Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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27 janvier 2012

The snows of yesteryear are gone with the wind

Classé dans : Cinéma, vidéo, Langue, Littérature, Musique — Miklos @ 22:48

In his essay Villon: The genius of the tavern, Irish writer Robert Lynd (1879-1949) attributes to Pre-Raphaelite poet Dante Gabriel Rossetti the phrase “But where are the snows of yesteryear”, his beautiful rendering in English of “Mais où sont les neiges d’antan ?”. It is the nostalgic refrain of the Ballade des dames du temps jadis of François Villon (ca. 1431-1463?), “poet, pimp and pickpurse” (as Swinburne qualified him), and for whose title Rossetti provides a surprisingly pedestrian and approximate interpretation. Here is what Lynd has to say:

No one has ever celebrated the inevitable passing of loveliness in lovelier verse than Villon has done in the Ballade des Dames du Temps Jadis. I have heard it maintained that Rossetti has translated the radiant beauty of this ballade into his Ballad of Dead Ladies. I cannot agree. Even his beautiful translation of the refrain,

But where are the snows of yesteryear,

seems to me to injure simplicity with an ornament, and to turn natural into artificial music.

He then goes on to criticize Rossetti’s translation which he qualifies as “the beautiful writing of an exercise”, adding that “One sees how Rossetti is inclined to romanticize that which is already romantic beyond one’s dreams in its naked and golden simplicity”.

Yet this particular verse is not only very aptly translated, it is also quite a literal rendering of the original, almost word for word: antan means last year (from vulgar Latin ant anu, from ante annum), and, by extension, years past, both which are the meanings of yesteryear.

So one is left wondering as to Lynd’s qualification of Rossetti’s translation of this particular verse as artificial and adding a useless ornament. Maybe he had in mind Louisa Stuart Costello’s translation (in her Specimens of the Early Poetry of France, 1835):

Where is fled the south wind’s snow?

This surprising (mis)translation can only be attributed to a failing eyesight: Costello confused antan with autan, as it shows in her quoting the refrain in French before her rendering in English of the poem:

Autan denotes in French a southeastern cold wind. It is not to be confused with autant (meaning as much as), which happens to be the initial word of yet another strikingly elegiac refrain of a ballade of the same Villon (from his 1461 Testament):

Autant en emporte le vent

It is known to many more people than those who have ever heard of Villon in either language, as it has been used to render into French the title of Margaret Mitchell’s best-seller and that of the eponymous movie starring Clark Gable and Vivien Leigh, Gone With The Wind.

But this verse must have made a strong impression almost as soon as Villon penned it: it appears as the first verse of an anonymous poem which composer Pierre de la Rue (ca. 1450-1518) put in music:

Autant en emporte le vent
Qu’il n’a qu’un baiser seulement,
Combien qu’il soit donné de bouche,
Si le cueur ne donne la touche,
Ou y met son consentement,
Autant en emporte le vent.

(source)

7 décembre 2011

La disparition de l’ordinateur, ou, nous sommes tous des cyborgs

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 3:17

Mon père m’a donné un mari,
Mon Dieu ! quel homme, quel petit homme !
Mon père m’a donné un mari,
Mon Dieu ! quel homme, qu’il est petit !
Chanson traditionnelle

On vient d’annoncer les premiers pas vers la lentille de contact capable d’afficher des informations en provenance d’un ordinateur. Si les chercheurs – puis les industriels – arrivent à perfectionner ce dispositif encore rudimentaire et à le banaliser, se dirige-t-on vers l’écran informatique idéal ?

Invisible pour tout autre que son détenteur, ce qui ravirait les surfeurs sur des sites olé-olé aux heures de bureau dans un open space ou tous ceux qui veulent consulter leur courriel en pleine réunion. Équipé, tel les smart phones de capteurs, la réalité augmentée deviendrait encore plus réelle, plus besoin de jeter un œil sur le GPS et l’autre sur la route, les directions s’affichent clairement sur le chemin, par exemple par l’intermédiaire d’une hôtesse de synthèse aux formes avantageuses genre Miss France représentée en stéréoscopie, campée au prochain carrefour, et indiquant d’un geste lascif la direction à prendre.

Quant au son, il suffira de s’équiper des nouveaux écouteurs stéréo­phoniques, invisibles à l’instar des actuelles prothèses auditives intra auriculaires, et voilà qu’on pourra écouter ses playlists favorites ou visionner un film coquin sans même que le collègue s’en rende compte.

Mais le clavier, dites-vous ? Eh bien, il y a bientôt deux ans, d’autres chercheurs ont démontré la possibilité de transformer sa peau en clavier. Rien n’empêche plus de chatter en ligne en ayant l’air de tapoter distraitement sur son bras, le regard apparemment perdu dans le vide en train de zyeutter ce qui défile ou se dessine à l’écran invisible.

Il ne reste plus qu’à trouver comment parler sans qu’un son ne sorte de la bouche si ce n’est pour aller dans un microphone, lui aussi invisible, pour pouvoir enfin skyper ni vu ni entendu par son voisin. Mais pas d’inquiétude : son invention ne saurait se faire attendre.

Et l’ordinateur lui-même ? Sa miniaturisation permettra de le dissimuler sous un diamant incrusté sur la narine ou sur une dent, selon les goûts. Qu’on se rassure : avec le cloud, il n’est pas nécessaire de trouver où se faire greffer un disque dur.

Qui perdra, dans l’affaire ? les réalisateurs, qui ne pourront plus produire des films avec des personnages équipés de casques hyper-sophistiqués genre Terminator : tout ça ne sera plus bientôt qu’un équipement pour has been, tels ces chevaliers du Moyen-Âge bardés de cuirasses qui les empêchaient de bouger (et en plus attiraient la foudre), ou sujet pour poésies romantiques. De quoi nous faire rêver avec nostalgie au bon vieux temps des ordinateurs du passé, ceux qu’on ne pouvait perdre dans son grand lit.

Cyborg.

13 octobre 2011

Un autre inventeur de l’Internet (et d’IMDb, pour les cinéphiles)

Classé dans : Cinéma, vidéo, Médias, Sciences, techniques — Miklos @ 18:01

Libération rencontre Col Needham, à qui l’on doit l’invention et le déve­lop­pement d’IMDb (Internet Movie Database), phénoménale base de données concernant le film – cinéma, télévision ; fiction, documentaires, séries… – librement accessible sur l’Internet. Vous voulez savoir quels sont les films de votre réalisateur favori (où l’on voit qu’il n’est pas que réalisateur), retrouver le titre d’un film tchèque sorti à la fin des années 1960 (zut, on ne l’a pas trouvé, mais attendez voir), quel est le compo­siteur de la musique d’un certain film (ah bon, il a aussi écrit celle de ce film-là ?)… Que du plaisir.

IMDb n’est pas la seule grande base de données consacrée au film ; en français, il y a évidemment Allo Ciné, qui fournit, en sus des programmes de toutes des informations plus éditoriales : synopsis et biographies, par exemple, y sont plus visibles et mieux organisées, mais on n’y trouve pas la multiplicité des critères parfois très fins des recherches avancées proposées par IMDb, autant pour retrouver un titre qu’une personne (acteur, réalisateur…). Et surtout on y trouve bien moins de films (est-ce dû au fait qu’elle répertorie surtout les sorties françaises ou francophones ?). Ainsi, la « filmographie détaillée » de Ján Kadár ne comprend que quatre films dans la base française contre dix-neuf dans la base américaine. IMDb est exhaustive, facile à utiliser et gratuite bien qu’appartenant désormais à Amazon (mais elle propose un service « pro » payant). Que demande le peuple ?

C’est dans cette dernière que se trouve le film qu’on recherchait, intitulé en anglais Adrift (litté­ralement : « à la dérive »), un magnifique film onirique de Ján Kadár (que l’on peut le voir inté­gra­lement sur YouTube). Sa réalisation, commencé en 1968 en Tché­co­slovaquie, s’était interrompue avec l’in­va­sion soviétique et s’est achevée en Suède, où le film est sorti en 1971… Comment l’a-t-on retrouvé, demandez-vous ? On l’avait vu à l’époque en Israël et on s’est finalement souvenu du titre en hébreu (המערבולת, qui signifie « le tourbillon », et n’a pas plus à voir qu’Adrift avec le titre original, en tchèque Touha zvaná Adana, « un désir nommé Anada »). On avait toujours présent à l’esprit l’affiche en noir et blanc – qui montre cette très belle femme émergeant de l’eau qui, telle une sirène, charmera un pauvre pêcheur dont la vie conjugale périclite – et la musique lancinante du film (composée, on le voit maintenant, par le fort prolifique Zdenek Liska), mais difficile de retrouver un film rien qu’avec ce type d’information ! Allo Ciné n’en parle pas, tandis qu’une autre base de données française, Encyclociné, le référence avec une affiche en couleur et en français sauf pour le titre (qui, dans la fiche, est indiqué comme La Dérive), ce qui laisserait penser qu’il est tout de même passé dans des salles françaises ou francophones.

Lancée sur l’Internet en 1990 peu après l’invention du Web, IMDb s’est développé d’une façon vertigineuse. J’avais découvert – je ne sais comment – ce trésor à l’époque, je l’avais signalé à plusieurs reprises dans les années 1990, et m’en sers depuis périodiquement.

Ce qui me chiffonne, tout de même, dans cet article de Libé c’est de lire :

« Je travaillais pour Hewlett-Packard à cette époque et j’ai regroupé cette base de données sur un fichier que j’échangeais avec des contacts. Cela se faisait par mail. J’en profite pour dire que j’ai été un des premiers à posséder une adresse électronique », ajoute-t-il, un sourire jusqu’aux prémolaires. Nous sommes en 1993 (…)

Faisons un calcul rapide : les adresses électroniques (de mail, c’est ce qui est précisé) existent depuis les années 1960, et se sont normalisées surtout en 1978 avec l’arrivée du réseau uucp (intégré plus tard dans l’Internet). Pour ma part, j’ai eu ma première adresse de mail en 1979 (aux États Unis) et on retrouve d’ailleurs encore certains de mes messages dans les archives des forums Usenet (récupérées, je ne sais comment, par Google et disponible dans ses « groups »). Je précise que je ne revendique pas d’avoir été l’un des premiers à en posséder.

Col Needham précise qu’il utilisait le mail lorsqu’il travaillait chez Hewlett-Packard ; né en 1967, il ne doit tout de même pas avoir commencé à y travailler avant – disons – 1985 (on ne peut que deviner : il ne mentionne pas son passage chez HP dans son profil professionnel), date à laquelle il devait déjà y avoir des centaines de milliers – voire beaucoup plus – d’utilisateurs de mail. Et qui plus est en 1993. De toute façon, il n’aurait pu être l’« un des premiers à posséder une adresse électronique », donc dans les années 1960 ou 1970 : il ne devait avoir que des dents de lait (et encore !) et pas les pré­molaires qu’il a arborées en faisant cette déclaration (qu’on lui souhaite malgré tout d’être vraies, au regard de l’expression américaine as false as his teeth).

15 juin 2011

« Ce menton fait comme un paysage, ce nez accidenté… »

Classé dans : Cinéma, vidéo, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 23:32

Il commande aux yeux, qui jettent de temps en temps, vers lui, un coup d’œil apeuré, et se hâtent de remonter. Au front, qui n’est qu’une minorité de lui-même. Il les tient bien en mains. Tout le monde joue son jeu.

Il s’amuse parfois à se cacher sous une barbe. Il ne nous trompe pas. Il transperce le camouflage. Il est comme une femme nue sous son manteau. Comme un crapaud sous une feuille de salade.

Ce n’est pas un menton banal. C’est plus que tant de chair sur tant d’os. C’est une exposition, une mise à nu, une confession publique.

Un chaos intelligent, un assassin sentimental, une mère de famille sadique. Un menton. Le menton de Michel Simon. Pourri de talent.

René Barjavel, « Michel Simon », Le Merle Blanc, n° 244, 3.12.1938.

Le titre de ce billet est tiré de Claude Gauteur et André Bernard, Michel Simon. PAC Éditions, 1975.

19 avril 2011

Longtemps, je me suis levé de bonne heure, moi.

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Musique, Santé — Miklos @ 23:59

Ainsi l’habitude la plus salutaire est certainement de se lever et de se coucher avec le soleil. D’où il suit que dans nos climats l’homme et tous les animaux ont en général besoin de dormir plus longtemps l’hiver que l’été. Mais la vie civile n’est pas assez simple, assez naturelle, assez exempte de révolutions, d’accidents, pour qu’on doive accoutumer l’homme à une uniformité, au point de la lui rendre nécessaire. Sans doute il faut s’assujettir aux règles ; mais la première est de pouvoir les enfreindre sans risque, quand la nécessité le veut.

Jean-Jacques Rousseau, Émile, ou de l’éducation. Londres, 1774.

Il y a, en outre, des couche-tôt-lève-tard et des couche-tard-lève-tôt dont les rythmes – notamment dans les couples – ont tant de mal à s’harmoniser. Une certaine variété d’hommes d’action, dont Bonaparte est le représentant le plus connu, est réputée pour « faire des nuits » très courtes mais être sujette, à différents moments de la journée, à des accès de sommeil aussi intenses que brefs.

Maurice Pergnier, Le sommeil et les signes. Essai. Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne, 2004.

Je suis connu pour être un mortel (…) plus familier avec la fesse de la nuit qu’avec le front de l’aurore.

William Shakespeare, Coriolan II:1. Trad. François-Victor Hugo. Garnier Frères, Paris, 1964.

Le Chinois de bon ton se lève à onze heures.

Prince Emmanuel Galitzin, « Quelques notions sur la Chine », in Musée des familles : lectures du soir, 6e vol., année 1838-1839. Paris.

Paresse, est aussi un vice moral, une nonchalance, une fainéantise, une délicatesse qui empêche de faire son devoir, ou de vaquer à ses affaires. La paresse est le vice des honnêtes gens, ou plutôt des voluptueux. La paresse fait qu’il ne se lève qu’à dix heures comme une Demoiselle. (…).

Paresseux, euse. adj. Qui a le vice de la paresse. On le dit proprement de ceux qui se lèvent tard. J’ai été paresseux aujourd’hui, mais c’est que je me suis couché tard.

Antoine Furetière, Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts. La Haye, 1690.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait (…)

Marcel Proust, « Du côté de chez Swann », À la recherche du temps perdu. Grasset, Paris, 1913.

Un homme qui a coutume de se lever à cinq heures du matin, et qui ne veut pas dormir davantage, dira à ses gens : « Ne manquez pas de m’éveiller à cinq heures ». Au contraire, une personne qui attend quelques nouvelles avec impatience, dira en se couchant : « S’il vient des lettres cette nuit, qu’on ne manque pas de me réveiller ».

Encyclopédie méthodique, Paris, 1784.

Moi, c’est mon usage… je me couche tard… je me lève tôt ; et pendant mes courtes nuits, je ne dors jamais que d’un œil… le gauche… comme ça.

Dumanoir et Cogniard frères, Une Saint-Bar­thé­lémy, ou les Hu­gue­nots de Tou­raine, vau­de­ville non his­to­rique en un acte, 1836.

Il est défendu dans les armées prussiennes de donner à souper, sous peine de 6000 livres d’amende au profit de la caisse des Invalides ; il n’est pas défendu de souper, mais il l’est d’en donner. Cette ordon­nance est très sage ; la guerre est un état d’activité, or il n’est pas possible, lorsqu’on a bien soupé et que l’on s’est couché tard, d’être debout de grand matin. Tout officier général & particulier doit être levé à la pointe du jour ; s’il donne à souper, il ne peut que se coucher très tard : souvent la compagnie entraîne à jouer, et on ne se couche que lorsque le soleil se lève ; c’est la vie d’un sybarite, et non d’un militaire appliqué à ses devoirs.

Turpin de Crissé, Commentaires sur les mémoires de Montecuculi. Paris, 1769.

Et quoiqu’il semble que ce soit la même chose de se coucher de bonne heure ou tard, pourvu que dans les deux cas on reste au lit le même espace de temps ; comme si, par exemple, on s’était couché à neuf heures, et qu’on se lève à cinq, ou qu’on se soit couché à onze, et qu’on se lève à sept : cela n’est pourtant pas indifférent ; et la raison que j’en imagine, c’est que pendant le jour les esprits sont dissipés par les exercices du corps ou de l’esprit, qui sont faibles l’un et l’autre dans les valétudinaires ; raison pour laquelle ils ont besoin de repos le soir de bonne heure. Ajoutez, que comme l’approche de la nuit occasionne une espèce de relâchement dans toute l’économie animale, dont elle était garantie le jour par la chaleur du soleil ; la chaleur du lit devient nécessaire le soir pour suppléer à celle du soleil, surtout en hiver. Les esprits étant donc rafraîchis et corroborés le matin par le repos de la nuit précédente, la chaleur du lit, jointe à celle du jour qui commence, fortifiant de plus en plus le ton des parties ; il en coûte moins au corps de se lever de bonne heure le matin, qu’à se coucher tard le soir.

Robert J. James, Dictionnaire universel de médecine, de chirurgie, de chimie, de botanique, d’anatomie, de pharmacie, d’histoire naturelle, etc. Trad. de l’anglais par MM. Diderot, Eidous et Toussaint. Revu, corrigé et augmenté par Julien Busson. Paris, 1746.

Parce que si l’on se couche tard, on ne pourra se lever que tard ; or quand la journée commence tard, on ne trouve pas le temps de faire une suite d’exercices qui conviennent à une Vierge. Que si le coucher étant réglé, le lever ne l’est pas, c’est un autre inconvénient : lorsqu’on reste au lit plus que le besoin ne le demande, on donne à la sensualité et à la mollesse les premiers moments de la journée ; et ainsi c’est une journée mal commencée (…).

Jérôme Besoigne, Principes de la perfection chrétienne et religieuse. Paris, 1748.

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