Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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19 juillet 2011

Les faits, rien que les faits

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Société — Miklos @ 23:58

Cette affaire internationale qui va de rebondissement en rebondissement n’est pas sans rappeler certains contes de la Renaissance dont nous parlions récemment ou, pour ceux qui préfèrent la musique à la lecture, une farandole dans laquelle alternent le mari, la femme, leur fille, la femme de chambre, l’amante et sa fille… en un cortège qui se rallonge de couplet en couplet avec l’apparition inattendue de nouveaux participants, chacun se fendant de déclarations sous forme de thème et de variations variantes dont l’intrication ne fait que masquer la vérité des faits. De toute façon, le spectateur est en général plus intéressé par l’intrigue que par sa véracité.

On ne s’attachera ici qu’à un fait objectif et vérifiable, bien antérieur à l’affaire mais qui concerne deux des principaux protagonistes. Dans la page que la Wikipedia consacre au mari, il est précisé qu’il épouse sa femme le 26 novembre 1991 (même date dans les versions espagnole et italienne), tandis que dans celle de sa femme, la date du mariage est le 24 novembre 1991 (date que l’on retrouve dans les versions espagnole et en hébreu de sa biographie). Cette dernière, bien que plus présente dans les diverses versions de la WP que l’autre, est peu plausible, ce jour-là ayant été un dimanche, impossible pour un mariage civil. Elementary, my dear Watson.

Alors si même sur cette vérité-ci on ne peut s’entendre…

16 juillet 2011

Chère Eva Joly

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique, Société — Miklos @ 22:42

Nous avons un point en commun, la binationalité. Mais avec une différence : je suis né sur le territoire français, tandis que vous avez choisi de l’acquérir et de vivre ici, comme ma mère l’avait d’ailleurs fait quelque trente ans avant vous. Quelle autre preuve faut-il de votre attachement à ce pays ?

Le fait d’être né ici ne garantit en rien une « bonne » citoyenneté, ni la connaissance de l’histoire de ce pays (à part le « 1515 Marignan », et encore…), ni le respect de ses lois. Si vous avez pu atteindre la magistrature, et ainsi vu bien plus que d’autres les turpitudes de nos concitoyens, qu’est-ce qui peut vous empêcher de briguer la magistrature suprême ?

Lorsque je pense à l’histoire relativement récente de ce pays, je me dis d’ailleurs que cette nationalité acquise n’est pas forcément égale – non pas en devoirs mais en droits – à celle de ceux dont les ancêtres remontent à une immigration ou une invasion moins récente : ma mère, venue dans le pays de la liberté et espérant y trouver l’égalité en en acquérant la nationalité, a dû se cacher pendant la guerre pour éviter d’être raflée et déportée par ceux dont elle était devenue concitoyenne.

Quant à l’armée française, nous connaissons aussi son histoire avec ses hauts et ses bas. Si la plupart de ses membres sont citoyens français, l’inverse n’est évidemment pas vrai : la plupart des citoyens français ne sont pas soldats, ne l’ont jamais été et ne le seront jamais (on l’espère), avec la suspension du service national par un président français. Pourquoi ne comprend-on pas votre proposition comme une façon d’élargir ce moment de la fête nationale – qui, contrairement au 11 novembre par exemple, ne marque pas un événement militaire en soi – qu’est le défilé à tous les Français ? on peut rêver d’y voir ainsi enfants, adultes et personnes âgées, des représentants des provinces, des métiers, des écoles, de l’armée… que sais-je –, qui passeraient du rôle de spectateurs à celui d’acteurs. Diffusé sur les principales chaînes, ne monterait-il pas une image plus variée, plus inclusive, de cette France qui pense surtout à se déchirer ?

Une autre différence dans nos parcours : j’ai été officier de carrière pendant un certain nombre d’années. Mon livret militaire français indique que j’ai effectué mon service national en vertu de l’accord entre ces deux pays dont je détiens les nationalités. Eh bien, ce pays-là a supprimé le défilé militaire de sa fête nationale en 1973, ce qui n’a pas terni l’image de son armée. Si votre proposition est acceptée, ce ne sera pas le premier changement dans la longue histoire de l’armée française : son ouverture aux femmes, la suppression de la conscription, la fermeture de nombreuses bases… Ce n’est pas une trahison de l’histoire, mais une prise d’acte de l’évolution du rôle de l’armée et de sa place dans la société : s’imaginerait-on vivre sous l’Ancien régime, par exemple, en parlant françois et en étant tiré au sort pour servir dans les milices (provinciales, pas celles de sinistre mémoire, mais pourtant bien françaises) ?

La France – une certaine France – est crispée sur son arrière-garde. Être femme, être binationale, être magistrat (et non pas avocat comme certains impétrants) lui fait confronter misogynie et xénophobie, « culture ancienne » et culture tout court. S’il n’y avait que cela, ce serait déjà une bonne raison pour être candidate. Quelle que soit l’issue de cette campagne, vous aurez contribué à faire bouger les choses, à l’instar d’un Barack Obama aux États-Unis. C’est un honneur pour la France.

25 juin 2011

De politique et de logique

Classé dans : Actualité, Politique, Société — Miklos @ 14:19

La nouvelle fait la une du New York Times : le Sénat de l’État de New York, à majorité républicaine, a voté la loi légalisant le mariage homosexuel dans cet État. Une proposition de loi similaire avait été rejetée il y a deux ans lorsque ce Sénat était aux mains des démocrates.

En France, nous dit à cette occasion La Croix, une large majorité (63%) des Français y est favorable. On ne peut dire la même chose de la majorité – de droite – du parlement, ni d’ailleurs du gouvernement, français.

Par une simple règle de logique, on en déduit que cet « organe qui assure la représentation du peuple » ne le représente pas si bien que ça.

Conclusion : il faut changer cette représentation en 2012, puisqu’elle ne change pas d’elle-même (on lira avec intérêt ce qui a convaincu certains Républicains américains d’évoluer sur cette question et de voter pour cette loi en leur âme et conscience).

À ceux qui objecteront que le parlement ne se doit pas de coller à n’importe quelle « opinion » populaire voire populiste, on répondra calmement mais fermement qu’il ne s’agit nullement d’une tendance superficielle : la variété des répondants (sexe, statut matrimonial, classe sociale, religion, âge…) démontre bien qu’il s’agit d’une évolution des mentalités aussi fondamentale que la banalisation des mariages entre personnes de couleur ou de religion différentes, mariages autrefois considérés comme anti-« naturels ». C’était l’époque où « l’autre » n’était pas considéré comme si humain que ça. Or chacun est un autre, il faut s’y faire, que ce soit pour des principes éthiques ou pragmatiques (la survie de l’espèce dépend de la solidarité et non pas de la compétition), et donc, en quelque sorte, inverser le « Je est un autre » de Rimbaud pour en faire enfin un vrai alter ego, l’autre qui est moi, non pas en voulant le mouler à mon image, mais en me mettant dans sa peau et reconnaître ainsi finalement son altérité.

Ce n’est pas le seul problème de logique que cette question soulève, on l’avait déjà évoqué déjà il y a quelques années.

19 mai 2011

Un poids, deux mesures

Classé dans : Actualité, Politique, Société — Miklos @ 23:53

Devinette :

- Je suis une personnalité extrêmement en vue, un poids (lourd) de la politique.

- Mon nom de famille a une consonance germanique.

- J’habite aux USA bien que je n’y sois pas né.

- Je fais la une des journaux ces jours-ci.

- Je suis un coureur de jupons invétéré, je ne peux me retenir de tripoter les femmes sans leur consentement et malgré leur résistance, et d’ailleurs plusieurs en avaient publiquement témoigné il y a quelques années.

Qui suis-je ?

Réponse : ici.

Life in Hell : Akbar s’en va-t-en guerre

Classé dans : Actualité, Économie — Miklos @ 21:12

Qu’où les banquiers seront trouvés avoir failli en ce que dessus, ou autrement avoir fait faute en leur charge et registre, sera procédé contre eux par empri­son­nement de leur personnes, jusques à pleine satis­faction des dommages et intérêts desdites parties, et de punition corporelle, si elle échet. — Henry II, Réfor­mation des abus en l’obtien des bénéfices ecclésiastiques, 1550.

La carte de crédit d’Akbar, bien que non biodégradable, se dégrade rapidement : elle expire à la fin du mois et sa fin de vie n’est pas des plus agréables, elle se fendille de partout ; en plus, à son âge avancé elle est la cible potentielle d’arnaqueurs sans scrupule. C’est triste, d’autant plus que sa vie a été émaillée d’incidents plus ou moins dramatiques (tel cette longue amnésie). Il la traite donc avec encore plus d’égards, et espère que sa réincarnation se matérialisera rapidement.

Quelle surprise ! Akbar trouve ce matin une lettre de sa banque, Haches Baissées (celle d’Akbar est levée), dans lequel se dévoile cette réincarnation : scintillante, jeune et belle, telle Vénus sortant de l’eau. C’est une surprise à deux égards : elle arrive à temps (ce qui n’est pas dans les habitudes de sa banque qui se hâte lentement sauf quand il s’agit d’agios) mais elle arrive non recommandée (contrairement aux fois précédentes). Akbar frémit : depuis deux mois, il constate que les courriers sont déposés au hasard dans les boîtes à lettres, on se croirait à la loterie, sa carte aurait pu se glisser chez sa voisine, dieu préserve !

La lettre qui l’accompagne l’enjoint d’abord de détruire (en gras dans le texte) la précédente, puis l’informe qu’en fait la nouvelle est inactive : il lui faut se rendre à un distributeur pour y effectuer un premier retrait, ce qui aura pour effet de lui insuffler la vie.

Ni une ni deux, Akbar se précipite à l’agence la plus proche. Il glisse avec un plaisir non dissimulé la carte dans la fente, compose le code, et voit s’afficher un menu lui proposant de déposer des espèces ou des chèques, de voir la position de son compte, voire d’imprimer un relevé d’identité bancaire… mais comment retirer des espèces ??? Ai-je la berlue ?, se demande-t-il en retirant l’impétrante et réessayant dans un distributeur voisin. Chou blanc. Il réessaie avec son ancienne carte, et voici qu’apparaît l’option « retrait d’espèces ». J’ai bien fait de ne pas la détruire, soupire-t-il avec soulagement.

Il s’adresse à l’agente d’accueil qui fait d’abord la moue (une petite moue gracieuse) parce qu’il n’est pas de leur agence et lui raconte ses mésaventures. Elle se rend avec lui devant un troisième distributeur et constate les faits. Je n’ai jamais, mais jamais vu ce cas, s’exclame-t-elle, ils ont dû oublier de mentionner la possibilité de retrait en vous renouvelant la carte. Elle vérifie tout de même sur l’ordinateur et s’étonne, Mais non, ils l’ont bien fait ! Long silence. Eh bien rendez vous à votre agence pour essayer là-bas.

Tout en la remerciant poliment malgré la moutarde qui commence à lui monter au nez, Akbar se dit que c’est un comble, on revient à l’âge de pierre, si ça ne marche pas ici, ça ne marchera pas là-bas ! Il appelle Mr Massenet, son conseiller (celui qui avait « oublié » de lui commander une carte et était parti en vacances sur le champ). Je ne sais quoi vous dire, Monsieur Akbar. Je ne peux que vous commander une toute nouvelle carte, avec un nouveau numéro. Il porte bien mal ce titre de conseiller, se dit Akbar, qui lui répond : Mais j’ai des abonnements qui sont mensuellement débités de cette carte – téléphone, internet… – si vous me l’annulez toutes les factures seront rejetées et moi je fais quoi ? Je ne pourrai même plus vous appeler pour râler ! Le conseiller met un temps pour comprendre le problème, puis propose de recommander la même carte en espérant que ce problème disparaîtra.

La moutarde, continuant sa progression, atteint le cerveau d’Akbar : il lui est évident que ce n’est pas un problème de fabrication de carte. Mais à quoi bon discuter… Il remercie froidement mais poliment et raccroche.

Quelques instants plus tard, le téléphone sonne. Monsieur Massenet à l’appareil. En fait, il n’y a pas de problème : vous pourrez faire cette opération à partir du 20 mai, demain. Vous l’avez fait trop tôt. Akbar ne s’étonne plus et ne répond que pour la forme : Rien ne l’indiquait dans la lettre qui était d’ailleurs datée d’il y a un mois ! Monsieur Massenet, philosophe, impertinent ou plus simplement… simplet, rétorque : Il n’y que vous à qui ce genre de problème arrive. Akbar se dit qu’il y a une autre conclusion, plus scientifique : il n’y a que lui qui doit se plaindre, les autres sont résignés.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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