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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 janvier 2010

Le réseau ferré français est dangereux

Classé dans : Histoire, Musique — Miklos @ 0:43


PARIS, 17 septembre. — Le public en France est très perturbé par la fréquence des accidents semble-t-il inexcusables sur la ligne de l’Ouest, qui est exploitée par le Gouvernement. L’accident, qui a eu lieu près de Cherbourg cette semaine et qui a coûté la vie à huit personnes, semble avoir été entièrement dû, d’abord, à des défauts de construction de la voie, et ensuite au mauvais état des voitures. — New York Times, 18 septembre 1910.

La Compagnie des chemins de fer de l’Ouest a été constituée le 13 juin 1855 (à la suite d’un décret du 27 janvier 1852) par la fusion de sociétés concessionnaires des lignes de Paris à Saint-Germain, Argenteuil et Auteuil (qui était en dehors de Paris jusqu’en 1860), Paris à Rouen, Rouen au Havre, Dieppe et Fécamp, l’Ouest, Paris à Caen et à Cherbourg, et auxquelles se rajoutent diverses lignes et embran­che­ments, notamment de Rennes à Brest, de Rennes à Saint-Malo et du Mans à Angers. On lira avec profit la notice historique qui en détaille les fusions successives.

Son premier conseil d’administration comprenait quelques noms célèbres à un titre ou un autre : le comte Prosper de Chasseloup-Laubat (ministre nous Napoléon III), le duc de Noailles, le baron Casimir de l’Espée (neveu du maréchal Ney ; inconnu de Wikipedia qui propose comme recherche alternative « Casimir de l’obèse »), Charles Laffitte (promoteur de la construction de la voie Paris-Rouen et neveu du banquier Jacques Laffitte), Émile Pereire (banquier comme son frère, et tous deux fondateurs de la compagnie Paris-Saint-Germain ; saint-simoniste)…

Les amateurs d’Offenbach en ont entendu parler, ou plutôt chanter, dans La Vie parisienne, qui s’ouvre ainsi :

Nous sommes employés de la ligne de l’Ouest,
Qui dessert Saint-Malo, Batignolles et Brest,
                   Conflans, Triel, Poissy,
                   Barentin, Pavilly,
                   Vernon, Bolbec, Nointot,
                   Motteville, Yvetot,
                   Saint-Aubin, Viroflay,
                   Landernau, Malaunay,
                   Laval, Condé, Guingamp,
                   Saint-Brieuc et Fécamp.
Nous sommes employés de la ligne de l’Ouest,
Qui dessert Saint-Malo, Batignolles et Brest.

Il ne faut pas en conclure que c’était le parcours réel de la ligne. Voici ce qu’en dit Le Paysage normand (publié en 1980 par le centre d’art, esthétique et littérature de l’université de Rouen) :

Voilà bien un itinéraire de fantaisie où Normands et bretons s’égareront aisément ! Pourtant les gares de la ligne du Havre (de Paris à Bréauté Beuzeville très exactement) figurent dans un désordre savant pour des raison de rythme (cette énumération est un chœur d’ouverture). La géographie normande de Meilhac et Halévy est une géographie hâtive et emportée par le mouvement de la locomotive, une sorte de Lison bon enfant qui laisse pour le moins des souvenirs mêlés dans l’esprit du voyageur distrait.

Finissons donc en musique : le train – au rythme si caractéristique – n’a pas manqué d’influencer de nombreux compositeurs : on pense au Pacific 231 de Honneger ou à l’impressionnant (et glaçant) Different Trains de Steve Reich, mais savez-vous qu’il y a des dizaines, voire des centaines d’œuvres qui citent les trains, d’une façon ou d’une autre, de 1828 à 2009 (au moins) ? Phil Pacey les a recensées pour vous.

22 janvier 2010

Alla breve. XXVII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 0:16

[190] Du Messie à Rocky. La bibliothèque musicale de l’université North Texas possède des fonds originaux (d’un volume non négligeable : un demi million de partitions, neuf cent mille enregistrements sonores, trois cent mille livres et pério­diques, des photographies), pour le moins : on y trouve une première édition du Messie de Händel, une page (encadrée) d’un missel vieux de 700 ans ou une carte postale d’Arnold Schoenberg et des manuscrits d’Aaron Copland aux côtés de 45T d’Elvis, d’un album dédicacé des Ramones, d’un buste de Duke Ellington (unique au monde, il a été sculpté par un musicien, on en conçoit la rareté) ou d’une paire de bottes de cow-boy qui appartenaient à l’un des directeurs de la bibliothèque. De fait, elle est surtout renommée pour ses collections concernant le jazz et la musique pour fanfares (band music). Un entretien filmé avec son directeur permet de voir certaines de ses possessions. (Source)

[191] Grave, le métier. Si, comme on l’a récemment vu, tout le monde peut se transformer en graveur (de musique) – ne sommes-nous pas dans l’ère du Yes, you can! – le métier de copiste-graveur a une longue histoire. Pierre Thuries, qui l’exerce à Radio France, en parle dans un entretien passionnant, où il ne s’agit pas que d’évolutions techniques, mais aussi d’esthétique. Et encore, il ne s’agit ici principalement que de partitions en notation traditionnelle, que dire alors de celles d’Archipel IV d’André Boucourechliev (qu’on aimerait accrocher sur le mur de son salon, à défaut d’être en mesure de la jouer), d’Aria de John Cage, d’Artikulation de György Ligeti (« double » partition dont cette vidéo ne montre que la moitié), voire de Stripsody (mot-valise composé de « bande dessinée » et de «  rhapsodie ») de la géniale et regrettée Cathy Berberian (pour lequel Luciano Berio avait écrit des œuvres remarquables), que l’on peut toutes tenir dans ses mains et écouter – voire recomposer ! – à la Médiathèque de l’Ircam. (Source)

[192] Messiaen pour les petits. Plus on commence tôt, plus on a des chances d’y prendre goût. Ictus, l’excellent ensemble belge de musique contemporaine (dont on peut écouter ici des extraits d’un concert), a donné des mini concerts à des enfants de 7 à 10 ans, dans le cadre d’une découverte simultanée et ludique de l’Opéra de Lille et de la musique contemporaine : des œuvres de Philip Glass, de Tom Johnson et d’Olivier Messiaen. Une des spectatrices : « c’était bien, c’était rigolo… », ce n’est pas le public blasé de la capitale qui s’exprimerait ainsi ! (Source)

[193] Hommage à Larry Beauregard. Ce jeune flûtiste très doué – « modèle de ce que devrait être, idéalement, tout musicien du futur », selon Pierre Boulez, qui avait composé en son hommage Mémoriale –, membre de l’Ensemble intercontemporain, est décédé en 1985 à l’âge de 28 ans. Il avait participé au développement de la « flûte MIDI », dispositif permettant à un ordinateur de « savoir » à chaque instant ce que joue la flûte et de se synchroniser ainsi en live avec elle pour la production de sons synthétiques (dans cette vidéo, c’est l’ordinateur qui joue l’accompagnement, en « suivant » le jeu de l’instrumentiste). Le compositeur (et guitariste électrique) canadien Tim Brady vient d’écrire Requiem 21.5 à la mémoire de Beauregard, basé sur sept notes du Requiem en ré mineur de Mozart et sur quatre notes de Densité 21.5 de Varèse. Cette œuvre sera créée dans quelques jours par l’orchestre symphonique de Laval. (Source)

[194] Un ado aux Victoires de la musique. Raphaël Sévère vient d’être désigné comme candidat (« nominé », en franglais) aux Victoires de la musique dans la catégorie révélation soliste 2010. Il a 15 ans, et commencé le piano à l’âge de 4 ans, le violoncelle à 5 ans et la clarinette à 8 ans ; on le voit et l’entend jouer ici à l’âge de 12 ans à un concours international à Tokyo (dont on n’a pu trouver de confirmation indépendante sur le net japonais ou ailleurs). Bien évidemment, il a un site web, deux pages Facebook (une pour lui, une pour ses fans), une sur MySpace (avec des extraits d’enregistrements), deux pages Wikipedia (une française, une anglaise, dont l’auteur est « un enseignant habitant près de Nantes » ; tiens, tiens ! le père Sévère, clarinettiste lui aussi, est professeur au conservatoire de Nantes… comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence !) et un agent. (Source)

[195] Un violon sur le toit sur le carreau. L’associé d’un luthier réputé de Lyon transportait deux violons d’un certain prix. Il n’y a pas de petites économies : il a pris le tram, et devait se tenir dans l’articulation entre les deux voitures. Un virage à angle droit, et l’un des violons est écrabouillé. Pas à mort, semble-t-il, il serait réparable. Entier, il valait 18 000 €, tout de même. Ce n’est pas le prix d’un Stradivarius, mais cela ne consolera pas l’assurance. Quel couac… Ce n’est rien à côté de ce qui était arrivé à David Garrett, violoniste (et ex modèle pour Vogue et Armani) il y a bientôt deux ans : en sortant de scène, il chute dans l’escalier, et son violon (un Guadagnini – et non pas un Stradivarius, comme l’affirmait The Inde­pendent, autre couac ; ce facteur d’instru­ments se donnait pour élève de Stradivarius bien qu’on n’en ait pas la preuve, d’où la confusion, sans doute) qu’il avait acheté en 2003 pour un million de dollars s’est fracassé. La réparation devrait coûter près de 70 000 € et durer 8 mois, estimait-il alors. Il estimait aussi avoir eu de la chance : en tombant sur son étui, il ne s’était rien cassé, lui. Et on a mis à sa disposition un Strad un vrai, d’une valeur plus élevée, pour un concert qu’il devait donner pour la Saint-Valentin. Comme quoi à quelque chose malheur est bon… Et pour finir en beauté, on se souviendra du ballet Le Diable à quatre, sur la musique d’Adolphe Adam et d’après une pièce de Sedaine tirée elle-même d’une pièce de Shakespeare, dans lequel « la comtesse, furieuse qu’on ose danser tandis qu’elle a du chagrin, s’élance vers le ménétrier, s’empare du violon du pauvre aveugle et le brise en morceaux. (…) Aussitôt le vieil aveugle se redresse, se transforme et devient un puissant magicien. » C’est commode pour réparer soi-même son violon brisé, mais ce n’est pas ce qu’il fit. (Source)

[196] Offrez-vous un Cavaillé-Coll. Le grand orgue de l’église Saint-Jacques à Bergerac, construit par Cavaillé-Coll en 1877, est mal en point : cela fait dix ans qu’il est muet, faute de financements pour le réparer, bien que classé monument historique. L’abbé, bien inspiré, a lancé un appel à mécènes : pour 150 €, on devient le patron d’un tuyau, on aura son nom gravé sur une plaque sous la tribune de l’orgue et on bénéficiera d’une déduction fiscale. Le saint homme ne précise pas si on pourra se refiler ces tuyaux. (Source)

17 janvier 2010

Alla breve. XXVI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 17:11

[183] La Passion selon MacMillan. Le Boston Symphony Orchestra va donner la création américaine de la Passion selon Saint Jean, commande du chef d’orchestre Sir Colin Davis, qui va la diriger, à l’occasion des 80 ans du compositeur. Comment composer une telle œuvre après Bach ? Comment être fidèle à une tradition séculaire tout en utilisant la palette des formes d’expression musicale qui ont émergé après sans pourtant tomber dans des effets de mode ? C’est ce dont discute cet article du Boston Globe. On pourra écouter et voir ici un extrait de la création allemande en mars 2009.

[184] Bach toujours d’actualité. La musique de Bach – le style, la forme, les mélodies – n’a eu de cesse d’influencer les compositeurs, petits et grands (de Mendelssohn à Webern), qui lui ont succédé, comme lui d’ailleurs s’inspirait de ses prédécesseurs et de ses contemporains. La différence entre les uns et les autres ? Pour l’exprimer, on peut reprendre pour le compte de la musique ce que T.S. Elliott disait au sujet de la poésie : “Immature poets imitate; mature poets steal.” Les musiciens interprètes l’ont aussi mis à toutes les sauces et fait entendre certains… aspects de son œuvre à un public qui ne l’aurait jamais écoutée autrement, on pense par exemple à l’excellent ensemble vocal Swingle Singers, et, avec l’apparition des synthétiseurs, au Switched-on Bach de Walter Carlos, les uns comme les autres fidèles au style et novateurs dans l’instrumentation. Le quatuor Bach to the Future, lui, adapte le genre et fait de la fusion entre le style de Bach et le modern jazz, les rythmes latino, africains ou afro-cubains, le hip-hop. Leurs fondateurs, le pianiste, Michael Silverman et son frère Rob aux percussions, ont de qui tenir : leur mère enseignait le piano, et leur père était violoncelliste dans l’orchestre symphonique de St. Louis. (Source).

[185] John Adams, un maître avec un très petit marteau. Devinez qui a exprimé ainsi son opinion de ce compositeur populaire ? Indice : il a ajouté que c’était un mannériste, un compositeur de musique de genre, et que son opéra The Death of Klinghoffer était de la mauvaise musique de film. Encore un indice ? Dans un précédent Alla breve, on a cité un entretien avec lui, dans lequel il disait que les responsables de la radio française d’après-guerre étaient des nouilles. Dernier indice : un maître avec un marteau ? et quid du Marteau sans maître ? (il s’agit d’une personnalité vivante, pas de René Char). Bravo ! Dans un nouvel entretien, anniversaire oblige, il s’exprime sur sa relation à l’orchestre en général et celui de Chicago en particulier.

[186] L’histoire de l’histoire de la musique. Dans un très bel article, l’organiste David Yearsley, organiste et professeur à l’Université Cornell, parle de deux Histoires de la musique occidentale, très différentes l’une de l’autre et chacune d’un intérêt particulier. Il s’agit d’abord de celle de Donald Jay Grout (un ami de son grand-père, et, lui aussi, professeur à Cornell des années plus tôt – il est décédé en 1987). Cet ouvrage de référence a été publié en 1960 et est depuis régulièrement réédité et mis à jour. L’autre est… une série de poèmes d’August Kleinzahler, intitulée elle aussi A History of Western Music, que cet auteur écrit depuis un certain nombre d’années. Ces poèmes ne sont pas forcément tous consacrés explicitement à un sujet musical, mais ils reflètent, dans un style très libre, léger et profond en même temps, la variété des intérêts musicaux et artistiques de l’auteur, que l’on retrouvera dans son récent ouvrage d’essais Music: I-LXXIV.

[187] The glory of the human voice, ou le culte de l’amateur, ou encore un cul-de-sac culturel. Neil McCormick analyse dans un récent article du Telegraph (suivi d’un autre, le lendemain, au vu des réactions épidermiques au premier) le phénomène Susan Boyle. Elle a certaines qualités vocales – mais sans comparaison avec les « réellement » grandes : Bessie Smith, Billie Holiday, Aretha Franklin, Dusty Springfield, voire Amy Winehouse. Artistiquement, sa plus grande réussite aura été I Dreamed a Dream, qui est déjà émouvant en soi, et son histoire personnelle – femme d’un certain âge au physique ingrat, ignorée par les hommes – a rajouté à cette émotion, mais n’a aucun rapport avec ses qualités musicales. Enfin, le contexte : d’une part, la démocratisation des médias par l’internet et la starification de l’amateur (ce n’est pas récent : cf. notre Web comme hégémonie de l’amateurisme en 2005) – ce qui nécessitait avant l’internet bien plus de moyens (on se souvient de la cantatrice amateur Florence Foster Jenkins) – et, d’autre part, la stratégie des industries des médias visant à récupérer ces tendances, que ce soit à la télévision (téléréalité et boys-bands) ou sur disque : selon l’auteur, le nombre phénoménal de disques de Boyle (éditée par Sony, bien malins) achetés en 2009 (plus de 6 millions) et le peu de téléchargements indiqueraient que ce serait un public plutôt âgé (et féminin, rajoute-t-il, en rentrant la tête entre les épaules) qui s’y intéresse, qui se détourne des icônes siliconées et botoxées qui occupent la scène et des musiques actuelles. Pour résumer Neil McCormick : no future.

[188] Valse pour téléphone portable. Le pianiste et compositeur québécois Marc-André Hamelin (que la Wikipedia en langue française ignore presque totalement, contrairement à sa contrepartie en anglais, une insulte pour le Québec, libre ou non) vient de composer une valse inspirée par la sonnerie Nokia. Nulle doute que sa mélodie (celle de Hamelin) hantera votre mémoire plus agréablement que le harcèlement d’un portable ! L’histoire ne dit pas si le public a dû éteindre ses téléphones avant le récital. (Source).

[189] Écrivez vos partitions en ligne avec vos amis. Noteflight, une petite société américaine vient d’annoncer la prochaine mise en ligne d’un service hébergé qui permet de créer, seul ou en collaboration (« réseau social », disent-ils ils – à l’instar du Concerto du Fleuve Jaune, composé dans la Chine de Mao par un comité sous la direction de Jiang Qing en 1969 ?) des partitions à l’aide d’un logiciel d’édition interactif et d’en écouter le résultat. Le compositeur peut se créer des gabarits (par exemple : pour des œuvres pour piano solo ou pour quatuor). Il y en aura une version gratuite (et donc une version payante avec plus de fonctionnalités). On peut dorénavant le tester en ligne (cliquer sur la partition qui s’affiche ou sur “Try it now”).

Un grand organiste

Classé dans : Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 2:32

Helmut Walcha était, selon la Wikipedia de langue française, un « claveciniste allemand » et un « organiste classique ». On peut se demander pourquoi la nationalité est attachée au clavecin et la période à l’orgue, mais bon, passons. La Wikipedia en anglais est plus cohérente, le classant dans les catégories “German harpsichordists” et “German classical organists”. On peut encore se demander pourquoi il fallait spécifier “classical” pour l’orgue et pas pour le clavecin (instrument pour lequel il existe un répertoire contemporain fort respectable et des interprètes fameux, à l’instar d’Elisabeth Chojnacka). On ne peut que supputer que c’est destiné à distinguer l’orgue à tuyaux des orgues et claviers électroniques.

Encore une différence entre les deux versions : « Il devint aveugle à l’âge de seize ans » dans l’une, “Walcha was blinded at age 19” dans l’autre. C’est cette seconde version que fournissent les Wikipedias en allemand et en tchèque, tandis qu’un ouvrage, Musik mit Blinden (« musique avec aveugles ») de Fraujke Saupendahl s’accorde avec la version française. De quoi perdre son latin (mais la Vicipædia Latina n’en parle pas). C’était, pour l’organiste, tout à fait secondaire : un article du livret accompagnant le magnifique coffret d’Archiv Produktion L’œuvre pour orgue de J.S. Bach et qui comprend la seconde intégrale que Walcha en a effectué, précise :

Helmut Walcha a plus d’une fois donné à entendre le peu d’importance qu’il accordait aux conséquences de la cécité irrémédiable qui l’atteignit en son jeune âge. (…) Nous en serions resté là si, au cours d’un entretien radiophonique, Walcha n’avait déclaré que la maladie qui lui ravit à tout jamais la vue du monde extérieur, en revanche lui avait ouvert et facilité la voie de l’univers intérieur. Quiconque est protégé de cet excès d’impressions visuelles auxquelles l’homme moderne se trouve exposé sans contrôle, ressentira la primauté organique de son ouïe et la représentation auditive se changera chez lui en un univers intime d’une immense richesse. Si, de plus, il est, à l’instar de Helmut Walcha, doué d’un tempérament musical au-dessus du commun, il sentira naître cette faculté d’adaptation et de communion à l’égard de structures musicales complexes, bien différent en cela de celui qui, séduit par l’aspect visuel de l’exécution musicale – par exemple la fascination exercée par le chef d’orchestre ou par le virtuose – ne jouit que des beautés superficielles de la Musique, comme il en est dans les compositions d’une valeur douteuse. — Karl Grebe

La Wikipedia italienne a adopté la même approche discrète que ce texte, “Affetto fin da bambino da una grave malattia agli occhi” sans même parler de cécité.

La version française n’a pas fini de nous interpeller. On y lit : « Après la Seconde Guerre mondiale, il fonda l’Institut de musique religieuse (Institut für Kirchenmusik) ». Si l’on cherche des précisions sur cet institut, on constate qu’il y en a un certain nombre en Allemagne et dans les autres pays de langue allemande… La Wikipedia allemande d’ailleurs ne référence que l’un d’eux, celui de Mayence. En comparant de nouveau les pages consacrées à Walcha dans les diverses Wikipedias, on constate que l’italienne indique qu’il est nommé directeur de l’institut de musique religieuse au conservatoire de Frankfort sans préciser s’il l’a créé ou non, ce qu’indique la Wikipedia allemande. Est-ce un institut indépendant ou un département du conservatoire (où enseignait Walcha) ? L’a-t-il créé ou non ? Tant de questions, si peu de réponses…

C’est une collègue qui vient de me donner le fin mot de l’histoire. Elle me cite un extrait du livret accompagnant la première édition des œuvres pour orgue de Bach par Walcha chez Archiv (je possède la seconde) :

“He also taught at the local conservatory (German: Konservatorium), where he was appointed to a professorship in 1938. In 1947 he assumed direction of the Depart­ment of Church Music at the city’s Musik­hochschule (Kirchen­musik­abteilung der Frankfurter Hoch­schule für Musik)”. — Martin Elste

La Wikipedia en français est donc dans l’erreur : il s’agissait de la direction du département de musique d’église au conservatoire municipal de Frankfort (auquel je viens d’écrire pour demander les circonstances de sa création), et pas d’un institut d’ailleurs inexistant.

Et pour se consoler de ce marasme, écoutons Walcha au clavecin dans un extrait des Variations Goldberg ou à l’orgue dans le Prélude et fugue en sol majeur, BWV 550. Quel art de la registration, quelle lecture posée et claire sans afféteries ni « beauté superficielle », comme le dit si justement Karl Grebe et qui va ainsi à l’essentiel : la musique. Et quelle musique… !

16 janvier 2010

Alla breve. XXV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 21:03

[176] Les Barricades mystérieuses. Il y a des musiques qui, une fois écoutées, ne nous lâchent plus et nous hanteront à jamais. C’est par exemple le cas de la Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont-de-Paris de Marin Marais (que l’on peut écouter ici interprétée par Fabio Biondi, Jordi Savall, Pierre Hantai et Rolf Lislevand), et c’est celui de cette œuvre de François Couperin au titre si mystérieux, qui a donné son nom à d’autres œuvres de tous genres (essai, roman, poésie, peinture, musique…) jusqu’à nos jours. D’autres œuvres ont ainsi laissé des traces au fil des siècles, on pense notamment aux Folies d’Espagne (apparues aux XVIe siècle et dont la mélodie a inspiré des dizaines, voire des centaines d’œuvres, comme on peut le voir sur ce site remarquable), et, en passe peut-être de lui faire concurrence, Sombre Dimanche (mais ça, on ne le saura que dans quelques siècles). (Source)

[177] Richard Strauss, compositeur, chef d’orchestre, pianiste et accompagnateur. C’est le titre d’un coffret de dix disques compacts accompagné d’un livret conséquent consacré aux multiples talents musicaux de Richard Strauss et comprenant des enregistrements effectués de 1905 à 1944. On trouvera ici le contenu détaillé du coffret et la possibilité d’en écouter des extraits. Il est édité par Grosser & Stein. (Source)

[178] Entretien avec Frederic Rzewski. Né en 1938 et diplômé de Harvard et de Princeton, ce compositeur d’avant-garde est connu pour ses œuvres aux titres engagés : Coming Together, No Progress without Struggle, The Price of Oil, Work Songs, The People United Will Never be Defeated. Pas étonnant, son professeur de piano était marxiste… Rzewski était admiratif de Chostakovitch, d’Elliott Carter et de Boulez. Dans son œuvre, il allie ces influences modernistes avec son goût pour les chansons populaires et engagées, le tout dans un cadre strict, tel qu’en propose le contrepoint. (Source)

[179] Le compositeur président. Ivo Josipovic vient d’être élu président de Croatie. Né en 1957, il a une formation de juriste (c’est lui qui a représenté la Croatie à la Cour internationale de justice dans le procès de génocide à l’encontre de la Serbie) et de compositeur. Il a composé une cinquantaine d’œuvres pour orchestre, ensembles de chambre et de solistes, et a occupé le poste de secrétaire général de la société de compositeurs croates. (Source)

[180] Un cachet source de mal de tête assuré. La production de concerts avec des interprètes – chef, solistes, orchestre – internationaux est un vrai casse-tête, non seulement administratif (y inclus calcul de cotisations sociales dont ils ne bénéficieront pas vraiment) mais surtout financier : coûts du transport, des assurances, du cachet (et ce ne sont pas forcément les meilleurs qui sont les mieux payés). Le prix des places en dépend, et, par conséquence, la programmation se doit aussi d’attirer un minimum de public. (Source)

[181] Un lion à l’orchestre national de Lyon. Le nouveau directeur, Laurent Langlois, semble être à couteaux tirés avec le chef d’orchestre (qu’il envisageait de remplacer en 2011 par « le très controversé Michel Tabachnik », après avoir remplacé sa photo sur la plaquette de programme par… Guignol), les salariés (déjà deux arrêts maladie) et le public (certains concerts de 2000 spectateurs en comptaient 1100 invités). Curieuses dépenses (2000 € à un musicologue pour des textes pour un concert qui ‘en comprenait pas), textes qui en rappellent d’autres… (Source)

[182] La dynamique est vitale. Les nuances des sons qui nous entourent, musicaux ou non, sont essentiels pour la santé de l’oreille. Or le bruit ambiant d’une part (qui oblige les personnes qui discutent à parler uniformément fort) et les traitements technologiques d’autre part (destinés à faire percevoir une publicité à la télévision plus fort qu’elle ne l’est vraiment, ou à faire passer le maximum de sons dans un lecteur MP3), réduisent ces nuances et produisent un son bien plus uniforme qu’à la source. Cette caractéristique occasionne une pression permanente sur le tympan, ce qui nuit à terme à notre ouïe. (Source)

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