Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 février 2008

L’air du temps

Classé dans : Actualité — Miklos @ 11:38

28 janvier
« La Shoah est la plus grande œuvre de l’hu­ma­nité. Dom­mage qu’elle fut si im­par­faite. »1 — Laurent Gloaguen (signalé par Tris­tan Mendès France)

1er février
Cinq personnes, dont trois policiers, soup­çonnées d’avoir tenu des propos anti­sé­mites dans la nuit du 1er au 2 février dans un bar d’Amiens, ont été mises en examen samedi 9 février pour provo­ca­tion à la haine raciale et pour actes d’intimidation envers une victime et laissées libres sous contrôle judiciaire. Ces hommes auraient no­tam­ment crié « Mort aux juifs », « Il faut rouvrir les fours cré­ma­toires » et effectué des saluts nazis en scandant « Heil Hitler ». (L’Humanité)

5 février
Le Vatican vient de publier une version corrigée de l’ancienne prière du vendredi saint qui fait toujours partie de la messe en latin. Elle invite toujours à prier pour la conversion des Juifs : « afin que notre Dieu et Seigneur illumine leur cœur pour qu’ils recon­naissent Jésus-Christ (…) qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la reconn­aissance de la vérité. » Dans l’original : « Oremus et pro Iudaeis Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum (…) qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant. » (La Croix)

9 février
Plus d’un millier de supporteurs de la station ultra­catholique polonaise Radio Maryja avaient assisté samedi à une conférence de Jerzy Robert Nowak, un commentateur de la radio connu pour ses opinions ouver­tement antisémites. Aucun commentaire n’a pu être obtenu jeudi à l’épiscopat polonais. (La Croix)

13 février
« A travers son site Internet, Le Nouvel Observateur a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de juifs ?… » — Carla Bruni, L’Express.

14 février
Un flyer circule depuis cette semaine à Memphis, appelant les électeurs à rejeter la candidature de Steve Cohen à sa réélection, du fait que « Le membre du Congrès Steve Cohen de Memphis et les Juifs haïssent Jésus » et qu’il faut un chrétien noir pour représenter les habitants de ce district. Le tract est signé par un certain Révérend George Brooks.

15 février
« C’est le problème des subventions, c’est le problème du vote juif et ça c’est pire que Dachau, parce que c’est donner des subventions à des gens qui ne le méritent pas. »2 — Yvan Stefanovitch, lors d’une réunion publique de Jean-Marie Cavada (signalé par Quentin Girard).


1 Le compositeur Karlheinz Stockhausen avait déclaré, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, qu’ils étaient « la plus grande œuvre d’art jamais réalisée. » (Le Monde).
2 Voir, à ce propos, Ils sont partout et ils raflent tout.

15 février 2008

La vie à Paname

Classé dans : Actualité, Humour, Littérature, Politique — Miklos @ 7:34

« Tocard, -ard, adj. et subst. Laid.
Tocasson, adj. et subst. masc. Femme laide et/ou bête. »
— Trésor de la langue française

« On ne pas être tout le temps dans le politiquement correct au motif qu’il y a certains mots qu’on n’a surtout plus le droit d’employer. » — Françoise de Panafieu

V’là t’y pas qu’la typesse du xviie agonise Bertand ! Il la fait flasquer, elle peut pas blairer sa schnasse. C’est t’y pas un peu parce qu’elle est de la haute ? Lui aussi il a sa particule, même qu’elle colle plus mieux à son nom ! L’est trop class’, lui, pour lui gazouiller cette mercuriale :

Oui, sal’ guenon, oui, v’là c’ que j’ai !
Et j’ la trouv’ raide et j’la trouv’ dure !
Faut que j’ me mette à l’iodure,
Paraît que j’ suis bien arrangé !
Tiens, asseois-toi là, sal’ pétasse,
Bonne à tout faire et propre à rien,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’te dis’ que t’es-t’un’ peau d’ chien…

Que j’ te dis tes quat’ vérités,
Que j’ t’engueul et que j’ t’abomine :
Canard boîteux, denré’, vermine !
Prends don’ pas tes airs épatés,
Voiri’ !… Choléra sans limace,
Outil d’ besoin, chausson, trumeau,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’ te dis que t’es-t’un chameau.

Gadou’ !… Fumier, poussier, torchon,
Chiffon d’ pied, morceau d’chaussett’s russes
Lanterne à poux, caserne à puces,
Gésier d’ putois, vessi’ d’cochon,
Rouchi’, vezon, pucier, paillasse,
Viande à corbeau !… Viande à fourgon,
Er’garde-moi don’ bien en face,
Que j’ te dis que t’es-t’un wagon.

Salé gâté !… Rognur’ d’étal,
Pompe à Richer, boîte à pétrole,
Chair à bubon, chair à cass’role,
Chair à charcut’ri’ d’hôpital,
Ragoût poivré !… Gibier malade,
Dépêch’-toi d’ plaquer mézigo,
Et d’ prendre l’panier à sa’ade
Pour t’en aller à Saint-Lago.

Aristide Bruant

M’en fait, elle encaisse pas que l’« tocard » préfère l’autocar* à la caisse. « Qu’elle nous sorte la preuve, la trace de son vote favorable pour la prolongation du tramway ! » qu’y lui a lancé.


*« Véhicule destiné aux transports urbains » — TLF.

3 février 2008

L’astrologue non voyant

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 10:16

« L’entêtement pour l’astrologie est une orgueilleuse extravagance. Il n’y a pas jusqu’au plus misérable artisan qui ne croie que les corps immenses qui roulent sur sa tête ne sont faits que pour annoncer à l’Univers l’heure où il sortira de sa boutique. » — Montesquieu

« Voyante. Personne du sexe féminin capable de voir ce qui est invisible pour son client, à savoir qu’il est un imbécile. — Ambrose Bierce

Le journal suisse Le Matin rapporte un entretien avec Meredith Duquesne, « la célèbre astrologue française vivant aux Etats-Unis » dans lequel elle affirme que les ennuis du nouveau couple présidentiel français « commenceront dès cette année » et qu’en septembre 2009 le mari « traversera un passage extrêmement critique, politiquement comme personnellement. ». Même si l’on se souviendra alors de cette déclaration, il sera difficile d’en vérifier l’adéquation : relativement floue voire carrément amphibolique, elle se laissera interpréter à la sauce qu’on voudra (ce qui est le cas des Centuries de Nostradamus, qui font le bonheur des éditeurs de ce genre de littérature) ; d’ailleurs, ne traverse-t-il pas en ce moment une période critique, avec sa baisse dans les sondages ?

À la question du journaliste si cela signifie une séparation du couple, l’astrologue répond : « Je ne peux pas l’affirmer : je ne suis pas voyante ». Nuance tant sidérale que sidérante : l’une prévoit et l’autre prédit, la première parle de tendances et la seconde de faits. L’homme est d’un naturel inquiet, il marche seul dans sa nuit ; s’imaginer savoir ce qui l’attend – même le pire – le rassure, le conforte et lui évite surtout d’avoir à prendre ses responsabilités. Comme l’écrit Paul Valéry : « Le mal de prendre une hypallage pour une découverte, une métaphore pour une démonstration, un vomissement de mots pour un torrent de connaissances capitales, et soi-même pour un oracle, ce mal naît avec nous. » (Œuvres, I. Bibliothèque de la Pléiade, p. 1209.).

Mais c’est Hans Holbein le jeune qui illustre, dans Les simulachres & historiees faces de la mort en 1538, la futilité de cette démarche et l’essence de l’inquiétude qui la suscite : la date de sa propre mort. Le texte en exergue est une citation de Job 38:18 et 21 (et non pas 28, comme l’indique Holbein). À la question rhétorique qui le précède : « Les portes de la mort se sont-elles dévoilées devant toi ? As-tu vu l’entrée du royaume des ombres ? » il répond : « Dis-le, si tu sais tout cela. Tu le sais, sans doute ! Car tu étais né dès lors, et grand est le nombre de tes jours ». À l’arrière-plan, à gauche, on aperçoit l’homme terrorisé qui vient s’enquérir sur le terme de sa vie. Il ne voit pas la Mort qui présente à l’Astrologue son propre crâne : un rideau l’en empêche. Le savant consulte la sphère céleste pour tenter d’y lire la date de cet événement. Mais il ne saura répondre clairement à la quête de son client : l’amphibologie est une façon de s’exprimer donnant lieu à deux interprétations différentes. Le client partira rassuré, on lui aura donné la clef, il ne lui reste plus qu’à comprendre.

29 janvier 2008

La tête des autres

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 23:31

« Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
À Moscou ? Ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou  ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous. »

— Robert Desnos, Les Hiboux

«La présente affaire contient tous les éléments d’une fraude. Le fait que le défendeur ait été trouvé cou­pa­ble d’infractions régle­men­taires plutôt que criminelles ne change rien lorsque la culpa­bilité morale se situe à un niveau élevé, comme dans le présent cas. Les attentes du public inves­tisseur dans le marché des valeurs mobi­lières sont très élevées. Cela est tout à fait compré­hensible surtout quand on pense que souvent, ce sont les éco­nomies de toute une vie qui sont confiées à des gens autorisés à transiger dans ce domaine d’activité. Le public a alors le droit de s’attendre au plus haut niveau de profes­sion­nalisme et d’éthique de ces profes­sionnels autorisés à transiger dans ce secteur. La confiance est au cœur de cette activité. Non seulement le défendeur a-t-il floué ces petits inves­tisseurs, mais il les a manipulés par la suite en leur faisant miroiter qu’ils recou­vreraient leur argent. Il a de plus manipulé l’Autorité des marchés financiers par l’envoi de faux documents qui camouflaient sa fraude. Il a aussi manipulé le public en général en déposant publi­quement de faux documents qui cachaient ses malversations. L’analyse de l’ensemble du dossier ne permet pas de conclure que le défendeur peut bénéficier de facteurs atténuants. Le public est en droit de s’attendre à la plus grande rigueur possible de la part de ces profe­ssionnels dans les devoirs et obligations que la Loi sur les valeurs mobilières leur impose. Ce n’est qu’en mettant l’éthique au premier plan que ceux-ci auront la confiance du public investisseur. C’est dans ce sens qu’il y a une urgence à démontrer la réprobation sociale des compor­tements adoptés par le défendeur.» À la lumière des faits de la présente affaire, une sentence maximale est le seul moyen d’atteindre les différents objectifs de détermination de la peine que nous avons mentionnés.

Extraits des attendus de la condamnation de Vincent Lacroix,
ex PDG du groupe Norbourg, entreprise de gestion
de fonds de placements, à 12 ans moins un jour de prison
par le juge Claude Leblond de la Cour du Québec, hier.

23 janvier 2008

Raison et logique

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 8:11

Si les Français ont la réputation d’être cartésiens, on serait en droit de douter parfois de leur logique, ou du moins de celle de certains lecteurs du Figaro. Ce journal rapportait hier la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir refusé à une institutrice célibataire l’adoption d’un enfant du fait de l’homo­sexualité de la requé­rante.

À la lecture des commentaires, et en ignorant ceux qui assimilent l’homosexualité à la pédophilie ou les homosexuels à des sous- (ou non-) humains, il en ressort que, selon eux, l’enfant a « le droit d’avoir un père et une mère » et « le besoin d’avoir un modèle masculin », et que les homosexuels devraient « assumer leur stérilité » et donc ne pas chercher à adopter.

On aimerait demander alors (sans prendre parti sur la difficile question de l’adoption en général) : faut-il alors enlever l’enfant d’un couple dont le père est un coureur de jupons ou au financier véreux, pour éviter que l’enfant se conforme à ce type de modèle masculin ? que « faire » alors d’un enfant en bas âge dont l’un des parents décède ou lorsque ses parents se séparent, phénomène de société de plus en plus courant ? L’enlever au survivant, afin qu’il ne soit pas aux mains d’un(e) célibataire, Dieu préserve ? Ne pas le confier à un autre membre de sa famille biologique qui souhaiterait l’élever, si celui-ci est veuf ou célibataire ? Et où est donc ce fameux « modèle masculin » de père ou celui de couple père-mère dans les orphelinats tenus par des religieuses ou des curés (où je suppose que l’on trouve plus souvent Le Figaro que Libé) ? Un enfant ballotté entre les deux foyers de ses parents séparés puis remariés n’est-il pas parfois « confusionné » entre les quatre adultes chargés de l’élever en alternance ? Et pour celui qui a la chance d’avoir ses deux parents encore mariés l’un à l’autre et qui travaillent tous les deux pour le nourrir, faut-il interdire à ses géniteurs de le confier à une nounou (s’ils en ont le moyen) ou à une garderie pendant l’essentiel de sa jeune vie éveillée ? Quant à l’argument de la stérilité, si on le poursuit à sa conclusion logique, il faudrait aussi interdire l’adoption à un couple hétérosexuel stérile, non pas ? Enfin, la pédophilie n’est certainement pas l’apanage des homosexuels mais se retrouve dans tous les milieux, comme on le sait fort bien.

Finalement, on serait tenter de conclure que les objections soulevées par ce type de commentaires sont de l’ordre d’une utopie : les enfants grandissent rarement au sein d’un couple « idéal » — l’homme est ainsi fait — et il n’y a aucune raison de soulever cette exigence uniquement dans ce cas d’espèce. Le droit accompagne les mutations de la société depuis la nuit des temps en cadrant ici, en encourageant là : du droit de cuissage on est passé à celui du vote des femmes, le divorce a remplacé la répudiation et la peine de mort a été abolie en France et dans un nombre croissant de pays. Ces évolutions se font parfois malgré des résistances d’un autre temps : c’est malheureusement la nature des commentaires en question.

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