Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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8 mai 2013

Life in Hell : l’argent ne fait pas le bonheur (en fait, ça dépend chez qui il est déposé)

Classé dans : Actualité, Société, Économie — Miklos @ 1:55


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« La banque est un piège à comptes. » — Jacques Pater, Le Petit Pater illustré.

« Les journaux regorgent d’histoires de braves gens pris en otages à la banque par des gangsters, mais ils restent muets sur les cas, pourtant plus fréquents, de clients pris en otages pas leur banquier. » — Roland Topor, Jachère-party.

Enak vient d’arriver en France. Afin d’éviter de payer des frais démesurés à chaque fois qu’il tire des espèces ou effectue un achat avec sa carte de crédit étrangère, il décide d’ouvrir un compte dans son nouveau pays d’adoption (on ne mentionnera pas les parents adoptifs pour ne pas fâcher les opposants au mariage pour tous).

Akbar lui recommande sa banque. Il appelle sur le champ son agence pour leur demander où et comment faire. Aucun de ses correspondants habituels ne décroche. Il est vrai qu’ils sont graduellement remplacés par des automates, se dit Akbar in peto, mais comme aucun robot – vous savez, de ceux qui vous disent « tapez 1 si vous voulez ceci, 2 si vous voulez cela, étoile si vous n’avez rien compris et dièse pour recommencer » et qui vous fait ensuite écouter une musique lénifiante à 0,34 € la minute pendant un petit quart d’heure pour finalement raccrocher – ne se déclanche, il persévère. Finalement, son appel bascule vers une dame qui l’informe qu’Enak peut ouvrir son compte dans n’importe quelle agence tout en bénéficiant de conditions avantageuses du fait du parrainage d’Akbar.

Les deux compères se précipitent joyeusement vers l’agence la plus proche du domicile d’Enak et de son lieu de travail. Akbar la connaît, cette agence : elle est tout aussi proche de chez lui. Quand il lui arrive d’y aller, il préfère s’adresser au distributeur de billets qu’au guichet dont la préposée est bien plus froide que la machine. Mais aujourd’hui ils ne peuvent l’éviter, Akbar constatant qu’il est impossible d’ouvrir un compte par l’entremise dudit gentil distributeur. Il y entre en soupirant in peto.

L’accueil de prime abord n’est pas particulièrement aimable, les deux compères ont la nette impression de déranger l’employée en question. Akbar lui présente leur demande. Il s’entend rétorquer d’un air revendicatif qu’Enak ne peut y ouvrir un compte en bénéficiant de son parrainage. Im-pos-sible, martelle-t-elle, cela doit se faire dans votre agence, rajoute-t-elle italiquement, en précisant que ce que l’agence d’Akbar lui avait dit était « du n’importe quoi ». Elle leur propose de leur fixer un rendez-vous avec quelqu’un dans cette agence-là « dans plusieurs jours ». Ni une ni deux, ils préfèrent prendre plutôt la porte immédiatement que ce rendez-vous dans un futur incertain.

Akbar rappelle son agence. Cette fois-ci, aucune réponse : au bout d’un certain nombre de sonneries, la communication coupe sans basculer vers un humain ou un robot. La Terre se dépeuple vraiment, constate Akbar tristement.

Enak propose alors de se rendre dans une autre banque située à proximité et dont il avait relevé l’adresse. Accueillis par des sourires, ils se voient fixer un rendez-vous d’ouverture de compte dans la même journée. Ils y reviennent, et tout s’y règle en un clin d’œil.

Akbar en est maintenant à se demander s’il ne va pas changer de banque : la sienne non seulement lui prend son argent, mais le fait sans sourire ni remerciement, se dit-il prosaïquement.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

1 mars 2013

Eh, Facebook, « Cible ratée : attention dérive imminente »

Classé dans : Actualité, Progrès, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 0:12

Cette interpellation (la partie entre guil­le­mets), fort joliment illustrée par l’image ci-contre, est le sous-titre d’un billet intitulé Gestion de projets en com­mu­ni­cation qui pose une question fort pertinente : « Mais a-t-on pensé à tous les éléments ? Qu’en est-il du public cible ? »

Avant que de montrer pourquoi Facebook devrait en prendre de la graine, on signalera à l’auteure de ce texte qu’il y a justement un élément auquel elle n’a pas pensé : l’orthographe de son texte… Voilà où le bât blesse : elle écrit « Voilà souvent où le bas blesse » (et on serait étonné d’apprendre que son bas en nylon, même filé, la blesse).

Venons-en à Facebook. Les deux copies d’écran ci-dessous montrent, à gauche, trois publicités juxtaposées vantant d’un côté de gros et juteux sandwiches à la viande de… bon, impossible de le déterminer au pif et de l’autre comment perdre du poids, et, à droite, trois publicités elles aussi juxtaposées apparaissant quotidiennement sur la page d’un abonné gay de moins de 40 ans. L’un comme l’autre de ces abonnés rapportent qu’il ne leur sert à rien d’indiquer leur manque d’intérêt pour ces publicités, elles reviennent à l’identique à haute fréquence, genre, lavage de cerveau. Quant à la cible, peu importe : dans la masse, il y aura toujours suffisamment qui mordront à l’hameçon.

12 janvier 2013

On nous cache quelque chose tout !

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Médias, Santé, Société, Économie — Miklos @ 12:40


La face cachet du cinéma (
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La face cashée des banques (
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La face cachet de l’industrie pharmaceutique (
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La face cachée de la Lune
(Georges Méliès, Le Voyage dans la Lune, 1902)
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2 janvier 2013

Le mystère de la résurrection du Crédit lyonnais

Classé dans : Littérature, Économie — Miklos @ 1:43

L’édition critique par Pierre Servet du Mystère de la résurrection. Angers (1456) chez Droz (1993) comporte un passage qui ne manque pas de piquant, ayant été écrit plus de 500 ans avant le début de l’affaire Crédit Lyonnais – Addidas – Bernard Tapie, affaire qui, elle, commence l’année de la publication de cette édition critique…

Saudret

Dea ! Nous sommes bons compaignons
Pourtant que sommes mal vestus.
Nous avons laissé mil escuz,
Par Dieu qui me fist, a la banque
De Lion.

Le Varlet de l’Ouste

         Ha, c’est tout quanque
Je disoie presentement,
Car vous estes certainement
Gros marchans et gros usuriers.
Vous en avez bien des deniers
Et des escuz et des ducatz !
Ha, vous ne les emporterés pas
Quant vous partirés de ce monde.

Tapie, lui, semble l’avoir emporté, du moins pour le moment. Quant aux banquiers, on ne peut que renvoyer nos lecteurs à un autre billet historique.

8 décembre 2012

Individualisme de masse

Classé dans : Peinture, dessin, Publicité, Société, Économie — Miklos @ 22:20


Individualisme de masse.
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Why do you have to be a non-conformist like everybody else? — James Thurber.

Il y a là, constamment en germe, un indi­vi­dua­lisme de masse, retenez bien le mot : un indi­vi­dualisme de masse dont nous n’avons pas fini de sentir les effets. — Pierre Gascar, Les Bêtes, suivi de Le Temps des Morts. NRF Gallimard, 1953.

Les marques – de vêtements, de voitures, d’ordinateurs et de gadgets électroniques, de vins, de cigares, d’hôtels… bref, de produits commerciaux –, sont la quintessence même du conformisme : « je porte (possède, utilise, mange) du …, donc je fais partie de ceux qui sont dans le vent puisqu’ils en portent (possèdent, utilisent, mangent) aussi ».

Quelle que soit l’originalité de l’objet, il est souvent produit lui-même à des milliers, voire des millions d’exemplaires identiques ; on ne peut donc qu’être amusé de voir qu’une marque de sièges design propose un modèlePrototype d’un objet destiné à la fabrication industrielle en série [...]. TLFi qui s’appelle Chaise Non Conformist.

Plus il y aura d’acheteurs et de fans, plus la rentabilité pour la marque sera au rendez-vous. La publicité n’hésite pas à faire appel à des people (on n’ose imaginer à quels coûts) pour en vanter les mérites, et monsieur Tout-le-monde (et madame aussi), rêvant de célébrité, se précipitera sur l’objet en question, comme si sa possession lui conférait un peu de cette aura. Le logo étant souvent visible, l’acheteur se transformera du même coup en paneau publicitaire ambulant, tout gratos pour la marque.

Une autre stratégie de valorisation d’une marque consiste à utiliser la rareté, celle de l’exemplaire réellement unique ou numéroté, qui n’est à la portée que de quelques heureux élus, ce qui se saura et contribuera à la notoriété de la marque, et, par là, au succès commercial de ses produits grand public. Cette double démarche se retrouve par exemple celle de la haute couture et de ses prêts-à-porter.

Entre les deux – l’unique et le clonage en masse – se placent les « options de personnalisation » destinées à donner au client le sentiment qu’il peut se choisir, voire concevoir lui-même, le produit réellement unique, à partir d’un nombre fini de combinaisons qui se répéteront donc et qui n’auront garde de masquer la filiation commune à la marque.

Comme quoi, le non-conformisme n’est finalement que très relatif : il distingue ceux qui n’ont pas l’objet – seraient-ce les vrais non-conformistes ? – de ceux qui le possèdent et qui, d’une certaine façon, se ressemblent tous. Il en va de même, plus généralement, en ce qui concerne les comportements socialement normés : des minorités qualifiées à certains égards de non-conformistes exhibent, en interne, des conformismes parfois très poussés.

Il en ressort que, pour prétendre au titre de non-conformiste absolu, il faut être un anti-modèle parfait, incopiable et inimitable, nonpareil. Invisible, donc.

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