Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 août 2009

Après Montréal, Paris utilise l’ortograf altêrnativ

Classé dans : Actualité, Langue, Photographie — Miklos @ 23:26


On avait signalé
à nos fidèles lecteurs la curieuse initiative de la Ville de Montréal qui propose sur son site un « akey ki s’adrês o pêrsone ki on dê z’inkapasité intélêktuêl ». Pour ne pas être en retard sur la Nouvelle France, la capitale de l’ancienne fait évoluer l’orthographe sur les panneaux de ses institutions. On peut voir ci-dessus la nouvelle façon d’épeler « accès » (à l’entrée du musée d’Art moderne au palais de Tokyo), qui n’est pas sans rappeler le glissement (en sens inverse, toutefois) de l’orthographe (correcte) du mot « événement » vers « évènement ». Un pas en avant, un pas en arrière !

23 août 2009

De l’utilité de voies ferrées souterraines

Classé dans : Photographie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 19:47

Londres a l’insigne honneur d’être la première ville à avoir mis en service un métro en 1863. Paris n’eut droit à ce mode de transport urbain métro en 1900. Pourtant, dès 1856, Louis Le Hir, « docteur en droit, avocat », avait publié un ouvrage intitulé Réseau des voies ferrées sous Paris. Transports généraux dans Paris par un réseau de voies ferrées souterraines desservant les principaux quartiers et les mettant en communication avec les gares des Chemins de fer et par un service complémentaire de voitures à cheval. À part le cheval (on y reviendra peut-être un jour, qui sait), ne dirait-on pas une description contemporaine du réseau RATP-RER ?

Voici comment Le Hir résume son projet très détaillé – comprenant prix et devis –, qui avait fait l’objet d’une étude détaillée par « quelques hommes de cœur » et de métier (à l’instar de Mondot de Lagorce, ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées), convaincus par l’utilité et par la faisabilité de ce projet :

En résumé, les auteurs du projet de réseau de voies ferrées sous Paris, sans demande de subvention, ni de secours, ni de privilège quelconque, sollicitent la permission d’exécuter, à leurs frais, risques et périls, un réseau de plus de 25 kilomètres de développement de voies ferrées, que MM. les ingénieurs du service municipal ont reconnu et ont déclaré ne pouvoir nuire ni aux établissements existants, ni à leurs services, ni à leurs projets ;

Qui ne portera nulle part la plus légère perturbation dans les industries actuelles ;

Qui ne compromettra pas plus la solidité des maisons que ne le ferait la construction du plus simple égout ;

Qui reliera entre elles et avec les ports de la rivière et du canal, ainsi qu’avec les Halles centrales et les principaux centres d’activité commerciale, toutes les gares des grandes lignes de chemins de fer aboutissant à la capitale ;

Qui, tout en désencombrant les voies publiques actuelles de ce qui les dégrade le plus et nuit le plus à leur agrément, le jour et la nuit, donnera les moyens de transporter avec célérité, à des prix excessivement modiques, les hommes et les choses.

Après un usufruit de 90 ans, la Compagnie abandonnerait à la ville la propriété de ses galeries, de ses 47 gares et stations et de leurs dépendances, cet ensemble formant un monument dont la valeur matérielle est estimée aujourd’hui à 40 millions.

En réalité, le projet est de la plus grande simplicité : au point de vue de l’art actuel des constructions, son exécution est exempte à la fois de tous dangers, de toutes difficultés matérielles, et ne réclame, de la part d’un ingénieur expérimenté, que des soins et de la prudence.

Sa réalisation donnera le moyen de faire des économies de tous les jours; et sera appréciée à toute sa valeur par les ouvriers, par les commerçants et par tous ceux qui auront à faire faire dans Paris des transports ou des commissions, ou qui recevront ou expédieront des articles de roulage.

Une idée ingénieuse et particulièrement novatrice qui n’a pas été exploitée jusqu’ici, celle du transport « des hommes et des choses » : ce service devait aussi servir au fret dans Paris (et aussi, de nuit, au transport hors de Paris « de ses vidanges, de ses immondices et de ses boues »… ). Peut-être que la RATP… ?

Les six lignes qu’il propose correspondent peu ou prou à certaines de celles qu’on connaît aujourd’hui (ou du moins à un tronçon), y compris à la ligne 14 (qui était sa ligne 4) :

lre ligne : les boulevarts (de la Madeleine à la Bastille), avec embranchement sur l’entrepôt des Marais.

2e ligne : du chemin de fer de Rouen aux Halles, par la rue de Londres, la rue de la Chaussée-d’Antin, le boulevart des Italiens et la rue Montmartre.

3e ligne : du bassin de la Villette aux Halles, par la rue La-fayette et les boulevarts de Strasbourg et de Sébastopol, avec embranchement sur les gares des chemins de fer de Strasbourg et du Nord.

4e ligne : de Bercy à la place de la Concorde et à la Madeleine, par les rues de Lyon , Saint-Antoine et de Rivoli (passage sous le canal Saint-Martin). Cette ligne sera mise facilement en communication avec les ports de la Seine.

5e ligne : des Halles à la barrière d’Enfer (chemin de fer de Sceaux), en suivant le boulevart de Sébastopol dans son prolongement (passage sous la Seine).

6e ligne : du chemin de fer d’Orléans au chemin de fer de l’Ouest. Cette ligne passe sous le boulevart de l’Hôpital, le Jardin des Plantes; elle suit la rue de Jussieu, la rue des Ecoles, la rue de Vaugirard et la rue de Rennes.

avec vingt-deux gares et vingt-cinq stations. Le tarif maximum était aussi fixé, pendant quatre-vingt-dix-neuf ans, à 10 centimes pour les voyageurs de 1re classe, à 5 centimes pour ceux de 2e classe ; à 4 francs par tonne de camionnage (contre 4 ou 5 francs par les modes de transports en surface à l’époque)… Ce qui serait fort apprécié par ceux qui sont « poussés par la cherté des loyers aux extrémités de Paris et hors Paris », selon l’auteur du rapport. Et par nos contemporains.

« Avec tout cet argent, notre commune pourrait faire tant de choses ! »

Classé dans : Actualité, Société, Théâtre — Miklos @ 12:30

La fiction précède parfois l’actualité. Rares sont ceux qui avaient entendu parler de la petite commune de Bagnone, en Toscane. Voilà qui est réparé : tous les médias s’étendent sur la somme de près de 150 millions d’euros gagnée par la personne – encore inconnue – qui avait acheté le billet de loto ainsi tiré dans un café du patelin. Les villageois sont ravis qu’un (présumé) voisin ait décroché le gros lot. Surtout, comme ils le disent aux médias, pour lui et pour la commune, qu’ils espèrent qu’il aidera, elle en a tant besoin…

On se croirait dans La Visite de la vieille dame, extraordinaire pièce grinçante que Friedrich Dürrenmatt avait écrite en 1955 (et récemment reprise dans une splendide mise en scène d’Omar Porras) : Clara Zahanassian revient, milliardaire, au soir de sa vie dans son village natal, tombé, lui, dans la misère. Tout le monde est ravi de revoir celle qu’ils avaient ignominieusement chassée, à peine adulte, engrossée par le fils d’un notable. Avec tout son argent, elle pourrait faire tant de choses pour le village ! Quand elle expose sa seule et unique condition, avoir la tête de celui qui l’a ainsi déshonorée en refusant de la défendre et de reconnaître l’enfant, tout le monde refuse, invoquant la morale. Mais tout s’achète…

20 août 2009

Life in Hell: These strong and silent Frenchmen on flying trapezes.

Classé dans : Actualité, Loisirs, Société — Miklos @ 20:59

Akbar prend une bonne résolution, celle de retourner à la salle de sport, chaque jour, sans excuses ni louvoiements. C’est un labeur herculéen : se tirer hors du lit à pas d’heure, partir de chez soi à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, pédaler vers l’horizon – qu’il n’attendra jamais, puisque qu’il fait du sur place – ou tirer lassablement des poids qui reviennent aussitôt à leur point de départ à l’instar du rocher de Sisyphe.

Il s’y rend peu avant l’ouverture, créneau moins fréquenté qu’à d’autres moments de la journée où il y a foule et où règne le tintamarre lancinant et assourdissant de la musique techno sur laquelle se trémoussent les acharnés de la gymnastique en groupe.

À cette heure, arrive le jeune musclor piercé de partout et tatoué en plus ; malgré son apparence de figue de Barbarie, il n’a rien d’un barbare : il salue chacun gentiment, d’une voix douce, bavarde de tout et de rien (et surtout de son régime bio et des salles qu’il fréquente deux fois par jour), et, une fois prêt, se lance vers les haltères et les autres instruments de musculation qui lui arrachent des soupirs, des gémissements puis des ahans d’intensité croissante, jusqu’au geste final accompagné d’un cri primal de jouissance pour l’effort qu’il vient de fournir. Sans clous, agrafes et autres métaux il serait mignon.

Presque au même moment arrive une jeune femme aux traits orientaux et habillé d’un collant qui montre avantageusement sa silhouette de sportive. Pas une once de graisse, des muscles bien proportionnés. Elle, elle ne dit bonjour à personne et ne répond pas quand Akbar la salue. Pourtant, elle n’est pas muette, Akbar l’a entendu parler. Elle se place devant la porte de la salle, au plus près, pour être sûre d’être la première à y entrer, la fixe pour ne pas manquer l’instant où elle s’entrouvrira. Elle s’y insère alors et se précipite vers le tapis de course sur lequel elle se lance avec obsession.

Akbar commence à faire de la bicyclette, et se concentre sur la télévision installée sur le guidon, à défaut de pouvoir contempler un paysage bucolique islandais ou patagonien. Tout pour tenter de détourner son attention de l’effort qu’il fournit, et de l’envie d’arrêter. Il regarde en général la chaîne Planète, qui diffuse depuis trop longtemps pour son goût, la série documentaire Que le meilleur gagne (Last Man Standing), des reportages sur un groupe de jeunes athlètes qui voyagent dans le monde – de l’Amazonie à la Mongolie, de la Papouasie au Mexique – pour y participer aux rituels de concours traditionnels d’endurance tribaux. Leurs efforts surhumains encouragent, malgré tout, Akbar à poursuivre les siens.

Le petit médecin râblé à la retraite qui arrive peu après est très aimable. Il aime bavarder, c’est un brésilien. Il ne peut se passer de la salle, dit-il, qui le met en forme pour le reste de la journée. Il se rend posément vers une bicyclette, l’ajuste calmement, et commence à pédaler, sans hâte. Il y reste tout le temps qu’Akbar passe dans la salle, il arrivera loin, lui.

Après la bicyclette, Akbar pratique la traction verticale, et veille ainsi à renforcer ses muscles dorsaux et à développer sa capacité respiratoire, plus discrètement toutefois que le jeune musclor, puis il se rend au hammam. Il y trouve parfois un Hercule, moniteur dans la salle, ou un habitué qui s’y entoure d’une pile de serviettes et d’habits (est-ce sa laverie ?) tout en marmonnant sans cesse. Ces deux-là et les autres habitués qu’il lui arrive de croiser, que ce soit dans la proximité du vestiaire ou du hammam, ne s’abaissent à dire bonjour. Exceptionnellement, il leur arrive de répondre à demi-mot, étonnés qu’un outsider ait osé leur adresser la parole pour les saluer. Entre eux, ils papotent et se racontent leurs aventures. C’est, finalement, une caste comme une autre… On n’est jamais l’égal des autres, nu ou habillé, se dit Akbar, en enfilant rapidement ses habits pour quitter au plus vite cet étrange lieu. Et pourtant, il y reviendra le lendemain.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

16 août 2009

Petits meurtres entre amis, ou Craigslist comme épiphénomène de l’Internet

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 21:36

Une annonce de recherche de stupéfiants dans la rubrique rencontres de Craigslist, restée en ligne malgré les filtrages et les signalements.

Craigslist est un site international de petites annonces. On y trouve de tout (slogan de la défunte et regrettée Samaritaine) : emploi, logement, rencontres, ventes, ser­vices… Vous avez besoin d’un lit évolutif pour votre bébé ? La rubrique À vendre : enfant+bébé à l’intitulé invo­lon­tairement cocasse vous en proposera peut-être. Vous n’avez pas de bébé et aimeriez acheter un chiot ou un chaton : consultez Commu­nauté : animaux. Vous partez en vacances à Londres ? Cherchez-y une location ou un b&b. Deux rubriques sont destinées à regrouper des annonces un peu plus sulfu­reuses : Services : éro­tiques (« massages non théra­peu­tiques », par euphé­misme) et Petits boulots : adultes (en général, tournages osés). Cherchez et vous trouverez. Mais ce service a aussi une autre face, et pas si cachée que cela.

Créée en 1995 par Craig Newmark, Craigslist était alors une liste de diffusion (d’où son nom) consacrée à l’évé­ne­mentiel à San Francisco : les petites annonces y étaient envoyées par courriel et reçues ainsi par ses abonnés. Son succès croissant, elle migre natu­rel­lement vers le Web (ce que n’a su encore faire la liste biblio-fr qui vient d’imploser), et s’organise par pays (une soixantaine à ce jour) puis par villes ou régions, pour tenter d’en préserver le carac­tère local et commu­nau­taire. Son inter­face sobre – rustique, diront certains – se décline dans plusieurs langues.

Pour y publier une petite annonce, il n’est même pas néces­saire d’y ouvrir un compte ; même quand on le fait, il suffit de fournir une adresse élec­tro­nique valable. On choisit d’abord la ville, puis la rubrique adéquate ; l’annonce publiée comprend une adresse élec­tro­nique fournie par le système, qui se chargera de trans­mettre auto­ma­tiquement les réponses éven­tuelles à l’annonceur sans révéler sa réelle adresse. Simple, efficace, anonyme.

Il est évident qu’avec plus de 120 millions d’annonces et 20 milliards de consul­tations par mois il est humai­nement impos­sible de contrôler le contenu des annonces et leur adé­quation avec les conditions d’usage du service (dispo­nibles uni­quement en anglais, et correspondant à la législation américaine…). Craigslist a donc mis en place un filtrage auto­ma­tique qui est censé détecter des annonces problé­matiques, et un système de signa­lement manuel, qui permet aux lecteurs de marquer une annonce comme mal classée ou interdite. Mais ces indicateurs ne semblent pas être lus par des humains, et ce ne serait qu’à la suite d’un certain nombre de signa­lements que le système suppri­merait automa­tiquement une telle annonce. C’est donc essen­tiel­lement un système autogéré par sa commu­nauté d’uti­li­sateurs et par sa program­mation informatique (ce qui n’est pas loin de rappeler la Wikipedia).

La popularité de Craigslist est élevée dans le monde anglo-saxon (à tel titre qu’une grande partie des annonces publiées dans les sites inter­na­tionaux, France y compris, le sont en anglais plutôt que dans la langue locale), et princi­pa­lement aux US. Mais il acquiert une noto­riété de plus en plus sulfu­reuse, du fait des abus croissants. Arnaques (à distance) et vols (lors de rencontres) s’y multiplient (bien que proba­blement mino­ri­taires) : une récente petite annonce qui vantait les mérites d’un b&b à Paris, photos à l’appui, a permis à son annonceur de rafler des milliers d’euros sous forme d’une avance non rembour­sable, pour lesquels il envoyait un coupon falsifié. Nous-même sommes récemment tombé ainsi sur un b&b problé­matique à New York, lors de notre recherche en vue d’un séjour : l’annonce et les infor­mations envoyées ulté­rieu­rement ne corres­pondaient pas du tout ; d’autres annonceurs ne répondaient pas, ou changeaient leurs conditions. Nous avons fina­lement utilisé à profit un site spécia­lisé et sécu­risé.

Les menaces de poursuites à l’encontre de Craigslist aux US pour faits de prosti­tution se précisent, et les auto­rités dans divers États amé­ricains piègent ceux qui uti­lisent ce site pour proposer de tels services ou pour trouver des « masseuses » (et masseurs), des « escorts » et autres profes­sionnels ou amateurs de cet ancien métier (mais aussi des pédophiles). Craigslist assure avoir pris des mesures – aux US, pas ailleurs, comme on le verra plus loin – mais cela ne semble pas satisfaire les autorités.

Le pire arrive aussi : un homme de 34 ans vient d’être arrêté pour avoir violé deux femmes qui propo­saient leurs services via Craigslist. Quelques mois plus tôt, un étudiant de l’école de médecine de l’Université de Boston, un jeune homme de bonne famille de 23 ans et présentant bien, a été arrêté pour l’assas­sinat d’une jeune femme et l’agression de deux autres, toutes trois contactées via Craigslist.

La version française de Craigslist – qui, comme le reste du service, n’est pas hébergée en France (ce qui ne devrait pas l’exonérer du respect des lois françaises) – reflète les travers les plus communs du service.

Des rubriques tout à fait sérieuses – telles Offres de services : auto (achat, vente, réparation de voitures) ou Offres de services : rédac­tion/édi­tion/tra­duc­tion – sont pério­di­quement litté­ra­lement inondées de publi­cité pour l’achat (par internet, évidemment et sans ordon­nance) de médi­caments de tous genres (sans aucune garantie qu’ils ne sont pas falsifiés), provenant princi­pa­lement d’un site hébergé au Royaume Uni (et inscrit au nom d’un individu – proba­blement un infor­ma­ticien – fournissant une adresse en Russie), ou en Argentine. Parfois, des dizaines de petites annonces proposant des vidéos aux titres porno­gra­phiques et parfois pédo­philes font une appa­rition simul­tanée dans ce type de rubriques.

Drogue et prosti­tution y ont aussi leur place. Bien évi­demment dans la rubrique Offres de services : services éro­tiques qui regorge d’annonces de massage suggérant avec des euphé­mismes à peine voilés ou parfois expli­ci­tement le caractère sexuel du service proposé pour finances (ce n’est pas illégal en France). Mais ces annonceurs débordent aussi sans vergogne et régu­liè­rement – et au mépris des règles d’usage écrites de Craigslist – dans la rubrique Offres de services : services théra­peu­tiques (destinée aux masseurs diplômés), et surtout dans les rubriques Rencontres (destinées aux annonces non « commerciales »), où elles sont sans ambiguïté : « Un peu en panne de thunes là, si quelqu’un se sent une âme altruiste et voulait m’offrir des ‘roses’ ». En argot de l’internet, les roses sont des espèces sonnantes et trébu­chantes. Un autre terme que l’on y trouve de façon accrue est 420 (« herbe »).

Dans la rubrique Coups de cœur/de gueule on peut trouver par exemple le témoignage d’un indi­vidu qui ne cherchait qu’un massage de rela­xation – ni éro­tique, ni théra­peu­tique. Il signale les possibles effets nocifs de leurs mani­pu­lations (des vertèbres, du système lympha­tique) par mécon­naissance patente du corps. Dans cette rubrique qui est un vrai fourre-tout on trouve aussi des textes qui sont des copiés-collés intégraux d’articles de journaux (français et autres) en violation des lois de propriété intellectuelle.

On est en droit de s’inter­roger sur les moyens que Craigslist met en œuvre pour tenter de limiter ces phéno­mènes : certains débor­dements pourraient être détectés auto­ma­tiquement – notamment le spam répété (vocabulaire, sites, numéros de téléphone, personnes…) – et donc effacés dès leur appa­rition puis leur source bloquée : c’est ce qui se fait dans nombre de sites et de blogs. Or ces annonces se retrouvent quoti­dien­nement dans Craigslist et y perdurent malgré les signalements manuels.

Tout système humain – qu’il soit technique, social, politique – peut être détourné de sa finalité aussi altruiste soit-elle par des humains et exploité par des indé­licats, des désé­qui­librés ou des criminels. Plus il est complexe, plus il se prête faci­lement à ce genre de débor­dements. Incon­trôlées, les dérives peuvent s’avérer parfois tragiques. C’est le délicat équi­libre entre la liberté des indi­vidus et la protection de tous qui est constamment remis en jeu.

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