Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 janvier 2010

Les matches Google-Chine et Google-France (Europe)

Classé dans : Actualité, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 2:06

La presse s’est fait écho avant-hier des excuses que Google a présentés à l’association des écrivains chinois pour avoir numérisé des ouvrages de ses membres sans autorisation préalable. Dans son message, l’entreprise reconnaît que, « du fait des différences d’interprétation des systèmes chinois et américain de copyright, son comportement a déplu aux écrivains chinois » et regrette de le ne pas avoir assez communiqué avec eux.

On croit rêver. Ce n’est pas l’attitude que Google a adoptée face à La Martinière et aux autres éditeurs français dans un cas très similaire… Mais on peut en imaginer les raisons.

24 heures plus tard. Google annonce que des cyber-attaques massives en provenance de la Chine visent principalement à identifier les comptes de courrier électronique Gmail d’activistes chinois des droits de l’homme, et secondairement ceux de vingt grandes sociétés dans les domaines de la finance, des technologies, des médias et de l’industrie chimique.

Du coup, Google décide de ne plus filtrer les résultats que son moteur de recherche fournit aux internautes chinois, mesure mise en place pour satisfaire les autorités de l’empire du Milieu, quitte à devoir quitter le pays. C’est Baidu qui sera content : c’est le premier moteur de recherche en Chine (61,6% du marché en juin 2009), et c’est peut-être face à ce constat que Google réfléchirait à jeter l’éponge.

Ces démêlés ne sont pas sans rappeler ceux de Yahoo en 2007, selon la presse : filtrage de contenus jugés comme subversifs (concernant les mouvement indépendantistes taiwanais et tibétains), fourniture d’informations à la police chinoise concernant un journaliste qui utilisait un compte de courriel Yahoo pour communiquer avec l’étranger, avec pour conséquence son arrestation… Une différence, tout de même, avec Google : Yahoo Chine n’est pas une filiale de Yahoo (mais avait été vendue à une compagnie chinoise, Alibaba).

Ces récents développements inciteront-ils Google à assouplir ses exigences concernant l’exclusivité qu’il s’arroge sur les contenus numérisés dans le cadre de son projet Google Books ? C’est ce que souhaite Frédéric Mitterrand, en tout cas. Si un accord était trouvé, il permettrait à Google, sortant de Chine, d’entrer en force en Europe, d’abord par la France puis par Europeana.

Quoi qu’il en soit, on espère que les négociations ne concerneront pas uniquement l’accès ouvert aux fichiers en mode image résultant de la numérisation, mais aussi de la reconnaissance de leur texte (« océrisation »).

14 janvier. Selon le New York Times, la Chine vient de réagir indirectement à l’annonce de Google : lors d’une conférence de presse ordinaire, une porte-parole ministère des affaires étrangères a dit que la Chine accueillait volontiers des sociétés Internet étrangères, mais que celles-ci devaient opérer « selon la loi ». Google ayant supprimé ses filtres, il est possible que les autorités chinoises bloquent l’accès au moteur à partir de son territoire. Ainsi, Google n’aura pas quitté la Chine de son propre chef, mais en aura été expulsé. Bien que ce ne soit pas le Japon, c’est une façon de ne pas perdre la face.

Le même jour, VeriSign indique avoir identifié les ordinateurs ayant effectué les cyber-attaques à l’encontre de Google : selon eux, l’origine en est, sans l’ombre d’un doute, le gouvernement chinois. L’identification de ces serveurs laisse aussi supputer qu’une attaque massive à l’encontre d’un grand nombre de sociétés américains, effectuée juillet dernier, provenait de la même source.

9 janvier 2010

Lifting à 205 ans

Classé dans : Actualité, Histoire, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 13:37

Le Parisien se fait écho du relookage du lion de Peugeot et du style de ses véhicules. Moi, j’adorais la 403 crème de mes parents – non, mon père n’était pas le lieutenant Columbo – première voiture que j’ai conduite après avoir passé mon permis. Tempus fugit…

Mais sans doute plus vite qu’on ne le pense : il semblerait que la marque réalise ces chan­gements « pour son 200e anniversaire », elle serait donc née en 1810 (ce qu’affirme la Wikipedia). Curieux, on a effectué quelques recherches. Et voilà que l’on trouve dans le numéro de décembre 1806 de L’Esprit des journaux français et étrangers par une société de gens de lettres la mention suivante : « …des échantillons de la filature de coton de M. Peugeot, du même lieu [Herimoncourt (Doubs)], qui ont été vus avec intérêt ». Cette filature est aussi mentionnée dans le Bulletin de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale de 1807. Alors de quand date-elle réellement ?

Ce sont les Notices sur les objets envoyés à l’exposition des produits de l’industrie française, rédigées et imprimées par ordre de S.E.M. de Champagny, ministre de l’intérieur, en 1806, qui nous éclairent :

M. Peugeot fils, d’Hérimoncourt, est le seul fileur de coton du département qui ait adressé des échantillons de ses produits. Sa filature, établie depuis un an seule­ment, donne les plus grandes espé­rances. A des ateliers de filature M. Peugeot joint des ateliers de cons­truc­tion de machines, où il s’occupe de perfec­tionner les cylindres, les engrenages et les broches. Pour prouver ses efforts et l’espoir fondé qu’il a de réussir, ce manufacturier présente un nouveau cylindre fabriqué avec des machines de son invention.

Ainsi donc, l’activité industrielle sous le nom Peugeot aurait été établie en 1805. Joyeux 205! Quant au Parisien, il se refuse à publier un commentaire dans lequel je signale et explique cette erreur, sous prétexte que « c’est un propos résolument publicitaire ». Il est vrai que signaler une éventuelle erreur de journaliste ou son probable manque de vérification de ses sources est une (anti-)publicité, on imagine le sens réel de leur rejet.

Mais qui était donc ce M. Peugeot fils ? Lisons Les Comtois de Napoléon, de T. Choffat et al., Éd. Cabédita, 2006 :

S’il est connu pour être le fondateur de la firme Peugeot, Jean-Pierre Peugeot est également un notable protestant et un homme politique local favorable à la Révolution française. Acquéreur de biens nationaux, Jacobin membre de la société montagnarde de Blâmont, il était déjà député d’Hérimoncourt en 1789 et maire de la seigneurie de Blâmont de 1789 à 1793. Maire d’Hérimoncourt durant toute la Révolution et l’Empire (1790-1814), Jean-Pierre Peugeot sera également administrateur du district de Saint-Hippolyte dans le Doubs en 1795, électeur départemental puis conseiller d’arrondissement sous le Premier Empire. (…) Âgé de 80 ans, Jean-Pierre Peugeot décède le 16 juin 1814 à Hérimoncourt.

C’est dans Les Secondes républiques du Doubs de Jean-Luc Mayaud (annales littéraires de l’université de Besançon, 1986) que l’on trouve cette précision : « Dès la Révolution, d’anciens artisans se portent acquéreurs de biens nationaux : ils achètent des moulins qu’ils transforment en filatures ; c’est le cas de Jean-Pierre Peugeot à Hérimoncourt ». Malin ! Et ainsi, un siècle plus tard :


Le pilote de la Peugeot était Jules Goux. La quatrième place fut gagnée par un autre français, Albert Guyot, au volant d’une Sunbeam. Source : New York Times, 30 mai 1913.


Jules Goux sur Peugeot (course de voiturettes à Compiègne, le 27 septembre 1908). Source : Bibliothèque nationale de France


Peugeot, qui avait pris son origine dans un moulin, en produira plus tard.

2 janvier 2010

Quand la pensée électronique est confuse, ou, ce n’est pas demain la veille qu’on cessera d’avoir besoin de bibliothécaires humains

Classé dans : Littérature, Livre, Publicité, Sciences, techniques — Miklos @ 0:04

« PENSÉE. — Je pense à vous. — Pensez à moi. Jolies fleurs que la couleur veloutée de leurs pétales supérieures et le jaune citron des trois autres rendent fort distinguées. » — Pierre Zaccone, Nouveau langage des fleurs, avec la nomenclature des sentiments dont chaque fleur est le symbole, et leur emploi pour l’expression des pensées. Paris, 1853.

Encore sous l’influence de l’humour fin-de-siècle, je cherche dans Google Books des ouvrages d’Alphonse Allais. Voici la liste qui s’offre à mon regard étonné :

Des pensées ? Je connais une partie de l’œuvre d’Allais, et je n’avais jamais entendu parler de celle-ci. La vignette me paraît un peu suspecte, je clique donc dessus, et voici ce qui s’affiche :

Dans le bandeau bleu, il est bien précisé Les pensées By Alphonse Allais. Pas de doute. Mais la couverture indique un autre auteur, un certain Blaise Pascal. La confusion n’aurait pas manqué d’amuser le premier. Et pour couronner le tout, à gauche, une publicité pour les Raëliens, « Jésus déteste la croix »

On est curieux de voir comment Google Books indexe cet ouvrage multiple. On n’a pas fini d’être surpris :

C’est, selon cette bibliothèque qu’on qualifie dorénavant d’universelle, un ouvrage de fiction juvénile, d’informatique (concernant l’internet et la publication électronique) et sur la publication en général…

Et les deux cerises sur le gâteau sont les deux autres éditions de cet ouvrage que Google Books nous propose (sous l’entête « Other editions », ci-dessus) : La Bibliothèque universelle des dames, volume 2 (comme quoi, ceux qui prétendent que les pensées des dames ne sont pas à l’égal de celles des hommes se trompent), et un autre ouvrage de Pensées (volume 1). Lequel ? Le voici :

Il n’y manque plus qu’un ouvrage de botanique : la pensée, nous dit Zaccone, est une fleur « fort distinguée ». Surtout si elle est l’œuvre d’un Pascal ou d’un Descartes.

5 décembre 2009

La littérature d’anticipation (selon Google)

Classé dans : Littérature, Sciences, techniques — Miklos @ 18:58

Futur, ure. adj. qui marque le temps à venir. Le temps futur, les races futures, une proposition du futur contingent. Personne ne peut respondre du futur, il n’y a que Dieu seul qui sache le futur, à qui le futur soit present. Tous les devins, Astrologues, & autres qui se meslent de predire les choses futures, sont des charlatans. — Antoine Furetière, Dictionaire universel, 1690.

Le genre littéraire « Mr X, sa vie, son œuvre » n’est pas récent. En remontant l’histoire à l’aide de Google Books, on y a trouvé les quatre références suivantes, pour l’époque 1750-1830 :

Comme on le voit dans les intitulés et dans les extraits qu’en fournit le moteur, ces ouvrages, publiés entre 1780 et 1793, contiennent des références bibliographiques qui seront publiées en 1861, 1885, 1909 et 1958. On reste stupéfait et admiratif devant la prescience des générations passées.

On ne résiste pas au plaisir (dû à Google Books) de donner le titre complet du Dictionnaire de Furetière dont on a tiré la citation en exergue :

Dictionnaire universel,
contenant generalement tous les mots françois
Tant vieux que modernes,
et les termes de toutes
les sciences et des arts,
sçavoir

La Philosophie, Logique, & Physique, la Medecine, ou Anatomie, Pathologie, Terapeutique, Chirurgie, Pharmacopée, Chymie, Botanique, ou l’Histoire naturelle des Plantes, & celle des Animaux, Mineraux, Metaux et & Pierreries, & les noms des Drogues artificielles.

La Jurisprudence Civile & Canonique, Feodale & Municipale, & sur tout celle des Ordonnances :

Les Mathematiques, la Geometrie, l’Arithmetique, & l’Algebre ; la Trigonometrie, Geodesie, ou l’Arpentage, & les Sections coniques ; l’Astrologie, la Gnomonique, la Geographie ; la Musique, tant en theorie qu’en pratique, les Instrumens à vent & à cordes ; l’Optique, Catoptrique, Dioptrique, & Perspective ; l’Architecture civile & militaire, la Pyrotechnie, Tactique, & Statique ;

Les Arts, la Rhetorique, la Poësie, la Grammaire, la Peinture, Sculpture, &c. la Marine, le Manege, l’Art de fairedes armes, le Blason, la Venerie, Fauconnerie, la Pesche, l’Agriculture, ou Maison Rustique, & la plus-part des Arts mechaniques ;

Et enfin les noms des Auteurs qui ont traitte des matieres qui regardent les mots expliquez avec quelques Histoires, Curiositez naturelles, & Sentences morales, qui seront rapportées pour donner des exemples de phrases & de constructions.

Les tout extrait des plus excellents Auteurs anciens & modernes.

Recueilli & compilé

Par Feu Messire Antoine Furetiere,
Abbé de Chalivoy, de l’Academie Françoise.

A La Haye, et a Rotterdam,
Chez Arnout & Reinier Leers,

M. DC. XC.

Quant à l’édition « corrigé[e] & augmentée » de Basnage de Beauval, puis « revu[e], corrigé[e] & considérablement augmenté[e] » de Brutel de La Rivière, elle y rajoute L’Oeconomique, Les termes de Relations d’Orient & d’Occident (sujet d’actualité politique…), la qualité des Poids, Mesures & Monnoyes, les Etymologies des mots, l’invention des choses… Belles lectures en perspective !

30 novembre 2009

Le texte dans sa plus simple expression, selon Google

Classé dans : Langue, Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 2:33

“There’s nothing more fascinating and beautiful to our ear than to hear someone speak English with a French accent. It just gives it a charm which is unparalleled.” — Jud Hurd, Cartoonist Profiles: Charles Schulz, 1979.

“French chic, glamour, beauty and sophistication. . .” — William Leiss, Stephen Kline and Sut Jhally, “Semiology and the Study of Advertising”, in Clive Seale, Social Research Methods: A reader, London, 2004.

« La corruption du siécle, de la mode, de la coûtume & et de l’usage commun où l’on vit aujourd’hui, est telle, qu’il n’y a plus de mesure, plus d’ordre, plus de distinction : tout le monde s’en fait accroire, & personne ne se rend justice ; les petits veulent imiter les grands : & ce qui étoit autrefois un ornement pour une Princesse, est devenu par la corruption & la vanité, un ajustement commun & ordinaire pour une simple Bourgeoise. » — L’instruction des filles, cité par Vincent Houdry, S.J., La Bibliothèque des prédicateurs, Lyon, 1715.

L’accent français a, pour les Américains, un charme tout aussi irrésistible et indéniable que la mode de notre pays. Mais la variété de nos accents (de l’aigu au grave, en passant par le tréma et le circonflexe) et autres signes bien de chez nous (la cédille) n’est pas sans causer des problèmes à l’informatique née outre-Atlantique : l’alphabet ne s’y encombre pas de signes diacritiques. Leurs logiciels déferlent allégrement sur la face de la Terre ignorant langues et particularismes, tel McDonald’s à l’assaut des gastronomies locales. On est alors parfois contraint de supprimer tous ces signes de textes avant de les passer à ces logiciels, l’homme illustré transformé au passage en un homme illustre, le pêcheur confondu avec le pécheur

Pour effectuer cette transformation, on tâchera de ne pas réinventer la roue, et de trouver un bout de programme qui le fait. On cherchera donc (en anglais, bien entendu) quelque chose qui ôte les accents dans une chaîne de caractères, soit Remove accents from a string. Et voici la page que Google nous affiche :

On y remarque vers le bas (surligné en jaune) le début de la solution. Mais surtout, on remarque au-dessus et à droite les publicités que Google nous fourgue (encadrées en rouge) : « Vous cherchez un string ouvert ? Comparez les prix des strings ! » ou, plus osé, « Cherchez String transparent Venez Vite les Découvrir ! ».

comme ailleurs, Google a fait fi du sens du contenu de la page qu’il nous a renvoyée, dans laquelle string signifie chaîne (de caractères). Voyant une requête provenant de France, et supposant qu’on y est plus intéressé par la mode, et d’autant plus si elle est coquine (c’est notre réputation), il nous a prestement proposé de nous (dés)habiller.

Il est vrai que cet accoutrement est souvent réduit à sa plus simple expression : une cordelette, string, en anglais ; mais cet élément de lingerie y est appelé G-string (aucun rapport avec le point G – le terme dénotait au 19e s. un élément vestimentaire indien, le geestring). À ne pas confondre, pour un anglophone, avec ce que Bach célébrait dans son célèbre air éponyme (quoique ?) :

Tout ceci ne nous fera pas oublier l’interprétation qu’en ont donnée les Swingle Singers en leur temps.

Pour finir, on citera à propos de la mode ce qu’écrivait en 1658 le R.P. du Bosc (« conseiller et prédicateur ordinaire du Roi ») dans L’honneste femme, divisée en trois parties – il s’agit de la division de son texte – texte qui ne manque pas de nous surprendre pas sa « modernité » :

Il est certain que de quelque façon que nous puissions être vêtus, difficilement plairons nous à toute sorte de personnes ; ou les vieux ou les jeunes y trouveront à redire : & il est presque impossible d’éviter ou la risée des uns ou la censive [censure] des autres. Il y a des esprits hypocondres qui ne sauraient souffrir qu’on fasse rien à la mode, & qui trouveront infailliblement une chose injuste, si on ne leur prouve qu’il y a mille ans qu’elle est inventée. C’est bien mépriser le temps présent pour faire de l’honneur au passé :sans considérer qu’il faut souffrir ce qu’on ne peut empêcher, & qu’il y a souvent moins de vanité à suivre les modes reçues, qu’à se tenir aux anciennes. Véritablement les fols les inventent, mais les sages s’accommodent au lieu de les contredire ; les habits aussi bien que les paroles se doivent conformer au temps.

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