La critique de la société et la critique littéraire sont rarement compatibles
Le premier est philosophe, le second lecteur. L’un, ancré dans la réalité, s’y débat ; l’autre, réfugié dans le verbe, s’y complaît. Finkielkraut est un moraliste indigné de ce qu’il voit : il dérange, ce n’est pas de mode ; Steiner un esthète qui jouit de ce qu’il lit : il plaît, c’est dans l’air du temps. L’un critique avec passion la question scolaire qu’il juge essentielle pour élever la culture commune et enseigner à vivre ensemble, l’autre regrette la perte du grand art mnémonique nécessaire à enrichir la culture individuelle et à enseigner la référence vécue par d’autres. L’un est taxé de conservatisme de droite, l’autre est fasciné par une certaine extrême droite. L’un vit, l’autre vit par procuration.
France 2 vient enfin de découvrir – et de nous apprendre – que la Terre est ronde. Ou plutôt qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas si rond que ça dans le monde du numérique. En des tons apocalyptiques, David Pujadas rapportait ce soir aux oreilles de millions de Français suspendus à ses lèvres une découverte catastrophique toute récente : les disques compacts où l’on grave soi-même ses photos, sa musique ou ses papiers, sur lesquels l’hôpital conserve vos données médicales et l’INA le patrimoine audiovisuel français (disques connus sous le nom de « CD-R ») n’auraient qu’une durée de vie non pas de cent ans, non pas de dix ans, mais de deux à cinq ans. C’est une enquête de Michel Momponté et de Jean-François Monnier qui nous révèle ce grand secret, apparemment mis à jour au

