Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 février 2013

La ferme !

Classé dans : Nature, Photographie, Sciences, techniques — Miklos @ 14:56


« Ouvrez la gueule aux larges dents. » (
Chant de guerre des barons de Monfort)
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31 janvier 2013

Pourquoi les juifs étaient tailleurs et quelques autres questions paradoxales

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 22:24

Ephraim Moses Lilien (1874-1925)&nbsp:: Le Travailleur juif. (source)
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On ne parlera pas ici du célèbre Prix Ig Nobel, qui couronne certaines recherches, mais plutôt de celles qui ont mené vers ce blog, on ne sait trop comment ni pourquoi, mais dont on admire l’originalité, et auxquelles on tentera de donner une réponse personnalisée.

« Pourquoi les juifs étaient tailleurs ». Ce n’est pas parce qu’on fait (correctement) la liaison qu’il faut doubler la lettre, la question est donc : « Pourquoi les juifs étaient ailleurs ? ». Réponse : parce qu’on les chassait toujours d’ici.

« Arielle Dombasle chirurgie esthétique avant après ». On sera bref : O I.

« Photos du ballet de la mort du signe ». En cette ère de surcharge symbolique et du web sémantique, on aimerait bien y voir un bon p’tit coup de balai !

« Disparition fromage vache gros jean ». Cela ne vous rappelle-t-il pas le « Adieu veau, vache, cochon, couvée… » ? Et ce gros Jean est-il donc le veau ou le cochon ?

« Nostradamus végétarien ». L’était-il ? On en doute, mais question gastronomie (il y a une gastronomie végétarienne), on signalera son Traité des confitures, moins célèbre mais plus compréhensible que ses Centuries, et fort utile : sirop laxatif composé de roses rouges, confiture de courge qui réduit la chaleur du foie ou celle à base d’écorces de buglosse qui permet de rajeunir. Miam !

« Poids d’un livre de physique ». Réponse : ça dépend, les traités de mécanique, qui parlent en général de machines en bois, en fonte et autres matériaux, sont en conséquence bien plus lourds que ceux qui traitent des gaz hydrogènes, par exemple. Comme quoi, en physique, tout est relatif.

« Les radios philathropiques ». Venant dans la foulée de la question concernant Arielle D., on se demande si vous n’avez pas fait une faute d’orthographe, bon, une coquille, et que vous vouliez écrire « philatropiques », mot qui désigne ceux qui aiment les diminutions de volume ? Nous, on ne connaît pas de stations de radios pour anorexiques, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.

« Mec qui pleure ». Quel gros chagrin… ? On vous conseille plutôt L’Homme qui rit, mais si vous y tenez

« Foule de personne en dessin ». Un dessin d’une foule où il n’y aurait personne, cela fait penser tout de suite à l’ex matheux que je suis aux ensembles vides : c’est un défi d’en dessiner un. Et pour ceux qui préfèrent la musique, on leur proposera d’écouter la Marche funèbre composée pour les funérailles d’un grand homme sourd.

« Les leçon de français ». On espère que celles que vous trouverez vous enseigneront l’usage du pluriel.

« Métrosexuel de nos jours ». En un mot (bon, en deux) : Has been ! Après le métrosexuel, il y a eu le rétrosexuel et l’übersexuel. Maintenant, c’est l’âge du mouvement de libération de ceux des hétérosexuels qui aimeraient bien mettre fin à l’amour libre et avoir le droit de se marier entre eux sans honte comme les homosexuels.

« Acteur célèbre en érection ». On vous signalera la célèbre statue de l’acteur grec au jardin du Luxembourg, qui a été longtemps en érection dans l’atelier d’Arthur Bourgeois (1838-1886).

Panne… de communication, ou, quand votre hébergeur utilise la langue de bois

Classé dans : Actualité, Sciences, techniques — Miklos @ 12:31


Panne chez 1and1 : ça ne marche pas, mais tout est en ordre.
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Depuis plus d’une heure, il est impossible de se connecter aux comptes hébergés chez 1and1 : on saisit l’identifiant, puis le mot de passe, et rien ne se passe : la roue tourne, tourne… jusqu’à ce que le navigateur déclare forfait.

On appelle le numéro de téléphone du support : celui-ci reconnaît qu’il y a un problème sur un serveur et qu’il sera résolu. Quand ? il ne sait pas.

On réessaie, et voici que s’affiche une page indiquant qu’une « maintenance » est en cours (ce qui est bien entendu un euphémisme), mais que les sites hébergés fonctionnent bien (ce qui est vrai) et que tous les mails « peuvent être consultés sur vos programmes de messagerie » (ce qui est faux de façon patente : « identification impossible »).

Cerise sur le gâteau : « Vous pouvez suivre l’évolution des opérations de maintenance à l’adresse http://status.1and1.fr. ». Or lorsqu’on s’y connecte pour suivre cette évolution, on lit que tout est en ordre, comme on peut le voir dans la copie d’écran ci-dessus.

Se foutent-ils de leurs clients (tout va bien, puisque ce n’est pas une panne mais une maintenance tout à fait imprévue) ou sont-ils quelque peu… désor­ga­nisés ? En tout cas, c’est plus qu’agaçant.

28 janvier 2013

« Numériser pour conserver » ? on ne rigole pas !

Classé dans : Littérature, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 2:37

Ce slogan technologiquement prometteur et sous-jacent à bien de grands projets des « industries culturelles » doit être pris avec des pincettes – ou, en l’occurrence, avec des gants – lorsqu’on en voit les résultats dans Google Books, par exemple.

On ne résiste à l’envie de montrer la version intégrale d’un de ces ouvrages que Google identifie comme Épitaphe de M. l’avocat Hellebaut d’Egide Norbert Cornelissen, publié en 1820 et tel qu’il a été numérisé en 2011 à partir des fonds de l’Université de Gand.

Il consiste, dans sa version ainsi conservée, d’une curieuse couverture, suivie de quatre pages numérotées de 201 à 204, puis de deux pages blanches, et enfin d’une tout aussi curieuse quatrième de couverture. L’épitaphe à la mémoire de cet homme du barreau commence au milieu de la page 202. Elle est précédée d’un poème et demi – un tronqué concernant une jeune et belle bergère et un vieillard, l’autre entière consacrée à une bergère joliment vêtue et faisant ses dévotions.

– Drôle de livre, dites-vous ? Trouve-t-on un autre exemplaire –même titre, même auteur – ailleurs chez Google ou sur l’internet, que l’on pourrait consulter in extenso, demandez-vous ?

– Non, répondrons-nous.

– Pourquoi ?

– A’ xiste pas.

– … ?

– Vous trouverez le fin mot de l’histoire ci-dessous.


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En fait, ce livre n’existe pas en tant que tel. Ces pages sont extraites des Annales belgiques (sic) des sciences, arts et littératures, tome sixième, publié à Gand en 1820, et qui regroupe plusieurs livraisons. Celle d’octobre 1820 – la quatrième de ce volume – commence à la page 197 par une section Poésie, qui comprend Le sacrifice de Caïn d’Aug. Clavareau, suivi d’une Élégie d’un certain L.B. et dont on ne voit que la dernière partie dans cette curieuse numérisation, puis la poésie concernant la bergère en prière, et enfin l’Épitaphe en question. S’il avait été l’intention d’un quelconque éditeur ou bibliothécaire d’en faire une sorte de tiré-à-part, pourquoi y avoir gardé la page 201 ?

Ce mystère, comme celui de la grande pyramide, restera sans doute à jamais sans réponse.

Pour ceux qui souhaiteraient savoir ce qui fait suite à cette Élégie dans les Annales, on précisera qu’on y trouve la section Sciences, qui débute par un article consacré à « un nouveau chronomètre propre à mesurer de très petites fractions de seconde, et de ses applications à l’artillerie. » Plus loin, le lecteur curieux pourra se plonger dans « l’influence de la mode sur les arts du dessin, dans les provinces méridionales du royaume », voire dans le problème mathématique suivant, où il leur sera demandé de démontrer cette curieuse propriété géométrique : « Soit ABC un triangle quelconque inscrit dans un cercle, si par chacun des sommets A, B, C on mène une tangente au cercle, prolongée jusqu’à la rencontre du côté opposé, en a, b et c, ces trois points seront en ligne droite. »

Nul doute que vous ne vous en sortiez brillamment.

21 janvier 2013

De l’androïde et de ses congénères, ou, du futur antérieur de l’Homme

On avait longtemps prédit que l’espèce qui règnera sur la Terre après la disparition de l’homme sera le cafard (on pourra lire ici d’autres hypothèses tout aussi réjouissantes). Que nenni, ne cafardez plus, ce sera le robot : on en voit naître en nombre croissant, et bientôt leur taux de reproduction dépassera celui de l’espèce humaine. Ils s’insinuent discrètement dans notre quotidien, remplacent systé­ma­ti­quement les esclaves de jadis et les assistants d’aujourd’hui, se rendent inéluctablement indispensables. De là à ce que nous devenions « leurs » serviteurs, il n’y a plus qu’un petit pas, comme aurait dit Mao, le grand bond en avant ayant pris place quelque part durant le Moyen Âge.

Le mot « robot » est né, lui, il y a bientôt un siècle : on le trouve dans le célèbre roman R.U.R. de Karel Capek, où il est dérivé du mot tchèque (et slave en général) désignant un travail (souvent pénible). Mais le concept même d’un « truc » humanoïde créé par l’homme à partir de la matière inerte – ce n’est pas (encore ?) un être vivant, ce n’est plus une machine purement automatique et prévisible – pour l’aider dans ses corvées est bien plus ancien : comme on l’a signalé ailleurs, le Golem de la mystique juive, dont la plus célèbre manifestation est celui créé par le Rabin Loeb dans la Prague moyenâgeuse, remonte aux premiers siècles.

L’Église a eu aussi son Golem, qu’on a appelé « androïde » dès le xviie siècle (peut-être même auparavant, on n’en a pas trouvé trace). Il s’agit d’une créature d’Albert le Grand (xiiie siècle), que son non moins illustre élève, Thomas d’Aquin, fracassera pour une raison surprenante, comme on peut le lire dans la réfutation qu’en donne Gabriel Naudé en 1653 dans son Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonnés de magie et où apparaît ce mot d’« androïde » :

Il ne reste donc maintenant qu’à réfuter l’erreur de ceux qui se sont persuadés que l’on pouvait forger des têtes d’airain sous certaines constellations, lesquelles rendaient par après des réponses, et servaient à ceux qui les possédaient de guide et de conduite en toutes leurs affaires, comme un certain Yepes dit que Henry de Villeine en avait fait une à Madrid qui fut brisée par le commandement de Jean II roi de Castille : ce que Barthelemy Sibille et l’auteur de L’Image du monde assurent pareillement de Virgile, Guillaume de Malmesbery de Sylvestre, Jean Gouverus de Robert de Lincolne, la populace d’Angleterre de Rober Bacon, et Tostat évêque d’Avila, George Venitien, Delrio, Sibille, Raguseus, Delancre et plusieurs autres qu’il serait ennuyeux de spécifier, d’Albert le Grand, lequel comme le plus expert avait composé un homme entier de cette sorte, ayant travaillé trente ans sans discontinuation à le forger sous divers aspects et constellations, les yeux par exemple, au récit du susdit Tostat en ses Commentaires sur l’Exode, lorsque le Soleil était au signe du zodiaque correspondant à une telle partie, lesquels il fondait de métaux mélangés ensemble et marqués des caractères des mêmes signes et planètes et de leurs aspects divers et nécessaires ; et ainsi la tête, le col, les épaules, les cuisses et les jambes façonnés en divers temps et montés et reliés ensemble en forme d’homme, avaient cette industrie de révéler audit Albert la solution de toutes ses principales difficultés. À quoi, pour ne rien oublier de ce qui appartient à l’histoire de cette statue, l’on ajoute qu’elle fut brisée et mise en pièces par S. Thomas, qui ne put supporter avec patience son trop grand babil et caquet. Or pour juger plus sainement ce que l’on doit croire de cette androïde d’Albert et de toutes ces têtes merveilleuses, j’estime que l’on ne peut manquer de déduire l’origine de cette fable du Teraph des Hébreux […]

Quelques années plus tard (en 1685), Charles Le Maire donnera une version quelque peu différente de la fin de cet androïde, dans son ouvrage Paris ancien et nouveau, sous-titré Ouvrage très curieux (ce qu’on confirme), et dans lequel il parle d’Albert le Grand qui a donné son nom à la place Maubert :

La merveilleuse connaissance qu’il avait des secrets de la nature, lui a fait inventer des machines très ingénieuses : cependant quelques auteurs l’ont accusé de magie, d’avoir su le secret de la pierre philosophale, d’avoir inventé la poudre à canon et d’avoir formé une androïde, c’est-à-dire une tête d’airain forgée sous de certaines constellations qui répondait à ses demandes : on dit qu’il la posa au milieu de sa bibliothèque, et que Saint Thomas d’Aquin son disciple, y étant allé pour prendre un livre, et que cette tête lui ayant dit Que demandes-tu, que cherches-tu ?, la brisa à force de coups qu’il lui donna avec un bâton, croyant que ce fut le démon qui parlait en elle, c’est ainsi qu’il détruisit en un moment le travail de vingt années du plus grand génie qui fut jamais. L’on parlera encore d’Albert le Grand, à l’occasion de la place Maubert, à qui il a donné son nom, comme qui dirait la place de Maître Aubert.

Vous voilà prévenus : toutes ces histoires de robot se finissent mal. Et même si vous objecterez en invoquant la statue de Galatée qui s’est animée pour se marier avec son sculpteur, Pygmalion, à la suite de quoi ils vécurent heureux et eurent deux enfants, on rétorquera que ce n’était pas lui qui l’avait animée, contrairement aux créateurs dont nous venons de parler, mais Aphrodite. Un deus ex machina qui ne compte donc pas, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas d’un androïde mais d’une gynéide.

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