Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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8 septembre 2011

La question du jour. 2.

Classé dans : Langue — Miklos @ 23:52

Je cherche « à situer sur la planisphère des pays Zoulou Andalou Moscou Tombouctou Anjou Poitou Mandchou »*.

Réponse du grand manitou : Vous cherchez où courir le guilledou ? Pourquoi pas au Pérou ou à Ouagadougou, à Corfou ou à Caribou ? Hou hou, vous vous croyez chez les fous ?


Il s’agit d’une recherche effectuée par un internaute anonyme qui l’a menée vers ce blog.

7 septembre 2011

La question du jour. 1.

Classé dans : Langue — Miklos @ 23:42

Je cherche : « Danse contemporaine sans culotte »*

Réponse de la rédaction : si vous vous intéressez à la danse qui était contemporaine des Sans-culottes, il s’agit de la Carmagnole, dont les paroles sont toujours d’actualité (« Monsieur Sarko Veto avait promis… »). Sinon, on vous déconseille Mauvais genre d’Alain Buffard, non pas que ce soit notre opinion de son œuvre (on la garde pour nous, notre opinion), mais parce que justement les danseurs y portent tous des couches-culottes. Il vous reste alors Herses (une lente introduction) de Boris Charmatz, sur des musiques de Helmut Lachenmann, où les danseurs sont effectivement déculottés.


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14 août 2011

Truite aux fines herbes

Classé dans : Cuisine, Langue, Lieux — Miklos @ 3:02

Bondjoû, lès soçons !

Le menu de l’auberge dol besace à Crupet propose, entre autres plats succulents, une truite aux fines herbes ainsi que sa recette traditionnelle en wallon. Afin de vous en faciliter la compréhension, voici un bref lexique de quelques mots-clé (pour les autres, faites appel à votre imagination ou jetez un coup d’œil à cette savoureuse anti-sèche) :

a

ail

brâmint

beaucoup

brèle

ciboulette

crauche

gras

dragone

estragon

emantchi

emmancher (mettre en train)

frisse

fraîche

l’mwin

la main

nin rovyi

ne pas oublier

pérzin

persil

Dommage que de nos jours ils la servent sans les grossès frites côpéyes à l’mwin comme on les y faisait ainsi que le prétend la recette…

Et pour le dessert, on ne peut que vous conseiller très vivement de faire un tour à Wépion et d’y acheter une (ou plusieurs) barquettes de vraies fraises du coin, cultivées en pleine terre : elles sont belles, d’un rouge profond qui rappelle celui de natures mortes flamandes, elles sont parfumées, elles sont tendres sans êtres molles, elles sont succulentes. Cela vous changera des succédanés stéroïdés et artificiels, rouges pâle ou blanchâtres, croquants et aqueux, sans goût, qui portent le nom de ce fruit mais n’ont aucun rapport avec lui.

On trouvera ici quelques autres photos de la région.

À dji n’sé nin quand !

20 juillet 2011

Le faux ami du bibliophile

Classé dans : Langue, Littérature, Livre, Progrès, Économie — Miklos @ 8:34

Non, il ne s’agit pas du livre numérique, mais de l’un de ceux qu’ont débusqués Koessler et Derocquigny :

Ils sont à la mode, ils sont justement à la mode. La défiance à l’égard du mot étranger qui a le faux air de vouloir dire la même chose que le mot de la langue maternelle auquel il ressemble, ou dont il n’est qu’une transformation, ou même qu’il se contente de reproduire littéralement, a toujours été une des attitudes particulières de l’expert véritable en ces matières ; tomber dans les « traquenards » innombrables qui s’ouvrent sous les pas de ceux qui se promènent sur les terrains linguistiques de l’Europe occidentale, en particulier, a toujours été la marque nette de l’insuffisance, chez quiconque se mêle de ces choses ; les éviter avec sûreté fut toujours un des signes de la maîtrise, un des signes sans lesquels il n’est point de maîtrise. Or dans le cas — car ce n’est qu’un cas — du français et de l’anglais, ce danger si redoutable par son omniprésence vient d’être dénoncé, et donc, pourrait-on croire, conjuré avec un éclat et une précision durables, par l’œuvre capitale de MM. Koessler et Derocquigny1.

Revue anglo-américaine vol. 6:6, 1929.

Bibliophile affligé de bilinguisme, il nous arrive de trébucher sous l’emprise de la fatigue en confondant library et librairie, ce qui est (avouons-le) particulièrement frustrant, surtout lorsque ce lapsus concerne l’objet de notre désir. « L’une des fonctions, l’un des attributs de l’homme, a été de nommer. Une de ses misères, ou l’un des caractères de sa misère, est de mal nommer. »2

On comprendra alors notre ravissement à la lecture du passage suivant :

Nos Anciens disaient toujours Librairie et jamais Bibliothèque. Villon en son Grand Testament :

Je lui donne ma Librairie,
Et le Roman du Pet au Diable, &c.

Budé en son Testament : Guillaume Budé, conseiller du roi, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, & maître de sa librairie. Rabelais, livre 2, chap. 7, Comment Pantagruel vint à Paris, & des beaux livres de sa librairie de S. Victor. Sous le règne de Charles IX, on commença à dire bibliothèque, comme il paraît par le livre de la Croix du Maine, imprimé en 1584, & intitulé Bibliothèque. Et c’est comme on parle aujourd’hui. Librairie pour bibliothèque n’est plus en usage que parmi quelques religieux. Mais on dit toujours librairie pour le trafic des livres. La librairie va bien ; la librairie est bonne cette année.

Gilles Ménage, Observations de Monsieur Ménage sur la langue française. Paris, 1572.

La dernière observation de Monsieur Ménage est malheureusement fausse : la librairie va mal, la librairie est mauvaise cette année. Et pourquoi ? À cause de cet autre mauvais ami du bibliophile que nous écartions plus haut.


1 Maxime Koessler et Jules Derocquigny : Les faux amis, ou, Les trahisons du vocabulaire anglais (conseils aux traducteurs), 1928.

2 A. Vinet, Littérature de l’adolescence. Bâle, 1836.

19 juillet 2011

Bis repetita placent

Classé dans : Langue — Miklos @ 0:43

Ce pourrait être l’histoire bizarre de deux frères bessons balèvres chaussant des bésicles, qui posent leur besace sur une balance.

Encore que le fruit soit petit de cette recherche, si est-ce que le labeur n’en est pas moindre. Quand deux enfants sont nés d’une ventrée nous les appelons bessons, qui est un mot corrompu de beshoms, tourné de deux mots latins Bis homines, comme si nous voulions dire, deux hommes. Nos vieux Français usaient de homs pour hommes. Cette même rencontre s’observe en ce mot de bésicles, que nous appelons autrement lunettes, parce qu’elles représentaient la forme de la Lune, desquelles nous usons pour mieux lire quand la vue commence de nous diminuer. C’est pourquoi les anciens les appelaient Bis oculi, doubles yeux, par ce mot abrégé de bésicles. Le même est-il au jeu de dés, quand nous tombons sur deux as nous les appelons besas ; & deux sacs recousus ensemble, on les appelle besaces, ou bissacs. Cette même composition se rencontre en ce vocable de balèvre, comme si nous disions bis labra. Ainsi est-il de la balance, parce que chaque côté d’icelle était par les anciens Latins appelé lanx ; & de là est que Cicéron en ses Tusculanes, parlant qu’au poids que Philolaos faisait de la vertu, elle emportait en tout & par tout les biens du corps, & de fortune. Nos ancêtres donc appelèrent l’instrument destiné à peser balance, du mot corrompu de bilance, ou belance, quasi Bis lanx. Tout cela en notre langue a fort bonne grâce, & très mauvaise, si nous en usions ainsi en latin. Mais c’est ce que j’ai dit ailleurs que nous avons amendé notre langage du sien de celui de Rome, comme l’on disait de Virgile à l’endroit d’Ennius.

Étienne Pasquier, Les Recherches de la France, Paris, 1596.

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