Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 octobre 2012

Après l’interdiction du voile, celle du pantalon ?

Classé dans : Actualité, Médias, Religion, Société — Miklos @ 9:09

On n’a pas été étonné de la réaction réactionnaire de l’Église catho­lique à propos du projet du gouvernement d’autoriser le mariage de couples de même sexe : bien qu’il s’agisse d’une institution civile et laïque, l’Église en revendique le contrôle. Qu’elle en veuille la main mise pour sa déclinaison religieuse est son affaire et celle de ses ouailles, mais qu’elle s’immisce ainsi dans des questions de droit civil sous des prétextes moraux – le mariage homo mènerait à la mort de la famille (est-ce donc si contagieux ? et quid du célibat des prêtres et des religieuses, et quid des couples cathos, hétéros et stériles ?) et aux pires perversions – est scandaleux, et pourrait prêter à sourire du fait du manque d’exemplarité de nombre de ses prêtres s’il ne s’agissait de cas tragiques.

Mais passons. Ce n’est pas ce qui nous intéresse aujourd’hui, mais l’opposition virulente à ce droit qu’expriment certains militants homosexuels, dont on peut lire une tribune dans le Libération d’hier. Leurs arguments ? Essentiellement, qu’il s’agit d’abord d’une revendication minoritaire chez les gays, et surtout qu’elle dénote chez ces brebis perdues – pardon, c’est le terme de l’autre camp – une velléité de s’assimiler, de singer, les hétérosexuels, ce qui est éminemment déplorable maintenant que les pédés ont pu accéder à la liberté de vivre comme ils le veulent. Et voilà qu’ils sont en mesure d’imposer leur mode de vie à leurs propres minorités… Ainsi va le monde.

On suppose donc qu’une fois repoussé le mariage gay, ils se mobi­li­seront afin de s’attaquer à un symbole de l’hétérosexualité masculine domi­nante et normative autrement plus visible au quotidien que le statut d’homme marié (tout le monde peut porter une bague au doigt sans que cela indique forcément un passage devant le maire) : le pantalon. On ne serait pas étonné de les voir exiger de leurs ouailles – pardon, c’est le terme de l’autre camp – le port des tenues que l’on peut voir sur certains des chars de la Gay Pride, ou alors celui des costumes folkloriques grecs, ce qui aurait un effet bénéfique sur l’économie de ce pays. Nous, on s’en fout pas mal s’ils s’y mettent, mais sans musique techno s’il vous plaît ; de toute façon, on préfère le sirtaki au bouzouki avec des zakouski.

29 septembre 2012

Un certain sourire

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin — Miklos @ 0:15


France 2 : journal télévisé du 28 septembre 2012.

La flèche ci-dessus ne vise pas à attirer le regard vers le décolleté de la célèbre zygomateuse ; d’ailleurs, vous l’aurez remarqué, ce n’est ni tout à fait elle ni tout à fait une autre : il s’agit d’un tableau récemment dévoilé en Suisse (là où ils parlent un français qui n’est ni tout à fait le nôtre ni tout à fait un autre) qui serait celui de sa grande sœur, voire d’elle-même plus jeune, avant qu’elle ne découvre certaines réalités de la vie qui lui ont fait prendre cet air un peu coincé qu’on lui connaît.

Notre flèche est, en l’occurrence, dirigée à l’encontre de l’ortho­graphe de son nom ; ou plutôt de son appellation, qui n’est pas si contrôlée que ça. On n’a pas encore retrouvé sa carte d’identité, il serait donc présomptueux d’affirmer que la forme adoptée par France 2 est incorrecte, là où on est habitué à lire « Mona », avec un seul n. D’ailleurs, Pierre Rosenberg, autrefois président du Louvre (où s’expose la dame – que certains affirment en fait être un homme –, derrière une vitre si blindée qu’on y distingue plus les appareils photos des touristes qui visent ses mirettes que l’original), écrit, dans son Dictionnaire amoureux du Louvre :

Mais pourquoi « La Joconde » et « Monna Lisa » (ou « Mona Lisa ») ?

Pour ceux que la question interpelle, voici la réponse qu’il y donne :

Lisons Vasari (pas toujours fiable) : « Léonard se chargea, pour Fran­cesco del Giocondo, du portrait de Monna Lisa, son épouse. »

Il ne répond malheureusement qu’à la première partie de la question (et encore, en affirmant que rien n’est moins sûr), et continue, comme si de rien n’était, à l’appeler « Monna », tandis que le Louvre évite soigneusement d’utiliser ce titre dans sa notice en français, et écrit « Mona » dans la version anglaise.

Cette ambiguïté n’est pas récente : Arsène Houssaye, dans son Histoire de Léonard de Vinci, publiée en 1869, écrit en général « Monna Lisa » tout au long de son texte, mais quand il cite Vasari, orthographie « Mona Lisa », contrairement à ce qu’en a dit Pierre Rosenberg…

Selon le Rough Guide to Paris, la faute en est aux perfides Anglais :

“Mona Lisa” is, in fact, an English corruption of Monna Lisa – the historian Giorgio Vasari’s polite way of referring to madonna (my lady) Lisa Gherardini (…). 

et rajoute, comme le fait d’ailleurs Rosenberg mais avec un clin d’œil :

However, it’s not certain that the Mona Lisa depicts Monna Lisa.

Voilà, on est fixé : Monna est un diminutif de Madonna, le sujet supposé du tableau, qui s’intitule dorénavant Mona.

Quoi qu’il en soit, « Mona » a été utilisé en français il y a déjà fort longtemps : Isaac Bullart (1599-1671), dans son Académie des sciences et des arts, contenant les vies & les éloges historiques des hommes illustres qui ont excellé en ces professions depuis environ quatre siècles parmi diverses nations de l’Europe, avec leurs portraits tirés sur des originaux au naturel & plusieurs inscriptions funèbres, exactement recueillies de leur tombeaux, ouvrage complété, édité et publié par son fils Jacques-Ignace en 1682 à Bruxelles, écrit, dans le chapitre qu’il consacre à Léonard de Vinci, « cet illustre Florentin [qui] peut être mis au nombre de ceux en qui l’on rencontre par fois ces dons surnaturels que toute l’industrie humaine ne peut acquérir, et que l’on regarde comme les favoris du Ciel et les prodiges de la Nature » :

À ce propos, on ne peut manquer de signaler le beau portrait très singulier qui illustre le début de ce chapitre consacré à Léonard de Vinci, inspiré de celui qu’en a donné Giorgio Vasari dans l’édition de 1568 de son fameux Le vite de’ piu eccellenti pittori scultori et architettori. Le monogramme qu’on y distingue ici, « NDL », et qui se retrouve sur d’autres portraits de l’ouvrage de Bullart, est celui de Nicolas de Larmessin (1640-1725), comme on peut le constater grâce à l’inscription se trouvant sous l’une des autres gravures ainsi signées, De Larmessin, scul. (et ce que confirme la Biographie universelle de 1819), auteur des gravures grotesques de musiciens dont on avait déjà parlé.

De Larmessin est donc l’un des deux graveurs de l’Académie de Bullart, à propos desquels son fils écrit en préface :

Mon père […] appela pour ce sujet chez lui deux graveurs, qu’il tint plusieurs années à ses gages, leur faisant graver les portraits qu’il avait recueillis de divers endroits ; afin de rendre la mémoire de ceux qu’ils représentent, durable par le cuivre, & par la plume tout ensemble. […] Après quoi, pour mettre la dernière main à son ouvrage, je fis les éloges qui n’étaient pas encore composés, avec quelques autres dont je trouvai les portraits, & qui me parurent dignes d’y être ajoutés. […]

Peut-être aussi que tous les portraits ne plairont pas également, n’ayant pas tous une égale perfection ; quoi que faits par deux maîtres assez industrieux : mais j’espère qu’on excusera la rudesse qui se rencontre en quelques-uns, si l’on considère qu’ils ont été tirés après des estampes de bois, comme sont celles de Vasari, & qu’il est difficile de faire une bonne copie d’un méchant original. Il y en a beaucoup d’autres (je peux dire la plupart) pris sur des estampes de cuivre, où le burin a mieux réussi ; & il n’y en a point dont je ne puisse produire les originaux, la plus grande partie desquels je conserve avec le manuscrit de mon père.

Voici le portrait de Léonard de Vinci tel que le représente Larmoissin dans cet ouvrage :


Portrait de Léonard de Vinci, in l’Académie des sciences et des arts d’Isaac Bullart (1682)

Et voici « le méchant original » qu’on peut trouver dans une édition de 1568 de l’ouvrage de Vasari :


Giorgio Vasari : Portrait de Léonard de Vinci, in Le vite…, 1568
(cliquer pour agrandir)

On remarquera que l’une est l’image-miroir de l’autre, ce qui n’est pas le seul cas d’un tel renversement dans l’Académie de Bullart, résultant sans doute d’une copie droite par Larmessin de l’original vers sa planche à graver, et donc d’une inversion à l’impression ; en voici un autre exemple :


Portraits du cardinal Ægidius Albornotius (Gil Álvarez Carrillo de Albornoz)
À gauche, in Henri Albi : Eloges historiques des cardinaux illustres françois et estrangers mis en parallele avec leurs pourtraits, 1644.
À droite, in Isaac Bullart : Académie des sciences et des arts, 1682.
(cliquer pour agrandir)

On avait d’ailleurs utilisé intentionnellement ce procédé dans un contexte curieusement connexe à celui qui est à l’origine de ce billet-ci.

En passant, on signalera que la bibliothèque numérique de l’Institut national de l’histoire de l’art contient la reproduction d’un portrait de Thomas Willeborts, qui porte un mono­gramme identique à celui qu’on a vu et où ils lisent incorrectement « DVL » (ce que nous avions fait aussi à l’origine et qui nous a mené vers cette page de l’INHA…) et dont ils n’identifient pas l’auteur. Il s’agit donc de « NDL », signature de Nicolas de Larmessin, et cette estampe provient, elle aussi, de l’Académie d’Isaac Bullart. L’original que Larmessin a copié et inversé est dû à Antoine van Dyck (1599-1641). Quant à son sujet, il s’agit, comme l’indique une autre estampe de l’INHA, de Thomas Willeborts Bossaert peinctre très renommé, travaill admirablement bien en grandes figures, estimé pour pouvoir faire un pourtraict exactement bien, Son Altesse le Prince d’Orange Henry Frederic luj a faict faire beaucoup de pièces, comme aussi son filz le Prince Guillaume, aussi pour d’autres monarques, son maistre estoit Gerard Segers, est né de Bergue sur le Zoom l’an 1613 et demeure à présent à Anvers. Le leur ayant signalé, on espère qu’ils corrigeront leur notice sur le fond et sur la forme.


Notice de l’INHA concernant une estampe du portrait de Thomas Willeborts Bossaert
par Nicolas de Larmessin (cliquer pour agrandir)

28 septembre 2012

מרתה אברון

Classé dans : Actualité, Histoire — Miklos @ 17:45

אינני זוכר איך הכירו אבי ודב אברון זה את זה, כנראה במקוה ישראל שם היו שניהם מדריכים לפני קום המדינה.

אבל זוכר אני כ”כ טוב את ביתם החם שלו ושל אשתו מרתה שזה עתה הלכה לעולמה, בשד’ בני ציון בצל העצים. היה זה רובע שהכרתי עוד לנפי שבקרתי אצלם בפעם הראשונה לכשהתידדתי עם בנם יוסי, בהיותו במרחק מספר צעדים מרחוב בוגרשוב בו גרה אחותו של אבי מימים ימימה, אליה הגעתי כבר בשנות החמישים כאשר אפשר יהיה עוד לראות ברחוב עגלת קרח רתומה לסוס.

אני זוכר את אותו זוג הקורן שמחה ואינטליגנציה, דרך ארץ ואנרגיה, תרבות יהודית פתוחה מלווה וויץ אפיני, ואף את אחיה של מרתה. היו בני דור שהיתה זאת זכות גדולה להכירם, אנשים שגדלו בקשיים ושחיו לא רק למען עצמם, כאלה שנתו לאלה שהיו במחיצתם ללא ספור כאילו הם מלאי אין-סוף של משהו גנוז שהוא היום עוד יותר חיוני כי יותר נדיר מתמיד.

תנצב”ה.

21 septembre 2012

Google, dites-moi où, n’en quels pays, se décide la légalité de la corrida en France

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias, Religion, Société — Miklos @ 21:54


À la une de Google News ce jour

Selon Google, la question de la conformité de la corrida avec la constitution française se décide non seulement au conseil constitutionnel (français) – qui, horresco referens, l’a confirmée – mais également aux États-Unis qui vont dans le même sens (ce qui ne manque de surprendre), tandis que le Comité anti-corrida en Haïti s’est (naturellement) prononcé contre. L’Europe n’arrivait pas jusqu’ici à s’unir, le monde vient-il de le faire autour de ce sanglant divertissement ?

La tentative d’éradication de ce type de sport – en France du moins – n’est pas récente. Jean-Louis de Fromentières (1632-1684), nommé évêque d’Aire en 1673, était arrivé à faire abolir la course (équivalent littéral de l’espagnol corrida) de taureaux à Mont-de-Marsan, comme on peut le voir ci-dessous mentionné dans un passage de l’introduction à l’édition posthume de ses sermons datant de la même époque. Des textes du XIXe siècle portent à son crédit d’être venu à bout « de faire abolir les combats de taureaux, restes impurs des spectacles sanglants de l’ancienne Rome ».


Extrait de la préface des Sermons de Messire Jean-Louis de Fromentières,
Évêque d’Aire et Prédicateur ordinaire de Sa Majesté
. Paris, 1692.

Fromentières n’était pas le seul à s’être attaqué à cette pratique barbare. Jean-Baptiste Dubos écrit, en 1732, dans ses Réflexion critiques sur la poésie et sur la peinture :

Malgré les efforts des Papes pour abolir les combats de taureaux, ils subsistent encore ; et la nation espagnole, qui se pique de paraître du moins leur obéir avec soumission, n’a point eu dans ce cas-là de déférence pour leurs remontrances et pour leurs ordres. L’attrait de l’émotion fait oublier les premiers principes de l’humanité aux nations les plus débonnaires, et il cache aux plus chrétiennes les maximes les plus évidentes de leur religion.

Il s’agissait alors de mettre fin à la mort d’hommes plutôt qu’au carnage de ces bêtes, cette dernière considération est le fait de la modernité. Quant à la conclusion de Dubos, elle est aussi valable aujourd’hui qu’en ces temps révolus.

Enfin, pour ceux que le curieux titre dont Google affuble cette nouvelle, « Sages d’une question prioritaire… », interpelle, on leur signalera qu’il résulte d’une décision purement arbitraire du moteur, qui a sélectionné pour ce faire la dernière ligne du troisième paragraphe de l’article de 20minutes.fr (qu’on peut voir ci-dessous) en lieu et place du titre de l’article, « Corrida : La pratique jugée conforme à la constitution », bien plus compréhensible pour le commun des mortels.

15 septembre 2012

Kejserens nye Klæder

Classé dans : Actualité, Littérature, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:59


Cathédrale Notre-Dame de Fribourg (Allemagne). Détail.

Nos lecteurs auront sans nul doute reconnu le titre danois du célèbre conte de Hans Christian Andersen publié en français sous le nom de Les Habits neufs de l’empereur. En bref, c’est l’histoire d’un souverain qui se fait confectionner un habit dans un tissu extraor­di­nairement rare.

Mais pas unique, du moins chez les familles régnantes : deux jeunes membres de la famille royale britannique – le troisième en ligne dans l’ordre de succession au trône et la femme du second en ligne – ont été récemment aperçus habillés de cette même étoffe.

Ce n’est finalement pas si étonnant, les familles royales du Danemark et de Grande Bretagne sont apparentées : la grand-mère maternelle de la reine Margrethe II était la petite-fille de la reine Victoria, tandis que le grand-père de la reine Elisabeth II en était le petit-fils. Ce tissu doit donc faire partie des… bijoux de cette famille, soit dit sans malice ni lèse majesté.

O tempora ! O mores ! est-on en droit de soupirer. Ce n’est pas tant à propos de cette façon qu’ont les uns ou les autres de se comporter en petit comité que du fait de l’invasion croissante de la vie privée que nous subissons tous, princes ou roturiers (la chance – toute relative – de ces derniers c’est que les journaux people s’intéressent plus aux premiers), avec, parfois, des circonstances particulièrement tragiques telles celles dont a été victime la mère de ces deux jeunes princes.

Mais ce n’est pas uniquement l’empereur (ou ses fils) qui est nu, c’est toute la société qui le devient graduellement sous l’emprise croissante de la toile d’araignée numérique qui aspire toutes les informations la concernant et nous lie dans un réseau inextricable de contraintes sous prétexte de nous libérer de celles du temps et de la distance.

Ce n’est pas récent : il suffit de lire, par exemple, un discours prononcé en 1998 par le directeur du commissariat canadien à la protection de la vie privée. Il y affirme d’abord que « la protection de la vie privée n’est ni plus ni moins que la notion que nous ne pouvons vivre dans une société libre en démocratie sans avoir à protéger notre intimité », et rajoute que « nous utilisons la technologie, que ce soit à bon ou à mauvais escient, sans vraiment penser aux implications et aux conséquences de nos choix pour notre vie privée ».

C’était vrai alors, ça l’est encore plus aujourd’hui. Ce n’est pas seulement du fait d’individus ou de sociétés qui font tout ce qui est en leur moyen pour capter à notre insu, corréler et utiliser le maximum d’informations personnelles nous concernant pour en tirer le plus de profit possible pour leur activité propre ou en les revendant à d’autres ; mais c’est aussi du fait de chacun d’entre nous qui, par facilité ou par ignorance, les leur fournit généreusement et gratuitement sans en imaginer les conséquences, que ce soit sur des sites de réseaux sociaux, de jeux ou d’achats en ligne, par exemple.

Ce sont finalement les mêmes mécanismes que ceux à l’œuvre dans la destruction annoncée de notre environnement : l’avidité des uns, l’inconscience ou le choix de la facilité et de l’instantanéité pour les autres.

L’enfer qui attend les générations suivantes, c’est chacun de nous qui le pave.

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