Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 mai 2011

Des boucles en marrons et d’autres éléments essentiels de coiffure pour la Parisienne à la mode

Classé dans : Photographie, Société — Miklos @ 20:19

Que n’y aurait-il pas à dire des coiffures ? C’est le dix-huitième siècle qui les varie à l’infini. Jusque-là, elles étaient uniformes et ne variaient guère. Enfin Legros, comme Malherbe, vint, échappé des cuisines du comte de Bellemare, et, par la richesse de son imagination, il offrit aux femmes du dix-huitième siècle le moyen de faire autant de révolutions sur leur tête qu’il y en avait au dedans. C’est dans son ouvrage intitulé Art de la coiffure des dames françaises qu’on trouve la définition des boucles biaisées, des boucles en marrons, des boucles brisées, des boucles en béquille, des boucles frisées, imitant le point de Hongrie ; des boucles renversées, des boucles en coquille, des boucles en rosettes, en colimaçons. Legros n’est qu’un précurseur. Frédéric lui succède et l’éclipse. À cette époque de changement, on change presque aussi vite de coiffeur que de coiffure. L’émulation enfante chaque jour de nouveaux artistes. Douze cents coiffeurs ont mis leurs fers au feu, et voilà la guerre allumée devant le parlement, entre le présent et le passé, entre le nouveau régime et l’ancien, entre l’art et l’industrie, entre les coiffeurs et les perruquiers. « L’allégorie, disent MM. de Goncourt, dans la Femme au dix-huitième siècle, règne dans la coiffure, qui devient un poème rustique, un décor d’opéra, une vue d’optique, un panorama. La mode demanda des parures de tête aux jardins, aux serres, aux vergers, aux champs, aux potagers, et jusqu’aux boutiques d’herboristerie : des groseilliers, des cerisiers, des pommes d’apis, des bigarreaux, et même des bottes de chiendent jouent sur les cheveux ou le bonnet des femmes. La tête de la femme se change en paysages, en plates-bandes, en bosquets, où coulent des ruisseaux, où paissent des moutons, des bergères et des bergers. Il y a, la Correspondance de Grimm l’atteste, des bonnets au parterre, au parc anglais. Cette folie prodigieuse des accommodages composés, machinés, arrangés en tableaux, dessinés en culs de lampes de livres, eu images de villes, en petits modèles de Paris, du globe, du ciel, le coiffeur Duppefort la peint d’après nature dans la comédie des Panaches, lorsqu’il parle d’élégantes voulant avoir sur la tête le bassin, le jardin du Palais-Royal ; avec la forme des maisons, sans oublier la grande allée, la grille et le café ; lorsqu’il parle de veuves lui demandant un catafalque de goût et des petits Amours jouant avec des torches de l’Hyménée ; de femmes désirant porter tout un système céleste, le soleil, la lune, les planètes, l’étoile polaire et la voie lactée. »

Alfred Nettement, « Lettres à une mère sur la seconde éducation de sa fille », in La Semaine des familles, n° 15, 12 janvier 1867.

L’Art de la Coiffure des Dames Françaises ; par le sieur le Gros, coiffeur des dames. À Paris, aux Quinze-vingts. 1767.

T

ous les arts nouveaux ayant un droit incontestable de trouver place dans notre Journal, nous ne pouvons refuser au sieur Legros celle qu’il nous demande, pour le livre qu’il a publié cette année sur l’Art de la coiffure des dames. Quoiqu’on ne puisse point dire que le beau sexe ait jamais négligé cet article essentiel de la parure, et qu’au contraire le soin d’orner sa tête avec tout ce que la nature et l’art ont pu lui fournir, ait été dans tous les temps le premier de ses soins ; cependant on ne peut disconvenir que le sieur Legros n’ait le mérite de l’invention, puisqu’il a réduit en art, ayant ses principes et ses règles, des usages arbitraires, quelquefois heureusement imaginés, et souvent quittés par inconstance, pour suivre une mode de caprice moins favorable que l’ancienne. Car le sieur Legros observe très judicieusement, d’après sa propre expérience, que les dames abandonnent souvent le vrai pour prendre le faux. Il leur a donc rendu le plus grand service, en étudiant à fond l’art de la coiffure, pour fixer, autant qu’il est possible, l’instabilité de leur goût, et en formant sous ses yeux, et par des leçons réglées, des coiffeurs et des coiffeuses habiles à couper les cheveux, à donner le coup de peigne, à mettre la papillote, à se rendre maître du cheveu, et ce qu’il y a de plus important, à saisir l’air du visage. Ces points intéressants ne sont pas traités dans son livre : il les réserve pour l’académie qu’il tient chez lui, où les élèves travaillent d’après de grands dessins originaux faits sur le naturel, et s’exercent à coiffer les prêteuses de têtes. Ces prêteuses de têtes sont de jeunes filles de dix ou douze ans qu’il gage par mois, pour souffrir qu’on les coiffe du matin jusqu’au soir, de toutes sortes de façons différentes.

L’académie du sieur Legros est divisée en trois classes, selon les trois sortes de coiffures plus difficiles les unes que les autres, dont le nombre total est de trente-huit, auquel il s’est réduit lui-même, après en avoir imaginé et exécuté cinquante-deux. On trouve dans son livre les estampes de ces trente-huit têtes, réduites, mais assez grandes encore pour servir de modèle, et faire voir tout l’art de la coiffure.

La première classe de l’académie est pour former des élèves coiffeurs et coiffeuses. Il y a trente-huit dessins originaux pour servir de modèles. La seconde est pour former des valets de chambre coiffeurs. Il y a vingt-huit dessins originaux pour leur servir de modèles. La troisième classe est pour former des femmes de chambre coiffeuses, auxquelles cependant on ne montre point la coupe des cheveux. Les élèves de la première classe donnent six louis pour leur instruction : ceux de la seconde en donnent quatre ; et il n’en coûte que deux à ceux de la troisième. Chaque classe est gouvernée par un professeur et un élève suivant.

Le sieur Legros, en homme sage, attentif aux mœurs, ne souffre point dans son académie aucun élève qui fasse une bassesse, ni qui soit vicieux, ni qui trahisse et desserve son maître. Il les chasse sans retour, et confisque l’argent qu’ils lui ont donné, moitié au profit des pauvres de sa paroisse, et moitié à celui des prêteuses de tête.

Les leçons se donnent tous les jours, excepté le samedi. Elles commencent en hiver à dix heures du matin, et finissent à cinq du soir. L’été, elles durent depuis neuf heures du matin jusqu’à six du soir.

Tous ceux qui travaillent dans l’académie du sieur Legros, n’ont point pour cela le droit de se dire ses élèves mais il faut qu’ils aient gagné des certificats munis de ses cachets : car il en a trois. L’un représente une étoile et est pour les élèves, suivant qu’ils l’ont mérité ; l’autre est trois croissants entrelacés, pour les professeurs suivants ; et enfin le troisième est un soleil, pour les élèves maîtres professeurs ; de sorte que ces derniers ont les trois cachets sur leur certificat ; les seconds n’en ont que deux, et les premiers n’ont jamais que son étoile. À ces différents certificats, différents titres sont attachés. Ceux à trois cachets sont les maîtres professeurs en l’art de la coiffure. On n’est que professeur suivant, avec les certificats à deux cachets, et le cachet unique n’annonce qu’un élève suivant.

Il est imposé à tous les maîtres professeurs qui établiront des académies dans les pays étrangers, de suivre les règlements de celle de Paris, et d’aider en tout ce qui dépendra d’eux, ceux qui auront travaillé dans cette même académie. L’intention du sieur Legros étant que tous les membres de son académie soient toujours unis par une estime réciproque et des services mutuels. L’esprit d’équité qui l’anime, ne lui permet pas d’oublier les petites prêteuses de tête. Il se propose de faire apprendre un métier au bout de quatre ans de service, à toutes celles qui se seront comportées avec sagesse et modestie. De plus, un élève au cachet qui aurait le malheur de devenir infime ou estropié, qui ne pourrait plus faire profession de l’art de la coiffure des dames, et n’aurait point assez de bien pour vivre, tous les élèves professeurs lui donneront tous les ans chacun trois livres, et les maîtres de classe chacun six livres ; si c’est un étranger à qui le malheur arrive avec preuve, le français lui enverra l’argent mentionné ci-dessus ; si c’est un français l’étranger en fera de même : celui qui manquera à sa parole, sera regardé comme un lâche, et incapable d’être au rang des humains.

Après cette exposition du plan de son académie, l’auteur de l’Art de la coiffure, nous communique ses observations sur les cheveux. Personne n’ignore qu’ils sont le premier ornement de la tête, et le fondement de toute coiffure ; et quoiqu’on les augmente tous les jours, qu’on les remplace même entièrement avec des cheveux faux, la nature l’emporte toujours sur l’art, il faut avouer qu’il est de la plus grande conséquence de les empêcher de dépérir, de les conserver et de les rétablit.

Pommade pour conserver les cheveux, composée par le sieur Legros

Comme il est de la poudre qui brûle les cheveux, il est aussi de la pommade qui leur est contraire. La meilleure pommade est celle-ci. Prenez de la moelle de boeuf, purgez-la de ses pellicules et de ses petits os ; mettez-la ensuite dans une terrine avec de I’huile de noisette ; battez-la bien avec le bout d’un rouleau de pâtisserie ou autre instrument semblable ; versez-y de temps en temps de l’huile de noisette pour la rendre bien liquide, et ajoutez-y un peu d’essence de citron, et votre pommade sera faite. On s’en sert comme de la pommade ordinaire, mais elle ne se conserve que trois ou quatre mois.

Pour faire les bâtons de pommade ou petits cornets, dont on use pour tenir les cheveux droits et leurs racines fermes, il faut faite fondre de la chandelle, et la bien écumer de toutes les saletés qui viennent en bouillant sur sa surface. Étant ainsi bien épurée on la tire de dessus le feu, et quand elle est encore tiède, on y met de la quintessence de citron, et ensuite on la verse dans des cornets de papier.

C’est de cette pommade de bœuf que le sieur Legros entend qu’on use, soit qu’on veuille noircir des cheveux blancs ou gris, en y mêlant du noir d’ivoire ; soit qu’en les frisant et mettant en papillotes, on en pommade légèrement la pointe sans en mettre à la racine. Quand les cheveux du sommet de la tête, trop forts et trop raides, causent des maux de tête, ce qui arrive assez souvent aux dames, on met de cette pommade dans leurs racines, puis de la poudre avec le peigne, et alors en les étendant, ils ne causeront plus aucune incommodité. Elle n’est pas moins efficace pour préserver les cheveux des accidents ordinaires qui suivent les couches, pourvu que trous ou quatre jours avant la couche on les pommade amplement, après les avoir peignés à fond et en avoir coupé les pointes, surtout de ceux des faces qu’il faut tenir un peu courts. Avec cette préparation, une dame est totalement assurée de les conserver, à moins qu’un lait se répandant, ne remonte dans la tête.

On rétablira des cheveux dépéris par la frisure carrée, brisés et brûlés par le fer, en les tenant un peu courts, les oignant de cette pommade, les mettant en papillotes rondes, et les tenant plus longtemps qu’à l’ordinaire sous un fer à demi chaud. De même pour prévenir une tête de devenir chauve, quand elle en est menacée, en tenant les cheveux courts et coupés en vergette, il faut les bien pommader tous les soirs avec cette pommade. Elle est donc d’une nécessité absolue pour toutes les personnes qui désirent conserver leur chevelure ; et ceci regarde autant les hommes que les femmes, puisqu’il sera toujours vrai que la coiffure artificielle n’égalera jamais celle que nous avons reçue de la nature. Ainsi les uns comme les autres, doivent profiter de l’avis que leur, donne le sieur Legros, de faire couper la pointe de leurs cheveux tous les mois dans le croissant de la lune, excepté la lune rousse, qui est, dit il, contraire à la coupe des cheveux. Il est sans doute plus court et plus sage de s’en rapporter à son expérience sur ce point, que de lui demander la raison physique de cette exception. Ce que nous rapportons de l’art de la coiffure, étant plutôt pour l’instruction des personnes de province que de celles de Paris, qui sont à portée de voir et de consulter l’auteur lui-même. Nous ne le suivrons point dans ce qu’il dit lui les ouvrages qu il fait en cheveux faux, lesquels il traite avec la même adresse que les naturels. Nous dirons seulement ce que nous savons particulièrement. C’est que plusieurs perruquiers de cette capitale, ne pouvant égaler son art dans les ouvrages de cheveux faux, s’en fournissent tous les jours chez lui pour leurs pratiques. Cependant comme il peut arriver que quelques dames du dehors en aient besoin, il nous paraît nécessaire de transcrire la manière de prendre la mesure d’une tête, que le sieur Legros prescrit, parce qu’il se fait fort d’exécuter convenablement tout ouvrage en cheveux faux sur une mesure prise de la sorte, comme s’il voyait la personne même.

Mesure de la tête d’une dame pour les chignons

Il faut mettre une petite bande de papier autour de la tête comme un ruban, suivant les racines des cheveux, et marquer la rondeur du front, le devant et le derrière des oreilles, et la largeur du cou ; et avec une autre petite bande de papier, il faut prendre la longueur de la tête, depuis les racines du front jusqu’aux racines du cou, et marquer l’assiette de la tête par un A, et la longueur par une L.

II faut prendre les travers de la tête du devant d’une oreille à l’autre, et marquer le travers de tête d’un T.

Mesures des devants.

II faut mettre une petite bande de papier du derrière d’une oreille à l’autre, suivant les racines des cheveux, et marquer le devant et le derrière des oreilles, avec la rondeur du front.

Avec ces mesures et la couleur des cheveux, il coiffe les dames de toutes sortes de goût, sans avoir l’honneur de les voir.

À cette instruction, l’auteur joint la figure d’un compas de son invention monté sur un quart de cercle de quatre pouces, qui sert à prendre la mesure des cheveux et toutes les proportions de la tête. II donne aussi les plans des différentes largeurs des cheveux tapés pour les différentes sortes de coiffures, et le dessin d’un fer à friser sans papillotes.

On ne sera point surpris que l’art de la coiffure ait ses termes propres ainsi que tous les autres. Pour en donner une idée à nos lecteurs, nous rapporterons quelques coiffures de chacune des trois classes de l’académie du sieur Legros, qui sont représentées dans son livre*.

La première figure, qui est la plus simple, représente un tapé avec trois boucles de côté et un petit bonnet.

La cinquième représente un tapé en aile, avec un petit rang de boucles courtes en marrons, et des bouillons de cheveux lissés, faits avec le bout du chignon.

La onzième coiffure est à trois rangs de boucles brisées montantes, une coque, et un rang, de boucles en marrons jetées en devant en barbe, et trois bouillons de cheveux lissés, faits avec le bout du chignon.

La douzième coiffure est à trois rangs de boucles brisées, faisant le point de Hongrie et deux coques.

La dix-neuvième coiffure est à un rang de boucles à demi biaisées, et un rang de boucles en coquilles, jetées en arrière en barbe, une coque et un chignon nattés en parquet, et une boucle longue renversée faite avec le bout de la natte.

La vingt-septième coiffure est en boucles en coquilles et boucles rondes en rosettes, et une coque et des barbes bouillonnées en fusée, faites avec deux mèches de cheveux lissés, tirés du dessus de la tête.

La vingt-neuvième coiffure est un tapé en trois parties, formant trois grandes coquilles et deux mèches de cheveux lissés, tirées du dessus de la tête pour faire les barrières, et trois bouillons de cheveux faits avec le bout du chignon.

La trente-cinquième coiffure est un tapé en cinq coques et une barrière de cheveux en trois, avec une sultanne tirée de dessus la tête, et trois bouillons faits avec le bout du chignon, de même que les trois rosettes.

La trente-septième coiffure est un rang de boucles en rosettes, enchaînées avec des mèches de cheveux lissés, et des barbes rondes bouillonnées, et une boucle renversée faite avec le bout du chignon.

La trente-huitième nous est annoncée comme le bouquet de l’art de la coiffure, mais le détail ne nous en est point donné, et nous n’osons prendre sur nous de le faire. Cependant le sieur Legros ne se borne point à ces trente-huit façons différentes de coiffer les dames. Le désir qu’il a de les servir, souvent malgré elles, parce qu’il en est peu qui connaissent l’air de leur visage et qui se rendent justice, et la fécondité de son imagination, lui font inventer tous les jours de nouveaux accommodages. Mais comme il examine sévèrement lui-même ses propres inventions, et qu’il ne veut rien présenter au public qui ne soit d’un bon goût, il nous avertit qu’il ne donnera plus de nouveau volume, qu’il a supprimé ce qui lui restait d’exemplaires de 1765 et 1766 ; qu’il s’en tient à celui-ci de 1767 ; et que dans la suite il se contentera de donner tous les ans un supplément de ce qu’il aura trouvé de mieux dans le cours de l’année précédente. Il se propose de commencer dès l’année prochaine 1768.

Journal oeconomique, ou mémoires, notes et avis sur l’agriculture, les arts, le commerce, et tout ce qui peut avoir rapport à la santé, ainsi qu’à la conservation et à l’augmentation des biens des familles, etc. Août 1767.


* Ce livre relié en veau et enluminé se vend deux louis, et broché sans être enluminé un louis.

Il avertit le public de se défier d’un autre ouvrage que l’on a débité sous son nom à Paris et dans les foires : livre qu’il désavoue, dont les figures sont de gauche à droite, très mal conçues et aussi mal exécutées.

19 mai 2011

Un poids, deux mesures

Classé dans : Actualité, Politique, Société — Miklos @ 23:53

Devinette :

- Je suis une personnalité extrêmement en vue, un poids (lourd) de la politique.

- Mon nom de famille a une consonance germanique.

- J’habite aux USA bien que je n’y sois pas né.

- Je fais la une des journaux ces jours-ci.

- Je suis un coureur de jupons invétéré, je ne peux me retenir de tripoter les femmes sans leur consentement et malgré leur résistance, et d’ailleurs plusieurs en avaient publiquement témoigné il y a quelques années.

Qui suis-je ?

Réponse : ici.

15 mai 2011

Moyens de transport

Classé dans : Photographie, Société — Miklos @ 2:20

Transports parisiens : le cheval, le deux-roues, le quatre-roues…

On peut arriver d’un endroit à un autre, ou, ce qui revient au même, on peut voyager à pied, à cheval, en voiture, en bateau ou en vaisseau. On avance le plus lestement sur les chemins de fer et au moyen des bateaux à vapeur. Vu le petit nombre de chemins de fer, la manière la plus commode et la plus économique de voyager sur terre ferme est sans contredit la diligence. La diligence est une voiture qui part, à des jours et à des heures fixes, d’un certain endroit, pour transporter, en train de poste, dans un autre endroit des voyageurs et leurs effets, de l’argent, des marchandises et même des lettres, quand il n’y a pas de malle-poste sur la route que parcourt la diligence. La malle-poste est une voiture destinée au transport des lettres. L’homme qui dirige la diligence, pendant qu’elle est en route, porte le nom de conducteur; celui qui dirige la malle-poste est appelé courrier. Les chevaux sont conduits par le postillon.

[Hermine Chavannes] L’ami des enfans vaudois. Lausanne, 1838.

Sur le modèle de aller en voiture on entend souvent dire aller en bicyclette.

Lancelot, dans le Figaro du 10 mars 1928, rapporte le mot de Dumas fils : « Je ne dirai jamais : monter en bicyclette. Monter en chemin de fer me suffit ». Ce tour fâcheux, fréquent dans la conversation, se rencontre même dans le style écrit : « Flâner en voiture, en bicyclette ou même à pied ». Maurois Paris-Soir 31 août 1936.

Georges et Robert Le Bidois, Syntaxe du français moderne. Paris, 1938.

J’ai déjà signalé la bévue commise par l’étourdi qui, le premier, a fait ce raisonnement : « On va en voiture, parce qu’on est dans la voiture, mais à bicyclette, parce qu’on est sur une bicyclette. » Il n’avait pas vu que la préposition en, comme le in latin, signifie sur aussi bien que dans, et avait oublié que la préposition à ne remplace jamais la préposition sur, sauf dans la locution à cheval — anciennement en cheval, refaite par contamination de à pied — , donc qu’il fondait sa règle sur une exception. Devra-t-on dire qu’on se met à selle parce qu’on n’entre pas dans la selle, ou que le navire est à mer, tant qu’il n’a pas coulé ? A. Rigaud (Vie et langage, octobre 1967, p. 595)

Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain. Paris 1972.

6 mai 2011

Le renard qui prêche

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie, Politique, Société — Miklos @ 2:41

Un vieux renard cassé, goutteux, apoplectique,
Mais instruit, éloquent, disert,
Et sachant très bien sa logique,
Se mit à prêcher au désert.

— Florian, Le Renard qui prêche.

La rue du renard, on l’avait déjà signalé en citant un texte du 16e s., portait alors un nom plus amusant, celui du renard qui prêche (on avait aussi déploré la tendance normalisatrice qui banalise la nomenclature des voies). D’où le tenait-elle ?

La rue du Renard est en ce moment aux mains des démolisseurs qui en élargissent l’entrée du côté de la rue de Rivoli.

La première maison qui va disparaître a son histoire ; c’était, au moyen-âge, la boutique d’un cordonnier qui avait arboré une superbe enseigne représentant un renard botté et éperonné, prêchant dans une haute chaire.

L’enseigne, comme cela se fit communément dans le vieux Paris, donna son nom à la rue qui s’appela longtemps : rue du Renard qui presche.

Ce renard prêcha-t-il dans le désert ? Toujours est- il que le nom de la rue, restée celle du Renard tout court, se modifia avec les années. L’enseigne disparut à son tour.

Un immeuble voisin, également menacé par la pioche municipale, abrita, au début de la Révolution, le Théâtre de la Concorde1 : ce nom dût lui porter malheur, car il n’eut qu’une existence éphémère. On y jouait des pièces du genre larmoyant…

Accordons-lui une larme.

Hector Hogier [pseud. d’Albert Dureau], Paris à la fourchette. Curiosités parisiennes, vol. 1. P. Sevin et Rey, Paris, 1903.

Cette rue s’appelait jusqu’au début du 16e s. Court Robert de Paris, (et, probablement à partir du 18e s., rue du Renard Saint-Merry). C’était l’une des rues où les prostituées avaient été enjointes en 1367, par une ordonnance de Hugues Aubriot, prévôt de Paris, de résider et de tenir leurs bordels : « Si les femmes publiques, d’écris ensuite cette ordonnance, se permettent d’habiter des rues ou quartiers autres que ceux ci-dessus désignés, elles seront emprisonnées au Châtelet puis bannies de Paris. Et les sergents, pour salaire, prendront sur leurs biens huit sous parisis » (source).

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre renard. À qui prêche ce renard, mais surtout, que symbolise donc cette image ? À la lecture du poème de Florian cité en exergue, on ne peut s’empêcher de penser à tel vieux politicien roublard qui « prêche contre les ours, les tigres, les lions, contre leurs appétits gloutons », et qui, à l’approche des élections présidentielles, se rappelle au bon souvenir des puissants pour s’attirer leurs faveurs (ou, comme l’écrit la presse, « pour optimiser ses négociations »). Qui sont les dindons de la farce, ceux que le renard de Florian veut se payer ? Les citoyens, bien évidemment.

Plusieurs siècles avant Florian, au moyen-âge, le renard symbolisait déjà le malin, le rusé et le fourbe, c’est son rôle dans le Roman de Renart. Pour les anti-cléricaux, il représente certains membres du clergé : « La figure caricaturale de l’animal travesti en moine doit être rattachée aux écrits satiriques inspirés du roman [de Renart] (…). Le message que délivre ces écrits n’a pas pour objet de dénoncer une vulgaire imposture : s’il s’agit bien d’une moquerie grotesque visant l’Église, ces assauts sont plus spécifiquement dirigés vers les ecclésiastiques et surtout vers les moines (…). La querelle opposant, à partir de 1253, les défenseurs de l’Université aux frères mendiants, allait transformer Renart, malgré lui, en une créature malfaisante, un instrument de la plume destiné à dénoncer les écarts des réguliers. (…) Il parait donc logique que la chaire à prêcher, accessoire de ce vice, d’ailleurs tant convoitée par les mendiants au moment de cette querelle, ait été illustrée si fréquemment dans l’iconographie, les gélines ajoutant à l’effet comique et soulignant surtout la crédulité des fidèles. »2 D’autres vices attribués aux moines d’alors sont mis en exergue dans des illustrations pour le moins ambiguës comprenant un renard, et notamment la sodomie, dont les templiers sont soupçonnés…3 De là à expliquer la présence de la rue du renard dans le quartier du Marais, il y a un pas qu’on ne franchira pas.

Pour l’Église, messire Renard est le trompeur qui sera finalement trompé, à l’instar de la sculpture du jubé de la chapelle Saint-Fiacre dans le Morbihan : « Dans la première scène, le renard habillé en moine et prenant l’air dévotieux, prêche du haut d’une cage les poules qui l’écoutent, le bec tendu, puis on le voit se glisser sous la cage et venir se jeter sur ses crédules auditeurs. Mais ici le faux docteur ne triomphera pas, les brebis ont reconnu le loup ravissant de l’écriture ; les poules s’élancent bravement sur le renard et le saisissent de toutes parts. Enfin dans la dernière scène, le renard couché sur le dos, expire éventré par les poules qui s’acharnent sur son cadavre ; c’est le triomphe de la foi sur l’hérésie. Les brebis ont plus fait que de se méfier du faux pasteur, elles l’ont démasqué et vaincu. »4 On appréciera la figure de style qui qualifie ces poules féroces – elles ont éventré un renard ! – de brebis.

En ces temps où la chasse, puis une intense urbanisation n’avaient pas fait s’éloigner le renard des villes (pas toutes : on en a vu dans les rues de Londres) et des hommes, il n’est pas étonnant de constater la place qu’il occupait dans les légendes et les fables. Le pouvoir de l’Église – et donc la virulence de sa critique souvent feutrée par nécessité – explique aussi la popularité du personnage du renard qui prêche, qu’on trouvait aussi ailleurs qu’à Paris : en 1538, on signale une telle enseigne à Tours, en 1598 une autres à Troyes ; « L’Ambassadeur du Pape en Suisse (…) est logé dans une maison où a autrefois pendu l’enseigne du renard qui prêche aux poules. », peut-on lire à la date de 1578 dans les registres du conseil d’État de la république de Genève. À Strasbourg, c’était une rue qui portait son nom, et à propos de laquelle on citera pour conclure une amusante histoire :

On voit à Strasbourg dans la rue du Renard prêchant, une enseigne curieuse. En l’an 1600, un certain Fuchs attirait les volailles de ses voisins en les alléchant au moyen de morceaux de pain, puis leur passait un nœud coulant autour du cou. Pris en flagrant délit, ce Fuchs fut condamné par les magistrats de Strasbourg (du moins telle est la légende) à placer au-dessus de la porte de sa maison une tablette représentant l’animal prêchant des canards avec des vers satiriques et l’inscription : « Ceci s’est passé en l’an 1600 lors d’une visite de maître Renard chez les canards. »

Champfleury, Histoire de la caricature au Moyen Âge et sous la Renaissance, deuxième édition très-augmentée. Paris [1871?].


1  Le Théâtre de la Concorde dont parle Hector Hogier était situé au 34 de la rue du renard, numéro qui n’existe plus, la rue se terminant au n° 28 (au coin de la rue Simon-le-Franc), là où commence la rue Beaubourg.

2  Sophie Duhem, « “Quant li goupil happe les jélines…” ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle », in Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, n° 105-1, 1998.

3 Jean Warth, Les marges à drôleries des manuscrits gothiques, ch. III : « Genèse icônographique des drôleries ». Matériaux pour l’histoire n° 7. Librairie Droz, Genève, 2008.

4 M. Houel, « Notice sur le jubé de Saint-Fiacre », in Bulletin monumental, 2e série, tome 3. Paris, 1847.

3 mai 2011

Nul n’est censé ignorer la loi

Classé dans : Photographie, Société — Miklos @ 18:38

“A woman masked, like a covered dish, gives a man curiosity and appetite.” (Une femme masquée est comme un plat couvert ; cela rend curieux, cela donne de l’appétit). — William Wycherley, The Country Wife (La Femme de campagne), 1675.

Article 1. Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.

Article 2. Pour l’application de l’article 1er, l’espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public.

Article 3. Sont dispensés de cette interdiction les touristes japonais, les personnes enrhumées, les veuves en grand deuil et les stars incognito.

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