Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 décembre 2010

Des bourgeois carriéristes

Classé dans : Actualité, Médias, Politique — Miklos @ 20:24

« Je vois des gestionnaires résignés, des bureau­crates madrés, des stratèges de commis­sions des résolutions, des chanteurs d’Internationale gueu­larde, en un mot des bourgeois carriéristes. » — Jacques Julliard, « Ma gauche ! », Marianne, 4-10 décembre 2010.

« J’ai horreur des fanatismes mais aussi du populisme. D’une façon générale, dans une époque de barbarie où notre incapacité à la combattre effi­cacement doit nous conduire à l’humilité, les affir­mations péremptoires me paraissent d’indécentes frivolités. » — Jean Daniel, Cher Jacques…, 24.11.2010.

Les titres-choc de Marianne se succèdent aussi régulièrement que la parution du magazine en kiosque. La dernière en date, « Kouchner-Ockrent : la chute » nous a interpellé, on verra pourquoi. On l’a donc acheté, l’exception confirmant la règle. On n’a pas été déçu par la comédie qui se joue à nos yeux, mais il y a de quoi être atterré.

Ce numéro s’ouvre par un éditorial de Jacques Julliard récemment arrivé à Marianne : on avait récemment appris son départ d’un Nouvel Obs abandonné par un autre personnage marquant, Denis Olivennes (qui y était arrivé de la Fnac), parti, lui, rejoindre Europe 1 pour succéder à Alexandre Bompart (qui rejoint la Fnac – d’où venait Olivennes, vous suivez ? – faute d’avoir décroché France Télévision). Jean Daniel, homme d’« un certain âge », comme il l’écrit si joliment dans sa lettre ouverte à son cher Jacques dans laquelle il dit comprendre le désir de cet homme de 77 ans d’avoir l’« envie de conquérir toute sa place au soleil », tient bon à 90 ans : voici qu’on apprend que Laurent Joffrin, actuellement co-gérant et directeur de la rédaction et de la publication de Libé après avoir quitté le Nouvel Obs en 2006 est sollicité pour y revenir (se penser successeur de Jean Daniel – auquel on souhaite longue vie – est sans doute plus valorisant que tenir le rôle d’héritier de Serge July, dorénavant éditorialiste à RTL, dont Christine Ockrent avait été rédactrice en chef et éditorialiste), ou, tout au moins, étudier un « rapprochement » entre ces deux organes de presse. Jeu de chaises musicales assez contrapunctique et finalement quelque peu répétitif : plus ça change, plus c’est la même chose. Mais passons aux choses sérieuses.

On aimait bien Christine Ockrent (qui, question presse écrite, avait dirigé L’Express), autrefois, dans ses rôles de présentatrice de journal télévisé puis d’émissions politiques sur le petit écran : son visage intelligent, son écoute, ses remarques judicieuses et fines ne manquaient pas de tenir sous son charme.

Et puis elle avait disparu de notre horizon cathodique, réduit qu’il est surtout à Arte ou à Mezzo. On avait récemment aperçu de gros titres de la presse écrite qui parlaient de difficultés ou de conflits dans son poste actuel à la tête de la société de l’audiovisuel extérieur de la France, mais on ne s’intéresse pas particulièrement à ce genre d’informations.

Il y a quelques jours, on tombe sur une émission (du diable si l’on se souvient de laquelle), où l’on aperçoit la reine Christine. Quel plaisir de la revoir, se dit-on, et on se met à écouter. Elle n’est pas la seule, mais on s’aperçoit vite, très vite, qu’elle ne laisse pas parler les autres, les interrompant à tout bout de champ sans leur laisser la possibilité de finir une phrase, par des remarques ironiques, péremptoires ou arrogantes lancées d’un air innocent que dément la virulence sous-jacente de ses paroles : aucune écoute, si ce n’est pour contredire. Ils ne peuvent en placer une, c’est elle qui doit contrôler le plateau. C’est à tel point déplaisant qu’on quitte la chaîne presque aussi vite qu’on y était arrivé.

Alors quand on a vu le titre aguicheur de ce numéro de Marianne, qu’on s’est souvenu de l’impression fortement désagréable que nous avait fait cette émission d’une part et la récente attitude de son compagnon (que l’on aimait bien aussi, autrefois) d’autre part, notre curiosité a été attisée, on l’avoue sans vergogne. Eh bien, on en apprend de belles. Il paraît que l’avocat de la dame a annoncé qu’il allait porter plainte. De quoi booster les ventes, évidemment, mais pourquoi l’annoncer au lieu de le faire ? Si on était Wikileaks, on suspecterait quelque anguille sous roche. Mais nous ne sommes pas paranos, tout va pour le mieux dans le monde des (im)médias.

8 octobre 2010

Life in Hell: Ô Liberté ! que de crimes on commet en ton nom !

Akbar trouve ce mot de « liberté » très, très lourd : s’il n’était déjà si surchargé d’espoirs et de désespoirs, il serait impossible à porter du fait de son poids, mais aussi de la différence de sens parfois si profonde qu’il peut avoir d’un pays à l’autre. Car il s’agit bien évidemment d’un concept qui caractérise les rapports humains : entre les individus, entre l’individu et les pouvoirs, les organisations, les marchés… Et c’est ainsi, par exemple, que la liberté d’expression, aux Etats-Unis, autorise des agressions verbales d’une virulence qu’interdit la loi chez nous, tandis que leur morale puritaine interdit des comportements que l’on trouve ici très bons pour la santé.

Ce terme si noble est récupéré – comment en serait-il autrement ? – par les politiciens et les idéologues, par les financiers et par les marchands, qui l’accommodent à toutes les sauces et lui font dire tout et son contraire. Non seulement il ne s’agit donc pas de liberté pour tous – celle de l’un est souvent l’esclavage de l’autre – mais, comme l’avait si bien vu George Orwell dans 1984, « la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». La liberté des marchés, on le constate depuis des siècles, va trop souvent de pair avec l’esclavage des individus et des nations. C’est ainsi que d’idéal social (auquel on adhère ou non), ce terme devient alors un outil démagogique et manipulateur pour une finalité égoïste.

Akbar a suivi assez de cours d’anglais pour savoir que le nom de son fournisseur d’accès à l’internet signifie « libre » dans cette langue (bien que ledit fournisseur soit français) : quand on se lie à lui, on est libre de tout faire sur l’internet ! Effectivement, le fournisseur en question a un sens des valeurs très élevé : il refuse d’envoyer des mails d’avertissement à ses abonnés ayant violé la loi Hadopi ; il défend ainsi leur liberté d’échanger entre eux tout contenu quel qu’en soit le créateur. Quelle noblesse de sentiments que ce refus d’obéir à une loi qu’il trouve sans doute inique au regard d’une loi plus élevée.

Mais une autre circonstance que celle qui occupe les médias dans ce dernier bras de fer amène Akbar à se poser des questions sur la nature de cette loi plus élevée.

Du fait de son abonnement librement pris chez ce fournisseur, il bénéficie d’une ligne téléphonique ADSL qui lui permet de téléphoner gratuitement – il remarque en passant qu’en anglais, on (con)fond « libre » et « gratuit » – à bien des destinations (quand ça marche). En ouvrant la ligne, il l’a inscrite sur liste rouge et n’en a révélé le numéro qu’à Jeff.

Or hier voici que le téléphone sonne. Akbar se précipite sur le combiné et lance un vigoureux « Hello ! » (ou est-ce « allô ! », on ne saurait dire). Il est stupéfait d’entendre une voix inconnue qui lui répond joyeusement :

— Ici Marion de Canal Sat en partenariat avec Free, je suis ravie de vous entendre.

— Pas moi, rétorque froidement Akbar en claquant le téléphone.

Ce n’est pas la première fois ; en 2008, même appel. Si ce n’était pas Marion c’était sa sœur, mais en tout cas c’était déjà Canal Sat en partenariat avec ce fournisseur d’accès dont nous taisons toujours le nom.

Akbar en déduit que ce fournisseur se sent libre de refuser d’obéir à la loi qui permet à tout citoyen de demander que son numéro de téléphone ne soit ni publié dans l’annuaire universel ni cédé à de tierces parties pour quelque raison que ce soit, et, plus généralement, de contrôler la confidentialité des données le concernant.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, conclut Akbar. Ayant étudié la métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie de la bouche de Pangloss, il sait qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin : ledit fournisseur doit trouver cette loi inique au regard de celle du marché. En effet, ce dernier lui permet ainsi d’établir des partenariats qui le renforcent financièrement et qui bénéficient donc évidemment à tous ceux qui en subissent volontairement la servitude. Et, secondairement, permettent à son patron d’acheter sa part d’actions dans le contrôle du journal Le Monde via une société qui s’appelle… Akbar vous en donne cent, il vous en donne mille : Le Monde libre.

Ah, pauvre Madame Roland ! Ah, pauvre de moi, soupire Akbar.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

7 octobre 2010

Life in Hell: Opération Libération, une nouvelle et prestigieuse aventure de superakbar

Classé dans : Actualité, Médias — Miklos @ 1:49

Akbar aime Libé. Mais quand Libé prend Akbar pour un gogo, Akbar déteste Libé.

Le temps passe. Akbar oublie ses griefs et décide de se pacser avec Libé : il s’y abonne fin juillet, mais dès début août, les ennuis de couple commencent. Akbar décide que ce sera Libération conditionnel et le met en demeure de tenir ses engagements : Akbar tient bien le sien de fournir mensuellement les émoluments du couple.

Fin août, Libé disparaît sans prévenir.

Le 1er septembre, Akbar écrit à Libé pour lui demander des explications. Deux jours plus tard, il reçoit la réponse suivante : « Suite à une erreur infor­matique votre abonnement a été interrompu. Veuillez nous en excuser. Souhaitez vous la remise en service ? Bien à vous, bonnes vacances. » Akbar ne sait s’il faut interpréter le bonnes vacances envoyé à la rentrée comme une pique légèrement ironique, mais il sait qu’il rêve de revoir Libé livré au lever chaque matin. Il le lui dit le jour-même, toute honte bue.

Libé ne revient pas.

Le 10 septembre, Akbar lui réécrit, et demande combien de temps faut-il pour le voir revenir.

Libé ne répond pas.

Quelques jours plus tard, Akbar prend sa plus belle plume et écrit au papa de Libé, Laurent Joffrin, le suppliant de faire revenir Libé au domicile conjugal.

Laurent ne répond pas.

Le 1er octobre, lassé de recevoir quotidiennement des rafales de courriels infor­ma­tionnels de Libé, il compose une lettre aux termes bien choisis qu’il envoie au service informatique de Libé leur enjoignant de cesser de le harceler ainsi, les bonnes vacances étant passées depuis longtemps. Un des employés de maison de Libé lui répond le matin-même et demande si Akbar veut vraiment que toute trace du mariage soit supprimée des tablettes de Libé. Akbar répond aussitôt par l’affirmative en expliquant en long, en large et en détail les raisons de ce divorce dé-fi-ni-tif.

L’après-midi, Akbar reçoit en moins d’une heure trois lettres de trois services différents : la première lui indique que les traces électroniques – qu’Akbar avait demandé d’effacer le matin-même – viennent d’être réactivées (curieux, elles n’étaient pas désactivées, justement), la suivante l’informe que ces mêmes traces viennent d’être désactivées, et la troisième…

…et la troisième lettre – comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence ! – est la réponse à son courrier du premier septembre (dans lequel il exprimait le souhait de voir le rétablissement de son abonnement interrompu pour « erreur informatique ») :

Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le retard pris dans la réponse à votre mail. Mais, nous avons dû faire face à une affluence de mails auxquels nous répondons au fur et à mesure.

Votre abonnement redémarre le 06/10. Veuillez nous excuser pour ce retard.

Pour nous faire pardonner de ce temps d’attente, nous vous envoyons un cadeau.

Akbar se dit in petto que l’avalanche de mails que ce malheureux service avoue avoir reçue devait avoir l’ampleur d’un tsunami (Libé a-t-il tellement d’autres amants dépités ?) pour avoir causé un « retard » d’un mois dans l’écriture d’une réponse, excuse d’ailleurs qu’Akbar reconnaît bien là : presque tous les courriers précédents de Libé l’invoquaient…

Va-t-il, comme Liz Taylor et Richard Burton, donner une seconde chance à leur couple ? Omnia vincit amor : il est donc très tenté de le faire, et pas uniquement à cause du cadeau annoncé, mais s’étonne tout de même que ce retour de l’être aimé doive prendre plus d’un mois, que fait-il donc entre temps ? Akbar, lui, n’a pas été infidèle à son souvenir.

Et nos cedamus amori : le 6 octobre, Libé revient enfin, avec, comme cadeau de réconciliation, trois albums des aventures de superdupont, par Lob, Gotlib et Alexis. Akbar espère que ce Fluide Glacial réchauffera leur couple. Il lui ouvre tout grand les bras en l’effeuillant avidement, tout en lui glissant tout de même à l’oreille avec toute la délicatesse dont il est capable que Libé ferait bien de mettre de l’ordre dans son bordel.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

23 septembre 2010

Delanoë rejoint le PC, ou, de certains e-journalistes, de la véracité de leurs informations et de la perfectibilité de leur style, du blog du Pape et de celui d’Osama bin Laden

Classé dans : Actualité, Humour, Langue, Médias — Miklos @ 14:42

FrenchTribune.com est un site anglophone qui a pour vocation de fournir les nouvelles les plus récentes concernant l’Europe, les affaires en France et la santé dans le monde.

Ce vaste et ambitieux programme est assuré par de jeunes communicants dans les nouveaux médias (on préfère les qualifier ainsi, d’autant plus que certains sont issus de l’école de journalisme et de communication de l’université de la Méditerranée, du centre de formation et de perfectionnement des journalistes, voire de l’institut indien de journalisme et des nouveaux médias).

Ce qui frappe tout d’abord, c’est le charabia : un anglais approximatif, souvent truffé de fautes de grammaire (“the extension would have allow”, “a analogous threat”), mais surtout de lourdeurs de style dues à une traduction mot-à-mot du français (“Ryanair has taken decision to…” = « Ryanair a pris la décision de… », phrase qui se termine d’ailleurs par une autre faute de langage ; “The station was the objective of a terrorist attack” au lieu de “The station was the target…”) manuellement ou automatiquement. Certaines ne font pas sens : “Last weekend, though, the executive of French Interior Intelligence Agency Bernard Squarcini swayed warning signals that the French soil was endangered by never superior risk of terrorist attacks.” On se demande si l’auteur suggère que les services de sécurité intérieure du pays se servent d’une lanterne qu’ils balancent (sens littéral de sway) en titubant (autre sens de sway) au bout de leur bras pour signaler des dangers. La France est vieux jeu et parfois portée sur la bouteille, on le sait, mais à ce point ?

Ce qui nous a interpellé, c’est l’article dans lequel Rance Leroy (nom à consonance si anglophone mais aux textes si francophones) écrit, à propos du procès dans lequel Jacques Chirac s’engage : “The present communist mayor, Bertrand Delanoe, established £450,000 in recompense”. Passons sur les fautes de langue du paragraphe qui suit cette phrase (que l’on peut lire ci-dessus), mais, à moins que tout le site en général et cet article en particulier ne soient qu’un immense canular (on en doute) on se demande avec quelles notes ces communicants sont sortis de leurs écoles respectives.

Et entre temps, on ne peut que recommander aux fidèles lecteurs de French­Tri­bune.com de migrer en masse vers The Onion : c’est ce qu’on fait de mieux dans le genre journalistique décalé, aussi bien sur la forme que sur le fond. En plus, c’est un réel phénomène dans le monde des médias en ligne : il existe, lui, depuis 1996. Après l’avoir épluché (c’est un oignon, mais c’est de rire que vous pleurerez), allez donc lire les blogs du Pape et d’Osama bin Laden sur News Groper.

7 septembre 2010

D’un comte et d’une marquise, ou, qu’y a-t-il de commun entre OK Corral en Corse et le renouveau de la chorégraphie au XVIIIe siècle ?

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Danse, Langue, Littérature, Musique, Médias — Miklos @ 0:04

Les médias audiovisuels n’ont que faire de l’orthographe, l’essentiel pour eux c’est l’oralité. Mais leur visibilité sur le web nécessite parfois de coucher sur le papier (virtuel) leur verbiage et le résultat peut être savoureux. C’est un cas d’homonyme homophone qui frappe aujourd’hui M6 :

On peut dorénavant s’attendre à tout : au comte d’Hoffmann, aux comptes des mille et une nuits, aux contes de l’État…

La confusion entre conte, comte et compte n’est pas récente. Jean Étienne Despréaux (1748-1820), « brillant auteur de chansons, vaudevilles et poèmes d’occasion » (selon Gabriella Asaro), ne l’a pas loupée :

Le « conte » auquel Despréaux fait allusion est sans doute le sonnet qui fait suite au bref essai Du tems, dans Les pensées de Monsieur le comte d’Oxenstirn sur divers sujets1, publié à Paris en 1774.

Le Temps perdu de Despréaux fait partie du savoureux recueil Mes passe-temps : chansons suivies de l’art de la danse, poëme en quatre chants, calqué sur l’Art poétique de Boileau Despréaux, orné de gravures d’après les dessins de Moreau le jeune avec les airs notés (Paris, 1806). Si vous voulez fredonner ce comte conte, vous y trouverez la partition ici. La seconde partie de l’ouvrage ne manque pas d’intérêt : les recommandations qu’il y donne sur la danse – qu’il a pratiquée, enseignée et produite – pourraient encore s’appliquer aujourd’hui :

L’esprit a son clinquant, la Danse a ses bluettes.
(…)
La danse à l’Opéra doit enchanter les yeux,
Et non les effrayer par des tours périlleux.
(…)
J’aime sur le théâtre un élégant danseur
Qui, sans se diffamer aux yeux du spectateur,
Plaît par sa grace seule, et jamais ne la choque :
Mais pour un faux plaisant, dont le bon goût se moque,
Qui, de sauts étonnans, est toujours occupé,
Qu’il s’en aille, s’il veut, sur des tréteaux grimpé,
Le long de nos remparts, séjour des pasquinades,
Sur la corde foraine, essayer ses gambades.
 
Trop souvent l’amour-propre en cet art fait décheoir :
Par les yeux d’un ami cherchez donc à vous voir.
Jeunes gens, vainement vous forcez la nature :
Croyez-moi, travaillez d’après votre structure,
Et ne vous parez point d’un mérite emprunté :
Chaque genre est brillant de sa propre beauté.

On trouvera ici une édition qui présente en regard l’œuvre de Boileau et celle de Despréaux. Et maintenant, voulez-vous danser, Marquise ?

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1 L’auteur en est le comte suédois Johan Thuresson Oxenstierna (1666-1733), appelé le Montaigne du Nord, et petit-neveu du grand chancelier Axel Gustafsson Oxenstierna af Södermöre, qui avait servi le roi Gustave Adolphe, puis la reine Christine de Suède, et est connu notamment pour son rôle lors de la guerre de Trente Ans et son établissement de l’administration centrale suédoise.

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