Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

This blog is © Miklos. Do not copy, download or mirror the site or portions thereof, or else your ISP will be blocked. 

4 mars 2009

On the French invention of the blog

Classé dans : Histoire, Langue — Miklos @ 16:54

Short-sighted dictionaries, i.e., ones without a historical perspective, attribute the origin of blog to a 1999 abbreviation of Weblog. This ignores the French root of the word: it was actually coined by French soldiers during the 1812 Campaign of Moscow as documented in The Port Folio, vol. XIX (January-July 1825) in its report about the publication of L’Histoire de Napoleon et de la Grande Armée pendant l’Année 1812, par M. le Général Compte [sic] de Segur, as follows:

Of this species of vain boasting [the manner in which the French military were accustomed to talk of themselves] there is a very spirited and faithful description in the first volume. The soldiers themselves, though influenced by this ranting, were not uncon­scious of its absurdity, and gave it the name of blogue. To be under­stood by the French soldiery, and even by a great majority of the officers, it was necessary to adopt this species of blarney. Marshal Augereau was a perfect master in this detes­table style of decla­mation; which is directly the contrary of that simple and natural language made use of by English officers in their despatches or addresses to their soldiers. The secret of this blogue is for the orator to talk in unmeasured terms of praise of himself and his soldiers. The truth is, that this kind of wordy drumming is necessary to the French soldier, who would remain altogether unmoved by the plain-matter-of-fact address of an English general.

While the French may resent the anonymous reviewer’s opinion of themselves, they will no doubt be justly proud for being at the origin of this worldwide means of self-expression.

6 février 2009

« Tout ce terrain est une seule grande tombe »

Classé dans : Cinéma, vidéo, Histoire, Shoah — Miklos @ 2:30

Le camp d’extermination de Belzec a été soigneusement effacé. D’abord par les nazis en 1943, quand ils ont commencé à se rendre compte qu’ils auraient peut-être à rendre des comptes : ils rasent alors les chambres à gaz, tentent vainement de brûler les corps des quelque 600.000 Juifs qu’ils y ont exterminés à la descente du train de mars 1942 à 1943. Et aussi plus de soixante ans après : un vieillard polonais raconte, dans le saisissant documentaire de Guillaume Moscovitz diffusé hier, sa participation à la construction d’une des installations du camp. Puis il efface du pied le plan de la chambre à gaz qu’il avait esquissé dans le sable au bord de la route.

Les quelques villageois interviewés observaient de loin avec curiosité ce qui se passait en ce temps-là. Ils se souviennent encore des trains bondés aux wagons scellés, des cris « de l’eau, de l’eau ! », des colonnes de feu qui montaient dans la nuit des charniers et de l’insupportable odeur qui s’infiltrait partout aux alentours. Mais, comme le dit l’un d’eux avec reconnaissance, « On était obligé de supporter ça, mais heureusement ça n’a pas duré. Ce n’était pas très facile, mais grâce à Dieu, les gens ont survécu ». Les gens, il s’agit de ceux du village. Des Polonais.

Des déportés juifs il n’y a eu que deux survivants. Haïm Hirszman fut assassiné par des nationalistes polonais en 1946, le soir du premier jour de sa déposition devant la Commission historique juive. Rudolf Reder, décédé quelque vingt ans plus tard, a pu témoigner du silence de mort qui régnait lors du discours d’accueil qui annonçait aux arrivants qu’ils devraient prendre une douche puis partir travailler, des malades et des vieillards que l’on tuait directement au bord des charniers, des enfants que l’on jetait au-dessus des adultes dans les chambres à gaz, des monceaux de cadavres baignant dans des flaques de sang noirâtre sur lesquels on marchait, du corps de sa femme qu’il avait dû évacuer, parmi d’autres, de la chambre à gaz puis lui raser les cheveux.

Une femme d’un certain âge parle posément, dans un très bel hébreu. Bracha Rauffmann avait sept ans en 1942. Après l’arrestation de ses grands-parents et son père, sa mère avait quitté la ville avec elle pour retourner à Belzec – ironie du sort ! –, sa ville natale. L’enfant doit se réfugier d’abord dans les champs de blé qui la dissimulent du fait de sa petite taille, puis se terrer dans un trou dans le cimetière ; ensuite, elle est cachée chez une catholique profondément croyante : elle raconte les vingt mois qu’elle y a passés, quasiment enterrée vivante, recroquevillée, dans un réduit souterrain près de la porcherie, sans jamais sortir ni voir personne. Elle ne pouvait échapper à l’odeur pestilentielle des charniers humains avoisinants. Pour se retenir de hurler, elle se pinçait, se flagellait. Sa protectrice tâchait de venir tous les jours à proximité pour lui parler, et, quand il y avait un danger, elle se mettait alors à réciter ses prières à haute voix pour détourner l’attention. Bracha ne pouvait répondre qu’en chuchotant, et, dit-elle, « plus le temps passait, plus je murmurais bas, un murmure de silence ». Quand finalement elle est tirée hors du trou comme un bébé qu’on accouche, ce qu’elle réalisera adulte, elle ne sait même plus ce que sont les étoiles et la lune qui parsèment le ciel qu’elle aperçoit pour la première fois depuis si longtemps. Elle avait tout oublié.

Mes grands-parents paternels habitaient Rozwadow, un shtetl de la Galicie orientale. Les quelques cartes postales qu’ils écrivaient à leurs enfants qui avaient quitté la Pologne quand il était encore temps, témoignent de ce qu’a été leur dernier parcours : de la Pologne encore libre à la Russie, où ils s’étaient réfugiés après l’invasion, et bientôt occupée par les nazis. Dans leur ultime carte, envoyée le 9 août 1942 de Sambor (en Ukraine), dont le timbre porte l’aigle nazi et la croix gammée et où le nom de l’expéditeur est barré, ils griffonnent qu’on les emmène au bal, demandent de ne plus leur écrire et que Dieu vous bénisse. D’après l’Atlas de la Shoah de Martin Gilbert, c’est durant les deux premières semaines d’août 1942 que les Juifs de cette région furent déportés vers le camp d’extermination de Belzec.

Il ne reste même pas des cendres de mes grands-parents. C’est d’eux et de leurs compagnons de destin que Paul Celan écrit :

alors vous montez en fumée dans les airs
alors vous avez une tombe au creux des nuages on n’y est pas couché à l’étroit

À lire :
• Enzo Traverso : Paul Celan et la poésie de la destruction, 1997.
• Gitta Sereny, Au fond des ténèbres.
• Aharon Appelfeld, Histoire d’une vie, 2005.
• Jerzy Kosinski, L’Oiseau bariolé.
• …

24 janvier 2009

Les juifs à Rome

Classé dans : Architecture, Histoire, Judaïsme, Lieux, Photographie — Miklos @ 0:02


Pierre tombale juive, Rome

«Oui il y a eu des juifs à Rome avant l’etablissement de la religion chrétienne, et même long-temps avant la naissance de Jésus-Christ. C’est un fait attesté par une foule d’écrivains (1). Le grand Pompée ayant conquis la Palestine et pris Jérusalem, fît transporter à Rome Aristobule et une multitude de juifs captifs qu’il réserva pour son triomphe. Ces juifs obtinrent sous César et sous Auguste la permission de vivre selon leurs rits et de pratiquer leurs cérémonies. Ils recouvrèrent aussi peu à peu leur liberté, et nous voyons, dans le discours de Philon à Caïus, que la plupart étoient fils d’affranchis (2). Un quartier leur fut assigné au delà du Tibre et ils l’ont toujours gardé. Ils y eurent leurs proseuques et leurs synagogues, et ils s’y réunissoient librement (3). Pour leur nombre, ou peut en juger par un fait que rapporte l’historien Josèphe. Les juifs de Jérusalem ayant envoyé à l’empereur Auguste une ambassade composée de cinquante notables, plus de huit mille juifs de ceux qui habitoient Rome, vinrent audevant des députés et leur firent cortége- (4).

Que résulte-t-il de là ? La chose est simple. Puisque les juifs jouissoient de tant de liberté à Rome, qu’ils y étoient si nombreux et qu’ils vivoient selon leurs rits, qui ne leur permettoient pas de brûler leurs cadavres, il falloit nécessairement qu’ils eussent un cimetière particulier. (…)

Les juifs avoient un cimetière à Rome long-temps avant qu’il y eût des chrétiens. (…) Ce cimetière (…) a été découvert il y a près de deux siècles et demi (14 décembre 1602) par le célèbre antiquaire Antoine Bosio, sur la voie dite Portuensis, c’est-à-dire du port du Tibre, endroit situé hors de l’enceinte de cette partie de la ville, mais voisin du quartier que les juifs occupoient dans l’intérieur. » Là on ne trouva aucun des signes de la religion chrétienne, comme on en trouve dans les autres cimetières ; mais on y trouva représenté le candélabre à sept branches, des lampes de terre cuite portant le même signe, le terme grec Συναγωγ. (Synagogue) dans un fragment d’inscription, etc (5).

« Des catacombes », Journal historique et littéraire, Liège, 1843.

(1) Cicéron, Horace, Plutarque, Tacite, Josèphe, Suétone, Philon , Hégésippe, Orosius, St. Jérôme, St. Augustin, etc.
(2) Philo jud. Orat. de legatione ad Caium.
(3) Ibidem.
(4) Flav. Joseph. Lib. 17. Antiquit. C. 12.
(5) Voir les autres détails dans le Roma subt[erranea] T. I, p. 390.


Arc de Titus (détail), Rome

«Ce petit arc de triomphe si joli fut élevé en l’honneur de Titus, fils de l’empereur Vespasien ; on voulut immortaliser la conquête de Jérusalem ; il n’y a qu’une arcade. Après l’arc de triomphe de Drusus près la porte Saint-Sébastien, celui-ci est le plus ancien de ceux que l’on voit à Rome ; il fut le plus élégant jusqu’à l’époque fatale où il a été refait par M. Valadier.

Cet homme est architecte et Romain de naissance malgré son nom français. Au lien de soutenir l’arc de Titus, qui menaçait ruine, par des armatures de fer, ou par un arc-boutant en briques, tout à fait distinct du monument lui-même, ce malheureux l’a refait. Il a osé tailler des blocs de travertin d’après la forme des pierres antiques, et les substituer à celles-ci, qui ont été emportées je ne sais où. Il ne nous reste donc qu’une copie de l’arc de Titus.

Il est vrai que cette copie est placée au lieu même où était l’arc ancien, et les bas-reliefs qui ornent l’intérieur de la porte ont été conservés. Cette infamie a été commise sous le règne du bon Pie VII ; mais ce prince, déjà fort vieux, crut qu’il ne s’agissait que d’une restauration ordinaire, et le cardinal Consalvi ne put résister au parti rétrograde, qui protégeait, dit-on, M. Valadier.

Heureusement, le monument que nous pleurons était semblable en tout aux arcs de triomphe élevés en l’honneur de Trajan à Ancone et à Bénévent.

Les bas-reliefs de l’arc de Titus sont d’un travail excellent et qui ne rappelle point le fini de la miniature comme ceux de l’arc du Carrousel. L’un de ces bas-reliefs représente Titus dans son char triomphal, attelé de quatre chevaux ; il est au milieu de ses licteurs, suivi de son armée, et protégé par le génie du sénat. Derrière l’empereur on aperçoit une victoire qui de la main droite pose une couronne sur sa tête, et de la gauche tient un rameau de palmier allusif à la Judée. Le bas-relief qui est placé vis-à-vis est plus caractéristique : on y voit les dépouilles du temple de Jérusalem portées en triomphe : le candélabre d’or à sept branches, » la caisse qui contenait les livres sacrés, la table d’or, etc. Les petites figures de la frise complétaient l’explication du monument. On distingue encore la statue couchée du Jourdain, fleuve de la Judée, portée par deux hommes.

Stendhal, Promenades dans Rome.


Arc de Titus (détail), Rome

«Parlons donc du sort des Juifs sous le gouvernement pontifical ! Certes la colonie juive de Rome est aussi romaine qu’aucune autre partie de la population. S’il y a encore des Juifs à Rome, c’est que le pouvoir temporel les y a trouvés et n’a pu supprimer, comme il a fait des dissidens survenus plus tard, cette communauté autochtone. Son immigration date du siège de Jérusalem, et la tradition fait remonter au temps de Titus la synagogue actuelle. Voici comment la tolérance pontificale est exercée à l’égard des Juifs romains. Il y a encore un ghetto à Rome lorsqu’il n’y en a plus dans le reste de l’Europe. Or un ghetto, ce n’est pas seulement un quartier particulier et marqué, c’est à une certaine heure de la nuit une prison où toute une population est séquestrée. Les Juifs ne peuvent demeurer hors du ghetto. Un très petit nombre d’entre eux ont eu la permission d’avoir des magasins hors de cette enceinte et seulement dans quelques rues voisines. Ils ne peuvent quitter Rome sans l’autorisation de l’inquisition, et s’ils ont obtenu d’aller dans une autre ville romaine, ils doivent, dès leur arrivée, se présenter à l’inquisiteur de la localité. Ils n’ont droit d’exercer qu’un nombre très restreint de métiers; ils n’exerceront la médecine que dans l’intérieur du ghetto ; l’accès aux professions libérales leur est interdit. Le droit de tester est pour eux soumis à un grand nombre de restrictions ; leur témoignage n’est admis dans les causes civiles que sous une foule de réserves. On sait à quelles avanies est soumise leur foi religieuse et le droit que l’autorité ecclésiastique s’arroge de leur enlever leurs enfans pour les baptiser : ils sont tenus de payer l’entretien des catéchumènes que l’on recrute parmi eux. Au moment où l’un de ces catéchumènes reçoit le baptême, son père est forcé de déposer son bilan et de remettre la part d’héritage du nouveau catholique, comme si la conversion ou l’apostasie de son enfant le frappait d’une mort anticipée. Le Juif romain qui n’est point moralement enchaîné au ghetto par les liens de famille, par l’âge, par l’amour du sol natal, le jeune homme qui aspire aux professions libérales et à la dignité d’une existence émancipée, ne peuvent échapper à cette destinée qu’en s’évadant par les montagnes comme des malfaiteurs ou des contrebandiers. Ainsi il n’y a parmi les Romains qu’un culte différent de la religion catholique, le culte israélite, et voilà le traitement que les Juifs reçoivent ! » Ils ne sont pas seulement outragés dans leur foi, blessés cruellement dans ce que le sentiment religieux a de plus cher et de plus sacré; ils sont chargés des plus pénibles et des plus humiliantes entraves dans tous les actes de la société civile.

E. Forcade, « Chronique de la quinzaine », Revue des Deux Mondes, 31 janvier 1865.

Eugène Forcade, né à Marseille, était un journaliste précoce : il avait fondé le journal Le Sémaphore à l’âge de 17 ans, et en avait été l’éditeur de 1837 à 1840, tout en étant commis dans une banque. Sa réputation le précédant, il est invité à joindre la prestigieuse Revue des Deux Mondes, à laquelle il contribue ses chroniques bimensuelles très remarquées pour leur couverture, leur style concis et brillant, modéré mais parfois d’un sarcasme féroce à l’encontre du système impérial. Il décède le 6 novembre 1869 à l’âge de 49 ans. (Source)

21 janvier 2009

Symboles pour le peuple

Classé dans : Architecture, Histoire, Langue, Lieux, Photographie — Miklos @ 2:09


L’obélisque de la Piazza del Popolo à Rome

«L’obélisque de la place du Peuple est de granit rouge couvert d’hiéroglyphes ; il a soixante-quatorze pieds de haut. La mode, toute-puissante dans les sciences comme ailleurs, fait qu’en 1829 on croit fermement à Rome aux découvertes hiéroglyphiques de MM. Young et Champollion. Le pape Léon XII les protégeait ; car enfin un prince, au dix-neuvième siècle,» doit bien protéger quelque chose de relatif aux arts ou aux sciences. Croyons donc, jusqu’à de nouvelles découvertes, que cet obélisque fut érigé à Héliopolis par le roi Ramessès pour servir de décoration au temple du Soleil.

Stendhal, Promenades dans Rome. Paris, 1858.

«On a pensé depuis l’antiquité que les inscriptions des obélisques renfermaient de grands mystères. Si l’on en croyait Pline, les deux obélisques qu’Auguste avait fait transporter à Rome auraient contenu l’explication des phénomènes naturels selon la philosophie égyptienne. Ces obélisques existent encore, l’un est sur la place du Peuple, l’autre sur la place de Monte-Citorio, et on peut affirmer qu’ils ne présentent aucun enseignement philosophique ou scientifique. Les obélisques n’ont offert jusqu’ici rien de pareil ; tous sont couverts de formules assez vagues exprimant la majesté, la puissance du Pharaon qui les a élevés, mentionnant les édifices qu’il a fait construire, les ennemis qu’il a vaincus.» La traduction des hiéroglyphes qu’on lit encore aujourd’hui sur l’obélisque de la place du Peuple, et qu’Ammien-Marcellin a donnée d’après Hermapion, offre une idée assez juste de ce genre de dédicace. »

Ampère, « Voyage et recherches en Egypte et en Nubie », Revue des Deux mondes, 1846.

19 janvier 2009

Prêt-à-porter : culture pour tous

Classé dans : Histoire, Langue, Lieux, Médias — Miklos @ 22:28

La rubrique Culture du fil des nouvelles de l’AFP sur Le Monde met en exergue – c’est le moins qu’on puisse dire – la nouvelle stratégie d’une marque de prêt-à-porter. Ses brèves développent : « Cacharel, célèbre dans les années 70 pour son imprimé Liberty, veut “revenir à un produit conforme à son identité” et “repartir à la conquête du marché français”, a déclaré lundi à l’AFP le directeur général délégué de la marque de prêt-à-porter, Marc Rama­nantsoa. “L’idée est de redonner un coup de fouet à la marque, de moder­niser son image”, a ajouté M. Rama­nantsoa. Il s’agit de “revenir à un produit très Cacharel”, avec “un côté très innocent, poétique, romantique”. »

On est en droit d’être interloqué de voir cette nouvelle, aussi importante soit-elle, classée ici : s’agit-il peut-être d’« industries culturelles » ? Suffit-il d’affirmer le côté « poétique et romantique » d’un produit pour en faire un objet culturel ? Et quand Cacharel assure avoir entrepris « une montée en gamme très forte », parlent-ils là de celles sur lesquels nous peinions, enfants, au piano ?

La confusion entre couture et culture n’est pas récente (et n’est pas sans évoquer celle qui rapproche costume et coutume). Ainsi, on pouvait lire la définition suivante au xixe siècle :

«Couture. s. f. division d’une commune rurale, désignation de situation d’un champ.» Le nom de chaque — est le plus souvent dû au genre de végétaux qui y croissait, avant qu’elle fut tout entière livrée à la culture : couture d’aulnoi, du quesnoi, du jonquoi, du genestroi, du frasnoi. Le mot provient sans doute d’une corruption de culture. v. fr, costure.

J. Sigart, Dictionnaire du wallon de Mons, Bruxelles et Leipzig, 1866.

Admettons : il s’agit ici de la culture des végétaux et non pas de celle des esprits, mais l’on voit bien la périlleuse proximité de ces deux termes. D’ailleurs, bien plus près de nous géographiquement – à Paris – et bien plus loin dans le temps – au xiiie, on trouvait déjà l’usage de l’un pour l’autre :

«Couture. — On prétend qu’au commencement du xiii° siècle, quatre professeurs de l’Université, dégoûtés du monde et saisis d’un vif désir de se sanctifier dans la solitude, choisirent pour retraite une vallée déserte de la Champagne, où, du consentement de l’évêque de Langres, ils fondèrent un oratoire et se bâtirent des cellules. Le bruit de leurs vertus attira autour d’eux une grande quantité d’écoliers, et leur réunion donna naissance à l’ordre du Val des Écoliers, qui fut approuvé par le pape Honorius III, en 1219. Cet ordre fit des progrès rapides. En 1229, un bourgeois de Paris, à l’instigation de Jean de Milly, trésorier du Temple, fit don aux chanoines du Val des Écoliers de trois arpens de terre cultivée qu’il possédoit près de la porte Saint-Antoine. Sur ces entrefaites, les sergens d’armes de Saint-Louis voulurent, dit-on, accomplir un vœu qu’avoient fait les sergens d’armes de Philippe-Auguste pendant la bataille de Bouvines, de bâtir une église s’ils triomphoient de leurs ennemis. Ils construisirent donc l’église destinée aux chanoines du Val des Écoliers, dont Saint-Louis posa la première pierre. Elle fut dédiée sous le nom de sainte Catherine que l’ordre avoit prise pour patronne, et le prieuré prit le nom de Sainte-Catherine de la Couture (culture), ou de Sainte-Catherine du Val des Écoliers. En 1767, les chanoines de la Couture furent transférés dans la maison des Jésuites, dont l’église est aujourd’hui une paroisse » sous le titre de Saint-Paul-Saint-Louis, et l’on destina l’emplacement du prieuré Sainte-Catherine à l’établissement d’un marché qui fut créé quelques années après, et qui se tient encore au même endroit.

H. Géraud, Paris sous Philippe-le-Bel. Paris, 1837.

Le marché a disparu, mais la petite place tranquille qui en perpétue la mémoire vaut le détour et mérite qu’on s’y attarde.

The Blog of Miklos • Le blog de Miklos