Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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2 novembre 2013

Tout et son contraire

Classé dans : Actualité, Histoire, Société — Miklos @ 19:34

Le titre et le premier paragraphe de ce récent article de TF1 ne manquent de faire penser au refrain de la célèbre chanson à boire, Chevaliers de la table ronde, ou, moins musicalement, à une récente performance de Google Translate.

Sur le fond, comment ne pas com­prendre le poids parfois insur­montable de certains noms de famille. Ce n’est d’ailleurs pas la seule raison de vouloir en changer comme le montre Nicole Lapierre dans son très inté­ressante étude consacrée à cette démarche (on en avait déjà parlé), et cette démarche n’est d’ailleurs pas toujours le fait d’un choix personnel – j’en sais quelque chose.

Mais ce poids concerne parfois aussi des prénoms et pas uniquement pour des raisons fami­liales. Ainsi, Aaron K., ce professeur (main­tenant retraité) que j’avais connu à l’uni­versité : né en Allemagne peu avant la guerre, il avait pu s’en échapper vers l’Angleterre à temps – il était juif – dans le cadre de l’opé­ration Kindertransport. Ce que j’ai appris bien plus tard, c’est que son prénom d’origine était Adolf…

Quitte à se remémorer une personnalité qui a porté ce prénom, autant évoquer Adolphe Crémieux (né, lui, Isaac Moïse…), à qui l’on doit, entre autres, l’abolition de la peine de mort pour fait politique et de l’esclavage dans les colonies (mesure « ajournée » par Arago), alors qu’il était ministre de la justice du gouvernement provisoire en 1848 ; la fondation en 1860 de l’Alliance universelle israélite, qui, outre son activité pédagogique, a aussi défendu les chrétiens du Liban massacrés par les Druzes quelques années après sa fondation ; et, dans le gouvernement de 1870, de fameux décrets, non pas uniquement celui qui accordait la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie jusque là soumis au statut de dhimmi, mais aussi la naturalisation des « indigènes musulmans et des étrangers résidant en Algérie », ou encore la fin de l’administration militaire d’Algérie.

1 novembre 2013

Trop, c’est trop

Classé dans : Littérature, Progrès, Société — Miklos @ 17:06


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Les nouvelles technologies actuelles de la communication encouragent le picorage, la dispersion, le feuilletage, le multitâche, la brièveté : les hommes parmi nous pourraient envier Shiva aux quatre bras et les femmes la Déesse de la miséricorde aux mille bras (il est vrai que la gent féminine en a toujours eu plein les bras) quand on voit à quoi en est réduit ce couple dont le célèbre et sérieux Weekly World News nous parlait le 22 août 2005. Mais ce sont plusieurs têtes qu’il nous faudrait aussi avoir pour éviter de ne pas savoir ou en donner, sans pour autant ressembler à l’Hydre de Lerne, ou mieux, la capacité à se démultiplier à l’instar de l’héroïne d’une jolie nouvelle éponyme de Marcel Aymé :

«Il y avait à Montmartre, dans la rue de l’Abreuvoir, une jeune femme prénommée Sabine, qui possédait le don d’ubiquité. Elle pouvait à son gré se multiplier et se trouver en même temps, de corps et d’esprit, en autant de lieux qu’il lui plaisait souhaiter. Comme elle était mariée et qu’un don si rare n’eût pas manqué d’inquiéter son mari, elle s’était gardée de lui en faire la révélation et ne l’utilisait guère que dans son appartement, aux heures où elle y était seule. »

Ce don lui avait permis de démentir aisément l’adage « Qui trop embrasse mal étreint » en dépassant les quatre murs de son appartement sans que son mari ne s’en aperçoive et en embrassant de tout son saoul, mais ça ne s’était pas bien terminé, comme vous pourrez le constater à la (re)lecture de ce texte que l’on trouve dans le recueil Le Passe-Muraille. Toutes les nouvelles en valent la peine, croyez-moi.

Il faut toutefois éviter de tomber dans l’excès inverse, sous peine de devenir à l’image de la Comtesse de B… fait par elle-même dans ce Recueil de pièces galantes en prose et en vers de Madame la Comtesse de la Suze et de Monsieur Pélisson (1741), voyez donc :

«J’ai de la paresse, et suis fort glorieuse, et ces défauts m’en donnent d’autres ; car ils me font être peu flatteuse et recherchante, et de peur d’en faire trop, souvent je manque d’en faire assez. »

Rabattons-nous alors sur un autre adage qui nous vient de la Dixième philippique de Cicéron : « Nec nimium, nec parum », ni trop, ni trop peu.

31 octobre 2013

Comment se préparer à la grande panne

Classé dans : Histoire, Peinture, dessin, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 22:29


« Dites-donc, Duschmoll, c’est ce que vous appelez réseauter ? »
Source : Publicité IBM, Network World, 4 décembre 1989.

Pour ceux qui identifient l’internet avec le Web, on rappellera que l’émergence du premier, accompagnée de fonctions de courrier électronique, de forums, de chats et de transferts de fichiers, précède d’une vingtaine d’années l’invention du second au début des années 1990.

Ce qu’on sait un peu moins, c’est que le streaming audio a été développé dans les années 1920, bien avant l’apparition des réseaux informatiques, pour diffuser de la musique de fond à des grands magasins ; cette technologie, appelée ulté­rieurement Muzak, utilisait le multi­plexage de lignes télé­phoniques pour ce faire. Et si l’on remonte un siècle plus tôt, c’est en 1836 que Morse (et d’autres) invente le télé­graphe électrique.

Quant aux plus récents moyens de communication rapide, le tout premier SMS a été envoyé en décembre 1992 et Twitter a été créé en 2006.

Mais comment ferons-nous pour com­muniquer quand il n’y aura plus d’élec­tricité (d’autres questions se poseront alors aussi, mais on les laisse pour de futurs billets) ? À défaut de télé­pathie, on pourra évi­demment utiliser la méthode illustrée ci-dessus, mais sa portée est limitée. On rappellera donc d’autres technologies éprouvées : le sémaphore (1806), le porte voix (vers les années 1650), le pigeon voyageur (il y a environ 3000 ans) et les signaux de fumée (utilisés depuis l’antiquité en Chine sur la Grande Muraille jusqu’aux derniers Indiens d’Amérique avant leur colo­ni­sation). Faites vos réserves !


(
source)

Life In Hell : Super U se lance dans le fast food

Classé dans : Actualité, Cuisine, Économie — Miklos @ 0:44


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Spirou est non seulement un pastaphile convaincu, mais aussi un caséophile averti (l’un et l’autre se combinant à perfection à l’aide d’une des trois petites rapes – toutes identiques – que possède Akbar pour ce faire). C’est pourquoi il veille à se fournir en grandes quantités de fromages de tous ordres qu’il consomme avec délectation.

Mais quelle n’est pas la surprise d’Akbar de constater qu’une belle tranche de 350 gr. de comté aop lc 32% usav. 18/21ms (rien que le nom lui donne l’eau à la bouche), encore hermétiquement emballée et conservée à 4° (bon, à 5°) comme le recommande l’étiquette, exhibe des tâches de moisissure. Je me demande si c’est une caractéristique d’une production spéciale du Fort des Rousses destinée à la gamme « Saveurs U », murmure-t-il in peto.

Il en parle à Spirou. Ils exa­minent l’étiquette, et constatent qu’il y est indiqué qu’il fallait consommer ce fro­mage le jour-même de son embal­lage. Spirou affirme, indigné, qu’il n’aurait jamais été capable d’ingérer ces 350 gr. si rapi­dement, même s’il lui arrive de fréquenter de temps à autres des fast foods : il n’a pas encore atteint ce niveau de consom­mation express, mais je ne désespère pas d’y arriver, ajoute-t-il avec son enthou­siasme habituel.

Akbar lui demande alors ce qu’il faut faire de ce fromage. Après un moment de réflexion, Spirou propose de le garder et de voir si après quelques mois d’affinage supplémentaire, il se transformera en roquefort (Akbar, lui, aurait préféré du bleu de Gex, mais ce n’est pas ses oignons son fromage). Comme ça, il n’y aura pas de gaspillage et on saura si c’était du vrai ou de la gomme.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

28 octobre 2013

Le Parisien innove

Classé dans : Actualité, Langue, Musique, Médias, Peinture, dessin, Société — Miklos @ 20:55


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Au cœur de notre culture, le français est une langue ancienne qui a régulièrement besoin d’être époussetée et rendue plus accessibles aux masses laborieuses qui peinent avec sa syntaxe et sa sémantique. C’est à quoi Le Parisien s’est évertué – dans un article concernant la vie culturelle, « Booba papa ? La rumeur qui enflamme Twitter » – en prenant des libertés avec l’orthographe et le sens souvent trop précis des mots de notre belle langue, dans le plus pur style rap (à propos, vous avez remarqué ce que donnent les trois premières lettres du nom de ce journal en verlan ?).

Ainsi, on peut y lire : « Depuis dimanche, Twitter est inondé de photos de Booba entouré d’une jeune femme. Cette jolie brune pose également avec un ventre arrondi. » Si ce ventre est celui de la jolie brune – ce que le journal ne précise par discrétion –, on peut se demander quelle est sa taille (en largeur) pour lui permettre, dotée d’un tel embonpoint, d’entourer ainsi son Booba qui pourtant n’a pas l’air filiforme. Mais là aussi le journal reste discret.

Mystère pour mystère, il rajoute que « Personne ne sait d’où viennent ses clichés, ni leur véracité est avérée. » Clin d’œil à la lectrice avertie (c’est la rubrique La Parisienne, après tout) qui saura lire entre les lignes : puisque ce sont ses clichés, ils doivent venir de sa poche, c’est avéré ça !

Plus loin, notre Parisien nous informe : « Au départ, une série de photos a affolé les fans, sans que l’on cinnaisse leur provenance, ni leur véracité. […] Booba, loin des textes hardcorde de certains de ses morceaux, coule des jours heureux avec une jolie brunette aux formes voluptueuses. […] on le voit souriant […] au côté d’une très jolie jeune femme. » On en déduirait que la brune voluptueuse n’a, comme une bande dessinée de Möbius, qu’un seul côté. Quoi qu’il en soit, on espère que son compagnon ne l’attachera pas avec une corde plutôt hard avant qu’ainsi naisse (remarquez-en la nouvelle orthographe) le fruit de leurs amours.

Tous nos vœux au jeune couple et à leurs fans.

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