Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 novembre 2013

Christiane Taubira premier ministre ?

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Société, Économie — Miklos @ 19:42

Je tâche d’éviter d’être l’un de ces millions de Français qui expriment haut et fort leur avis sur tout et savent bien mieux que le président ou le premier ministre ce qu’il faut faire ou ne pas faire, tout en étant silencieusement bien contents de ne pas être dans leurs chaussures. Ceci n’est donc pas un conseil avisé.

C’est une idée qui m’est passée par la tête, en lisant les pages que mon quotidien (papier) consacre à l’affaire en question, tout en critiquant la place que les médias accordent à ce(s) parti(s) extrémiste(s) qui attisent le feu en jubilant.

Je ne sais si l’on doit changer l’une des deux têtes de l’exécutif, s’ils dysfonctionnent vraiment ou s’ils réagissent tant bien que mal aux « circonstances », à la « crise », aux manifestations et aux sondages perpétuels, et donc si tout autre que l’un ou l’autre (ou les deux) n’agirait pas de même.

Mais ce que je sais c’est que ce ne sont pas des Churchills, pour sûr, qui savait convaincre le peuple britannique plongé dans la nuit de le suivre, tout en ne promettant que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. C’est ce rôle symbolique qui nous manque à tous, et ce ne sont pas des nuées de chiffres économiques aussi variables que la température qui sauront nous redonner confiance en ces temps incertains.

Alors, cette fonction symbolique, qui pourrait l’incarner mieux que Taubira, qui, comme l’écrit ce journal, « a endossé la fonction de Garde des Sceaux avec une hauteur de vue qu’on avait presque oubliée tant la paresse politique s’est perdue depuis trop longtemps dans la paresse des slogans et dans l’affolement des scoops. Cette exigence politique et morale qui est la sienne, et qu’elle suit depuis le début de son exercice, est devenue la cible de ceux qui s’appuient sur la paresse et la malhonnêteté intellectuelles pour prospérer. » ?

Si c’est ce qui manque là-haut, je sais aussi que cela ne suffit pas pour faire d’une personne un bon premier ministre. Je n’ai aucune idée si Taubira possède ces autres capacités, voire qualités.

Mais on peut rêver, non ?

11 novembre 2013

Souvenir(s)

Classé dans : Actualité, Histoire, Littérature, Photographie, Éducation — Miklos @ 12:56


Verdun, novembre 2006. Cliquer pour agrandir.

Du temps où j’étais à l’école communale – temps que la modernité permanente a effacé –, on y inculquait le civisme de diverses façons, non seulement lors de cours spécifiques dont je me souviens plus de l’appellation (cours de morale ?), mais aussi par exemple lors de ceux de chant ou de littérature par l’entremise de chansons et poèmes qu’on apprenait par cœur.

C’est ainsi que me revient au souvenir un texte de circonstance en ce jour, à connotation particulièrement pédagogique – le poète, Raymond Richard, instituteur, y interpelle les « petits enfants » – que j’avais dû apprendre en 9e ou en 8e. Bien des années plus tard, en 1971, le septième prix de poésie Gustave GasserCréé en 1965 par Tristan Maya pour rendre hommage au père du régionalisme bourguignon, qui vivait ignoré à Chagny-en-Bourgogne, et décerné jusqu’en 1996. fut attribué à son auteur à titre posthume et à l’unanimité pour son recueil de poèmes Le Bout de la route. La Revue des Deux Mondes, qui rapporte cette information cette année-là, rajoute : « La veuve du poète Roland Thévenin recevra cent bouteilles de Saint-Romain-mon-Village. » On est après tout dans le Beaujolais et on se demande s’il s’agissait d’un prix de consolation de la veuve éplorée de cet autre poète ou plutôt une récompense tardive pour ses Rimes vineuses.

Raymond Richard est oublié de nos jours : on n’en trouve en ligne quasiment aucune trace hormis une brève notice à la BnF et quelques poèmes « pleins de grâce et de mélancolie » – Le Printemps, L’Automne, Trois feuilles mortes, Giboulées – qui seraient encore enseignés ici et là. Une raison de plus d’en évoquer le souvenir.

Souvenez-vous

Dans chaque village de France
Sous de vieux arbres pleins d’oiseaux
Près de l’église au long fuseau
Un humble monument s’élance.

Simple pierre où l’on a gravé
Des noms oubliés dans les herbes
Des noms effacés sous les gerbes
Parmi les rubans délavés.

Ô vous qui, d’une main distraite
Écartez les buis en passant
Souvenez-vous, petits enfants,
De nos douloureuses conquêtes.

Souvenez-vous de tous les morts
Ensevelis au long des âges
Pour que votre petit village
Demeure en son calme décor.

En ce jour gris de souvenance
Auprès du monument verdi
Souvenez-vous mes tout-petits
De ceux qui sauvèrent la France.

Dans un récent entretien de circonstance accordé à L’Express, l’historienne Annette Becker dit : « [C]ommémorons aussi les femmes et les enfants qui ont perdu un proche au combat, ceux qui ont contribué à l’effort de guerre à l’arrière, ceux qui au contraire vivaient près du front militaire ou encore les habitants de régions entières qui ont été occupées dans le nord ou l’est de la France… Associer les civils à la commémoration du 11 novembre nous donnerait une vision nouvelle de ce conflit et du siècle qu’il a ouvert. »

C’est d’une certaine façon ce que s’évertue à faire Jours de guerre (1914-1918) – les trésors des archives photographiques du journal Excelsior, que Jean-Noël Jeanneney vient de publier avec Jeanne Guérout. On doit noter aussi la vaste entreprise de collecte – et de diffusion – d’archives familiales et personnelles entreprise à cette occasion par les Archives de France, la Bibliothèque nationale de France, la Mission du Centenaire et Europeana 1914-1918.

8 novembre 2013

Life in Hell : vignettes

Classé dans : Actualité, Cuisine, Danse, Littérature, Peinture, dessin, Économie — Miklos @ 14:31


La consommation de pommes selon Spirou, ou,
“Ma io non mangerò mai una frutta, che non sia sbucciata.” (Pinocchio)
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«Geppetto, du long discours embrouillé de sa marionnette n’avait retenu que le fait qu’elle mourait de faim et il tira de sa poche trois poires qu’il lui tendit :

–– Ces poires devaient être mon déjeuner mais je te les donne volontiers. Mange-les et fais-en le meilleur profit.

–– Si vous voulez que je les mange, faites-moi donc le plaisir de les éplucher.

–– Les éplucher ? – s’étonna Geppetto – Je ne savais pas, mon garçon, que tu étais si délicat. Tu fais la fine bouche. C’est mal ! Dès le plus jeune âge, en ce bas monde, il faut s’habituer à manger de tout. On ne sait jamais ce qui peut arriver, car tout est possible.

–– Vous parlez d’or – répliqua Pinocchio, – mais moi je ne mangerai jamais un fruit qui n’est pas épluché. Je ne peux pas souffrir les peaux.

Alors le brave Geppetto, sortant un petit couteau et s’armant de patience, pela les trois poires en prenant soin de laisser les épluchures sur un coin de la table. »

Spirou, à l’instar de Pinocchio, ne mange pas de fruits s’ils ne sont pas épluchés. Mais Akbar n’est pas le gentil Geppetto.


Le ptérodactlyle hurlant chantant dans le métro.
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Lors de ses pérégrinations dans la capitale, le ptérodactyle chantant croise un regard éteint qu’il pense être celui d’Akbar. Mais le regard d’Akbar n’est jamais éteint même quand il dort. Ce dernier est donc disposé à fournir l’adresse d’un excellent opticien.


Spirou et la Calligraphe alsacienne apprennent à danser le rock.

6 novembre 2013

Life in Hell: “Language is a virus from outer space” (William Burroughs)

Classé dans : Actualité, Langue, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 22:44


De droite à gauche : la Calligraphe alsacienne, Spirou, le Guitariste ailurophile, Akbar.
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À quelque chose malheur est bon : Spirou est enrhubé, ce qui est un avantage certain pour parler anglais avec l’accent américain. Les résultats n’ont pas manqué d’être au rendez-vous.

Par contre, le guitariste ailurophile trouve qu’il fanfounneOn précise qu’il n’y a pas de faute de frappe dans ce mot. un peu trop, et lui jette un « Mouche-te don, t’as la russe ! » (Claude Hagège s’empresse de préciser que cela n’a rien à voir avec aucune des Pussy Riots).

La calligraphe alsacienne lui demande vivement : « Hesch e Kischt ? » mais s’inquiète tout de même gentiment pour savoir s’il a une bonne Krànkekàss au cas où il aurait à voir son Hüssdokter, et s’il le faut, « E Rosskür küriert ràdikàl ! »

Spirou, que son état actuel empêche d’ingérer tout dérivé de lait sauf s’il contient du chocolat, murmure plaintivement “I hope I’ll be able to eat some cheese soon”, son comté ayant bientôt terminé sa transmutation.

« Bon d’même ! », dit alors le guitariste ailurophile qui trouve qu’il pignote un peu trop, même s’il a réellement l’air accagné, Spirou babinote de la goule mais reste muet, autant éviter de s’argueugner. Pour calmer le jeu, la calligraphe alsacienne déclare fermement « M’r müess d’ Litt nemme wie se sinn ! »

Revenant à leurs moutons, ils se demandent comment ils vont faire pour améliorer leurs scores dans la langue de Shakespeare. Après quelques instants de palabre, ils décident d’un commun accord de la parler entre eux un jour par semaine, les autres étant consacrés respectivement au patois vendéen, à l’alsacien et au français. Il reste toutefois un jour ouvré, ils le tireront chaque fois au sort.

« Nix isch unmejlich! », se dit Akbar in peto et, ne voulant pas leur compliquer encore plus la vie en leur rajoutant une autre langue qui serait de l’hébreu pour eux, conclut « À nous retater la boulette dô geoneil ! »

2 novembre 2013

Tout et son contraire

Classé dans : Actualité, Histoire, Société — Miklos @ 19:34

Le titre et le premier paragraphe de ce récent article de TF1 ne manquent de faire penser au refrain de la célèbre chanson à boire, Chevaliers de la table ronde, ou, moins musicalement, à une récente performance de Google Translate.

Sur le fond, comment ne pas com­prendre le poids parfois insur­montable de certains noms de famille. Ce n’est d’ailleurs pas la seule raison de vouloir en changer comme le montre Nicole Lapierre dans son très inté­ressante étude consacrée à cette démarche (on en avait déjà parlé), et cette démarche n’est d’ailleurs pas toujours le fait d’un choix personnel – j’en sais quelque chose.

Mais ce poids concerne parfois aussi des prénoms et pas uniquement pour des raisons fami­liales. Ainsi, Aaron K., ce professeur (main­tenant retraité) que j’avais connu à l’uni­versité : né en Allemagne peu avant la guerre, il avait pu s’en échapper vers l’Angleterre à temps – il était juif – dans le cadre de l’opé­ration Kindertransport. Ce que j’ai appris bien plus tard, c’est que son prénom d’origine était Adolf…

Quitte à se remémorer une personnalité qui a porté ce prénom, autant évoquer Adolphe Crémieux (né, lui, Isaac Moïse…), à qui l’on doit, entre autres, l’abolition de la peine de mort pour fait politique et de l’esclavage dans les colonies (mesure « ajournée » par Arago), alors qu’il était ministre de la justice du gouvernement provisoire en 1848 ; la fondation en 1860 de l’Alliance universelle israélite, qui, outre son activité pédagogique, a aussi défendu les chrétiens du Liban massacrés par les Druzes quelques années après sa fondation ; et, dans le gouvernement de 1870, de fameux décrets, non pas uniquement celui qui accordait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie jusque là soumis au statut de dhimmi, mais aussi la naturalisation des « indigènes musulmans et des étrangers résidant en Algérie », ou encore la fin de l’administration militaire d’Algérie.

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