Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 octobre 2009

Alla breve. XXII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 22:57

[155] Un bel âge: happy birthday to you, ECM ! Fondé il y a quarante ans par Manfred Eicher, ce label – dont le sigle est composé des initiales de « Edition of Contemporary Music » – s’est forgé une image particulière, reconnue : son ultraclean (le fameux son ECM), répertoire jazz (surtout fusion), puis minimaliste (voire new age), et un catalogue de noms comprenant de nombreuses stars et/ou des grands noms des musiques de jazz, actuelle et contemporaine : Keith Jarrett, Pat Metheny, John Abercrombie, Eberhard Weber, John Adams, Gavin Bryars, Arvo Pärt, Peter Eötvös, Morton Feldman, György Kurtág, Gurdjeff, Peter Maxwell Davies, Steve Reich… mais on y trouve aussi Jean Barraqué, Peter Ruzicka ou Fredrich Cerha, et, plus curieusement, Guillaume de Machaut, J.S. Bach, Antonin Dvorák, Gustav Mahler, Niccolò Paganini, Leos Janácek, Béla Bartók, Arthur Honegger, Charles Ives… Ils ne finiront pas de nous surprendre ! (Source)

[156] Une naissance : la musique contemporaine, digeste. L’association Le Cabaret contemporain vient de naître. Elle a pour but de faire connaître notamment à un public jeune, mélomane ou non, la musique savante, classique ou encore jazz expérimental. Son récent concert d’ouverture a présenté un joli sandwich : une œuvre de Thierry Escaich (dont nous venons tout juste de donner des nouvelles) enrobée d’Astor Piazzolla, de Granados, de Poulenc, de Nino Rota… En guise de digestif, un verre sur une playlist diffusant du Ligeti, Adams, Reich… (enregistrés par EMC, peut-être ?). On attend leur prochain concert, le 8 octobre, avec le quatuor de saxophones Habanera, à la Péniche Opéra. Au programme : Bach et Ligeti. (Source)

[157] Une œuvre qui vient droit du cœur. Le (justement) célèbre artiste Christian Boltanski prépare une installation inédite pour MONUMENTA 2010 au Grand Palais (du 13 janvier au 21 février). « Investissant l’ensemble de la grande nef, il crée un lieu de commémoration visuel et sonore d’une densité exceptionnelle. L’œuvre engage une réflexion sociale, religieuse et humaine sur la vie, la mémoire, la singularité irréductible de chaque existence, mais aussi la présence de la mort, la déshumanisation des corps, le hasard de la destinée. A cette installation il donne le nom évocateur de Personnes. » Dans le cadre de MONUMENTA, Christian Boltanski poursuit la collecte d’enregistrements de battements de cœurs qu’il a engagée pour la réalisation des Archives du cœur : les visiteurs sont invités à enregistrer le son des battements de leur cœur et d’en faire don à l’artiste. En parallèle à l’installation, des concerts de musique contemporaines, des tables-rondes, des rencontres, autour des grands thèmes de l’œuvre de Boltanski. Le tarif de 4 € ne peut qu’encourager la visite. (Source)

[158] Musique baroque du Nouveau monde. Le 11e festival de musique baroque de Sézanne (9-11 octobre) propose cette année un programme autour du thème des « nouveaux mondes » : les musiques sud-américaines du temps de la découverte de l’Amérique du sud. Et pour bien digérer, « il y a aura, pour conclure, un temps de divagation sur le thème de la fête et du vin ». Sézanne mérite la visite. (Source)

[159] Pourquoi la musique est-elle omniprésente dans notre vie ? C’est la question que pose Thomas Dommange dans un essai (« Pourquoi une théorie de l’espace musical ? »), publié dans un recueil collectif, Pourquoi des théories ?, consacré au « souci d’inscrire la théorie, son renouveau ou sa nécessité, dans des problématiques contemporaines ». La réponse qu’apporte l’auteur « est d’une extrême simplicité et complexité à la fois : c’est parce qu’elle “s’adresse directement à l’être intime” comme l’écrit Hegel, parce qu’elle porte “l’âme à s’émouvoir” ». (Source)

[160] Les corps du corps de ballet de l’Opéra de Paris. La Danse, documentaire franco-américain de Frederick Wiseman, est un long (2h38) film qui « reconstitue la préparation de sept ballets, depuis les répétitions jusqu’aux extraits des spectacles ». Plus porté sur l’esthétique des corps et des mouvements que sur les enjeux sociaux et spirituels, sur l’exhaustivité que sur le choix, semble-t-il. Présenté aux festivals du film de Venise et de Toronto, il sortira sur les écrans (de New York…) le 4 novembre. (Source)

[161] Mozart, l’opéra Rock. Tout se mange à toutes les sauces (comme le démontre parfois la nouvelle cuisine britannique). Ici, il s’agit d’un Mozart pop, caricaturé et bouffon dans une outrance de propos indigents, dixit l’AFP. Quant à Gala, il adore (bizarre, on n’est pas étonné) : « Aucune fausse note dans cette partition ». De gustibus non dispuntadi…

5 octobre 2009

Alla breve. XXI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 21:49

[148] Le retour du Fantôme de l’Opéra. Qui a lu les merveilleux romans de Gaston Leroux n’a pas oublié l’impressionnante scène du cimetière de Perros-Guirec, éclairé à minuit par la lune d’une « lumière qui ne pèse rien » : au douzième coup de l’heure, l’invisible commence à jouer de la musique. « Et quelle musique ! (…) je ne sus trop que penser de ces sons inoubliables qui, s’ils ne descendaient pas du ciel, laissaient ignorer leur origine sur terre. Il n’y avait point là d’instrument ni de main pour conduire l’archet. Oh ! je me rappelai l’admirable mélodie. C’était la Résurrection de Lazare, que le père Daaé nous jouait dans ses heures de tristesse et de foi (…). L’idée me vint aussi que Daaé avait été enterré avec son violon et, en vérité, je ne sais point jusqu’où, dans cette minute funèbre et rayonnante, au fond de ce petit dérobé cimetière de province, à côté de ces têtes de morts qui nous riaient de toutes leurs mâchoires immobiles, non je ne sais point jusqu’où s’en fut mon imagination, ni où elle s’arrêta. » Le 23 octobre à 20h30, le film éponyme de Rupert Julian (1925) sera projeté sur grand écran au Temple Neuf à Strasbourg avec une improvisation live du compositeur et organiste Thierry Escaich. On espère qu’il égalera au moins la prestation d’Érik pour la plus grande émotion des spectateurs. (Source)

[149] Le musicien sans étiquette. On ne peut pas ne pas aimer l’œuvre de Francis Poulenc, que ce soit pour son Dialogue des Carmélites, La voix humaine (avec la voix si divine de Denise Duval, et dont il existe un film), les mélodies, le Concert champêtre pour clavecin et orchestre… Poulenc avait des goûts assez particuliers. En musique, par exemple, il avouait un penchant pour Boulez, « être si doué et intelligent ». Ses admirateurs seront ravis d’apprendre la sortie du deuxième Cahiers de Francis Poulenc. (Source)

[150] À la découverte de Mendelssohn. Decca vient de publier un CD comprenant quelques œuvres de Mendelssohn, pour certaines connues mais dans leur version originale (la Troisième symphonie « Écossaise », l’ouverture Les Hébrides) ainsi que le Troisième concerto pour piano et orchestre en mi mineur, œuvre inachevée complétée par Marcello Bufalini. Riccardo Chailly dirige le Gewandhaus de Leipzig, et Roberto Prosseda est au piano. En 2006, il avait interprété sur un autre CD au pianoforte des œuvres rares de Mendelssohn pour piano seul. Écoutez-en un extrait. (Source)

[151] Musique française à Venise. Un centre de musique romantique française est inauguré ces jours-ci au Palazzetto Bru Zane, casino construit entre 1695 et 1697 pour la famille Zane et restauré par une fondation financée par Nicole Bru. Son directeur, Olivier Lexa, déclare : « On commence là où le Centre de musique baroque de Versailles s’arrête, et on s’arrête là où l’Ircam commence ». Il comprend une salle de concert de 90 places et d’une petite bibliothèque, et s’évertuera « à valoriser des œuvres méconnues de compositeurs célèbres (Bizet, Gounod, Massenet…) et à réhabiliter des figures rarement jouées (Méhul, Onslow, Alkan, etc.) ». (Source)

[152] Embargo américain sur la musique. Le New York Philharmonic Orchestra a dû annuler ses concerts prévus à Cuba, invoquant les restrictions américaines sur les voyages vers l’île qui affecteraient les mécènes sans lesquels cette tournée ne pourrait être réalisée. (Source)

[153] Michael Galasso (1949-2009). Ce compositeur, violiste et chef d’orchestre est l’auteur des musiques de nombreuses œuvres de Bob WilsonOuverture, The Life and Times of Joseph Stalin, Les Fables de La Fontaine… – mais aussi d’installations (dont la toute première installation sonore dans le musée Guggenheim de New York ou l’EXPO 2002 en Suisse). En 2009, il a été le lauréat du César pour la meilleure musique de film (Séraphine, de Martin Provost). (Source)

[154] Bientôt le 60e anniversaire de la mort de Chopin ? À l’occasion du 200e anniversaire de la naissance du compositeur, Daniel Barenboïm part en tournée avec les deux concertos pour piano. Le Monde, qui rapporte la nouvelle, indique que le compositeur est décédé en 1949 ; un bref calcul indique qu’il avait 140 ans à l’heure de son décès ; dommage qu’il ait laissé, durant une vie si longue, si peu d’œuvres : elles sont tellement belles ! (Source)

4 octobre 2009

Alla breve. XX.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 12:03

[141] Le New York Philarmonic secoue un peu sa poussière. Alan Gilbert, son nouveau directeur musical, est loin d’être aussi charismatique que son jeune collègue Gustavo Dudamel de l’orchestre phiharmonique de Los Angeles, mais il s’est risqué à décoiffer (légèrement) un public quelque peu conservateur en incluant dans son premier concert les Poèmes pour Mi d’Olivier Messiaen (avec Renée Flemming) et EXPO du finlandais Magnus Lindberg. En guise de dessert d’un programme qui aurait pu paraître indigeste à certains, la Symphonie fantastique de Berlioz, mais le critique n’a pas trouvé le concert si fantastique que ça. (Source)

[142] De la musique japonaise qui décoiffe. Le compositeur Hifumi Shimoyama, contemporain de Toru Takemitsu (tous deux nés en 1930), s’inspire comme lui des traditions musicales japonaises, mais très différemment : lors d’un récent concert de ses œuvres, la guitare acoustique servait d’instrument de percussion, le pianiste plongeait dans le piano pour en pincer les cordes à l’instar d’une harpe, et un archet de violon servait de mailloche du xylophone. Mais Ichigo no tsukikage pour violoncelle, koto et bande magnétique démontre, s’il en est besoin, qu’il est capable de subtilité et de délicatesse. Écoutez Zona pour seize instruments à cordes, enregistrement live de l’orchestre de chambre Amadeus dirigé par Freddy Cadena. (Source)

[143] La musique qui tue. Tout amateur des romans de Gaston Leroux connaît leur musique si particulière qui « déchire le cœur et les oreilles ». Celle de maintenant, si elle s’adresse moins au cœur, peut en exploser les oreilles. Il existe des protections alternatives à la fuite : des bouchons de tous genres qu’on se vrille dans les oreilles et qui étouffent plus ou moins bien les sons, certains mieux que d’autres. Mais lorsqu’il s’agit d’une musique qu’on aimerait entendre, mais moins fort ? Le magazine Guitar Part s’est penché sur des produits dits passifs (sans électronique) destinés aux oreilles musicales et les testés sur les plans du rendu sonore, du confort et de l’esthétique. En sus, l’article fournit un tableau qui rappelle les précautions à prendre (réduction du temps d’exposition) lors de l’exposition à des niveaux croissants de bruit) et un schéma de l’anatomie de l’oreille.

[144] Décès d’un compositeur, Leon Kirchner (1919-2009). Né à Brooklyn d’un dentellier originaire d’Odessa, ce compositeur, pianiste, chef d’orchestre et pédagogue avait étudié avec Schoenberg à Los Angeles, sans pour autant adopter aveuglément le système dodécaphonique. Influencée d’abord par Bartók et Stravinsky puis par la seconde école de Vienne (Schoenberg, Berg, Webern), son œuvre intègre aussi des éléments jazzy et lyriques et plus tardivement de l’électronique. Son Quartet No. 3 lui vaut le prix Pulitzer pour la musique en 1967 (en 2009, c’est Double Sextet de Steve Reich qui a décroché cette distinction). En 1993, il est finaliste (mais non lauréat – ce sera Trombone Concerto de Christopher Rouse) du même prix pour son Music for Cello and Orchestra. (Source)

[145] Naissance d’une compositrice, Emily Howell (2003-). Conçue par David Cope, professeur d’informatique et de musique, c’est un programme informatique destiné à composer de la musique (dont l’anatomie est décrite dans cet ouvrage). Il succède à EMI (diminutif de Experiments in Musical Intelligence), autre programme qui, lui, analysait des œuvres d’un compositeur (Bach, Beethoven ou Mahler) pour produire une nouvelle pièce (on hésite à la qualifier d’œuvre) du même style, « juste comme si c’était ce compositeur qui l’avait écrite ». L’électronique a déjà permis de virtualiser des instruments, de remplacer des musiciens (voir ici, page 4) et le chef d’orchestre, à quand la disparition du public ? (Source)

[146] Résurrection d’un compositeur. À l’occasion du centième anniversaire du décès de Charles Bordes, fondateur de la Schola Cantorum et élève de César Frank, des mélodies de Bordes seront interprétées le 8 novembre par François-René Duchâble. Charles Koechlin écrivait en 1925 à son propos : « Mort jeune, il n’a pas été estimé a sa valeur. (…) L’un des premiers, il découvrit Paul Verlaine (cf. Soleil du matin, Dansons la gigue, etc.). Il y a dans son inspiration une naïveté charmante, que certains tiennent pour gaucherie de primitif, mais que l’absence de formules et la parfaite sincérité font attachante et vivante (…). » En 1943, Paul Landormy rajoute : « Son nom restera, avec quelques lignes d’une musique extrêmement personnelle, rêveuse, tendre, et parfois troublante. » On espère que le public y sera sensible. (Source)

[147] Redécouverte d’un autre compositeur. Élève de Béla Bartók et de Zoltán Kodály, puis maître de György Ligeti et de György Kurtág, Sándor Veress, né en Hongrie et décédé en Suisse (1907-1992), est resté relativement dans l’obscurité au niveau international et est encore plus méconnu en France que ses compatriotes. Ses œuvres ont commencé à bénéficier d’enregistrements – à l’instar de son Concerto pour clarinette, sa Sonate pour violoncelle solo ou son scintillant Hommage à Paul Klee – dans les années 1990, et plus récemment, une anthologie de sa musique de chambre sur le label Hungaroton (source). Deux récents concerts à Toulon ont enfin permis à des auditeurs français d’entendre ses deux quatuors. (Source)

27 septembre 2009

Les yeux d’Athènes

Classé dans : Athènes, Lieux, Peinture, dessin, Photographie, Sculpture — Miklos @ 12:37

« Hargneux et peu attaché à son maître » (Encycl. du dix-neuvième siècle).

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie — Miklos @ 10:41

«Shaking her bobbed hair a girl entered the shelter with a small,» wheezing, toadlike bulldog. (Secouant ses cheveux courts, une jeune fille se glissa sous le kiosque avec un petit bouledogue qui respirait péniblement et qui avait l’air d’un crapeau.)

Vladimir Nabokov, The Gift.

«(…) M. Baretty venait de s’étendre sans cérémonie dans un immense fauteuil à la Voltaire, où, malgré sa rotondité, il paraissait engourdi. Sa pose avait quelque chose de si farouche, et s’accordait tellement avec l’expression rébarbative de son visage, que je ne pus m’empêcher de le comparer à un bouledogue couché dans sa niche, le museau sur les pattes, l’œil assoupi, mais la dent éveillée.» Je remarquai bientôt qu’à travers ses paupières mi-closes, il glissait un regard scrutateur qui, après avoir examiné quelque temps Maléchard, se porta sur moi-même et me força de détourner les yeux.

Charles de Bernard, « Le Paratonnerre ». Revue des deux mondes, 1841.

«Notre chat, comme s’il eût compris ce qui se passait, sauta sans hésiter sur les épaules du mitron, et de là sur la voie publique. Un nouveau danger l’attendait. Surpris de son apparition inattendue, un énorme bouledogue se mit en arrêt devant lui. Moumouth eût vivement désiré esquiver une lutte désavantageuse ; mais le chien le couvait des yeux, ne perdait pas un de ses mouvements, allait à droite quand Moumouth allait à droite, à gauche quand Moumouth allait à gauche, et grognant toujours d’une voix menaçante ; tous deux se tinrent un instant en observation : le bouledogue, les pattes tendues, les dents serrées, le corps en arrière ; le chat, la gueule ouverte, le dos hérissé, la tête basse et penchée en avant. Aucun d’eux ne semblait disposé à entamer les hostilités. Enfin le chien se rue sur son adversaire ; mais celui-ci l’évite adroitement, passe par-dessus, et se sauve dans la direction du quai ; le bouledogue lui donne la chasse : ils partent, ils percent la foule des passants, ils se faufilent entre les voitures; par un esprit naturel d’imitation, les chiens errants qu’ils rencontrent les suivent à la file, si bien qu’au bout d’une minute l’infortuné Moumouth en a plus de trente-sept à ses trousses.

« Je suis perdu, se dit-il, mais du moins je vendrai chèrement ma vie ! »

Il s’accule contre un mur, se dresse fièrement sur ses pieds ; grinçant des dents, le poil hérissé, il contemple ses nombreux ennemis d’un œil si terrible» que tous reculent comme un seul homme. Profitant de leur incertitude, Moumouth se retourne tout à coup et monte le long de la muraille ; il est promptement hors de la portée des chiens. . . .

Émile Gigault de la Bédollierre (1812-1883), Histoire de la Mère Michel et de son chat. Leypoldt & Holt, 1866.

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