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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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5 février 2023

Anton Tchékhov : La Mouette

Classé dans : Actualité, Littérature, Théâtre — Miklos @ 15:51

Je sors de la représentation de La Mouette de Tchékhov – pièce extraordinaire s’il en est – qui se donne ces jours-ci au Théâtre des Abbesses. Malheureusement, la mise en scène et le jeu de quasiment tous les principaux rôles étaient maniérés, outrés, hystériques et parfois même ridicules (ce qui ne reflète pas l’esprit de cette pièce), à l’exception de celui du jeune Raphaël Naasz, qui tient le rôle de Konstantin Gavrilovitch Treplev (l’aspirant dramaturge), tout à la fois retenu et intense, intérieur et expressif.

Quant à sa traduction : trouver, comme le dit la metteuse en scène dans les notes de programme, que celle d’Antoine Vitez « a quarante ans » et donc en nécessite une nouvelle, me paraît absurde : réécrit-on Molière, Racine ou, pour être plus contemporain, Sartre ? Surtout quand le résultat sonne parfois si… terre-à-terre et à la mode…

Conclusion : à éviter. Pour se consoler, on écoutera avec grand intérêt l’enregistrement qu’en ont fait les Pitoëff en 1948, remar­quable en tous points :

  • Traduction inédite en français de Georges et Ludmila Pitoëff, revue par Georges Duhamel.

  • Distribution :

    • Ludmila Pitoëff : Nina Mikhaïlovna Zaretchnaïa, jeune fille dont le père est un riche propriétaire ;

    • Sacha Pitoëff : Konstantin (Kostia) Gavrilovitch Treplev, jeune homme, fils d’Irina Nikolaïevna ;

    • Varvara Pitoëff : Macha, fille d’Illia Afanassievitch et de Paulina Andreivena ;

    • Lucien Nat : Boris Alexievitch Trigorine, homme de lettres ;

    • Germaine Dermoz : Irina Nikolaïevna Arkadina, actrice, de son nom de famille Trepleva ;

    • Marcel Lupovici : Ilia Afanassievitch Chamraeff, officier en retraite, intendant de Sorine ;

    • Alice Reichen : Paulina Andreievna, femme d’Ilia Afanassievitch ;

    • Jean-Louis Roux : Semion Semionovitch Medvedenko ;

    • Albert Gercourt : Piotr Nikolaïevitch Sorine, général, frère d’Irina Nikolaïevna ;

    • Pierre Gay : Evgueni Sergueievitch Dorn, docteur ;

    • ? : Semion Semionovitch, maître d’école ;

    • Jean Daguerre : Iakov, ouvrier ;

    • Un cuisinier ;

    • Une femme de chambre ;

    • Bernard Dimont [?] : le récitant ;

    • Henri Soubeyran : mise en scène radiophonique.

10 janvier 2022

Pearl S. Buck, The Creative Mind at Work

Classé dans : Littérature — Miklos @ 22:03

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The full text of Pearl Buck’s article is available here.

25 juillet 2021

Debussy, réveille-toi !

Classé dans : Littérature, Musique — Miklos @ 21:29


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Dans le troisième acte de l’opéra Werther de Massenet (1892), Charlotte se dirige vers le clavecin de Werther, prend un manuscrit, et chante :

Et voici ces vers d’Ossian que vous aviez commencé de traduire.

à quoi Werther répond :

Traduire ! Ah ! Bien souvent mon rêve s’envola sur l’aile de ces vers, et c’est toi, cher poète, qui bien plutôt était mon interprète ! 

puis enchaîne avec ce splendide air (que je connais depuis mon enfance, et que l’on peut entendre ici dans la magnifique interprétation de Nicolai Gedda) :

Toute mon âme est là !
Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps,
pourquoi me réveiller ?
Sur mon front je sens tes caresses,
Et pourtant bien proche est le temps
Des orages et des tristesses !
(avec désespérance)
Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ?
 
Demain dans le vallon viendra le voyageur
Se souvenant de ma gloire première…
Et ses yeux vainement chercheront ma splendeur,
Ils ne trouveront plus que deuil et que misère !
Hélas !
(avec désespérance)
Pourquoi me réveiller ô souffle du printemps!

Ossian, dites-vous Charlotte ? J’en avais entendu parler dès mon adolescence et non pas uniquement grâce à Werther : j’avais, dans ma bibliothèque, les Poésies galliques en vers français [d’]Ossian, par Baour-Lormian (1770-1854), publiées l’an IX (1800-1801) à Paris. Et effectivement, on y trouve, dans ses toutes dernières pages un poème commençant par Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ! (voir ci-dessous). Or son titre est « Fragment du chant d’Armin », il fait suite à la fin des Poésies d’Ossian, à la postface de Baour-Lormian, et est précédé de la précision suivante :

Plusieurs écrivains avant moi s’étoient essayés dans le genre d’Ossian. Leurs fragments sont connus. En voici un qui l’est aussi, mais qui, selon moi, mérite de l’être davantage. Le sujet n’en est point pris dans Ossian ; mais l’auteur, le citoyen Coupigni, s’est emparé avec beaucoup de discernement de ses images et de ses tours les plus familiers.

Soit dit en passant, on suppose que ce Coupigni est en fait André-François de Coupigny (1766-1833 et donc contemporain de Baour-Lormian), dont la BnF précise qu’il fut employé dans les bureaux de la Marine – chef de division au ministère des Cultes sous la Révolution – poète et auteur dramatique (mais nulle référence à cette poésie dans ses œuvres qu’elle référence).

Plus encore, Ossian, barde gaélique qui aurait vécu au IIIe siècle, est-il l’au­teur des poésies que lui attribue Baour-Lormian dans sa traduction-adap­ta­tion dune traduction en anglais des poèmes d’Ossian, intitulée An Ancient Epic Poem In Six Books, Toge­ther with several other POEMS, compo­sed by OSSIAN the Son of FINGAL, traduction faite par James Macpherson et publiée à Dublin en 1762 (version intégrale ici). Or dès sa publication, l’authenticité de l’origine a été mise en doute, comme le décrit fort bien cet article. En résumé : Macpherson est probablement l’auteur de la majorité des textes, et le reste ne date pas d’avant le XIIe siècle. Quant à Ossian, on peut douter de son existence.

Debussy n’aurait-il pas lu la précision de Baour-Lormian, selon laquelle ce ne serait pas une des poésies d’Ossian, mais inspiré par elles ? N’était-il donc pas au courant de cette controverse sur l’authenticité de ces poésies, controverse bien connue en son temps ?

Pour finir, en voici la version de Baour-Lormian :

Fragment du chant d’Armin
 
Pourquoi me réveiller, à souffle du printemps ?
Vainement tu me dis : Sur ta tige épuisée
Je verse les trésors d’une fraîche rosée ;
Relève vers le ciel tes rameaux languissants.
De ces rocs suspendus déjà descend l’orage
Qui doit frapper ma tête et sécher mon feuillage.
Des tempêtes déjà gronde l’avant-coureur ;
Ses rugissements sourds ébranlent les montagnes.
Quelque jour sur ces bords viendra le voyageur,
Et pensif, inquiet, parcourant ces campagnes,
Il cherchera le lis dont son œil enchanté
Admirait autrefois l’éclat et la beauté :
Il n’y trouvera plus qu’une fleur pâlissante,
Sous des vents ennemis abattue et mourante.
    Ô vous, amis des morts, creusez-leur un tombeau !
Quand le voile des nuits couvrira ce coteau,
Lorsque le vent du nord courbera la bruyère,
Assise sur les vents, mon Ombre solitaire,
Par d’amers souvenirs rappelant ses douleurs,
Aux guerriers attendris demandera des pleurs :
Tranquille dans sa grotte, au milieu des ténèbres,
Le chasseur, éveillé par mes plaintes funèbres,
À la sombre clarté de quelques feux mourants,
Soudain rassemblera ses dogues haletants ;
En vain les noirs frimas pèseront sur sa tête,
Je le verrai franchir et les ravins profonds,
Et le fleuve écumant, et la cime des monts ;
Sous l’abri d’un rocher, seul avec la tempête,
Il entendra des morts les fantômes errants
Mêler leurs cris plaintifs à la voix des torrents.
    Mais les ombres déjà descendent dans la plaine.
Rassuré par la nuit qui le cache à nos traits,
Déjà le cerf rapide a quitté les forêts.
La lune brille enfin ; sa lumière incertaine
Tremble et se réfléchit dans la source prochaine.
En vain l’ombre au chasseur ramène le repos :
Armin ne connaît plus que la paix des tombeaux.
Je vais m’asseoir ici dans ma douleur profonde :
Quand l’aurore viendra rendre le jour au monde :
Quand l’étoile du soir brillera sur les eaux,
Je pleurerai ma fille, et les jours de ma gloire.
Le temps et la douleur ont affaibli mon bras.
Vous que jadis Armin instruisit aux combats,
De mes exploits passés conservez la mémoire ;
Chantez sur mon tombeau l’hymne de la victoire.
Bardes, chantez aussi : mon cœur, à vos accents,
Du malheur et des ans ne ressent plus l’outrage.
Je les revois ces jours, où, brûlant de courage,
Je chassais devant moi mes ennemis sanglants
Ils fuyaient éperdus, ou tombaient expirants ;
L’Océan en fureur, soulevé par l’orage,
De flots moins turbulents tourmente le rivage.
J’étais puissant alors ; je suis faible aujourd’hui;
Le trait le plus léger pèse à ma main tremblante ;
Des roseaux du désert la tête obéissante
Moins que celle d’Armin a besoin d’un appui.
Vos accords cependant consolent mon ennui.
            Chantez, Bardes, chantez !

11 mai 2021

Coronach, de Walter Scott à Franz Schubert

Classé dans : Littérature, Musique — Miklos @ 12:08

France Musique a consacré hier une très belle émission à Louise Farrenc (1804-1875) – compositrice remarquable, qui gagne à être (re)découverte –, au cours de laquelle on aura pu écouter deux de ses symphonies, interprétées par l’Insula Orchestra dirigé par Laurence Équilbey, suivies de ses virtuoses Trente études dans tous les tons majeurs et mineurs pour piano, un Nonette en mi bémol majeur pour vents et cordes et enfin les Grandes variations sur un thème du Comte Gallenberg, op. 25. Une plus qu’agréable et surprenante découverte pour moi.

Soit dit en passant, le nom « Farrenc » était celui de ma professeure de chant en 9e (ça remonte aux années 1950…) : je me souviens non seulement d’elle mais surtout de son guide chant d’époque et des chansons qu’elle nous avait enseignées (j’ai encore le cahier avec les paroles), pour certaines un peu… olé olé (j’avais parlé d’une d’entre elles ), et nous n’avions alors que 7 ou 8 ans…

Comme il restait encore un peu de temps après la fin de l’émission, on a entendu une autre très belle – et très émouvante – œuvre, non plus de Louise Farrenc, mais de Franz Schubert, interprétée elle aussi par l’Insula Orchestra et Laurence Équilbey. Il s’agit de Coronach – aucun rapport avec l’actualité, si ce n’est que ce mot celte désigne, selon le Littré, un chant funèbre (ou thrène) des Écossais –, sous-titré Totengesang der Frauen und Mädchen (« Élégie funèbre des femmes et des jeunes filles ») pour chœur de femmes et piano, composé en 1825. Dans l’émission de France Musique, il s’agissait d’une transcription contemporaine de l’accompagnement pour orchestre réalisée pour Insula.

On entendra ci-dessus la version pour piano de Coronach, que l’on trouve bien plus intime et bouleversante que sa transcription pour orchestre, interprétée par le grand pianiste et chef d’orchestre Wolfgang Sawallisch (1923-2013) et la Capella Bavariae.

Franz Schubert : paroles de Coronach (source)
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Les paroles du Coronach de Schubert sont inspirées d’un chant éponyme que l’on trouve dans La Croix de Feu, troisième partie de la Dame du Lac (The Lady of the Lake), datant de 1810. La scène de ce grand poème épique est placée principalement au voisinage du lac Katrine, dans les Highlands. Le thrène en question y est entonné à la mort de Duncan, après que son corps ait été déposé dans le cercueil, par les vierges du hameau et leurs mères. Une très belle édition française de cette œuvre de Scott, dans la traduction d’Amédée Pichot (1795-1877, grand traducteur, notamment des œuvres de Byron), comprend un fort intéressant avant-propos sur l’auteur, connu surtout pour ses romans, mais qui mériterait de l’être aussi pour son œuvre poétique.

Walter Scott :Coronach (version originale et traduction de Pichot)
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26 janvier 2021

מסיתרי העולם החרדי

Classé dans : Littérature, Société — Miklos @ 0:21

 
מימין – הספר. משמאל – קיטלודו בספריה הלאומית. לחץ על התמונה להגדלתה.

אני כעת קורא את הספר שתיקת החרדים מעת שייע בריזל, בהוצאת משכל/ידיעות אחרונות משנת 1999. החלק הראשון (אני כעת מתקרב לסיום הספר) הרשים אותי מאד בתוכנו המרגש ולא פעם מזעזע, על אף סגנון לפעמים ”כבד“ – כגון חזרות על דברים שנכתבו לא הרחק קןדם.

אבל מאמצע הספר שמתי לב לשימוש באוצר מלים די מפתיע מפי (או מעט) יוצא החברה החרדית, כמו ”הבחורה הייתה אסרטיבית“. בערך מאותו איזור בספר, הסיפור נקרא יותר כרומן מאשר כסיפור תיעודי.

מתוך סקרנות, התחלתי לחפש מידע על יצירה זו, באתר הספריה הלאומית (ובמקורות אחרים, אבל זו האמינה בעיני) מופיע בקיטלוג אותה הוצאה ”שתיקת החרדים / שייע בריזל ; כתבה יפעת אביצדק-קלפה“.

לפי מקור זה – ואחרים – היא מחברת הספר ולא ”שייע בריזל“, אבל שמה אינו מופיע בשום מקום בספר שבידי. בו מצוינים שלשה שמות אחרים:

1. ”עריכה לשונית: איילת בר טל“.

2. ”תודה לשרון שמואלי שהייתה הראשונה שעזרה לי להוציא את זכרונותי ואת רגשותי מהמוח אל הפועל. תודה לסופרת אורלי וינר-קראוס, שנטעה בי אומץ להוציא את הספר“.

האם כל הספר אינו אלא רומן של אותה מחברת, ומדוע שמה אינו מופיע בספר?

פתרון התעלומה

מספר ימים מאוחר יותר, קבלתי תשובה ממקור מוסמך ביותר: שייע ברילז (שם בדוי) סיפר את חייו לאותה מחברת, שרשמה וערכה אותם. המהדורה הראשונה (זו שבידי) לא נשאה את שמה מחשש תביעות, אבל הופיע במהדורות מאוחרות יותר. מידע זה מאפשר להעריך את התוכן לערכו ולהתעלם משאלות הסגנון. נשאר רק לקוות ששייע בריל מצא, עם הזמן, שלוות נפש ואולי גם קשר חם יותר עם משפחתו.

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