Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 novembre 2013

Les rues éphémères

Classé dans : Cuisine, Histoire, Lieux, Littérature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 17:23


Rue Maillard, Paris 11e (novembre 2013).

Gaile Owens a été condamnée à la peine capitale au Tennessee, en 1986, pour avoir commandité le meurtre de son mari, retrouvé battu à mort un an plus tôt. Elle a invoqué pour sa défense les sévices qu’il lui faisait subir. En 2010, après toute une série d’appels infructueux de sa part, elle doit être finalement exécutée, mais le gouverneur de cet État, évoquant l’éventualité qu’elle ait effectivement été victime d’un « mariage abusif » qui l’ait affectée aussi psychologiquement, commue sa peine qu’il trouve trop sévère en une prison perpétuelle, ce qui ouvre la possibilité d’une ultérieure libération conditionnelle. Elle sort de prison en 2011.


Rue de Douai, Paris 9e (octobre 2012).

Connaissez-vous Douai ? Sans doute non : c’est une petite ville d’une région de France bien moins touristique que la côte d’azur, par exemple et que certains qualifient soit de sinistre soit de sinistrée, se demandant si la grande voisine de Douai, Lille, est entourée d’eau (ce qui n’est pas encore le cas), et qui ont dû peut-être entendre parler d’une autre de ses voisines, l’Athènes du nord (plus connue sous le nom de Valenciennes). Citons alors le Nouveau guide de l’étranger dans Douai (1861 ; depuis le temps, tout de même, on devrait mieux la connaître !) :

«On ne sait rien de précis sur les origines de la ville de Douai (en latin Duacum), on n’est même pas d’accord sur l’étymologie de son nom ; selon les uns, elle est tirée de ductus aquæ (moyen ou action de conduire l’eau), selon d’autres, de duæ aquæ (les deux eaux, à cause du double courant de la Scarpe qui entourait le château), ou encore de dou, dour, qui en celtique signifie eau ; ou enfin, de de hu wac (excubiæ, sentinelles), dont on aurait fait Dewacke, puis Duac et Duay.

Quoi qu’il en soit, il paraît fort probable que Douai fut d’abord une de ces forteresses bâties au IVe siècle, pendant la décadence de l’empire romain, afin d’empêcher les pirates saxons de remonter les cours d’eau qui traversaient le pays. C’est vers la même époque que furent construits Nobiliacum (Arras), Victoriacum (Vitry), sur la Scarpe ; Orciacum (Orchies), sur l’Ourche, etc., etc.

Mais la première mention certaine que l’on trouve de notre cité, dans les anciens titres ou les chroniques, remonte seulement à l’année 611. A cette époque, deux ducs puissants, alliés par leur mère Gerberte à la famille royale et parents de Dagobert, Adalbald et Erkhinoald, possédaient du chef de Gerberte, le château de Douai ; ils le firent réparer et y construisirent, à leurs frais, une église consacrée à la Vierge Marie, et qui devint plus tard la collégiale de Saint-Amé. Ils élevèrent en outre, au bord de la rivière, une tour d’une force et d’une hauteur merveilleuses. »

Voilà pour le passé lointain de Douai. Plus récemment : elle fut, au 18e et 19e siècles, le siège d’une Cour royale, et c’est là que la grande poétesse Marceline Desbordes-Valmore est née (en 1786) : Verlaine, qui la découvrit par Rimbaud, nous dit Robert Sabatier dans son Histoire de la poésie française, affirme : « Nous proclamons à haute et intelligible voix que Mme Desbordes-Valmore est tout bonnement la seule femme de génie et de talent de ce siècle, en compagnie de Sappho peut-être et de sainte Thérèse ». Amen. La ville de Douai a donné son nom à sa bibliothèque municipale (ce que la Wikipedia ne sait pas encore), qui, malgré l’incendie qui ravagea 9/10e de son contenu durant les bombardements d’août 1944, possède un fonds patrimonial comprenant entre autre plus de 600 manuscrits médiévaux.

Pour le présent, on signalera l’exposition « Corot dans la lumière du Nord » qui se tient actuellement et jusqu’au 6 janvier 2014 au musée de la Chartreuse de Douai.

Et que vient faire cette morue, comme un cheveu sur la soupe ? On ne peut que supputer que cette plaque éphémère placée à Paris célèbre la recette d’accras de morues que l’on trouve sur le site « maville Douai », même si chronologiquement il y a un petit problème d’inversion temporelle.

16 novembre 2013

Life in Hell : « Il n’y a rien de plus beau qu’une clef, tant qu’on ne sait pas ce qu’elle ouvre. » (Maurice Maeterlinck)

Classé dans : Actualité, Littérature — Miklos @ 11:11

« Il ne faut pas, comme disent les Limousins qui ont oublié leur clef, rester fermé dehors. » — Pierre Daninos, Les Carnets du Major Thompson.

14 novembre 2013

Christiane Taubira premier ministre ?

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Société, Économie — Miklos @ 19:42

Je tâche d’éviter d’être l’un de ces millions de Français qui expriment haut et fort leur avis sur tout et savent bien mieux que le président ou le premier ministre ce qu’il faut faire ou ne pas faire, tout en étant silencieusement bien contents de ne pas être dans leurs chaussures. Ceci n’est donc pas un conseil avisé.

C’est une idée qui m’est passée par la tête, en lisant les pages que mon quotidien (papier) consacre à l’affaire en question, tout en critiquant la place que les médias accordent à ce(s) parti(s) extrémiste(s) qui attisent le feu en jubilant.

Je ne sais si l’on doit changer l’une des deux têtes de l’exécutif, s’ils dysfonctionnent vraiment ou s’ils réagissent tant bien que mal aux « circonstances », à la « crise », aux manifestations et aux sondages perpétuels, et donc si tout autre que l’un ou l’autre (ou les deux) n’agirait pas de même.

Mais ce que je sais c’est que ce ne sont pas des Churchills, pour sûr, qui savait convaincre le peuple britannique plongé dans la nuit de le suivre, tout en ne promettant que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. C’est ce rôle symbolique qui nous manque à tous, et ce ne sont pas des nuées de chiffres économiques aussi variables que la température qui sauront nous redonner confiance en ces temps incertains.

Alors, cette fonction symbolique, qui pourrait l’incarner mieux que Taubira, qui, comme l’écrit ce journal, « a endossé la fonction de Garde des Sceaux avec une hauteur de vue qu’on avait presque oubliée tant la paresse politique s’est perdue depuis trop longtemps dans la paresse des slogans et dans l’affolement des scoops. Cette exigence politique et morale qui est la sienne, et qu’elle suit depuis le début de son exercice, est devenue la cible de ceux qui s’appuient sur la paresse et la malhonnêteté intellectuelles pour prospérer. » ?

Si c’est ce qui manque là-haut, je sais aussi que cela ne suffit pas pour faire d’une personne un bon premier ministre. Je n’ai aucune idée si Taubira possède ces autres capacités, voire qualités.

Mais on peut rêver, non ?

13 novembre 2013

Immigrés

Classé dans : Langue, Littérature, Religion, Société — Miklos @ 19:04


Immigrants à Ellis Island (source)

La migration est un phénomène tout aussi ancien que la vie sur terre : il est même concomitant à la vie elle-même comme une des stratégies de survie. Les animaux migrent ; les plantes, elles aussi, migrent ; comment n’en serait-il pas de même de l’espèce humaine ?

Chez cette dernière, on retrouve des schémas assez constants dans le long processus d’intégration qui s’ensuit à une arrivée souvent forcée par la nécessité dans une société et une culture étrangères rarement accueillantes, processus qui concerne tous les aspects de leur nouvelle vie. D’une part, le difficile apprentissage d’une langue, d’us et de cou­tu­mes, de culture, de démocratie, de laïcité parfois bien différents de ce qu’ils connaissaient jusque là, processus qui peut s’accom­pagner d’un repli voire d’un enfer­mement communautaire, ou, à l’inverse, du rejet de son propre patrimoine par la première ou la seconde génération qui embrasse parfois aveu­glément une modernité qui la fascine pour revenir, une ou deux géné­rations plus tard, de façon apaisée ou exa­cerbée, vers la tradition, réelle ou fantasmée, de leurs ancêtres. D’autre part, la perte de statut socio-profes­sionnel qui ne laisse souvent comme choix que celui de prendre les métiers considérés comme les plus bas sur l’échelle sociale et délaissés par les autochtones (qui ne sont après tout que des descendants d’immigrés) qui considèrent avec mépris ou ignorent tout à fait ces exploités mais qui ne manqueront de critiquer leur ultérieure ascension sociale… Conflits inter­gé­né­ra­tionnels, racisme, margi­na­li­sation, fonda­men­talismes y trouvent malheu­reu­sement un terreau bien fertile.

Les passages que l’on pourra lire ci-dessous reflètent ces phéno­mènes dans le cadre des vagues d’immi­grations juives en provenance de l’Europe de l’Est où ces popu­lations souffraient de pau­vreté et de persé­cutions croissantes. Leur desti­nation : l’Amérique, cet ailleurs rêvé, fantasmé, comme d’un paradis sur terre mais où le réveil à l’arrivée est souvent accom­pagné de ces chocs dont nous parlons plus haut, comme le chante avec humour le grand Aaron Lebedeff à quasiment la même époque. Ces textes sont extraits du roman Uncle Moses de l’écrivain Sholem Asch, publié en anglais (l’original est en yiddish) en 1920. L’auteur sait de quoi il parle : né en 1880 dans la petite ville polonaise de Kutno (où Napoléon était passé en 1807) dans une famille juive tradi­tio­naliste, il en partira au début des années 1900 et vivra succes­si­vement en Palestine, aux États-Unis, en France, de nouveau en Palestine puis aux États-Unis, qu’il quittera après le rejet par le lectorat juif de sa fameuse trilogie « chré­tienne » (dont seul Le Nazaréen a été traduit en français et publié, une seule fois, en 1947) pour s’installer en Israël et décéder à Londres en 1957.

La version intégrale de la tra­duc­tion en anglais du roman et celle de l’ori­ginal en yiddish se trou­vent à la fin de ce billet. On pourra en écouter ici la lecture inté­grale en yiddish. Un film éponyme a été réalisé en 1932 par Sidney Goldin et Aubrey Scotto avec le grand acteur Maurice Schwartz dans le rôle prin­cipal, dont il existe une version en DVD (sous-titré en anglais).

Au début du roman, Asch décrit une famille juive ori­gi­naire d’un shtetl de Pologne, Kuzmin, venue s’installer à New York quelques années aupa­ravant, dans une vague d’émi­gration qui avait saisi quasiment tous les habitants du village partis à la suite d’un de leurs jeunes à l’esprit entre­prenant et aux dents longues, Moses Melnik, garçon-boucher de son état. Arrivés au pays de leurs rêves, ils se retrouveront tous réduits, de l’instituteur à l’artisan et jusqu’à la lie de leur société d’antan, à travailler dans des conditions de quasi escla­va­gisme sous la coupe de cet homme devenu un employeur impi­to­yable que tout le monde appelle Oncle Moses – lui-même esclave de cette machine productiviste qui broie tout jusqu’à ses créateurs, comme l’illustrera quelques années plus tard le film Metropolis – dans un de ces sweatshops de l’époque, ateliers de confection où non seulement les ouvriers étaient exploités de façon éhontée mais où des accidents tragiques n’étaient pas rares.

Le père, Berrel, ne s’est pas intégré dans ce monde nouveau qu’il ne peut comprendre ; à l’inverse de sa femme, Gnendel, qui embrasse avec enthousiasme la mode et la culture (juive) américaines dans lesquelles baignent leurs enfants, il sait que ce n’est plus dans ce monde qu’il trouvera le bonheur. Il se réfugie dans la religion de ses ancêtres avec un sentiment de profonde solitude mêlé d’exaltation pour cet autre monde vers lequel il se rapproche. Son frère Aaron, lui aussi père de famille, essaie infructueusement d’échapper au travail mécanique dont il est esclave.

Leurs enfants – les trois filles Deborah, Rachel et Clara et le fils Charlie – n’ont pas bénéficié également de leur immigration. L’aînée, Deborah, a dû trouver immédiatement du travail pour aider sa famille, tandis que ses sœurs, et surtout son frère, le benjamin, ont pu faire des études ; grâce à son sacrifice, lui a toutes les chances de devenir avocat et de réaliser ainsi le rêve de toute mère juive archétypale, et les deux sœurs de trouver des partis bien établis socialement, tandis qu’elle est condamnée à devenir une vieille fille aigrie.

Et ainsi, aux sentiments d’aliénation qui se sont installés entre les deux parents puis entre les parents et leurs enfants se rajoutent aussi des tensions au sein de la deuxième génération, dues aux parcours différents des membres de la fratrie et aux sentiments d’injustice et de frustration qui en découlent.

Ces problèmes familiaux s’inscrivent dans un cadre plus large de conflits et de boule­ver­sements parfois drama­tiques que le roman déve­lo­ppera ensuite avec subti­lité, autant sur le plan social que psycho­logique. Oncle Moses, tel un parrain mafieux, plie impi­to­ya­blement tout le monde à ses besoins et à ses désirs : ses ouvriers, dont il tente de casser les velléités de syndi­cation puis de grève, et qui seront orga­nisés et repré­sentés plus tard par le fils de Berrel, Charlie, devenu avocat ; Masha, la splendide nièce de Berrel à peine sortie de l’ado­les­cence, très proche de son cousin Charlie, et que Moses, quinqua­génaire solitaire en plein retour d’âge, épou­sera quasiment de force afin qu’elle lui donne des enfants. Mais rien ne se passera ensuite comme prévu.

Le théâtre de ces scènes de la vie des immigrés est la transpo­sition de ce paradis sur terre qu’était malgré tout le shtetl du « vieux pays » (où Berrel souhaitera retourner « pour y mourir ») dans l’enfer que repré­sente l’atelier dans ce nouveau monde tant désiré.

That night Joseph’s home was besieged by relatives, near and distant, by neighbors and anxious members of the community, who came to ask news of the children and friends they had in America. If one of them had a son in Africa, in Brazil, or even in London, he came to ask news of the American. For what sort of place this America might be was not clearly understood in the village. In those days everything was called America. Just across the border, it seemed, was one vast city and the name of that city was America.

[…]

In America the inhabitants of the village found one another anew. On the Bowery stood a filthy, dust-laden three-story structure, covered with the dust that the elevated trains whirled up from the streets. And in the upper stories dwelt the entire village of Kuzmin. And the village sewed clothes for the American. And who might not be found here in this Bowery building? The Hebrew teachers of the town,—the leading citizens side by side with artisans and the scum of the village, —all sat on the top floor of the Bowery edifice, sewing and sewing away. And whosoever landed here, remained for the rest of his days. They knew but one round: in the morning from their homes to the Bowery; at night, from the Bowery to their homes. Over the entrance to the house on the Bowery was a small, dust-covered sign, which bore “the American’s” name: Moses Melnick.

[…]

Gnendel entered from the next room and although she was already a grandmother,—although she had been in America for twelve years and had had five children, whose pay she practically tore out of their hands, she still wore the same elegant wig with the three curls over her shining forehead, just as she had been accustomed to do at home, in Poland, when dressed in gala array for the synagogue on the Sabbath and other holy days. While America had had a devastating effect upon her husband Berrel, having in a very short time made a bent old man of him, it had affected Gnendel in quite the opposite way. Gnendel had grown younger in America. She had here become “liberal.” Instead of Zeena UreenaThe “Zeena Ureena” is a book, particularly intended for Yiddish women, containing an exposition of the Bible plentifully besprinkled with folk tales., which had been her spiritual food in her old home, she began here to read Yiddish newspapers and take an interest in everything. The children often took her along to the Jewish theatre, which she enjoyed immensely; she was fond, moreover, of attiring herself in her daughters’ cast-off shoes and altered dresses, so that, in a certain manner, she managed to follow the fashions, except that she was a trifle behind. Her husband’s piety and devotion to the sacred books, which at home had been her pride, had in America lost their value to her almost entirely. And because the machine had aged Berrel so quickly and bent him over, he lost all attraction and respect in her eyes. She made life hard for him in his declining years.

[…]

Deborah who well remembered her father as he had been in the old country, where he was the most highly respected ChassidMember of a Jewish sect founded in Poland about 1750, by Rabbi Israel ben Eliezer Baal-Shem, to revive the strict practises of the earlier Chassidism. This earlier sect was founded about the third century B.C. by opponents of the Hellenistic innovations. It was devoted to the strict observance of the ritual of purification and separation (Webster’s New International Dictionary, under Chasidim). in the town with a splendid home,—who had lived through the bitter times of advancing poverty that had forced him to move his family to America, when she was already a grown-up girl, felt, more than the rest of the children, a certain respect for her father. Her father’s cry of “Deborah, dear!” summoned the remembrance of their former home in the little Polish town, where her parents called her by that same name. She paused, and was on the point of going to help her mother with the breakfast, as she was once wont to do, but as she looked at her brother who was dressing in such calm, leisurely fashion, she was provoked.

“Well, everything here goes upside down.”

Deborah had teen the first of the children to earn money and bring it home to her mother; she had found employment from the very first day on which she landed. Wherefore she imagined that she was the real mistress of the household. She grudged her brothers and sisters their opportunity to attend the public schools—one of them for a year, the other for two years. She had been obliged to toil from the very first, whence she got the notion that she supported the rest. Her brothers and sisters indeed had now been working for a long time; it was Charlie whom she envied most. He was the only boy and had come to America while yet a child, thus having gone to the public schools longer than the others. Today he was a grown-up fellow, yet he did not work “steady,’” in the evenings attending “preparatory school” and in the daytime sporadically picking up whatever work presented itself. His sister simply could not endure seeing that he would soon be ready to enter college; maybe he would finally become a lawyer, thus gratifying his ambition. She felt convinced that all this was due to her self-sacrificing youthful toil,—that because of him her lips and hands had become so coarse, and her neck so thin that the veins showed through. Because of him she had remained an old maid.

[…]

Aaron stared at his sister-in-law in amazement. Was this the pious woman who in the old country used to lead the women in prayer at the synagogue and come running in to the House of Study every other day to discover whether a certain piece of meat or a fowl were fit for food from the Mosaic dietary standpoint? She had always had questions of food purity to be settled. What had become of her during the few years that she had been in America?

Gnendel, however, as we have seen, had become “liberal.” Berrel’s home was divided into two camps. One party was composed of the father and the two older daughters,—Deborah the ‘old maid’ and Rachel, who had married a Galician Jew. These two remembered their father from his prosperous days, and still respected him. The other party was comprised of the mother and the two younger children, Charlie and Clara, who had completed their bringing up in America. They were fond of their mother, who returned their affection. The parties clashed at every meal.

Berrel himself could not understand what had come over his wife since she had landed. But he was used to this bepuzzlement. There were so many things he did not understand in America. He simply got used to them and stopped asking questions. The twelve years that he had been in America were lived in solitude, in abandonment amidst his family circle. He had none to converse with. Not only were his children estranged from him, but the very wife who had borne him the children and with whom he had shared so many years of his life, became a stranger to him here in America. This spiritual solitude drove the man to religious ecstasy. He sought life in his religion. This world he had already lost; so he desired the next world, for which he was preparing, to be richer and more glorious. He did not eat the same bread as the rest of his family. Saturday evening he would go to a friend who lived on a Jewish street and who dealt in kosher butter and cheese. He would recite prayers with him, would purchase a cheese and a half- pound of butter and would live upon this fare from one week to the next. It was of this food that he now ate his breakfast.

A quarter of an hour later Gnendel’s kitchen was quiet and empty. Everybody had gone off to work.

When Aaron and Berrel reached the street Aaron looked closely at his brother and for the first time fully realized how old Berrel had become during his brief residence in America. He was already an aged man with a grey beard and stooping shoulders. Yet what a short time ago, it seemed, had this man been Berrel the Chassid of Kuzmin, with a jet-black beard, blooming red cheeks and black, sparkling eyes! Berrel the Chassid, who was so active in all community affairs,—a veritable “live-wire.” He had been a merchant, had ridden to Ger to the Chief Rabbi and had been a deep student. And was this he? It seemed to Aaron that he had two brothers,—that Berrel the Chassid had remained in the little Polish, town and that this one at his side was a decrepit old operative, a complaining, broken-down old fellow.

Berrel noticed Aaron’s glances and knew the thoughts that stirred behind them.

“But, Berrel,” smiled Aaron, “how can you …”

Aaron choked back his query.

“Bah, the end isn’t so far off. I ask nothing more of the world. I’ve had enough.”

And now Aaron could understand why, amid his servitude, his brother had not lost hope and courage. Not until now had he discovered the reason for his brother’s calm contentment, for the untainted clearness of his eyes. Now he saw it all. His brother believed in a future life, and the nearer he came to the next world, the happier and calmer he grew. It seemed to him that he could see his brother sailing to the shores of an island where there were awaiting him stored-up treasures that he had accumulated during his life, and that his enjoyment of them was soon to begin. The nearer he came to the island, the happier and calmer he grew. Belief in the future world infused the brother with strength to endure so placidly and patiently the vicissitudes of the present. For the first time Aaron envied his brother his belief, and he began to seek in his own life something analogous to his brother’s faith. But he could discover nothing. His life was empty—only poverty, monotony, and barren, slavish toil for his daily bread. . . .”

11 novembre 2013

J’adore la cornemuse

Classé dans : Musique, Photographie — Miklos @ 22:31

«Cet instrument [la cornemuse] est d’une haute antiquité, car, à Rome, sur un bas-relief grec dans le palais de Santa Croce, situé près de l’église Saint-Charles, on voit une cornemuse fort exactement représentée, et ce qui paraîtra plus extraordinaire, c’est que le personnage qui tient l’instrument ressemble, pour le costume et le caractère de la figure, à un habitant des hautes terres de l’Écosse (Highlanders). »

Adolphe Le Doucet de Ponté­coulant, Orga­no­graphie. Essai sur la facture instrumentale. Paris, 1861.

«L’instrument [la cornemuse] est souvent associé au Diable et à la Mort dans les manuscrits médiévaux, dans les fresques de la danse macabre, dans les tableaux de Bosch, et le même lien existe dans le théâtre élisabéthain ; en raison de la forme tordue de l’instrument, de ses associations obscènes, du fait, aussi, que l’instrument était en peau de chèvre (le diable n’est-il pas appelé le grand bouc ?).

Claire Bardelmann : « “Musicke in some ten languages” : les musiques du diable dans le théâtre élisabéthain », in Enfers et délices de la Renaissance, textes réunis et présentés par François Laroque et Franck Lessay. Presses Sorbonne Nouvelle, 2003.

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