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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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18 mai 2014

Aux coureurs de tout poil, qu’ils soient amoureux de la petite reine ou des jeunes filles en fleurs

Classé dans : Histoire, Musique, Photographie, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 18:47


À gauche, À bicyclette, de Laquer et Lorin (1947).
À droite, une « carriole irlandaise moderne » (1869). Autres photos ici.
Cliquer pour agrandir.

Il ne faut pas être amoureux de la petite reine pour avoir entendu Yves Montand interpréter La bicyclette (« Quand on partait de bon matin / Quand on partait sur les chemins… ») de Pierre Barouh (paroles) et de Francis Lai (musique), sortie en 1968. On aime ou non (moi, non : trop sirupeuse). Mais connaît-on À bicyclette (1947), « fox-marche bicyclo-bourvillien » de René Laquier (paroles) et Étienne Lorin (musique) que Bourvil interprète ici avec un côté si faussement naïf et, soit dit en passant, une excellente prononciation ? Si je connais – et j’adore – Bourvil, je n’avais jamais entendu parler ni de Laquier ni de Lorin (Wikipedia non plus, ce qui ne me console pas). La voici :

Il faut sans doute être plus qu’amoureux de la bicyclette pour en connaître les curieux modèles qui ont suivi son invention (on peut voir ici des illustrations d’époque), y compris un « vélocipède à vapeur » (terme quelque peu contradictoire, vélocipède désignant un appareil fonctionnant par le seul secours des pieds).

Ce précurseur de la mobylette a été inventé par un Français, Louis-Guillaume Perreaux, à qui l’on doit d’autres inventions originales : bateau sous-marin à air comprimé portant une roue à hélice (1840), machine à diviser la ligne droite et la ligne circulaire qui peut également être employée à tailler des roues dentées (1846), une machine propre à essayer les tissus de toutes sortes, dite machine dynamométrique (1851), le pulsographe ou kinésigraphe pour mesurer la force du pouls (1868), etc.

Ce nouveau mode de locomotion lui fit obtenir six récompenses à l’Exposition de 1867 (source). Comme il se doit, la Wikipedia en anglais attribue plutôt l’invention à l’Américain Sylvester H. Roper, qui l’aurait développé « sometime from 1867-1869 », tout en mentionnant les travaux de Perreaux à la même époque. Or si Perreaux avait déjà exposé son modèle en 1867, on se dit qu’il devait y avoir travaillé plus tôt et donc devrait bénéficier de l’antériorité.

Quant à l’ancêtre de la bicyclette, ce n’est pas le monocycle comme on pourrait le croire – lui-même sans doute dérivé du grand-bi (bicyclette avec immense roue avant et minuscule roue arrière) – mais la draisienne (aucun rapport avec la vespasienne, qui n’est d’ailleurs pas l’ancêtre de la Vespa), inventée par le baron allemand Karl von Drais au début du 19e siècle.

14 mai 2014

Life in Hell : les mystérieuses voies du métro en particulier et de la RATP en général

Classé dans : Actualité, Progrès, Société — Miklos @ 12:47


La révolte. (source)

Akbar apprécie l’existence des transports publics parisiens, mais pas ses ratées (paix !) voire ses lenteurs, surtout lorsqu’elles sont dues à celle de son administration.

Voici l’échange qu’il a depuis plus d’un an avec cette dernière.

Akbar à RATP, le 22/2/2013 :

Je prends souvent la ligne 3 vers Levallois, à partir de la station Arts-et-Métiers.

À plusieurs reprises, j’ai remarqué que sur ce quai il n’y avait aucun plan du métro/RER à Paris, tandis qu’il y a un plan des Bus à Paris, et deux plans RER en région parisienne.

Ce manque – tandis qu’il y a de la place pour en mettre – est non seulement surprenant, mais gênant, lorsqu’on veut vérifier le parcours à faire dans Paris avant de monter en rame, ou en changement.

J’espère que vous pourrez y remédier rapidement.

RATP à Akbar, le 27/2/2013 :

Votre courriel a retenu toute mon attention.

Je vous prie tout d’abord de bien vouloir accepter mes excuses pour le délai apporté à vous répondre.

Je transmet votre demande au responsable transport de la ligne concernée.

Je vous remercie de votre confiance.

RATP à Akbar, le 13/5/2013 :

Votre courriel a retenu toute mon attention.

Je vous prie tout d’abord de bien vouloir accepter mes excuses pour le délai apporté à vous répondre.

Je vous remercie pour votre signalement et l’intérêt que vous portez à notre entreprise, je transmet votre remontée d’information auprès du responsable transport de la ligne.

Akbar à RATP, le 4/7/2013 

1. Je vous ai écrit il y a bientôt cinq mois, le 22/2, pour signaler ce que je pense être un problème.

2. Le 27/2, Madame X. m’a écrit : « Je vous prie tout d’abord de bien vouloir accepter mes excuses pour le délai apporté à vous répondre. Je transmet votre demande au responsable transport de la ligne concernée. » Puis plus rien.

3. Le 13/5, Madame Y. m’a écrit quasiment la même formule avec la même faute d’orthographe : « Je vous prie tout d’abord de bien vouloir accepter mes excuses pour le délai apporté à vous répondre. Je vous remercie pour votre signalement et l’intérêt que vous portez à notre entreprise, je transmet votre remontée d’information auprès du responsable transport de la ligne. » Puis plus rien.

Je ne vous fais pas dire que cela frise le ridicule. Je vous serai reconnaissant de me répondre sur le fond dans les jours qui suivent, sinon je donnerai toute publicité à ce comportement que je trouve en sus finalement assez méprisant à l’égard d’une clientèle captive.

RATP à Akbar, 1/8/2013 :

Je reviens vers vous et vous prie de bien vouloir accepter toutes nos excuses pour les désagréments subis ainsi que pour cette réponse tardive.

Je comprends votre mécontentement et vous informe que j’ai transmis votre réclamation à mesdames X. et Y. afin que cette erreur d’orthographe ne se reproduise plus.

Quant à votre sollicitation de plan du métro/RER sur le quai de la station Arts-et-Métiers, une demande a été faite à nos services techniques. Nous sommes en attente de ce plan et dès livraison, le nécessaire sera fait. Ce délai long d’affichage s’explique par le déploiement des nouvelles lignes de tramway. En effet, le tracé de ces lignes doit figurer sur le plan du réseau ferré (métro/RER).

Je vous remercie pour votre témoignage, vous renouvelle mes excuses et vous prie de croire, Monsieur, à l’assurance de toute ma considération.

Akbar à RATP, le 10/5/2014 :

Cela fait bien plus d’un an que j’ai signalé le manque de plan de métro sur le quai de la ligne 3, station Arts-et-Métiers, direction Levallois, tandis qu’il y a deux plans de bus identiques sur ce même quai. Pendant plus de 6 mois vous m’avez répondu au compte goutte, et la dernière réponse, datant du 1/8/2013, il y a donc 7 mois, et rien n’a été fait.

Il est inconcevable que vous n’ayez pas installé un plan, même temporaire, en attendant vos nouveaux plans : la gène aux usagers est bien réelle. Je ne manquerai donc pas de donner toute publicité à ce que je considère comme un mépris de votre clientèle.

RATP à Akbar, le 14/5/2014 :

J’ai lu votre courriel ci-dessous avec attention. 

Je comprends votre sentiment et souhaite vous apporter ces précisions.

Dès que j’ai eu une connaissance de votre réclamation, j’en ai porté les termes à la connaissance du responsable d’exploitation de la ligne 11. Je vous informe que votre demande a été prise en compte et un des plans bus sera remplacé.

Soyez assuré que l’entreprise prête beaucoup d’attention aux observations de sa clientèle qui contribuent à l’amélioration de la qualité de service. Votre témoignage montre en tout cas que la RATP doit poursuivre les efforts engagés.

Akbar à RATP, le même jour

Merci, mais comme précisé dans mon courrier, il s’agit de la ligne 3 et pas de la ligne 11.

RATP à Akbar, le même jour

Je vous confirme qu’il s’agit bien du quai de la ligne 3. Toutefois, c’est la ligne 11 qui gère la station Art et Métiers. Il appartient au responsable d’exploitation de la ligne 11 de prendre les mesures nécessaires pour y remédier.

Un remède qui se fait attendre depuis si longtemps, ronchonne Akbar in peto, ça laisse le temps au patient de crever d’impatience.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

18 décembre 2013

De l’origine de la trêve des confiseurs, ou, Quand les chiffres mentent

Classé dans : Livre, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 15:34


Ouvrage édité en 1866-1877 mentionnant une date bien postérieure.

C’est en recherchant dans Gallica les premières occurrences en français de l’expression « trêve des confiseurs » qui dénote la période dans laquelle nous entrons que j’ai été dirigé vers un volume du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Larousse, que la notice documentaire l’accompagnant décrit comme édité entre 1866 et 1877, période précédant toutes les autres occurrences que j’avais trouvées jusque là.

Or comme on peut le voir ci-dessus, l’article qui précède la définition que donne ce dictionnaire de l’expression en question mentionne 1886, date bien postérieure à celle de l’édition de l’ouvrage. Faute d’imputer ce phénomène à des capacités de précognition de Larousse (d’ailleurs décédé en 1875), on doit se résoudre à supposer une erreur de cata­logage.

J’ai donc recherché d’autres dates, ultérieures à 1866, dans le texte, à l’aide du module de recherche. Celui-ci en indiquait généreusement un certain nombre situées dans la dernière décennie du XIXe siècle, mais oh ! surprise, en comparant l’original au texte identifié par la reconnaissance optique de caractères, il s’avère qu’il y a discordance, comme on peut le voir ici :


Discordance entre une date dans l’original
et sa correspondance dans la reconnaissance de texte.
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Il ne s’agit plus ici d’une erreur humaine – du moins à ce niveau de transcription, effectuée automatiquement. C’est sans doute le logiciel de reconnaissance de caractères qui est défectueux – la qualité de l’image ne permet a priori aucune ambiguïté dans le processus, les deux « 8 » voisins semblant identiques et pourtant identifiés diffé­remment, défaut qui n’est pas sans rappeler celui qu’on a rapporté il y a peu dans un logiciel similaire équipant les scanners de Xerox. La BnF y aurait-elle fait appel ?

Les implications d’un tel problème dépendent évidemment de son étendue dans ce fonds important (et dans d’autres, éventuellement), que ce soit dans le cas d’une recherche manuelle comme celles que j’ai effectuées et qui nécessitent de vérifier les résultats affichés par la recherche dans l’image scannée voire dans l’original papier (au cas où ce serait le scan qui serait erroné, comme dans le cas Xerox), ou dans celui d’une recherche automatique dans un large corpus de texte à des fins d’études statistiques, par exemple.

Le fin mot de l’histoire ? À distance, difficile de dire, le volume en question n’étant pas daté (ou du moins, sur les pages présentes dans le document numérique, qui ne comprend pas les premières et dernières de couverture). Mais il suffit de lire la postface des éditeurs présente sur la toute dernière page du document numérique, dont la signature indique « Janvier 1890 », et suivie d’une note rédigée posté­rieu­rement, mentionnant la date du 15 décembre 1890.


Postface du volume en question.
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7 décembre 2013

Cette droite schizophrène…

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Progrès — Miklos @ 14:54


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Voici ce qu’annonçait ce matin Le Point via Google. Elle n’en finit pas de le faire, le point, cette droite.

C’est tout de même curieux de qualifier ce retour du jedi de la droite de « nouveauté politique », mais n’est-ce pas la nature du conser­vatisme que de valoriser l’éternel retour vers le passé et la nostalgie de temps révolus, qui, avec leur éloi­gnement croissant, parais­sent bien plus roses positifs qu’ils ne l’étaient réellement ?

On ne peut que lui recommander, à l’instar de Mac-Mahon, « Eh bien, continuez ! »

29 novembre 2013

« Redonner un visage à l’homme. Repenser la centralité anthropomorphe. »

Classé dans : Histoire, Judaïsme, Langue, Littérature, Livre, Progrès, Shoah, Société, Éducation — Miklos @ 23:24

Lors du colloque « Permanence du yiddish » qui s’était tenu à l’Unesco il y a un an, l’allocution d’ouverture de Rachel Ertel, grande dame de la langue et de la culture yiddish s’il en est, a placé le propos spécifique de la confé­rence dans celui, bien plus général, de la place de l’homme – et donc de la langue, de l’histoire, de la culture, de l’iden­tité, de la transmission – dans, ou face à, la moder­nité. On trouvera ci-dessous le début de son inter­vention qui donnera, on l’espère, l’envie d’écouter (ici, où l’on peut aller directement à son intervention par le menu de droite) ou de lire () l’intégralité de sa communication.

Rachel Ertel est pessimiste : le yiddish est une « langue assassinée », elle ne redeviendra plus une langue populaire. Mais, dit-elle, « elle peut conserver et transmettre son infinie richesse en son propre idiome ou, comme dans la métaphore de Peretz par “la métamorphose de sa mélodie”, en d’autres langues », ce que sa propre activité de traductrice (vers le français) n’a eu de cesse de démontrer. Mais la tâche du traducteur est aussi celle de « témoin du témoin absent ».

Rachel Ertel a aussi œuvré à enseigner et faire enseigner le yiddish – j’en sais quelque chose personnellement – et pas uniquement à l’intention de ceux dont les parents maintenant disparus et leurs propres parents souvent assassinés parlaient cette langue, mais de jeunes générations parfois étrangères à cette filiation mais qui n’en montrent pas moins d’intérêt à l’étudier, à se l’approprier.

Et donc, en dépit de son pessimisme affiché, elle conclut ainsi : « En faisant jouer ensemble toutes ces strates on peut espérer qu’une sédimentation fertile verra le jour, dont il est impossible de prévoir les avatars et les configurations, mais qui peut, peut-être, redonner une fluidité, une capacité de métamorphose, bref une vitalité au yiddish qui lui donnera une forme de permanence. »

Nota bene : le terme yiddish de « Khurbn » qui revient à plusieurs reprises dans la seconde partie de son allocution provient de l’hébreu où il signifie « destruction », voire « destruction totale, catastrophique ». En hébreu, il est surtout appliqué aux deux destructions du Temple de Jérusalem. En yiddish, il dénote l’extermination des Juifs durant la Seconde guerre mondiale (en français, on tend à utiliser de nos jours dans ce contexte le mot hébreu de « Shoah », qui signifie « catastrophe »).

«La notion de permanence et sa définition, celle du dictionnaire, est la suivante : « Caractère de ce qui est durable, de ce qui dure, demeure, sans discontinuer, ni changer ». J’insiste sur le terme de « changer ».

La question qui se pose alors est d’ordre tout à fait général : est-ce le cas des langues, est-ce le cas des cultures ? Les langues et les cultures qui durent, qui demeurent sans discontinuer ni changer deviennent vite des langues et des cultures mortes. Il faut donc, pour être permanent, ne cesser de changer, de se transformer, et de se muer constamment. La réalité de la permanence est un flux constant, la seule permanence est la fluidité, la transformation, la métamorphose, l’ubiquitaire, le polysémique, la mutation, le polymorphe.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, et pour certains même pendant une partie du XXe, nous vivions dans l’illusion du progrès illimité de l’humanité. La technique avance plus vite que jamais, mais le progrès n’est plus crédible. L’humanité toute entière a perdu la face, et l’histoire continue à nous montrer que, loin de la retrouver, elle ne fait que la bafouer et l’abolir de jour en jour.

Nous vivions dans des dimensions à échelle humaine – des familles, des régions, à la rigueur des États-nations –, nous vivons maintenant à l’échelle planétaire, autant dire nulle part.

Nous vivions dans l’illusion d’un axe du temps unilatéral qui nous menait vers des lendemains qui chantent. Pour certains, la rédemption était accomplie ; mais les faits l’ont démenti. D’autres attendent encore une rédemption qui semble de plus en plus hypothétique si nous nous en tenons aux faits historiques aux guerres, aux massacres, de plus en plu industriels, de plus en plus scientifiques. La science que l’on croyait la panacée universelle a dévoilé sa face d’ombre.

Nous avons perdu notre innocence. Pour ma génération l’univers entier est à repenser. Les mots ont perdu ou changé de sens. Nous vivons dans « le désenchantement du monde. » Et tout est à repenser. À commencer : redonner un visage à l’homme. À repenser la centralité anthropomorphe. À retrouver le sens des mots, les dimensions dans lesquelles l’être humain évolue, les espaces de vie.

Pour pouvoir vivre, le repenser non pas en termes de mondialisation, de globalisation, mais d’une proximité qu’aucun internet, le plus sophistiqué ne peut supplanter. Repenser le temps. Le temps, non plus comme un axe unilatéral, ni comme un cycle toujours recommencé. Le temps avance et recule par bonds, il oscille, il va et vient, il tangue, il bafouille, il bégaie.

Il faut peut-être repenser notre monde non plus par sa centralité, mais comme disait Richard Marienstras, par les marges.

Repenser de fond en comble la notion, nous dire que la permanence est mortifère, que la véritable dimension de la permanence c’est le mouvement, c’est le changement, c’est la transformation.

»Alors nous pourrons repenser la permanence dans ses multiples dimensions : linguistique, historique, culturelle, iden­titaire, transmissible, c’est-à-dire dans la vie avec tous ses aléas.

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