Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 septembre 2012

Life in Hell : Akbar se met au polonais, poil au nez.

Classé dans : Actualité, Société, Économie — Miklos @ 23:25

– Quelle est la différence entre le messie et le plombier ?
– Le messie, lui, on sait qu’il finira bien par arriver.

(Histoire juive)

L’atavisme ne trompe pas : le papa d’Akbar est né en Pologne, on n’est pas surpris d’apprendre que notre héros décide de se reconvertir dans la plomberie. Voici pourquoi.

Un soir, juste avant de partir, Bécassine lui dit :

— Monsieur Akbar, j’ai trouvé ça derrière le siège des vécés. C’est tombé.

Elle lui tend un petit tuyau de quelques centimètres de long s’enfonçant dans un coude terminé à son autre extrémité par une petite membrane.

— Comment et d’où est-ce tombé ? lui demande-t-il.

— Je n’ai touché à rien, je nettoyais là-bas par terre, c’est tombé tout seul.

À l’instar de Victor Hugo en son temps, Akbar se dit in peto que l’enfer est tout entier dans ce mot : solitude, tout en se demandant comment elle avait pu nettoyer là-bas (ou ailleurs) sans rien toucher.

Le sanibroyeur est placé trop près du mur pour qu’Akbar puisse voir d’où provient cette pièce. Il essaie l’appareil et constate de visu et à l’oreille qu’il dysfonctionne. C’est suant comme problème, marmonne-t-il euphémistiquement.

Ce n’est que le lendemain matin qu’il arrive à joindre le service après-vente du constructeur. Celui-ci lui apprend que le bidule en question s’appelle « clapet siphon + tuyau », qu’il est essentiel au bon fonctionnement dudit siège, et fournit les coordonnées d’une entreprise de quartier qui en effectue l’entretien.

Akbar l’appelle. Il s’entend dire que la visite d’un ouvrier lui coûtera au minimum 95 €, et que de toute façon ils n’ont personne de disponible avant la semaine prochaine. Ce n’est tout de même pas d’un serrurier dont j’ai besoin !, marmonne Akbar en raccrochant.

Il rappelle le constructeur :

— Dites-moi, Monsieur le Constructeur, si la pièce est tombée si facilement sans même que Bécassine ne la touche, serai-je capable de la remettre à sa place tout seul, en touchant un tout petit peu si besoin ?

— En effet. Vous avez un plan complet dans la notice d’utilisation sur notre site, où la pièce porte le n° 48.

Akbar se dépêche de remercier puis de se connecter à l’internet : le plan de l’appareil est assez tarabiscoté, d’autant plus qu’il s’agit d’un modèle plus récent, mais ni une ni deux il tombe à genoux devant le trône en question. Il l’enlace et c’est à tâtons qu’il arrive à effectuer le raccordement. Et voilà !, tout remarche à merveille en moins de cinq minutes. Akbar en déduit, après un bref calcul mental, que le tarif du plombier qui ne pouvait venir cette semaine doit donc être de 1 140 € de l’heure.

C’est la raison de sa décision de se reconvertir.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

9 septembre 2012

Concert à Pleyel : un mort

Classé dans : Actualité, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 21:52


Henri de Toulouse-Lautrec : Madame Rose Caron dans Faust (détail). 1894.

Nul doute que les admirateurs de Gaston Leroux se souviennent de ce mémorable Faust où la Carlotta « se donna tout entière, avec ardeur, avec enthousiasme, avec ivresse. Son jeu n’eut plus aucune retenue ni aucune pudeur… Ce n’était plus Marguerite, c’était Carmen. » (Entre nous soit dit, je préfère de loin Faust à Carmen, mais passons).

Et soudain, de « cette bouche créée pour l’harmonie, cet instrument agile qui n’avait jamais failli, organe magnifique, générateur des plus belles sonorités, des plus difficiles accords, des plus molles modulations, des rythmes les plus ardents, sublime mécanique humaine à laquelle il ne manquait, pour être divine, que le feu du ciel qui, seul, donne la véritable émotion et soulève les âmes… cette bouche avait laissé passer… de cette bouche s’était échappé… un crapaud ! » (Gaston Leroux affectionnait les italiques et les métaphores).

Ce couac terrible glace le public, la cantatrice et les deux directeurs de l’Opéra, MM. Armand Monchardin et Firmin Richard. Et une voix, la voix de celui qu’on ne pouvait voir mais dont on devinait la présence maudite et inéluctable, la voix sans bouche, susurre dans leur oreille droite : « Elle chante ce soir à décrocher le lustre ! » (en italiques dans le texte). Et effectivement :

D’un commun mouvement, ils levèrent la tête au plafond et poussèrent un cri terrible. Le lustre, l’immense masse du lustre glissait, venait à eux, à l’appel de cette voix satanique. Décroché, le lustre plongeait des hauteurs de la salle et s’abîmait au milieu de l’orchestre, parmi mille clameurs. Ce fut une épouvante, un sauve-qui-peut général. Mon dessein n’est point de faire revivre ici une heure historique. Les curieux n’ont qu’à ouvrir les journaux de l’époque. Il y eut de nombreux blessés et une morte.

Le lustre s’était écrasé sur la tête de la malheureuse qui était venue ce soir-là, à l’Opéra, pour la première fois de sa vie, sur celle que M. Richard avait désignée comme devant remplacer dans ses fonctions d’ouvreuse Mame Giry, l’ouvreuse du fantôme. Elle était morte sur le coup et le lendemain, un journal paraissait avec cette manchette : Deux cent mille kilos sur la tête d’une concierge ! Ce fut toute son oraison funèbre.

Cet épisode du Fantôme de l’Opéra, roman publié en 1910, s’inspire d’un fait réel : lors d’une représentation de ce même Faust le 20 mai 1896, un contrepoids du célèbre lustre se décroche alors que Rose Caron chantait le rôle de Marguerite (une lithographie de Toulouse-Lautrec datée de 1894 la représente dans cet opéra ; on peut en voir un détail ci-dessus, elle n’avait pas l’air commode !), tuant net une spectatrice, concierge du quartier qui assistait à la représentation du quatrième balcon.

Ce n’est pas le seul exemple de musique qui tue – expression qu’on trouve dans un autre roman de Leroux, Le Fauteuil hanté, à propos de cet air « si triste qu’on n’en respirait plus, l’air de pleurer tous ceux qu’on avait assassinés depuis le commencement du monde !… » que joue l’orgue d’un vielleux… –, on avait fait état ici même du sort funeste qui frappe systématiquement les chefs d’orchestre qui se risquent à diriger une œuvre particulière de Mauricio Kagel ; on a pu le constater de nos propres yeux en 1999 aux Bouffes du Nord puis en 2005 à la Cité de la musique. Ah, elle mérite bien son nom de Grand macabre.

Aujourd’hui, à Pleyel, c’est la soprano américaine Deborah Polaski qui interprète le rôle d’une femme qui attend son amant, puis part à sa recherche dans la forêt sombre. Elle trébuche d’abord sur un tronc d’arbre, puis, finalement, sur le corps ensanglanté de son amant. Tout en comprenant qu’il est mort mais sans pouvoir se faire à cette idée, elle lui parle comme s’il était encore vivant. Elle en devient hystérique, le temps aussi : il semble comme suspendu pour soudain s’accélérer, passe de la clarté du matin à l’obscurité du soir quasi instantanément, et derechef s’arrêter.

C’est l’extraordinaire Erwartung (« attente »), monodrame d’Arnold Schönberg composé en 1909, interprété par le Lucerne Festival Academy Orchestra et qu’on pensait, qu’on espérait, qu’on rêvait d’entendre sous la direction de Pierre Boulez. Las, souffrant de problèmes oculaires, il a dû être remplacé par Clement Power (qui l’avait accompagné pendant les répétitions ces trois dernières semaines et dont la gestuelle nous a rappelé celle d’Olympia des Contes d’Hoffmann) et a assisté au concert depuis la salle.

Voilà donc la victime de ce concert-ci.

Cette œuvre avait été précédée de Speakings du britannique Jonathan Harvey (on avait récemment évoqué son célèbre et très beau Mortuos plango, vivos voco), qui cherche à donner ici une voix humaine à l’orchestre, et produit ainsi d’étranges sonorités, que ce soit par des moyens acoustiques ou électroniques, qui n’imitent pas la voix mais l’évoquent, parfois de façon surprenante, saisissante et très attachante. L’œuvre se termine par le son d’une voix de bébé (réelle ? électronique ?), ce qui rappellera à certains la fin de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Le concert s’était ouvert avec Sound and Fury, pour orchestre de cent neuf musiciens de Philippe Manoury, « violence recherchée et totalement organisée » selon les dires du compositeur.

3 septembre 2012

Life in Hell : chi va piano va sano parce que sinon on devient fou

Classé dans : Actualité, Livre, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 22:30

Akbar est convaincu, comme tout le monde, que « l’internet abolit le temps et l’espace » affirmation péremptoire qu’il avait lue en 2000, c’est pour dire. Soit c’était une erreur due au célèbre bug de cette année-là, soit l’abolition du temps et de l’espace a été elle-même abolie depuis. Quoi qu’il en soit voici une belle cause de coup de sang, voire d’embolie.

Devinette : à combien estimez-vous la durée du trajet entre le centre de Paris (disons : le centre Pompidou) et le site François-Mitterrand de la bibliothèque nationale, la recherche d’un document qui ne fait qu’une page, sa copie, et le retour ?

Un élément objectif de réponse est fourni par le site de la Ratp, quand il n’est pas planté comme il l’est actuellement :


Panne de recherche d’itinéraire (cliquer pour agrandir)

Quand il ne l’est pas, il indique que cet aller prend 22 minutes :


Itinéraire de Beaubourg à la BnF (Tolbiac) et sa durée (cliquer pour agrandir)

Après un rapide calcul mental, Akbar en conclut que l’aller-retour prend moins d’une heure.

L’inconnue de l’équation est le temps qu’il faut pour localiser le document en question, « réputé présent » selon le catalogue de la BnF (quand celui-ci n’est pas planté), et le photocopier. Disons 24 heures ? 36 heures ? Auxquelles s’ajoutent les 44 minutes de l’aller-retour.

Mais comme notre bibliothèque nationale propose de commander en ligne un exemplaire numérisé de cet ouvrage – qui, on le rappelle, ne fait qu’une page –, Akbar se dit qu’il va s’économiser ce temps en passant la commande en ligne.

Le formulaire pour ce faire propose une case dans laquelle il faut cliquer pour avoir une estimation de la durée que prendra le temps de faire le devis tout en précisant que le prix minimum est de 6 €, comme quoi s’il économise du temps, il le payera cher surtout pour une seule page… ça commence à sentir le roussi, se dit Akbar in peto. Il clique. Rien ne se passe, la case reste vide. Il finit malgré tout par remplir ledit formulaire.

Le lendemain, il reçoit une réponse automatique – c’est lent, leur automate, se dit Akbar in peto – et bilingue, s’il vous plaît, qui l’informe qu’un devis pour la numérisation de cette seule et unique page lui sera envoyé « dans un délai de 10 à 12 semaines » (il n’en croit pas ses yeux qui se mettent du coup à papilloter), le temps d’aller de chez lui à Tolbiac en faisant un détour par Saint Jacques de Compostelle (Jeff lui conseille plutôt d’invoquer les mânes de Sainte Rita). Quant à la version anglaise de la réponse, l’automate avait dû avoir trop honte et a laissé un blanc là où la durée aurait dû être spécifiée, et dans sa confusion n’a pu traduire les numéros de commande et de client dans cette langue. Il a de bonnes raisons d’avoir honte, se dit Akber in peto, en plus il a fait une grosse faute d’orthographe !


Le temps nécessaire à la BnF pour la préparation d’un devis de numérisation d’une page (cliquer pour agrandir)

Après en avoir conclu que ce numérique-là n’économise ni temps ni argent, Akbar fait son baluchon et se met en route. Il a tout son temps devant lui, la bibliothèque nationale venant de fermer ses portes pour deux semaines.

Oh miracle ! le devis arrive le surlendemain, avant même qu’Akbar ne se soit éloigné de Paris. Mais comme le disait déjà Lao-Tseu, « Le malheur est caché au sein du bonheur » : le montant de la numérisation de cette page unique – sans précision sur la durée de sa réalisation – et son expédition par Internet n’est pas de 0,70 €, il n’est pas de 6 €, il est de 13,41 €, ce qui doit être le prix d’une course aller-retour en taxi de chez Akbar jusqu’à la bibliothèque François-Mitterrand, soupire-t-il. Se remboursent-ils ainsi du dur labeur de préparation de l’annonce de l’arrivée future de ce devis puis du devis lui-même en temps plus que record (tout est relatif) et de leurs expéditions respectives par Internet, se demande-t-il ?


Cliquer pour agrandir.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

22 août 2012

Shocking ? On ne va pas en faire un plat…

Classé dans : Actualité, Photographie — Miklos @ 23:44


Autres temps, mêmes mœurs

21 août 2012

Un singulier pluriel d’actualité

Classé dans : Actualité, Arts et beaux-arts, Langue, Politique — Miklos @ 11:15


Au singulier : on y reconnaîtra l’ouvrage de Henri Stierlin publié en 2011 par les éditions de l’imprimerie nationale.


Au pluriel : on y reconnaîtra entre autres Sekhmet,
la déesse de la guerre.

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