Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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15 décembre 2005

Mariage de la Carpe et du Lapin, ou fable du Loup et du Renard ?

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 12:07

Un autre odd couple est celui que for­ment Microsoft et Yahoo au sein de la Open Content Alliance dont l’ob­jec­tif est la créa­tion d’ar­chi­ves numé­riques tex­tuelles multi­lingues et multi­média péren­nes. Quelques chif­fres à propos du triangle Google – Microsoft – Yahoo : selon une étude de l’institut Emarketer réa­lisée en août 2005 et rapportée par NetEco, c’est Yahoo qui atti­re le plus de visi­teurs (101,3 millions), suivi par Microsoft (92,1 millions) puis par Google (80,4 millions) et enfin par AOL (75,7 millions) ; ce pal­marès varie selon les pays : toujours d’après Emarketer, c’est Microsoft qui est en tête des visi­tes au Royaume-Uni et en France, suivi par Google.Google avait annoncé la numérisation de quinze millions d’ouvrages appartenant à plusieurs grandes bibliothèques, Microsoft a dit qu’il allait le faire pour vingt-cinq millions de pages de contenus de la British Library.

Google recrute des chercheurs, Microsoft ouvre un centre de recherche commun avec l’Inria.

AOL serait-il à vendre ? Il semblerait, en tout cas, que Microsoft soit en passe d’y prendre du contrôle, sous le nez de Google.

Oh surprise ! Google et Microsoft participent à l’établissement d’un laboratoire de recherche au sein de l’Université de Californie à Berkeley, le RAD (Reliable Adaptive Distributed systems Laboratory, ou laboratoire des systèmes adaptatifs fiables répartis), qui ouvre aujourd’hui ses portes.

Bibliothèques numériques

Classé dans : Livre, Politique, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 1:00

Fondation nationale des sciences politiques
224 boulevard St Germain, 75007 Paris
Vendredi 16 décembre à 17h
 
Séminaire Temps, médias, société
Table ronde sur le thème des bibliothèques numériques

 
Avec la participation de :
Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France
Michel Fingerhut, directeur de la Médiathèque de l’Ircam – Centre Pompidou
 
Entrée libre dans la mesure des places disponibles

12 décembre 2005

La Wikipedia au Kärcher

Classé dans : Sciences, techniques, Société — Miklos @ 10:00

La pertinence et les disfonctionnements de la Wikipedia ont été mises en question bien avant la récente « affaire Seigenthaler » : la biographie de cet ex-collaborateur du sénateur Robert Kennedy faisait état de rumeurs selon lesquelles il aurait été impliqué dans l’assassinat de JFK. Contrairement aux affirmations des défenseurs de la Wikipedia selon lesquelles une information erronée est corrigée immédiatement par l’armée de volontaires, celle-ci a perduré pendant six mois bien qu’elle ait fait l’objet d’une validation par un volontaire. Les corrections apportées a posteriori n’effaceront pas de l’internet ses traces désormais éternelles : démultipliées et archivées dans la « mémoire » du réseau, elles y resteront accessibles, sans que le commun des mortels ne puisse savoir si elles sont valides ou non.

Comme le révèle le New York Times, l’auteur de cette diffamation – un certain Brian Chase – a été démasqué par Daniel Brandt, un indexeur de livres de 57 ans, qui avait fait l’objet d’une fausse information dans la Wikipedia et a ouvert un site critique de l’« encyclopédie » en ligne.

Quant à Brian Chase, il ne pensait pas à mal et voulait faire ainsi une blague à un de ses collègues, qui connaissait Seigenthaler et qu’il voulait surprendre et choquer. C’est plutôt Seigenthaler qui a été choqué. Ce dernier, après avoir reçu les excuses de Chase (qui a démissionné de son emploi dans la foulée des révélations), a décidé de ne pas porter plainte : il croit toujours à la liberté d’expression, mais souhaite qu’elle soit assortie de responsabilisation.

Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres actes irresponsables dont la portée mondiale a causé de nombreux dégâts, humains ou financiers, tels certains virus informatiques créées pour le fun. La rumeur, phénomène apparu sur l’internet encore avant les virus, existait bien avant l’invention du réseau, mais celui-ci lui a donné une capacité quasi infinie de démultiplication instantanée. L’internet est devenu une immense aire de jeux où s’exercent tous les comportements humains, et les garde-fous n’y sont pas encore construits. Le risque est que, par contre coup, s’y érigent des barrières difficilement franchissables.

Un autre phénomène est illustré par les revert wars de la Wikipedia, au cours desquels une information controversée fait l’objet de modifications incessantes par les parties adverses : les limites de la démocratie directe – présentée comme l’aspiration de permettre à tout un chacun d’exprimer son intérêt individuel et d’exercer son libre arbitre hors tout « appareil » – et de l’auto-régulation (comme on l’a déjà vu dans certains secteurs de l’industrie – et ailleurs –, qui s’en sont servis pour défendre leurs intérêts sectoriels).

La Wikipedia pourrait évidemment continuer ainsi son expansion incontrôlée, aspirant toute information, qu’elle soit valide ou non. Mais si elle vise à faire le net dans ses articles sans les passer au Kärcher, il lui faut prendre des mesures bien plus efficaces que celles mises en place récemment (la temporisation de dix minutes après une modification, pour en ralentir l’effet ; l’impossibilité de rajouter un nouvel article de façon anonyme). Dans un article du Mercury News, Mike Langberg préconise le passage à un mode de fonctionnement analogue à celui du développement de Linux ou de Firefox, qui consiste essentiellement en l’établissement d’un comité éditorial chargé de valider les contenus après vérification, et d’une procédure hiérarchique pour la résolution des différends. Cette proposition n’est pas neuve, mais il faudra sans doute d’autres catastrophes pour faire prendre conscience de la nécessité de faire évoluer ce modèle collaboratif trop simpliste.

Bien pénible émergence d’une ébauche d’ordre social dans ces quartiers de l’internet : liberté totale, puis conscience de ses limites ; règles tacites, puis écrites ; [groupe de] pouvoir chargé de les faire respecter ; et bientôt les checks and balances pour en éviter les abus ?

30 novembre 2005

Ni pub ni soumis

Classé dans : Publicité, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:13

Je n’ai jamais aimé la publicité. Est-ce par cet esprit de contradiction qui, au dire de ma mère, me caractérisait dans mon enfance et qui, je l’espère, s’est au moins transformé en esprit critique (celle-ci pouvant être élogieuse, comme on aura pu le voir) ? En tout cas, j’ai du mal à apprécier ce que l’on m’impose, il est vrai. En ce qui concerne la publicité, elle est de plus en plus omniprésente : dans les boîtes aux lettres « papier » (à tel point qu’il arrive que l’on perde par mégarde des courriers des impôts, qui ressemblent étrangement à des mailings jetables), sur des affiches sur les trottoirs, sur des voitures, au bord des rues et des routes, dans votre journal favori (si ce n’est pas Le Canard enchaîné), à la radio (sauf sur Radio Classique), à la télévision et au cinéma… et, évidemment, véhiculée par l’internet, sur un nombre croissant de sites, et – pour fermer le cercle – dans les boîtes aux lettres électroniques. À tel point qu’il arrive qu’en y faisant le net on se débarrasse malencontreusement de courriers importants (comme cela m’arrive parfois) : doit-on (et peut-on) s’intéresser à tout, peut-on tout lire pour tout trier ?

Gageure impossible : les modes de communication actuels (internet, mais aussi téléphone portable) nous rendent directement accessible à des millions, voire à des milliards d’individus communicants. C’est bien plus que la surcharge informationnelle des médias de tout ordre – ceux que l’on choisit de lire autant que les autres –, c’est un déferlement potentiellement incessant venu des quatre coins de la planète dans un babil de langues souvent incompréhensibles et sur des myriades de sujets dont la plupart nous est totalement étrangère.

On ne peut plus se prémunir actuellement de ce phénomène, sauf en se renfermant dans un château fort électronique qui ne serait ouvert qu’à un cercle de correspondants connus (mais là aussi, on peut passer outre, pour le moment). Faut-il accepter avec résignation la poubellisation de ce médium, comme l’a été celle des médias précédents, accompagnés d’une noble utopie lors de leur apparition et finalement récupérés pour les finalités des uns et des autres sans égard ni respect pour leurs cibles ?

La loi pour la confiance dans l’économie numérique tentait pourtant d’établir un modus vivendi dans ce domaine où règne une anarchie croissante : l’article 22 ne dit-il pas :

Est interdite la prospection directe au moyen d’un automate d’appel, d’un télécopieur ou d’un courrier électronique utilisant, sous quelque forme que ce soit, les coordonnées d’une personne physique qui n’a pas exprimé son consentement préalable à recevoir des prospections directes par ce moyen.

C’est clair et sans équivoque, et encore plus clair quand on lit le reste du paragraphe. Et pourtant, si cela n’a aucun effet sur les émetteurs situés hors de l’Hexagone, cette loi ne refroidit pas non plus nombre d’organismes français, pour lesquels la fin (même louable) justifie les moyens1, dans un monde où l’on se bat, de façon accrue, pour des ressources financières en perpétuelle diminution. Tous les moyens sont-ils bons ?

Je ne peux, de mon côté, me résigner à ces comportements, qui non seulement handicapent mon utilisation personnelle et professionnelle de l’internet, mais qui risquent d’y entraîner, par retour, sa segmentation en réseaux distincts, comme il en est des chaînes de radio ou de télévision. N’ayant pas le loisir de trier et de lire un à un les dizaines de pourriels qui arrivent parfois chaque jour, je les réexpédie à un service en ligne qui se charge d’envoyer automatiquement une notification au fournisseur d’accès et/ou à l’hébergeur présumé de leurs auteurs.

Qu’en deviendra-t-il de la publicité ? Finira-t-elle par nous envelopper dans un tourbillon de papier, virtuel et physique, et nous y faire disparaître, à l’instar de Robert de Niro dans le film Brazil ? Accroîtra-t-elle par son omniprésence le cycle éperdu de la consommation, comme le décrit J.G. Ballard dans sa nouvelle L’Homme subliminal ?

Je n’ai jamais aimé la publicité. Sauf quand elle est amusante, ironique, intelligente et décalée. Mais même alors, elle ne m’a jamais incité à consommer ce qu’elle promouvait.


1 Comment en serait-il autrement, quand une publicité électronique pour le compte d’un ministre et chef de parti majoritaire est venu récemment donner l’exemple ?

27 novembre 2005

Savoir raison garder

Classé dans : Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 12:58

Version revue et corrigée d’un texte publié le 2/6/2004 en réponse à l’interrogation d’une lectrice, qui écrivait : « Je suis assez ignorante des choses du net et de ce qui s’y « trame » et toujours très étonnée des possibilités des diffuseurs de virus, ver et spams. [...] En tout cas, personnellement, cela ravive bien ma méfiance vis-à-vis ce super outil de com­mu­ni­cation qu’est internet.L’évolution techno-scientifique met dans la main de plus en plus de gens des objets techniques, d’une complexité croissante et d’une facilité d’utilisation apparente1. Cette facilité est d’ailleurs destinée à donner à tous les con­som­mateurs (car c’est de cela qu’il s’agit : consommer) le sentiment que tout est à leur portée sans coûts (financiers ou autres) cachés – et donc leur donner ainsi l’envie d’acheter2. Cette « ignorance » du con­som­mateur entraîne souvent une mécon­nais­sance et donc une sous-utilisation des outils qui sont entre ses mains à tel point que, dès que l’on recherche des fonctionnalités supplémentaires, on est amené à acquérir un objet bien plus sophistiqué, tandis que souvent l’outil d’origine aurait suffi, pour peu qu’on en ait eu la connaissance. Or, le seul investissement que l’on soit souvent capable ou disposé à faire est de l’ordre de l’immédiat (télécharger, payer ou non, mais rarement apprendre et se former – pour des raisons souvent très justifiées, et encore plus rarement investir dans son maintien en vie). Cette ignorance est donc souvent encouragée par ceux qui en profitent, et elle est d’ailleurs « naturelle » : les utilisateurs de l’informatique ne sont pas informaticiens, et l’essentiel de leur énergie est investi ailleurs. Mais comme les outils propres à de nombreuses professions (et d’ailleurs à la vie courante) subissent ces évolutions techniques et des mutations permanentes sans toujours se simplifier, la nécessité de se former est un investissement quasi permanent.

Le corrélat souvent financier de cet investissement est masqué par un vocabulaire soigneusement choisi, issu d’une ambiguïté de l’anglais que ne manquent pas d’exploiter les industries et les commerçants de la nouvelle idéologie techno-scientifique : free signifie « gratuit » et « libre ». Comment ne pas adhérer à ces valeurs qui n’ont rien de marchand, comment ne pas être attiré vers des produits qui les représentent ? Mais ce n’est qu’une apparence : ce qui est libre n’est pas forcément gratuit : il suffit de voir l’investissement en temps et/ou en services payants que requiert l’implantation de « logiciels libres » dans des organismes (ou chez des particuliers) qui n’ont pas forcément les compétences techniques pour s’en occuper ; en d’autres termes, le coût de leur exploitation pendant leur durée de vie est ignoré (voire masqué) lors de leur acquisition, qu’elle soit gratuite ou non. À l’inverse, ce qui est gratuit est parfois un lourd esclavage qui peut revenir fort cher : il suffit pour cela de faire le compte des heures passées sur la hotline téléphonique d’un certain fournisseur d’accès qui s’est affublé de ce terme…

Les réseaux – et pas uniquement informatiques – sont de fait des vecteurs de circulation, de diffusion et de démultiplication de phénomènes, intentionnels ou non3, susceptibles de se propager de façon quasi exponentielle du fait de la capacité de réplication à l’identique ou à muter en fonction des « circonstances » et de la multiplicité des interconnexions (et en temps réel pour ce qui en est de l’informatique) vers une infinité de systèmes, pour certains vitaux, et donner ainsi lieu à des nuisances à large échelle (le premier virus informatique date de 1980), voire de catastrophes (comme l’ont analysé entre autres Paul Virilio et Joël de Rosnay4 ; cela a été le cas avec des réseaux financiers, par exemple :

« L’accroissement du flux financier circulant dans le monde relève plus de mouvements spéculatifs que de réels investissements dans la production. Le secteur financier se déconnecte de l’économie réelle et se présente de plus en plus comme une économie virtuelle. Un crash financier pourrait faire boule de neige et amener l’écroulement de tout le système. »5

Mais les réseaux ne se réduisent pas uniquement à leur dangers : ils sont aussi des vecteurs de circulation, de diffusion et de démultiplication de supports du savoir et de la culture. L’ouverture à ce mode de communication offre d’une part des richesses insoupçonnées – qui s’accompagnent, il est vrai, d’aléas souvent imprévisibles, de la récupération marchande à la nuisance pour le plaisir de nuire6. Il est un fait que la prolifération des spams (et des virus, des vers et des attaques de tout genre, s’il faut préciser) semble mener vers une fermeture – relative, on l’espère – de ce qui était une ouverture extraordinaire. Peut-être que le prix en aura été trop élevé, et que l’utopie d’un espace virtuel absolument « libre et responsable » ne tient pas la route face à ceux qui en abusent7 : un réseau réparti ne se maîtrise (de l’intérieur) ni ne se contrôle (de l’extérieur) facilement (ce qu’exploitent d’ailleurs les réseaux humains de tous ordres, pour contourner les contrôles des états et contrecarrer leurs armées).

En résumé, en ces temps hypermodernes8 il est préférable d’être informé et lucide plutôt qu’ignorant et méfiant ou idéaliste et aveugle, et malgré l’accélération du temps et de sa course parfois effrénée savoir raison garder.


1 Dues, entres autres mais pas uniquement, à la miniaturisation et à l’utilisation du numérique.
2 Et peut-être de l’utiliser, mais bonjour la surprise lorsque l’on se retrouve seul devant un objet muni d’un manuel en charabia pseudo-français parce que traduit automatiquement en Extrême Orient, ou farci de termes techniques.
3 Les erreurs de conception (bugs, en anglais) de systèmes simples ou complexes, peuvent contribuer autant à son arrêt, à son disfonctionnement qu’à son emballement. C’est ce qui était arrivé au Golem, dont le concepteur n’avait pas prévu un cas d’utilisation…
4 Ce dernier en revendique d’ailleurs l’antériorité pour en avoir parlé en 1975.
5 Document de l’organisation internationale du travail.
6 La liberté et la connaissance ont un prix, comme on le sait depuis l’affaire Adam-et-Eve, ou, comme on le dit efficacement en anglais, there is no free lunch.
7 Ce qui est aussi vrai de la cité en général, nonobstant Rousseau.
8 Gilles Lipovetsky, « Les temps hypermodernes ». Éditions Grasset & Fasquelle, 2004.

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