Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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10 avril 2005

Encore un mariage de célébrités – mais où sont les médias ?

Classé dans : Nature — Miklos @ 16:34

Enfin ! Les deux pandas géants du zoo de San Diego ont passé ces deux derniers jours dans leur petit coin préféré sous un buisson, pour des ébats qui pourraient déboucher sur un heureux événement. C’est là la seule insémination naturelle d’un panda dont on puisse faire état cette année aux Etats-Unis, ont précisé les responsables du zoo.

Pour que Bai Yun et Gao Gao ne soient pas traumatisés et puissent mener la délicate opération à bien, le zoo avait fermé sa section « pandas » au public, orientant même pudiquement sa « panda cam » (t’as cliqué, voyeur ?) sur Internet dans une autre direction. Ils ont mangé, dormi, ça leur allait plutôt bien de dormir la plus grande partie de la journée, et ils ont remis ça ce matin.

L’accouplement des pandas géants, espèce en voie d’extinction à la libido particulièrement en berne1, est une entreprise de longue haleine, les femelles panda n’étant en chaleur qu’un à deux jours par an. Et encore faut-il que leur mâle soit partant ces jours-là, et qu’il se souvienne de ses cours d’anatomie et du mode opératoire.

Ce genre d’informations n’a pas été fourni à la presse (ni au public, hélas) pour les mariages plus médiatisés de cette semaine concernant une autre espèce en voie de disparition. Enfin, tant que ça pend moins de 35 ans…


1 Ce qui ne veut pas dire que le célèbre commentateur du même nom était présent pour la circonstance ; il était à Londres ce jour-là. (Ndlr.)

Des sentiments

Classé dans : Littérature, Société — Miklos @ 15:48

Toujours séduits par la même erreur, nous ne prenons des amis que pour avoir des gens particulièrement destinés à nous plaire: notre estime finit avec leur complaisance ; le terme de l’amitié est le terme des agréments. Et quels sont ces agréments ? qu’est-ce qui nous plaît davantage dans nos amis ? Ce sont les louanges continuelles, que nous levons sur eux comme des tributs. D’où vient qu’il n’y a plus de véritable amitié parmi les hommes ? que ce nom n’est plus qu’un piège, qu’ils emploient avec bassesse pour se séduire ?
 
— Charles de Montesquieu, Éloge de la sincérité

Qu’un véritable ami est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même ;
Un songe, un rien, tout lui fait peur,
Quand il s’agit de ce qu’il aime.
 
— Jean de La Fontaine

Pourquoi, chacun de nous ne dit-il pas chaque jour : tu n’as d’autre pouvoir sur tes amis que de leur laisser leurs joies et d’accroître leur bonheur en le savourant avec eux. Es-tu en mesure, lorsqu’ ils sont tourmentés jusqu’au fond de leur âme par une angoissante passion, intérieurement bouleversés par le chagrin, de leur apporter un peu de soulagement ?
 
— JW v. Goethe

Or voici la chose la plus difficile : fermer par amour la main ouverte et garder la pudeur en donnant.
 
— Friedrich Nietzsche

La seule limite de l’amour est d’aimer sans mesure.
 
— Saint Augustin

L’amour représente toute ce qu’il est nécessaire de savoir et de retenir. Il n’y a rien d’autre à apprendre. Celui qui sait cela, sait tout.
 
— Vladimir Jankelevitch

Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
 
— Michel de Montaigne, De l’Amitié, Essais, livre Ier, ch. XXVIII.

…et l’on fait grande attention quand on achète du bétail, mais on montre de la négligence dans le choix de ses amis, on n’a pas de signes distinctifs permettant de reconnaître ceux qui sont vraiment faits pour l’amitié. Ce sont ceux dont le caractère est ferme, inébranlable, immuable, qu’il faut choisir, et d’hommes de cette trempe il y a grande pénurie. Il est très difficile de les reconnaître autrement qu’en les mettant à l’épreuve et l’épreuve en pareille matière implique déjà l’amitié, de sorte que l’amitié devance le jugement et rend l’épreuve impossible au préalable. Il est donc prudent de commencer par opposer quelque résistance à l’inclination fougueuse, comme on modère l’allure d’un char et, tout de même qu’on met à l’essai un attelage, de ne donner son amitié qu’après avoir éprouvé par quelque endroit le caractère des gens. »
 
— Cicéron, De l’Amitié, chap. 17, XVII.

… ce qui prouve qu’en fait d’amitié la ressemblance des caractères a plus de force que les liens du sang.
 
— Cornelius Nepos, Les Vies des grands capitaines.


Cicéron: De Amicitia, ms. du xvie s.

Lorsque

Classé dans : Littérature — Miklos @ 9:28

Lorsque le vent gémit dans les pins qui s’inclinent,
lorsque l’azur noircit parmi les herbes fines,
lorsque s’abat la nuit sur la Terre qui tombe,
lorsque pleure un enfant sur sa future tombe,
lorsque passe un parfum errant de porte en porte,
lorsque la ville bruit de sanglots en cohorte,
lorsque fond l’espérance contre le mur des cieux,
lorsque la délivrance s’écarte de tout dieu,
lorsque l’Envol se casse dès que jaillit l’Espace,
lorsque les yeux se ferment et que l’âme s’enfuit,
lorsque l’Inverse Point, écrasant, il s’étale
lorsque derrière l’oreille, la vraie vie, elle s’affale,
lorsque
lorsque tous les silences éclatent dans la tête,
lorsque la fixe absence nous hante de sa fête,
lorsque, lorsque, lorsque,
lorsque le vent gémit,
lorsque le vent gémit dans les pins qui s’inclinent…
 
Jean Demélier, Le Rêve de Job

9 avril 2005

La linea

Classé dans : Cinéma, vidéo — Miklos @ 13:52

Animateur génial, Osvaldo Cavandoli est le créateur de La linea en 1969. À partir d’une ligne horizontale, scène de l’épisode, émerge le personnage si reconnaissable et si attachant : ronchon et revendicateur mais jamais méchant, il s’exprime dans une langue imaginaire qui sonne comme de l’italien mais qui n’en est pas, sur un fond de musique chapelinesque, en gesticulant (comme un italien) ; maladroit, curieux, rêveur, il évolue sur cette ligne qui se transforme, au gré des évènements, en sol, mer, montagne, vallée, maisons, animaux, fleurs, personnages, objets… — parfois avec l’aide du dessinateur dont, tel un deus ex machina, la main et le crayon apparaissent dans le champ pour lui donner un… coup de main.

Scènes de la vie quotidienne, de ses petites catastrophes et de ses petits bonheurs, présentées avec une poésie si magique dans ce monde, le nôtre, si plein d’émerveillement sous le regard naïf et innocent de ce personnage qui est un peu de nous tous.

Trois DVD viennent de sortir (moins chers chez Amazon.de qu’en France), qui comprennent la quasi-totalité de sa production. Diffusées à l’origine en noir et blanc, on ne pouvait voir la couleur du fond, qui représentait l’humeur du personnage. À voir !


30/12/04

Livres et savoir

Classé dans : Littérature — Miklos @ 1:04
En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle.
Hamadou Hampâté Bâ

La chair est triste hélas, et j’ai lu tous les livres.
Stéphane Mallarmé Bâ

Rassemble chez toi tous les ouvrages de Démosthène, qu’il a écrits de sa propre main, tous ceux de Thucydide, que le même Démosthène a copiés jusqu’à huit fois de sa belle écriture ; achète, si tu veux, tous les livres que Sylla a fait transporter d’Athènes à Rome ; quel fruit en retireras-tu pour ton instruction ? En vain tu les étendrais pour te coucher dessus, en vain tu les collerais sur toi et tu t’en habillerais comme d’un vêtement. Le singe, dit un proverbe, est toujours singe, eût-il des ornements d’or. Tu as sans cesse un livre à la main et tu lis continuellement, mais tu ne comprends rien à ce que tu lis ; tu es un âne secouant l’oreille en entendant jouer de la lyre. Si la possession des livres suffisait pour rendre savant celui qui les a, elle serait d’un prix inestimable ; et si le savoir se vendait au marché, il serait à vous seuls qui êtes riches, et vous nous écraseriez, nous les pauvres.
Lucien de Samosate

La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés.
René Descartes

Le paradis, à n’en pas douter, n’est qu’une immense bibliothèque.
Gaston Bachelard

Les paroles des sages sont comme des aiguillons ; et, rassemblées en un recueil, elles sont comme des clous plantés, données par un seul maître. Du reste, mon fils, tire instruction de ces choses ; on ne finirait pas, si l’on voulait faire un grand nombre de livres, et beaucoup d’étude est une fatigue pour le corps.
Qohélet (L’Ecclésiaste)

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