit de continuer à marcher dans la même direction, ce qui leur permettra de rejoindre la gare de RER Charles-de-Gaulle 2, et disparaît. Ils y arrivent finalement.

Heureusement que la porte séparant ces voies de garage du quai public, sans doute normalement fermée voire verrouillée, est grande ouverte : ils peuvent entrer sur le quai et prendre un RER « normal » 🚆 allant à Paris. Akbar arrive à Châtelet-Les Halles 1h45 après ses tentatives de départ de l’aéroport, alors que ce voyage prend normalement moins d’une heure.

Dernier avatar : à l’arrivée, le titre de transport qu’il avait acheté deux heures plus tôt et qu’il introduit dans le lecteur contrôle l’ouverture du portillon s’avère être illisible. Il ne lui reste plus qu’à utiliser le téléphone de service. La préposée lui dit qu’elle lui ouvre l’accès poussettes qu’Akbar n’hésite pas à emprunter pour quitter finalement la gare, bien qu’il ne soit pas équipé de ce véhicule.

Une fois rentré chez lui, il se dit qu’il trouve particulièrement choquant et dangereux que :

  • L’information affichée sur le quai au départ était fausse : elle n’indiquait pas qu’il ne fallait pas prendre ce train à l’arrêt, mais attendre le suivant.

  • Aucune annonce vocale n’a été faite avant la fermeture des portes, qui aurait dû informer les passagers que ce train ne prenait pas de voyageurs.

  • À son arrêt dans le tunnel de garage, comment se fait-il que le conducteur du train ne soit pas passé par toutes les voitures pour vérifier s’il n’y avait personne qui s’y trouvait ?

  • Plus grave : comment se fait-il qu’aucun moyen d’appel d’urgence n’était opérationnel ?

  • Et enfin : Akbar et son compagnon de voyage ont été contraints de marcher le long de voies, puis d’en traverser pour pouvoir rentrer dans la gare. Bonjour le danger !

Autant de questions, si peu (ou plutôt, pas) de réponses.

1 Cf. raillable.
2 Jeff et Akbar sont les personnages d’une
série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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