Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 avril 2010

Le futur de la flotte aérienne

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:11

« L’impact des perturbations aériennes causées par un volcan islandais se fera de plus en plus sensible si elles se prolongent (…). Il faut savoir maintenant si le volcan va rester en éruption et s’il continuera de projeter des cendres dans l’atmosphère, dans quelles directions ces cendres seront portées par les vents et combien de temps celles qui sont déjà dans l’atmosphère resteront au-dessus de l’Europe. » — Le Point, 18/4/2010.

15 avril 2010

Life in Hell : ça ne rigole pas

Classé dans : Actualité, Politique, Société — Miklos @ 0:22


Chaque matin, Akbar enfourche une bicyclette pour une promenade d’une demi-heure et de quelques milliers de kilomètres, parfois plus. Étonnant, dites-vous ? À le voir comme ça, on ne se serait pas douté que… Stupéfiant, même, lorsqu’on apprend qu’il fait du sur-place. Tout s’explique quand on constate que c’est en salle, les yeux rivés sur le mini-téléviseur qui diffuse les programmes de la chaîne Planète : ils lui font visiter la Terre d’un bout à l’autre, du Ténéré à la Mongolie, des déserts d’Australie aux jungles amérindiennes. D’ailleurs, si vous êtes un lecteur assidu des aventures de notre héros, vous n’êtes ni étonné, ni stupéfait :
vous le saviez déjà.

Akbar ne regarde plus Planète : à l’heure de sa balade roborative, la chaîne diffuse des séries, genre épreuves d’endurance quasi initiatiques pour une équipe d’occi­dentaux plongée dans une culture étrangère, de préférence tribale et colorée, émissions dont le principe est parfois trop répétitif (malgré les changements de paysage) et les intentions transculturelles simplistes.

Dorénavant, il se branche sur Public Sénat. Voici qu’il tombe sur Déshabillons-les. Après son passage dans les vestiaires de la salle où il vient justement de se mettre en tenue, Akbar se dit que c’est peut-être la suite ? Eh non, c’est une série de débats consacrés à l’analyse de l’actualité et des comportements de ceux qui la font.

Aujourd’hui, il s’agit de La politique du sourire : qu’exprime un sourire et que cache-t-il, quelle est sa fonction sociale, voire politique ? Comment est-il perçu ? Pour en débattre, quatre experts de ce type de grimace : un spécialiste de l’histoire du corps, de normes et de codes esthétiques (Georges Vigarello au discret sourire), un neurobiologiste spécialiste du cerveau (Sébastien Bohler, au sourire et au regard coquins), un sondeur d’opinion (le très souriant Jean-Daniel Lévy de l’institut CSA) et un psychanalyste (Daniel Sibony, qui vient de publier Les sens du rire et de l’humour, le visage réservé, voire mélancolique ou triste, est-ce du fait de sa connaissance des sombres recoins de l’âme ?).

Aucun humoriste parmi les invités : il ne s’agit pas d’humour, mais de pouvoir et de soumission, de violence et de véhémence, d’atteintes narcissiques et de dénis, de conjurations et de connivences. Le sourire éclatant d’une Roselyne Bachelot souhaitant explicitement à Martine Aubry de se casser la gueule ; le sourire contraint et décalé d’une Ségolène Royal dans son discours de défaite plagié, quant au texte, sur celui de Mitterrand qui lui avait livré le sien d’un air grave et convaincant ; le sourire détendu et amusé d’un Sarkozy visionnant la parodie que fait de lui Laurent Gerra et son sourire carnassier une fois arrivé au pouvoir… Des études ont montré, apprend Akbar, que plus le niveau de testostérone est élevé et plus la position dominante est assurée, moins l’homme sourit. À l’inverse, ceux qui sont soumis y ont recours pour charmer et pour séduire, tel Villepin. Ou, comme l’explicitera Sibony, la femme, qui accueille. Sexuellement. Comme quoi, se dit Akbar, Sibony considère la femme comme soumise à l’homme. Et pourtant il en connaît des qui…

Le sourire est un masque obligé dans une société de plus en plus individualiste où règne la pression d’optimisme, le culte de la réussite et du nous sommes ensemble. Il en devient un outil de déni des problèmes réels. Daniel Sibony conclut ainsi : « Il y a d’un côté le sourire outil de travail, considéré comme outil miracle, et peut-être son utilisation va se moduler et se modérer. D’un autre côté, je crois que la vie politique gagnera beaucoup à se laisser imprégner par ce qui fait vraiment éclater de rire, fait rire réellement, au sens que c’est cocasse, que c’est grotesque, et que peut-être même de petites rigoles de joie peuvent s’infiltrer jusque là. Et la joie, c’est la source du rire la plus éternelle. »

Akbar se demande si un tel spécialiste du sens profond que véhiculent les mots a intentionnellement utilisé « rigole » dans ses deux acceptions… Ce n’est pourtant pas un rigolo, Sibony.

Appliquant ce qu’il vient d’apprendre, Akbar se dit que le niveau de testostérone de l’animatrice doit être très élevé en dépit de son sexe : elle sourit tout le temps, et de sa position dominante interrompt à tout bout de champ ces quatre mâles pour compléter leurs phrases à sa façon à elle et en raccourci, pour fournir elle-même la réponse aux questions qu’elle leur pose ou pour passer la parole de l’un à l’autre. Il n’est pas question de développer une réflexion, on est après tout à la télévision.

Akbar se demande s’il n’est pas préférable qu’il se branche plutôt sur Desperate housewives ou sur Sex and the city, deux séries mentionnées lors de l’émission.

En tout cas, le diagnostic de l’homme non-souriant se confirme expérimentalement sur le terrain : dans les vestiaires, qu’il rejoint après ses efforts physiques à bicyclette et intellectuels à la télévision, il y croise des mâles dominateurs, musclés, muets et le visage figé, quoique déshabillés. Ça ne rigole pas, au sport.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

11 avril 2010

Depuis que l’homme est homme et le Français français…

Classé dans : Langue, Littérature — Miklos @ 11:16

Dans ses Carnets, le major W. (William) Marmaduke Thompson a consigné ses observations de la France et des Français qu’il découvre après la guerre ; veuf, il s’était remarié avec Martine-Nicole Noblet et s’installe à Paris, patrie de sa seconde épouse.

Publiés en 1954, certaines de ces pages peuvent dater, surtout lorsqu’elles concernent des aléas de la vie politique d’alors (les gouvernements qui ne tiennent que quelques mois, le parlement désorganisé…), mais pour l’essentiel elles font mouche encore aujourd’hui lorsqu’elles décrivent le rapport du Français à ses congénères, à ses institutions et au reste du monde.

Comment définir ces gens qui passent leurs dimanches à se proclamer républicains et leur semaine à adorer la Reine d’Angleterre, qui se disent modestes, mais parlent toujours de détenir les flambeaux de la civilisation (…), qui placent la France dans leur cœur, mais leurs fortunes à l’étranger, qui sont ennemis des Juifs en général, mais ami intime d’un Israélite en particulier (…), qui détestent que l’on critique leurs travers, mais ne cessent de les dénigrer eux-mêmes, (…), qui admirent chez les Anglais l’ignorance du « système D », mais se croiraient ridicules s’ils déclaraient au fisc le montant exact de leurs revenus, qui se gaussent des histoires écossaises, mais essaient volontiers d’obtenir un prix inférieur au chiffre marqué; qui s’en réfèrent complaisamment à leur Histoire, mais ne veulent surtout plus d’histoires, qui détestent franchir une frontière sans passer en fraude un petit quelque chose, mais répugnent à n’être pas en règle, qui tiennent avant tout à s’affirmer comme des gens « auxquels on ne la fait pas », mais s’empressent d’élire un député pourvu qu’il leur promette la lune, qui disent : « En avril, ne te découvre pas d’un fil », mais arrêtent tout chauffage le 31 mars, qui chantent la grâce de leur campagne, mais lui font les pires injures meulières, qui ont un respect marqué pour les tribunaux, mais ne s’adressent aux avocats que pour mieux savoir comment tourner la loi, enfin, qui sont sous le charme lorsqu’un de leurs grands hommes leur parle de leur grandeur, de leur grande mission civilisatrice, de leur grand pays, de leurs grandes traditions, mais dont le rêve est de se retirer après une bonne petite vie, dans un petit coin tranquille, sur un petit bout de terre à eux, avec une petite femme qui, se contentant de petites robes pas chères, leur mitonnera de bons petits plats et saura à l’occasion recevoir gentiment les amis pour faire une petite belote ?

Ces conservateurs qui, depuis deux cents ans, ne cessent de glisser vers la gauche jusqu’à y retrouver leur droite, ces républicains qui ont fait depuis plus d’un siècle du refoulement de royauté et apprennent à leurs enfants, avec des larmes dans la voix, l’histoire des rois qui, en mille ans, firent la France – quel damné observateur oserait les définir d’un trait, si ce n’est par la contradiction ? (…)

M. Taupin est un monsieur qui ne croit à rien, parce que, à son avis, il ne sert plus à rien de croire à quelque chose. (…)

« Ce qu’il nous faudrait, c’est un homme à poigne, qui fasse un peu d’ordre là-dedans, un bon coup de balai ! »

On pourrait penser alors que ces gens aspirent à la dictature. Erreur. Qu’un homme à poigne se signale à l’horizon, qu’il parle de réformer les institutions parlementaires, de mettre de l’ordre, de faire régner la discipline et, pour un satisfait, voilà mille mécontents. (…)

Les Français sont persuadés que leur pays ne veut de mal à personne. Les Anglais sont méprisants ; les Américains dominateurs ; les Allemands sadiques ; les Italiens insaisissables ; les Russes impénétrables ; les Suisses suisses. Eux, Français, sont gentils. On leur fait des misères. (…)

Persécuté par ses ennemis qui lui font la guerre, par ses alliés qui font la paix sur son dos, par le monde entier qui lui prend ses inventions (les Français ne savent qu’inventer pour se plaindre ensuite qu’on le leur a pris), le Français se sent également persécuté par les Français : par le gouvernement qui se paie sa tête, par le fisc qui lui fait payer trop d’impôts, par son patron qui paie bon marché ses services, par les commerçants qui font fortune à ses dépens, par le voisin qui dit du mal de lui, bref, par anybody… (…)

Qui dont investit le gentil Français ?

Un mot très bref de son vocabulaire, sur lequel mon si dévoué collaborateur et ami a bien voulu attirer mon attention, m’a livré la secrète identité des assiégeants : c’est ils. Et ils, c’est tout le monde : les patrons pour les employés, les employés pour les patrons, les domestiques pour les maîtres de maison, les maîtres de maison pour les domestiques, les automobilistes pour les piétons, les piétons pour les automobilistes, et, pour les un comme pour les autres, les grands ennemis communs : l’État, le fisc, l’étranger.

Pierre Daninos, Les Carnets du major W. Markmaduke Thompson. Découverte de la France et des Français. Hachette, 1954.

Le « dévoué collaborateur » du fictif major est le bien réel Pierre Daninos (1913-2005), qui a réussi ce « tour de force » (terme français repris et italicisé par les Américains) pour un Français de faire voir les Français aux Français par l’œil d’un Anglais francophile inexistant : c’est cette distance – la Manche étant alors aussi infranchissable qu’aujourd’hui en dépit de l’Eurostar, culturellement parlant, s’entend –, de l’accent que l’on entend dans les discrets anglicismes du texte et dans l’humour british qui donnent toute leur saveur à cette critique de nos travers nationaux.

La vie de Marmaduke s’est poursuivie presque tout autant que celle de son créateur, jusqu’aux Derniers carnets du major Thompson. Si Daninos a exploré les trésors infinis de nos idiosyncrasies nationales (Un certain monsieur Blot, Snobissimo…), il a aussi consacré un ouvrage à la dépression qui l’avait frappé (Le 36e dessous). La nécrologie que lui a consacrée Le Times montre l’intérêt de ses livres pour un public international, tout à la fois amoureux et critique de la France et des Français.

Le regard qu’a jeté Laurence Wylie (1909-1996) sur les Français est d’un tout autre ordre : cet Américain, fils de pasteur, s’était pris d’amour pour la France (l’amour, toujours l’amour !) et y a passé plusieurs années sabbatiques dans la France dite profonde : un village dans le Vaucluse (dont il a tiré un livre éponyme), en Anjou… Devenu professeur de culture française à Harvard, il s’est surtout intéressé à l’étude de la gestuelle et à la communication non verbale comme moyens de comprendre une culture étrangère.

Son livre Beaux gestes est un chef-d’œuvre en son genre : des expressions françaises particulièrement typiques (il est bourré !, il y a du monde au balcon !…) y sont littéralement illustrées par des photos dans lesquelles il prend les mimiques correspondantes d’une façon très expressive ; ce n’est pas étonnant : il avait suivi les cours du mime Jacques Lecoq… On parle avec tout son corps, et l’accent – régional ou étranger – ne se manifeste pas uniquement dans la voix, mais dans les infinies expressions du visage ou des mains, par les postures de la tête et des épaules, dans sa démarche… On peut ainsi parfois distinguer de loin un étranger avant même de l’avoir entendu parler. Preuve s’il en est que la maîtrise d’une langue ne consiste pas uniquement à posséder vocabulaire et grammaire mais aussi ses idiomes, et, plus généralement, sa culture, et que la communication ne passe pas uniquement par l’oralité.

Un autre « tour de force » concernant la France, ou plutôt le français, est le Mots d’Heures : Gousses, Rames. The d’Antin Manuscript, par Luis d’Antin van Rooten. C’est, d’apparence, une anthologie de poèmes en ancien français, accompagnés d’une profusion de savantes notes de bas de page destinées à en faciliter la compréhension, mais c’est en fait une translittération particulièrement originale de l’équivalent anglais des Contes de ma mère l’oye qui utilise des mots français à la consonance proche. Le titre du recueil lui-même reprend de cette façon celui de l’original, Mother Goose Rhymes. Et c’est ainsi que :

Un petit d’un petit
S’étonne aux Halles
Un petit d’un petit
Ah ! degrés te fallent
Indolent qui ne sort cesse
Indolent qui ne se mène
Qu’importe un petit d’un petit
Tout Gai de Reguennes

correspond au célèbre :

Humpty Dumpty
Sat on a wall.
Humpty Dumpty
Had a great fall.

And all the King’s horses,
And all the King’s men
Couldn’t put Humpty Dumpty
Together again.

Un livre aussi intelligent qu’amusant, ma foi.

On trouve une variante du genre dans les Let’s Parler Franglais! (1980) et Parlez-vous Franglais? de Mikes Kington, collection de dialogues en français parlé par des Britanniques qui émaillent leurs phrases de mots en anglais ou traduisent littéralement dans la langue de Molière les tournures et les idiomes de celle de Shakespeare, ce qui donne par exemple :

Premier Joggeur : Je peux courir avec vous ?

Deuxième joggeur : Oui, si vous voulez.

1er Joggeur : C’est pour la compagnie, vous savez.

2ème Joggeur : Ah vous courez sur company business ?

1er Joggeur : Non, non. Je n’aime pas courir seul.

2ème Joggeur : Ah.

1er Joggeur : C’est un merveilleux matin pour cette sorte de chose.

2ème Joggeur : Quelle sorte de chose ?

1er Joggeur : Le jogging.

2ème Joggeur : Ah, vous faites le jogging ?

1er Joggeur : Oui. Vous aussi, non ?

2ème Joggeur : Non.

1er Joggeur : Ah… Mais pourquoi vous courez, alors ?

2ème Joggeur : Je vais à un job.

1er Joggeur : Un job ? Vous êtes un Running Doctor, comme en Australie ?

2ème Joggeur : Non, je suis un gendarme. Je vais à un 999 appel.

1er Joggeur : C’est curieux. Je croyais que la police avait des motocyclettes et des voitures avec sirènes.

2ème Joggeur : Oui, mais nous sommes under-equipped. Le 999 appel est venu, on n’avait plus de véhicules, on m’a dit : ‘Run, you blighter, run.’

1er Joggeur : Mais… vous n’avez pas d’uniforme.

2ème Joggeur : Je suis plainclothes.

1er Joggeur : Ah. Cela explique le trois-piece suit, la cravate natty et la rose au revers. Quand je vous ai vu, je me suis dit : ‘Pour un joggeur, ce n’est pas très joggy. Ce n’est pas mon idée d’un jog-suit.’ A propos, où vous allez ?

2ème Joggeur : 19 Lauderdale Road. Séparer un mari et une femme. Ils se battent. La même vieille histoire. Blimey, je suis knackered. C’est loin ?

1er Joggeur : Pas si vous êtes dans la rose de santé. Vous n’avez pas une petite sirène pour arrêter la traffique ?

2ème Joggeur : Non. Il faut que je me repose un peu. Dites donc, vous êtes en peak form—pouvez-vous allez à l’avance ?

1er Joggeur : A 19 Lauderdale Road ?

2ème Joggeur : Oui. C’est bien simple. Vous entrez, vous criez, ‘Je suis la loi,’ et vous craquez les têtes ensemble.

1er Joggeur : Mais… mais je fais un time trial ! Cela dérangera ma schedule !

2ème Joggeur : C’est un ordre ! Par la majesté de la loi je vous ordonne… !

1er Joggeur : OK, OK. J’y cours.

2ème Joggeur : Et prenez garde ! Le mari a un revolver. Au revoir, jusqu’après mon petit lie-down.

Soyez donc très careful quand vous ferez votre dimanche jogging, surtout si vous ne le faites pas dans le club de gym.

5 avril 2010

Qui ne dit mot consent, ou, les silences complices

Classé dans : Actualité, Médias, Religion, Société — Miklos @ 8:19

Si l’on s’étonne des critères de modération des commentaires de lecteurs du Monde, on n’est finalement pas surpris de ceux du Figaro.

À la question que posait ce dernier : « Le Pape a-t-il eu raison de ne pas évoquer les scandales de la pédophilie ? », une armée de défenseurs du pape et de l’Église s’est levée. L’un de ses soldats a répondu : « L’Eglise n’est pas et ne peut pas etre tenu responsable sur le comportement de quelques pretres a travers le monde. » Un autre a rajouté : « Aussi révoltant que ce soit, il y a bien pire à dénoncer et mieux à proposer… »

Mais le commentaire suivant, qui visait à analyser et à critiquer cette posture, lui, a été rejeté :

Lorsque vous voyez un crime qui est commis et que vous fermez l’œil, comment appelez-vous cela ?

Et pour ceux – il y en a plus d’un ici – qui ont écrit que la pédophilie ce n’est pas la pire chose au monde : ne faut-il dénoncer que le pire et fermer l’œil sur le reste ? Et si c’était arrivé à un de vos proches (Dieu préserve), lui diriez-vous la même chose ?

Ce n’est pas l’Église qui est attaquée en soi, c’est le comportement de certains de ses dignitaires qui est remis en question. Si vous la refusez, vous participez de son pourrissement par l’intérieur, pas par l’extérieur.

En clair :

- Ceux qui savent et qui se taisent sont complices.

- Ceux qui répondent qu’il y a pire ne font pas montre de compassion à l’égard des victimes de ce crime.

- Ce n’est pas le pape qui est la victime, ce sont ceux qui ont été violés.

- Ce sont eux qui ont dû porter leur croix jour après jour durant des années sous la chape de plomb de ce silence, et ce n’était pas de leur choix.

Et c’est à la justice des hommes de passer. Vite.

3 avril 2010

Relents dans les pages en ligne du Monde

Classé dans : Actualité, Médias, Religion, antisémitisme, racisme — Miklos @ 11:18

Le courrier des lecteurs n’est pas un phénomène récent, il ne fait que s’accentuer avec le passage de la presse écrite à l’internet : on n’est plus limité par la taille de la page et plus il y a de com­men­taires, plus c’est valorisant. Pour preuve, la liste des « articles les plus commentés » affichée en première page, avec la possibilité d’y accéder de nouveau, système qui n’est pas sans rappeler celui du fameux algorithme secret de Google : plus c’est populaire, plus c’est au top, et plus cela sera lu par ceux qui ne l’auront pas encore vu et qui se satisfont de cliquer sur ce qui est en tête de liste.

Bien que certains périodiques effectuent un filtrage a priori, on se demande s’ils ne laissent pas échapper des contributions qui n’y ont pas leur place, par mégarde – les commen­taires affluant de jour comme de nuit, il faudrait tout un régiment de relecteurs, et déjà que la relecture des articles eux-mêmes n’est plus tellement assurée… – voire intentionellement, ce qui ne fera qu’attiser la controverse et donc faire ainsi croître le nombre de commentaires qui, s’éloignant de la source – l’article –, se commentent les uns les autres.

Un récent article du Monde n’a pas attiré beaucoup de commentateurs, bien que le sujet soit juteux. Vacances pascales ? Il s’agit justement de Abus sexuels : le « New York Times » répond au Vatican daté du 1er avril. Faut-il avoir beaucoup d’imagination pour trouver des relents antisémites dans le commentaire suivant : « A qui appartient le NYT? Avec la réponse à cette question, on aura peut-être la réponse à sa campagne… » quand on sait que le journal est contrôlé par les descendants de son propriétaire depuis la fin du XIXe siècle, Adolph Ochs.

Un Juif. Ceci expliquerait donc cela. À se demander si l’auteur n’a pas lu cette information sur un site (dont le nom, que nous éviterons de fournir ici pour ne pas le faire remonter dans le palmarès Google, signifie « observatoire (ou surveillance) du Juif ») qui a pour projet de fournir des « articles savants à propos de l’histoire du sionisme (…) visant à révéler l’identité des banquiers filous, des faussaires de l’information, des menteurs des relations publiques, des subversifs, des espions… ». La page qu’il consacre au groupe New York Times est illustrée de deux photos : celle d’Arthur Ochs Sulzberger (ex éditeur) et celle de son fils Arthur Ochs Sulzberger, Jr. (ex PDG et non pas président, la page n’est pas à jour), dont les noms sont précédés par la mention « Juif ». On croirait lire une page d’une certaine presse avant et durant l’occupation.

On est donc surpris que Le Monde ait laissé passer ce commentaire qui n’a rien d’une blague du premier avril malgré sa date de publication. On se fend donc d’un commentaire approprié destiné à jeter un éclairage sur la nature plus que douteuse du commentaire en question, et là on est encore plus surpris : Le Monde ne l’a pas validé. Serait-ce aussi parce qu’on y avait mentionné la récupération de l’antisémitisme par le père Cantalamessa pour voler à la défense du pape en comparant les attaques à son égard aux « aspects les plus honteux de l’anti­sémitisme ». Le fond de l’air effraie.

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