Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 février 2006

Lire, ou feuilleter puis effeuiller

Classé dans : Littérature, Société — Miklos @ 8:23

Le développement du numérique n’est pas sans inquiéter, au premier chef, les bibliothèques, ce qui se reflète dans leur recherche accrue de nouveaux moyens pour refidéliser leur lectorat. Ceux-ci tournent aujourd’hui autour de la reconstruction du lien social, mis à mal par la course effrénée pour la survie dans un monde qui tourne de plus en plus vite et ne laisse plus de temps ni de disponibilité pour lire, qui enferme les uns dans un individualisme exacerbé et en laisse d’autres au bord de la route. L’école en subit aussi les contrecoups, et ses élèves, sans être techniquement analphabètes, n’ont pas forcément l’envie ou la capacité de lire. C’est ainsi que dans les projets architecturaux des nouvelles médiathèques on peut voir un accroissement des espaces destinés à des activités sociales qui n’ont plus forcément un lien direct à la lecture.

Quant à la Belgique, elle a trouvé une façon originale pour attirer et stimuler le public des bibliothèques : le bib-dating, ou speed dating littéraire, testé il y a trois ans par deux bibliothécaires, Eric Van der Straeten et Danny Theuwis : ils avaient réuni une quinzaine de jeunes lecteurs âgés de 18 à 35 ans autour de livres… et de tables décorées de fleurs et de bougies, les accueillant avec un verre de vin. Ce fut un succès. Depuis, il ont formé plus de 300 bibliothécaires à ce concept lors de sessions organisées à la Permeke bibliotheek d’Anvers. Dans ce type de rencontres, les participants ont dix minutes pour se présenter aux autres membres du groupe en discutant d’une question précise – par exemple, quel était votre livre d’enfance favori ? Puis, ils discutent en un bref tête-à-tête de trois livres de leur choix ou d’extraits qu’on leur avait demandé d’amener, et passent à un nouvel interlocuteur et à de nouveaux livres. Et ainsi de suite. À la fin de la session, on demande aux participants d’écrire une petite note qui est placée dans le livre de la personne qu’ils souhaiteraient revoir. Est-ce la renaissance des grands couples littéraires tels que George Sand-Musset, Sartre-Beauvoir, Aragon-Elsa Triolet (même s’ils ne se sont pas rencontrés ainsi – mais il faut vivre avec son temps), et auxquels on souhaite une fin moins tragique que celle d’Héloïse et Abélard ?

13 février 2006

Numérique et libertés

Classé dans : Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 14:08

Manuscrit de 1984 de George Orwell

La pratique du tatouage numé­rique s’étend à l’humain : une société amé­ricaine de surveil­lance, City Watcher, requiert dorénavant l’implan­tation de puces RFID (de la marque VeriMed) dans le bras de tout membre de son personnel devant accéder à son centre infor­matique. (SpyChips.com, 9/2/2006)

La numérisation et l’interconnexion croissante de systèmes d’infor­mation entraînent la nécessité d’identifier de façon unique les contenus, afin de mieux les localiser, d’éviter les doublons et d’établir des relations, etc. Mais elle induit une possibilité dangereuse, celle de la traçabilité accrue de l’individu (après celle des animaux) et de ses activités, via un tatouage qui n’est pas sans rappeler des pratiques odieuses d’un passé récent (et pré-informatique) : il sert d’abord à localiser, puis à organiser, enfin à surveiller, à contrôler puis à dominer. Ainsi, les dispositifs que propose Google comprennent l’archivage des requêtes de recherche de ses utilisateurs, l’analyse automatique des contenus leurs messages électroniques, et, avec le service récemment offert, celle des contenus de fichiers de tout type. La concentration et le stockage – et l’utilisation – de ce genre d’informations chez ces fournisseurs d’accès universels a ainsi permis l’arrestation par la police chinoise de l’écrivain Liu Xiaobo en 2003, puis celle de Shi Tao en 2005 après que Yahoo ait fourni leurs identités aux autorités.

Ce danger – de concentration dans les mains d’une entreprise à visées purement commerciales (voire financières) – concerne aussi les contenus numériques culturels patrimoniaux. Ainsi, le projet de numérisation des fonds universitaires par Google créera une « bibliothèque numérique universelle » dans son propre réseau, qui ne pourra être indexée par d’autres moteurs de recherche. Cette concentration est inquiétante à un autre égard, que j’avais déjà soulevé en 1999 : « imaginez un embargo d’une grande puissance sur une plus petite, qui aurait pour effet de lui couper l’accès aux réseaux… ». Or voilà qu’en mars 2004 le ministère de la justice américaine enjoint aux éditeurs scientifiques de se plier à l’embargo américain à l’encontre de certains pays. C’est pourquoi, en février 2005, j’exprimais l’éventualité que l’accès à cette « bibliothèque universelle » concentrée dans les ordinateurs d’une entreprise puisse devenir un enjeu politique, voire l’objet d’un embargo renouvelé. Le palliatif ? Utiliser le réseau pour combattre ses dangers potentiels, en y répartissant et dupliquant les contenus, au lieu de les y concentrer. Voire éviter de l’utiliser pour ce qui ne le nécessite pas vraiment… mais est-ce trop demander ?

Post-scriptum :
À propos de tatouage, cf. le rapprochement que j’avais fait entre traçabilité numérique et tatouage de l’individu un an avant l’annonce de l’utilisation de puces RFID pour « tatouer » des employés, et les commentaires indignés qui s’en étaient suivis.

12 février 2006

Blog block

Classé dans : Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:50

Selon une enquête Gallup menée aux US, le lectorat des blogs stagne, voire recule légèrement, après des débuts très prometteurs : plus de 66% des internautes n’en lisent jamais, chiffre en légère croissance sur l’année dernière. L’étude classe cette activité au même niveau que celle du téléchargement de musique et d’achat aux enchères (20% des internautes), bien après le courrier électronique (87%), la consultation de la météo (72%), ou les achats en ligne et l’organisation de voyages (52%). Il en découle aussi le constat que le profil des activités en ligne n’a pas réellement évolué en 2005, ni même le pourcentage des internautes (75% des adultes). Le seul chiffre qui augmente est la durée du temps passé en ligne (plus de 51% des internautes sont connectés plus d’une heure par jour, contre 42% un an auparavant). Il serait intéressant de comparer les populations de lecteurs et d’auteurs de blogs : à quel point se recoupent-elles ? Je suis curieux de savoir le pourcentage des auteurs de blogs – activité qui peut prendre un temps non négligeable – qui en lisent (ou non) d’autres…

L’innovation serait-elle ce qui a attiré le lectorat au début, et sa fidélisation dépendrait-elle maintenant de la qualité intrinsèque et donc d’une lecture plus critique ? Plus fondamentalement, cette baisse pourrait confirmer la sortie de l’utopie (et de l’euphorie) initiale, qui caractériserait l’apparition de tout nouveau mode de communication selon le sociologue Philippe Breton, avec son entrée de plein pied dans la logique marchande : ainsi, AOL et Yahoo proposent de facturer des courriels « certifiés », qui seront livrés plus rapidement et contourneront les systèmes de filtrage, ce qui signale le début de la fin du tout-gratuit sur internet (l’a-t-il jamais été ?). De la même façon que des autoroutes à péage se sont mises en place pour assurer (en général) une circulation plus rapide en évitant les routes encombrées ou que des chaînes de télévision payantes fournissent des contenus que l’on ne trouve (en général) pas ailleurs, il n’est pas étonnant, au vu des chiffres que confirme l’étude de Gallup, que ce soit le courriel qui en fasse les frais en premier : c’est la principale offre et demande sur l’internet.

7 février 2006

Small isn’t beautiful (bis repetita non placent)

Classé dans : Livre, Société — Miklos @ 16:42

La joie par les livres – quel beau nom pour une bibliothèque destinée à offrir aux enfants d’un quartier populaire un lieu inspiré par le modèle anglo-saxon de lecture publique ! Créée à Clamart par un mécène privé, Anne Gruner-Schlumberger, en 1963 et inaugurée en 1965, elle se fera connaître dans le monde entier pour son action innovante. Quant à son centre de documentation, il est installé à Paris, et y propose plus de 190.000 documents, dont l’intégralité de la production éditoriale française pour les enfants depuis les années 60, ainsi que des publications périodiques critiques sur cette production.

« Quand j’ai su qu’une médiathèque devait être construite à Clamart, j’ai trouvé cela très bien, car il n’existe pas de bibliothèque pour adultes dans ce quartier. Mais la Joie par les livres est une bibliothèque-maison, une bibliothèque comme une maison. Je ne critique pas les médiathèques, je dis qu’elles ne sont pas de première nécessité pour un quartier. Quelqu’un qui ne connaît pas les livres, on ne peut pas le mettre dans un lieu immense : il ne saurait où donner de la tête. La bibliothèque, comme la Joie par les livres, c’est la première marche, la plus importante, je pense. On peut, sans attendre le grand bâtiment qui peut être intimidant, commencer dehors, sur les lieux de passage, dans les centres de protection maternelle infantile. Là, on montre les livres, et les adultes sont touchés de voir leurs propres bébés attirés par les images, par les pages qu’on tourne, par la voix de la personne qui raconte. Ensuite, on peut les inviter à la bibliothèque, elle est ouverte et il est possible d’emprunter ce qui fait envie. Puis, enfin, lorsqu’on est suffisamment à l’aise, là, Internet et la grande médiathèque peuvent être intéressants. »
Geneviève Patte, fondatrice de la bibliothèque

Mais voilà que l’État décide de fermer la bibliothèque, tout en conservant le centre de documentation, après une baisse constante des budgets de la première, qui a vu son personnel passer de 14 à 2 documentalistes et son budget d’acquisition de livres se réduire à… 50 €. À la Direction du livre et de la lecture, on justifie la fermeture de Clamart par « des problèmes de sécurité». Cette « petite antenne associative » de banlieue, « qui a été modèle en son temps et qui fonctionne d’ailleurs encore bien », ne justifierait plus de toute façon d’un financement national. Surtout depuis que se construit une grande médiathèque polyvalente…

De son côté, dans un communiqué ambigu, la direction de la Joie par les livres confirme d’abord que « A partir du moment où le maire de Clamart avait pris la décision d’ouvrir (…) à 350m. de la Bibliothèque des enfants de la Joie par les livres,  une médiathèque municipale (…) pourvue d’une section pour la jeunesse, la vocation de la Bibliothèque des enfants devait être reconsidérée et discutée ». Elle rajoute : « La Direction de la Joie par les livres, soucieuse du devenir de ce bâtiment emblématique et de haute valeur patrimoniale, a cherché de longue date à sensibiliser la Mairie de Clamart, propriétaire des locaux,  sur l’avenir du bâtiment et ses fonctions ultérieures (…). (Elle) souhaite que ce lieu, d’une grande valeur architecturale, et emblématique dans l’histoire des bibliothèques de lecture publiques françaises, reste un lieu de vie et de rayonnement culturel, au service des enfants et des jeunes. »

Ce vœu semble contradictoire à la logique de fusion qui aurait justifié cette fermeture et qu’elle invoque de par ailleurs dans le communiqué. Les grandes médiathèques qui se mettent dorénavant en place sont bien plus que des bibliothèques, et offrent des espaces de vie et de rayonnement culturel ; si celle-ci proposera des services aux jeunes, on ne voit pas quel rôle culturel pourrait être dévolu à la Joie par les livres sur ce même terrain de l’enfance et de la jeunesse sans redondance. Ou alors, deviendrait-elle une annexe de la médiathèque, et regrouperait tous les services jeunesse ?

Enfin, la position de la Mairie de Clamart n’est pas claire non plus. Le communiqué la met en cause clairement pour avoir laissé pourrir la situation : « Les conditions de sécurité du bâtiment, sur lesquelles la Direction de la Joie par les livres avait alerté à de nombreuses reprises le Maire deClamart (…) » qui n’a rien fait, d’où la demande de fermeture, tandis que le maire s’indigne de cette fermeture : « Cette décision est une insulte à Clamart comme à la politique nationale du livre ».

Après une mobilisation récente (occupation, pétition…), il semblerait que le ministère ne parle plus que de « risque mineur », et la mairie de Clamart aurait indiqué que les travaux peuvent être faits. Qu’en sera-t-il vraiment ? On le saura sans doute bientôt, une réunion doit se tenir au Centre National du Livre, le jeudi 9 février. Mais ne s’agit-il finalement que de la poursuite du désengagement de l’État de petites structures culturelles qui n’intéressent pas les principaux médias (aucun mot dans Le Monde ou dans Le Figaro), sur fond de conflit gauche (le maire)-droite (l’État) ? Small isn’t beautiful, indeed.

8 février :
France 3 a annoncé vers 20h que le Ministère de la culture est revenu sur sa décision de fermer la bibliothèque, et qu’il continuera à la subventionner.

9 février :
Le Monde vient enfin d’en parler (voir Sources).

11 février :
Selon Libé (voir Sources), la bibliothèque pourrait être réouverte dans « les tout prochains jours ». Une dépêche de l’AFP précise que « la bibliothèque (…) devrait rouvrir prochainement, vient d’annoncer la Direction du livre. (…) Par ailleurs, “l’Etat et la Ville s’engagent à maintenir les moyens humains et matériels pour assurer la poursuite des activités de la Joie par les livres”, a-t-il encore été annoncé. ».

18 février :
La bibliothèque a rouvert ses portes.

Sources :
• Nic Diament : Communiqués de presse de la Joie par les Livres, 3 et 7 février 2006.
• Clamart 2007 (association de droite décidée à « s’opposer aux dérives et aux décisions municipales risquant de dénaturer Clamart de façon irréversible »).
• Ange-Dominique Bouzet : Jour sans Joie à Clamart, Libération, 2 février 2006.
• Charles Silvestre : Menace sur « La joie par les livres » de Clamart ?, L’Humanité, 6 février 2006.
• Ange-Dominique Bouzet : Colère et banderoles au rayon bibliothèque, Libération, 6 février 2006.
• Charles Silvestre : Clamart conservera-t-il sa bibliothèque pour enfants ?, L’Humanité, 9 février 2006. Entretien avec Geneviève Patte, fondatrice de la bibliothèque.
• Magalie Ghu : A Clamart, la bibliothèque La Joie par les livres menacée de fermeture, Le Monde, 9 février 2006.
• [s.n.]: Réunion de concertation sur la bibliothèque « La Joie par les livres » de Clamart, communiqué du Ministère de la culture et de la communication, 9 février 2006.
• Marianne Lamal : Le Ministère de la Culture veut fermer la bibliothèque pour enfants, Lutte Ouvrière, 10 février 2006.
• Ange-Dominique Bouzet : Clamart s’accroche à sa bibliothèque, Libération, 11 février 2006.
• [s.n.] : La bibliothèque « La joie par les livres » devrait rouvrir prochainement, AFP, 11 février 2006.
• [s.n.] : La Joie par Les Livres rouvrira ses portes samedi 18 février à 14h, Marie de Clamart, 15 février 2006.
• Ange-Dominique Bouzet : Clamart retrouve « la Joie par les livres », Libération, 17 février 2006.
• Charles Silvestre : Livres enfants Clamart rouvre avec Marc Riboud, L’Humanité, 18 février 2006.
• Charles Silvestre : Victoire éclair pour la bibliothèque, L’Humanité, 21 février 2006.

Le silence relatif sur cette affaire et la répartition politique des réactions dans les médias sont particulièrement intéressants. À ce propos, cf. Livre et liberté.

(Texte mis régulièrement à jour)

30 janvier 2006

Le roi est nu

Classé dans : Publicité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:27

Dans un article fort intéressant publié aujourd’hui dans le Sunday Times, John Lanchester analyse la puissance technologique quasi illimitée de Google, et conclut qu’« ils ont le pouvoir de détruire l’industrie de l’édition, la presse, le commerce de détail qui a pignon sur rue. Ils ne le feront pas forcément, mais, pour la première fois, si l’on y pense sobrement, c’est devenu technologiquement possible. Ils sont riches et déterminés, et sont là pour y rester. Ils savent ce qu’ils font, technologiquement. Sociologiquement, ils ne peuvent le savoir, et personne d’autre non plus. » Je passerai sur le fait que l’aspect légal ne semble pas les inquiéter outre mesure non plus, comme on l’a vu dans leur approche « déterminée » à la mise en ligne de contenus sous copyright (photos dans leur rubrique Presse, numérisation de livres).1

L’article déplore longuement la perte de l’innocence de Google qui s’est manifestée par leur récente décision de se soumettre au filtrage de l’internet en Chine, afin de pouvoir rafler ce marché au potentiel à nul autre pareil (et pourtant, c’était en 1973 qu’Alain Peyrefitte avait écrit le livre Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera) – ce qu’ils font d’ailleurs depuis septembre 2004. Elle met à mal sa prétention : “Organize the world’s [all of it] information [all of it] so it will be universally [to everyone] accessible”2. Arrogance ou utopie ?

Soyons généreux : utopie. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que la réalité met à mal les principes de Google : les deux fondateurs de Google ne déclaraient-ils pas : « Il nous semble que les moteurs de recherche financés par de la publicité seront biaisés, de façon inhérente. Il est donc crucial d’assurer l’existence d’un moteur de recherche transparent et situé dans le secteur universitaire. ». C’était en 1998, et maintenant on sait la place que prend la publicité chez Google. La réalité, en ce cas, c’est que l’information n’est pas un objet culturellement – et donc politiquement – neutre : les cultures (et donc les systèmes politiques et leurs lois) diffèrent de par le monde et l’on ne peut gommer cette différence, même dans le virtuel. Dans un récent ouvrage, L’autre mondialisation, Dominique Wolton, spécialiste des nouveaux médias et de la communication analyse leur impact sur notre exposition illimitée aux cultures du monde, et à la nécessite d’une réflexion sur la cohabitation culturelle et à son réancrage dans le physique (par contraste au virtuel) et dans le temps (par contraste à l’instantané).

Pour ma part, ces récents développements font écho à une inquiétude que j’avais soulevée déjà en 1999 : « imaginez un embargo d’une grande puissance sur une plus petite, qui aurait pour effet de lui couper l’accès aux réseaux… », puis derechef en mars 2004, lorsque le ministère de la justice américaine a enjoint aux éditeurs scientifiques de se plier à l’embargo américain à l’encontre de certains pays, et enfin en février dernier à propos du projet de numérisation de livres de Google : j’y exprimais l’éventualité que l’accès à cette « bibliothèque universelle » concentrée dans les ordinateurs d’une entreprise puisse devenir un enjeu politique, voire l’objet d’un embargo renouvelé.

Nous n’y sommes pas encore, mais on s’y rapproche. D’où la nécessité accrue d’adopter, pour une telle bibliothèque à prétention universelle, un modèle d’organisation répartie : les contenus (et leurs métadonnées) ne sont pas concentrés chez un prestataire, ce ne sont que les index qui y s’y trouvent ; c’est, d’ailleurs, ce que permet le modèle de réseau d’information que préconise Carl Lagoze dans un article très intéressant (dont la traduction en français a été récemment signalée dans Biblio-FR). Et de multiplier les prestataires.


1 L’article soulève aussi des inquiétudes au sujet du respect des libertés individuelles, dans la foulée de l’injonction du Ministère de la justice américaine de lui remettre certaines traces des recherches qui sont effectuées dans Google (afin d’étudier la prévalence de contenus pornographiques en ligne accessibles par des mineurs) – ce que Google s’est refusé de faire – l’auteur s’effare de la quantité de renseignements personnels que Google possède sur ses utilisateurs. Ce sont d’ailleurs des informations de ce type (lien entre numéro IP et courriel) fournis par Yahoo Hong Kong aux autorités chinoises qui leur ont permis d’arrêter le journaliste Shi Tao et de le condamner à dix ans de prison. Pourquoi s’effarer ? Eric Schmidt, PDG de Google, disait “We are moving to a Google that knows more about you” (« Nous allons vers un Google qui en saura plus sur vous », cité dans le New York Times du 10 février 2005).
2 « Concentrer toute l’information du monde pour un accès universel », objectif annoncé par le PDG de Google, Eric Schmidt.

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