Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 août 2011

Truite aux fines herbes

Classé dans : Cuisine, Langue, Lieux — Miklos @ 3:02

Bondjoû, lès soçons !

Le menu de l’auberge dol besace à Crupet propose, entre autres plats succulents, une truite aux fines herbes ainsi que sa recette traditionnelle en wallon. Afin de vous en faciliter la compréhension, voici un bref lexique de quelques mots-clé (pour les autres, faites appel à votre imagination ou jetez un coup d’œil à cette savoureuse anti-sèche) :

a

ail

brâmint

beaucoup

brèle

ciboulette

crauche

gras

dragone

estragon

emantchi

emmancher (mettre en train)

frisse

fraîche

l’mwin

la main

nin rovyi

ne pas oublier

pérzin

persil

Dommage que de nos jours ils la servent sans les grossès frites côpéyes à l’mwin comme on les y faisait ainsi que le prétend la recette…

Et pour le dessert, on ne peut que vous conseiller très vivement de faire un tour à Wépion et d’y acheter une (ou plusieurs) barquettes de vraies fraises du coin, cultivées en pleine terre : elles sont belles, d’un rouge profond qui rappelle celui de natures mortes flamandes, elles sont parfumées, elles sont tendres sans êtres molles, elles sont succulentes. Cela vous changera des succédanés stéroïdés et artificiels, rouges pâle ou blanchâtres, croquants et aqueux, sans goût, qui portent le nom de ce fruit mais n’ont aucun rapport avec lui.

On trouvera ici quelques autres photos de la région.

À dji n’sé nin quand !

10 juillet 2011

Soupe fraîche au melon

Classé dans : Cuisine — Miklos @ 12:43

1 melon bien mûr
2 fromages de chèvre frais
jus d’½ citron vert
amandes en poudre
liqueur de miel (Estonie)
menthe fraîche hachée
gingembre frais rapé
cardamome verte moulue
coriandre moulue
essence de vanille
1 pincée de sel

Mixer tous les ingrédients jusqu’à l’obtention d’une crème lisse.

Mettre la soupe au réfrigérateur.

Servir très frais.

27 avril 2011

Mange-moi !

Classé dans : Cuisine, Littérature, Photographie, Théâtre — Miklos @ 22:48

Georgette : Je veux qu’il me mange, moi ; je veux qu’il me mange.

Harny de Guerville, Georget et Georgette, opéra-comique en un acte, 1768.

Boude-moi, gronde-moi, mange-moi, bats-moi, tu en passeras par là, ou tu abjureras ton titre d’épouse (…)

Mirabeau, [lettre écrite du donjon de Vincennes le 1er avril 1779 à Sophie Ruffei], 1er avril 1779.

« Hou côné, Mchié, qui li dire môa cha dinde là ? Schongor, mandjé môa, mandjé môa, mandjé môa ! »

« Hou côné, Mchié, dipis mo djenfant mo todjou gagné bon léquière : mo napas content tendjé doumoundou dimandjé chouvent quiquichojo. Pou fai li plaidji mo coupé cho licou, mo metté li dans mamitté, mo mandjé li. »

(« Vous savez, Monsieur : ce qu’il me disait, ce dindon-là ? — Schongor, mange-moi, mange-moi, mange-moi ! »

« Vous savez, Monsieur : depuis que j’étais enfant, j’ai toujours eu bon cœur : je n’aime pas entendre du monde demander souvent quelque chose. Pour lui faire plaisir je coupe son cou, je le mets dans la marmite, je le mange.)

Jules Faine, Le créole dans l’univers. Tome I : Le Mauricien. Imprimerie de l’État, 1939.

Vous saurez que Monsieur avait mis sur sa table
Un beau citron confit, d’apparence admirable ;
Et comme par devant fort souvent je passais :
Mange-moi, mange-moi, disait-il chaque fois.

Père du Cerceau, « Ésope au collège » (1714), in Œuvres de du Cerceau contenant son théâtre et ses poésies. Paris, 1828.

Seigneur hôte, reprit l’hôtelier, ce que j’ai véritablement ce sont deux pieds de bœuf qui ressemblent à des pieds de veau, ou deux pieds de veau qui ressemblent à des pieds de bœuf. Ils sont cuits avec leur assaisonnement de pois, d’oignons et de lard, et disent, à l’heure qu’il est, en bouillant sur le feu : Mange-moi, mange-moi.

Miguel de Cervantes, L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, trad. Louis Viardot. Paris, 1827.

Elle aperçut alors une petite boîte en verre qui était sous la table, l’ouvrit et y trouva un tout petit gâteau sur lequel les mots « Mangez-moi » étaient admirablement tracés avec des raisins de Corinthe. « Tiens, je vais le manger, » dit Alice.

Lewis Carroll, Aventures d’Alice au pays des merveilles. Trad. de l’anglais par Henri Bué. Macmillan and Co., 1869.

17 avril 2011

Life in Hell : « Chaque fois qu’on perd une habitude, il semble qu’on perde quelque chose de la vie » (Victor Hugo)

Classé dans : Cuisine, Danse — Miklos @ 3:06

Jeff et Akbar sortent ravis du spectacle de « danse nerveuse, chaleureus » (sic) que le ballet de Lorraine vient de donner au Théâtre de la Ville : deux pièces du chorégraphe Paulo Ribeiro, qui mettent en scène dix hommes dans White Feeling et trente hommes et femmes dans Organic Beat : alternances de mouvements énergiques et d’immobilité suspendue, debout ou couché au sol, de danse en solo, en duo – sensuels ou combatifs –, en groupes structurés et d’effet de foule d’apparence désordonnée qui se recompose en lignes, en carrés, en cercles : la forme n’est jamais loin du chaos, le désordre suit souvent l’organisation ; une utilisation intéressante et poétique des ombres des danseurs projetés sur l’une des parois, et de la vidéo qui, filmant les corps qui glissent à plat sur le sol et les projetant sur une autre paroi leur redonnent la verticalité, on dirait une illusion d’optique. On pense évidemment au magnifique, à l’extraordinaire et fondateur Dance, de Lucinda Childs (œuvre créée en 1979 !), où la vidéo fait perdre d’autres repères, ceux de la dimension : les danseurs « réels » semblent n’être que des nains minuscules, tandis que leur image, projetée sur un immense écran, les représente dans une taille qui semble tout à fait normale. Et si la musique chez Childs était celle de Bob Wilson, ici, dans Organic Beat de Ribeiro, c’est John Cage. Filiation, clin d’œil ou innovation, qu’importe, c’est le résultat qui compte.

Jeff et Akbar sont donc ravis, mais pour des raisons absolument opposées, ou du moins complémentaires : Jeff a aimé surtout la seconde partie de White Feeling, qui est celle qui a laissé Akbar sans feeling. Ils s’accordent sur deux points : d’une part, les notes de programmes sont nulles, elles ne parlent pas des œuvres mais du contexte politique, naïvement et avec des poncifs éculés ; d’autre part, il est temps de se mettre quelque chose sous la dent. Akbar demande d’un air faussement naïf :

— Où veux-tu manger ?

— Je ne sais pas, et toi ? répond Jeff encore plus faussement naïvement.

— Je connais un certain restaurant… dit Akbar d’un air absolument faussement vague.

Ils se rendent donc dans ce certain restaurant de tartes flambées alsaciennes à volonté. Diane, la grande et souriante serveuse (qui doit faire de la chasse à ses moments perdus, ce qui expliquerait son port altier, se dit Akbar), leur indique la table qu’ils occupent d’habitude dans une partie quelque peu à l’écart du brouhaha central, mais au moment où ils vont s’y installer, deux clients leur passent devant et l’investissent.

— Pas de problème, fait Jeff, bon prince.

Il ne sait pas encore, malheureux prince, qu’il y aura un problème. Diane leur indique une autre table bien plus centrale. Ils s’y installent.

— La carte a changé, les prévient Diane, il n’y a plus la tarte flambée que vous prenez d’habitude, dit-elle à Akbar.

Jamais deux problèmes sans trois, aurait dû penser Akbar, pourtant féru de romans d’Agatha Christie. Mais il a la tête ailleurs (pas vraiment à l’instar de Louis XVI, on tient à le préciser tout de même).

C’est en sirotant l’Edelzwicker qui précède (de loin) l’entrée qu’Akbar remarque que l’autre entrée – celle de la salle – est grande ouverte, et qu’en conséquence on commence à ressentir la chute de température (à la table à côté, deux enfants grelottent et claquent des dents, ce qui rappelle la musique de Cage qu’ils ont entendue tout à l’heure), mais surtout à sentir les effluves de la fumée des cigarettes en provenance de la « terrasse » (terme désuet qui désigne la salle principale des fumeurs par laquelle tous les non-fumeurs doivent passer au moins deux fois, et dont l’aération principale donne en général sur la salle des non-fumeurs). Il demande à une serveuse si l’on peut refermer les deux portes de cette entrée, tel qu’elles le sont d’habitude. Je vais demander, répond-elle.

Dix minutes plus tard, les portes sont toujours grandes ouvertes, et si la température externe continue à chuter, à la table de nos compères cela commence à chauffer. Akbar redemande la même chose avec un peu plus d’insistance à une autre serveuse, et finalement Diane se pointe en disant qu’il y a un problème avec la porte, mais qu’ils vont en fermer une partie.

Aussitôt dit, presque aussitôt fait, et l’effet ne tarde pas à se faire sentir : la senteur de la cigarette baisse d’un chouia tandis que la température croît péniblement de quelques millièmes de degrés.

L’entrée sortie, on passe aux choses sérieuses. Akbar trouve un palliatif à sa tarte habituelle, tandis que Jeff, ragaillardi par les derniers événements, prend celle du jour, qui porte bien son nom de tarte bonne humeur.

Eh bien, il aura suffi de l’engloutir pour qu’elle passe, la bonne humeur : soudain, un vent coulis glacial les frappe : on dirait un courant d’air polaire, un blizzard, qui se dirige vers eux en provenance de la porte restée ouverte.

Le sang de Jeff (à son habitude) ne fait pas cinquante tours, son sang ne fait pas vingt tours (j’abrège pour ne pas fatiguer le lecteur) : son sang ne fait qu’un tour. Ni une ni deux, il se lève en lançant à Akbar : On s’en va. Ils se dirigent vers la caisse, ils payent, et quand Diane, qui leur a fait un « geste commercial », leur propose une nouvelle carte de fidélité (celle d’Akbar étant finie), Jeff répond : Inutile, on ne reviendra pas. Aussi sec que le vin d’Alsace !

Diane s’excuse encore, dit que la porte ayant été réparée, il est plus difficile aux serveurs de l’ouvrir lorsque, chargés comme des baudets, ils vont servir la terrasse. Et donc, pour rendre la vie plus facile aux serveurs, on laisse les portes grandes ouvertes. Comme ça, les clients partiront plus vite, du fait du service accéléré et de la température glaciale, se dit Akbar, tout bénéf pour le resto qui pourra donc servir encore plus de couverts. Autant aller dans un fast food (alsacien, pour le coup).

— J’étais énervé ? demande Jeff à Akbar.

— …, lui répond-il.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

1 février 2011

Life in Hell: no future?

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 9:37

Certains vieux Amiénois n’hésitent pas à penser et à dire : « Puisque c’est dans le journal, c’est que c’est vrai. » — Lectures pour Tous, mai 1970.

« Les crêpes, c’est comme les Français : elles retombent toujours du même côté. » — Frédéric Dard.

Akbar parcourt la rubrique Horoscope de Figaro Madame. Ce n’est pas qu’Akbar aurait viré sa cuti malgré ses nombreux déboires et contrairement à une certaine dame qui affirme maintenant « ne plus se sentir vraiment de gauche », tandis qu’elle disait encore récemment « avoir des réflexes épidermiques de gauche » (elle a dû voir un dermato depuis, se dit Akbar) : c’est le seul magazine qu’il trouve chez l’oncle de Jeff, par ailleurs très honnête homme et qui n’est ni coiffeur ni médecin de son métier.

Akbar n’est pas non plus féru d’astrologie (même si certains de ses écrits auraient pu laisser croire le contraire ; ce n’est qu’une affaire de style, pas de fond). Mais c’est la moins people des rubriques de l’hebdomadaire, et après y avoir résolu le Sudoku en un tour de main il ne lui reste plus à se mettre sous la dent que les prévisions de la semaine autres que la météo.

Et voici ce qu’il découvre dans le paragraphe consacré à son signe :

Même s’il tique sur le sexisme affiché par le genre du dernier mot, Akbar étudie sérieusement le conseil de Madame F. tout en se posant quelques questions. D’abord, si c’est du fait de la nouvelle lune qu’il lui faut se mettre à son propre compte, comme il y en a douze par an, lui faudra-t-il donc s’inscrire comme intérimaire pour pouvoir changer d’emploi tous les mois ? Et lui faudra-t-il attendre jusqu’en Mars pour bénéficier de l’audace d’entreprendre que lui promet ce texte, encore un mois (même s’il n’a que 28 jours), soupire-t-il ?

Admettons qu’il doive se mettre à son propre compte. Si au moins Madame F. lui donnait un indice sur le domaine qu’il devrait investir ! Il se demande bien ce qu’il pourrait faire… Tiens, des crêpes ! Justement, il vient d’en perfectionner sa recette (secrète) : le rajout d’une certaine quantité (tenue secrète) de bicarbonate de soude à la pâte qu’il laisse ensuite reposer jusqu’au lendemain. Le résultat ? Un délice, lui confirme Dr Doudoune, qui les préfère tartinées au miel de châtaignier parsemé de poudre d’amandes, puis roulées plutôt que pliées en quatre et enfin flambées au rhum ; ou alors, plus simplement : quelques carrés de cet exquis chocolat Bonnat pur cacao (à 75%, variété Puerto Cabello) disposés sur la crêpe juste après l’avoir retournée dans la poêle, le temps qu’ils commencent à fondre sans vraiment se liquéfier entièrement (c’est autre chose que du Nutella, se dit-il en se pourlêchant les babines anticipativement)…

Mais comment utiliser l’informatique dans ce cadre ? La vente en ligne (voire aux enchères) de crêpes, par paquets de six ou de douze, en quatre tailles (S, M, L, XL) ? La prospection sur les réseaux sociaux et par l’entremise de campagnes publicitaires de courriel envoyé en masse aux abonnés de son blog (avec coupon remise pour un abonnement annuel à la salle de sport la plus proche) ? Le marquage des crêpes à l’aide de puces RFID comestibles et d’hologrammes infalsifiables pour en faciliter la traçabilité et en assurer l’authenticité ? Des cours de lancer de crêpe sur YouTube et sur DailyMotion ?

Avec l’informatique, tout est possible, conclut Akbar émerveillé par les champs d’actions qui s’ouvrent dorénavant à lui. La lune se levant, il va se coucher.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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