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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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23 juin 2013

Des diverses acceptions de Tête de Turc et de l’utilité particulière des dynamomètres

Classé dans : Langue, Littérature, Peinture, dessin, Sciences, techniques — Miklos @ 23:19


À gauche : tête-de-turc dans une foire. (
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À droite : caricature d’Albert Hahn, 1918. (
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Têtes de Turc

Le Trésor de la langue française donne comme sens premier de cette expression un objet de foire servant à mesurer sa force – Théophile Gautier s’y était essayé avec succès, comme on le verra – et qui, s’il existe toujours, a changé de forme (on ne tape plus sur les Turcs si ce n’est politiquement), tandis que le dictionnaire de Delvau en donne le sens figuré tout en mentionnant brièvement sa dérivation. Quant au dynamomètre, dont la tête de turc de foire en est une déclinaison, il a d’autres usages, comme on pourra le constater dans le fort délicieux conte (a)moral qui suit.

Tête de Turc, s.f. Homme connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur lequel on s’exerce à l’épigramme, à l’ironie, à l’imper­ti­nence, — et même à l’injure, — assuré qu’on est qu’il ne protestera pas, ne réclamera pas, et ne vous cassera pas les reins d’un coup de canne ou la tête d’un coup de pistolet.

C’est une expression de l’argot des gens de lettres, qui l’ont empruntée aux saltimbanques.

Alfred Delvau, Dictionnaire de la langue verte. Argots parisiens comparés. E. Dentu, éditeur. Paris, 1867.

Tête de Turc. Dynamomètre sur lequel on essaie sa force, dans les foires, en frappant sur une partie représentant une tête coiffée d’un turban ; p. anal., personne prise pour cible de critiques, de plaisanteries ou de railleries.

Trésor de la langue française informatisé, article « tête », 1994.

Un jour, dans je ne sais plus quel jardin public, il [Théophile Gautier] donna sur la « tête de Turc » un coup de poing qui marqua cinq cent vingt livres au dynamomètre. Bien souvent je l’ai entendu s’en vanter et dire : « C’est l’action de ma vie dont je suis le plus glorieux. »

Maxime Du Camp, Théophile Gautier, p. 20. Librairie Hachette, Paris, 1890.

Le Dynamomètre

I

– Et tu es convaincu que ta femme te trompe ? fit le substitut Vessaride à son ami Cuminet qui le venait consulter sur un fait douloureux.

– Certainement ! répondit Cuminet à son ami le substitut Vessaride.

– Quelles raisons as-tu de le penser ?

– Toutes. Hortense n’est plus la même avec moi. Aucune impatience de mes caresses. Une joie mal dissimulée quand je la quitte. Affectation de petits soins ridicules. Elle parle toujours de sa fidélité, ce qui est un autre fâcheux présage. Je gagne maintenant au jeu, moi qui y perdais toujours. Il me semble entendre rire quand j’ai le dos tourné.

– Tout cela ne suffit pas, mon pauvre Cuminet, à prouver que tu es cocu, comme tu sembles le souhaiter.

– Aussi ai-je trouvé un moyen infaillible d’être sûr de mon affaire.

– C’est une supériorité que tu auras là sur beaucoup de maris que le doute torture.

– Et c’est très simple. Un ingénieur italien a imaginé un dynamomètre qu’on installe fort aisément dans le sommier du lit conjugal. Toute pesée exercée sur le lit le met en action et un curseur, comme celui des thermomètres à maxima et à minima, marque le poids maximum que le sommier ait supporté pendant un certain temps. J’installe cet appareil dans la chambre de ma femme. Je feins une absence de quelques jours et surtout de quelques nuits. Je sais à merveille, au retour, si elle a couché seule.

– Tu connais exactement le poids de ta femme ?

– Cent soixante. Je l’ai menée ce matin traîtreusement au Louvre, sous prétexte de lui faire un cadeau, mais, en réalité, pour me fixer sur ce point.

Le substitut Vessaride eut son mauvais sourire.

– Il ne doit pas s’ennuyer, fit-il. Et quand pars-tu ?

– Ce soir même.

– Et quand reviens-tu ?

– Dans trois jours. Je constate les indications du dynamomètre sans rien dire.

– Tu viens me retrouver. Je te choisis un avoué et nous introduisons une bonne petite instance en divorce basée sur un fait d’une certitude mathématique, ce qui est rare vraiment.

– Adieu. Je vais envoyer Hortense faire une commission pour moi, et, pendant ce temps-là, je dresserai la perfide machine. Je crois que je rirai dans trois jours.

– C’est tout ce que ça vaut, conclut le substitut Vessaride.

Et, après l’avoir quitté sur une chaleureuse poignée de main, son ami Cuminet fit exactement tout ce qu’il avait dit.

II

Ce Cuminet était-il vraiment cocu ? Ne l’outragez pas d’un doute à cet égard. En revenant de le conduire au chemin de fer, Hortense s’était arrêtée au premier bureau de télégraphe. Elle y avait adressé une dépêche au joli vicomte Pigelevent de Moncey, lui donnant un avis immédiat de son veuvage. Le soir même elle viendrait dîner avec lui. Je n’ai point à vanter les charmes d’une personne dont les bascules du Louvre se sont chargées de faire l’éloge, et un éloge éloquent. Les cent soixante livres que pesait, en effet, madame Cuminet, étaient réparties fort aimablement sur sa personne, accumulées aux bons endroits et bien en main pour qui en voulait éprouver la solide réalité. Ce n’était pas de méchantes livres fournies un peu partout et jusque dans les attaches. Une belle harmonie, une pondération radieuse donnait de ce bel ensemble une impression de souplesse et presque de légèreté. Un peu de l’âme de madame Cuminet, qui rayonnait sur son corps. Ce tout confortable était habillé d’une peau éblouissante de blancheur avec des coulées d’ambre sous la nuque et ailleurs encore, coiffé d’une admirable chevelure blonde descendant jusqu’aux jarrets quand on lui rendait sa liberté, éclairé par deux yeux bleus et un sourire d’une avenance parfaite avec une délicieuse pointe de moquerie. Le substitut Vessaride avait raison. Le joli vicomte Pigelevent de Moncey ne devait pas s’ennuyer.

– Trois nuits tout entières ! murmuraient gaiement les deux amants en croquant des écrevisses. Et le dîner ne fut qu’un long baiser avec quelques entr’actes de bonne chère.

– Non ! non ! pas ici ! disait Hortense, puisque nous pourrons nous coucher tout à l’heure.

Et ils supputaient avec une joie féroce le nombre d’accrocs qu’ils pourraient faire à l’honneur du malheureux Cuminet.

Hortense voulait emmener tout simplement son amant au domicile conjugal. Car les femmes ont un tel amour du bien-être qu’on ne trouve que chez soi qu’elles en oublient la plus vulgaire prudence. Mais le joli vicomte n’avait aucun goût pour les retours imprévus des maris qui pardonnent à leurs femmes à la condition qu’elles lui laissent massacrer leurs complices. Il entendait que l’adultère eût lieu chez lui. Hortense, qu’amusait cet intérieur de garçon, finit par y consentir. Elle rentra défaire son lit seulement pour ne pas mettre sa bonne Octavie dans la confidence. Un instant après, elle avait rejoint Pigelevent en voiture, et tous les deux eussent volontiers donné leur adresse au bout du monde, comme ce fou charmant de des Grieux. Comme ils se l’étaient promis, ils taillèrent copieusement dans l’honneur de Cuminet. Au bout de trois nuits, il n’en restait pas de quoi faire une veste à un Ménélas lilliputien. Ils avaient agrémenté ces déchirures d’un tas de petits découpages raffinés. Ils en avaient effiloqué l’étoffe avec le doigt et avec les dents. On eût dit le manteau invisible et sous lequel on apparaissait tout nu du joli conte d’Andersen.

Ils étaient vraiment ravis de leur ouvrage quand ils durent s’avouer, le troisième matin, qu’ils ne pouvaient se retrouver le soir, ce qui les jeta dans une indicible mélancolie.

III

À peine délie des embrassements éperdus du retour, M. Cuminet envoya sa femme lui faire une nouvelle commission. Fiévreusement il se mit a genoux le long du lit pour interroger le dynamomètre. Il fit un oh ! formidable, en lisant, au bout de la course de l’indicateur : Trois cent soixante livres ! Eh bien ! le résultat dépassait ses espérances. Il était jaune de fureur quand sa femme rentra, et, malgré qu’il eût nourri le dessein d’agir sans vacarme, il ne put se contenir.

– Malheureuse ! s’écria-t-il, il a couché quelqu’un ici.

– Je vous jure que non, mon ami ! riposta Hortense avec une sincérité parfaite et sans réfléchir au sens dangereux de sa réponse.

– Je sais ce que je dis, femme coupable ! hurla Cuminet décidément hors de lui, et vous aurez tout à l’heure de mes nouvelles.

Et, comme un fou, il se précipita chez le substitut Vessaride : Trois cent soixante livres ! s’écria-t-il, en entrant, sur un ton de triomphe douloureux.

Le magistrat eut encore son mauvais sourire.

– Elle n’a pas dû s’ennuyer, fit-il. Allons chez l’avoué commencer la procédure.

Et ils partirent bras dessus bras dessous. Cuminet répétait avec rage : Trois cent soixante livres ! quinze de plus qu’avec moi !

Durant ce temps, madame Cuminet, affreusement inquiète et bouleversée, avec les paroles obscures de son mari lui sonnant dans les oreilles, eut enfin une idée soudaine, comme une révélation. Elle sonna sa bonne.

– Octavie, lui fit-elle à brûle-pourpoint, vous avez couché dans mon lit cette nuit.

Octavie devint toute rouge. Le fait est que s’étant aperçue que Madame découchait, elle avait reçu son galant dans le lit des Cuminet, infiniment plus spacieux que le sien.

– Ah ! parlez ! parlez ! Il s’agit de mon honneur, de mon salut.

Octavie, qui était au fond bonne fille, avoua. C’est-à-dire qu’elle avoua à moitié. Elle avait entendu gratter des souris dans sa mansarde. Elle avait eu peur et était venue se coucher dans les draps de Madame, qui était absente.

Le réquisitoire s’achevait, quand M. Cuminet rentra, son assignation lancée, le chapeau sur l’oreille et se frottant les mains.

– Avouez à Monsieur, Octavie ! fit Hortense avec autorité.

– C’est moi qui ai couché ici, fit celle-ci pareille à un bouton de pivoine qui va éclater.

Cuminet eut d’abord un sourire d’incrédulité.

– À d’autres ! fit-il.

Mais, avec un élan de sincérité, un accent de vérité qui se fût imposé aux plus sceptiques : – Sur le salut de mon âme, s’écria-t-elle, sur la tête de mes parents vénérés, je jure devant Dieu que c’est moi.

Cuminet se frappa le front, vaincu par cette irrésistible impression d’honnêteté.

– Imbécile que je suis, pensa-t-il. Cette fille dit certainement vrai. J’avais oublié que ma femme est horriblement peureuse. Elle aura fait coucher Octavie avec elle pour ne pas rester seule la nuit.

Et, prenant brusquement son chapeau, il retourna en courant chez le substitut Vessaride.

– Arrêtons l’instance ! fit-il, tout est explique !

– Comment ?

– C’est avec une femme que madame Cuminet était couchée.

Le substitut Vessaride eut un sourire encore plus mauvais pour dire

– Et tu aimes mieux ça ?

– Certainement, fit l’innocent Cuminet. Vite ! vite ! retournons chez l’avoué.

Celui-ci reçut fort mal la communication. Il n’entendait pas qu’on l’eût dérangé pour rien. Il avait griffonné déjà deux aunes de papier timbré.

– Tu sais, c’est bon pour une fois, fit sévèrement Vessaride. Mais je te préviens que nous ne nous dérangerons plus pour toi, imbécile.

Ah ! dame ! c’est que, quand une affaire leur échappe, les gens de procédure ne sont pas contents !

En rentrant, pour demander pardon à sa femme de ses injustes soupçons, M. Cuminet répétait machinalement, comme un refrain : Trois cent soixante livres ! Trois cent soixante livres !

Il s’arrêta tout à coup pour penser : Je n’aurais jamais cru qu’Octavie, qui est bien râblée, mais petite, pesât deux cents.

IV

Très interloqué, un peu excité même par cette découverte, il s’en fut, droit en rentrant chez lui, à la chambre où Octavie faisait ses paquets, ayant déclare qu’elle ne demeurerait pas une minute de plus dans la maison, après cette humiliation.

– Mais je ne vous chasse pas, ma fille, lui dit avec une bienveillance extrême son patron. Je vous remercie, au contraire, de la sollicitude que vous avez eue et de la franchise que vous avez témoignée.

En même temps il se rapprochait d’elle avec une envie furieuse de la tâter aux bonnes places, lesquelles devaient être mieux rembourrées que les fauteuils de la Porte-Saint-Martin.

– Ah ! ah ! sournoise ! faisait-il en lui souriant.

Ma foi, il risqua une main en plein pétard, comme pour jouer au ballon.

– À bas les pattes ! hurla une grosse voix, et, d’un placard où il s’était fourré, un superbe cuirassier en petite tenue sortit, roulant des yeux furibonds.

Octavie voulut le calmer.

– Je me fiche pas mal de ton bourgeois ! poursuivit le cuirassier Latrouille. Du moment que tu t’en vas, je n’ai plus besoin de me cacher. Oui, mon bonhomme, c’est moi qui ai couché avec Octavie, dans ton lit, pendant que ta femme et toi étiez en voyage et, si tu n’es pas content !…

Cuminet, qui n’était pas brave, recula. L’horrible vérité lui était, du coup, révélée. Madame Cuminet était allée le tromper à domicile ! voilà tout.

Reprenant son chapeau avec fureur, il se précipita chez le substitut Vessaride.

– Je le suis ! cria-t-il, je le suis ! en entrant comme la foudre. Retournons chez l’avoué.

Mais le substitut Vessaride, très froid :

– Monsieur Cuminet, si vous ne me fichez pas la paix, comme je vous y ai déjà invité, je vous préviens que je vous fais arrêter comme fou.

Et Cuminet, qui n’était pas brave, rentra en maudissant le dynamomètre qui l’avait mis dans ce… fâcheux état. Il ferait beau voir que la science se mît à la traverse de l’amour !

Armand Silvestre (1837-1901), Nouveaux contes incongrus. Librairie illustrée, Paris, 1892.


Arsène Rivey : Tête de turc (étude). (source)

Conseils à tout jeune écrivain qui a sa place à se faire

Classé dans : Littérature, Photographie, Progrès — Miklos @ 10:05


Gonflage du ballon Le Géant de Nadar, le 14 septembre 1865, à proximité de la Barrière Utrecht à Amsterdam. Photo Pieter Oosterhuis. Source :
Rijksmuseum Amsterdam.
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«On lira avec intérêt À propos du Géant, texte de Jules Verne concernant l’immense ballon que Nadar avait fait construire en 1863.Indépendamment de l’infaillible procédé Pingebat que j’ai dit plus haut, en n’oubliant pas, dans les moyens de parvenir, la néces­sité de la cravate blanche et les avan­tages de la contemplation dévote et soutenue envers son propre nombril, — il est un autre excellent système, d’ailleurs complé­men­taire, à recommander à tout jeune écrivain qui a sa place à se faire.

Ce système est de commencer par se choisir, si notre écrivain se destine à la critique, une bonne Tête de Turc, —j’entends une Bête noire, à tort ou à raison, devant l’opinion publique, soit qu’il s’agisse simplement d’un homme ridicule, soit qu’il s’agisse d’un homme taré.

Il n’est pas du tout mauvais que ladite Tête de Turc soit triée dans les eaux gouvernementales , où généralement notre éternelle Fronde française n’a que l’embarras du choix.

Il y aurait une curieuse histoire de toutes les Têtes de Turc qui se sont succédé sous la pugilation publique depuis ces vingt dernières années seulement. Je n’aurai garde de tenter cette histoire, et je me préserve même de l’énumération martyrologique, n’ayant pas loisir ni volonté de me créer d’autres méchantes affaires. J’ai mon content de ce côté. — Je ne frapperai donc pas une fois de plus sur ces boucs émissaires, choisis pour payer pour tous, et quelquefois plus cher qu’ils ne doivent, — bien convaincu que là, comme partout, l’opinion publique a dû plus d’une fois taper à côté du vrai, et me consolant d’ailleurs des innocents immolés, par cette considération que le massacre ne les empêche guère, en somme, d’émerger leurs gras traitements.

Pour revenir à nos principes de tout à l’heure, le choix de sa Tête de Turc une fois fait, le débutant littéraire ou scientifique n’a plus qu’à prendre mesure et élan, et à commencer un roulement de ses meilleurs coups de poing sur la tète choisie.

En ces temps déjà anciens auxquels je remonte, c’était, —- à tort ou à raison, je le répète encore, — le pisciculteur M. Coste qui se trouvait être la Bête noire en question. Je ne me permettrai assurément pas de dire que rien ne lui manquait pour tenir au complet cedit emploi de Bête noire ; mais je trouve tout au moins qu’il remplissait les deux premières conditions : — il essayait une chose à peu près nouvelle, — il tenait au gouvernement.

M. Victor Meunier débuta par un coup de maître en tombant juste sur cette Tête de Turc : —abîmer M. Coste, c’était, dans ces temps—là, faire acte éclatant d’indépendance, de libéralisme avancé, de désintéressement. Tomber M. Coste, c’était proclamer les immortels principes de 89 ! .

J’y fus si bien mordu, moi jeune homme avec tous les autres, que ne sachant comment manifester ma fervente sympathie à cet homme d’avant-garde, je lui écrivis quelque temps après pour lui offrir la seule couronne de lauriers que j’eusse sous ma main : une place dans cette grande pancarte caricaturale des écrivains contemporains qui s’appela le Panthéon Nadar.

L’homme d’avant-garde accourut à toutes jambes, mais il eut le temps de se remettre en grimpant mes nombreux étages, et il se présenta devant moi froid, digne, noble, sententieux, imposant, solennel. — Il m’était donc enfin donné de le contempler, cet homme supérieur et pur ! — Il s’avançait comme sur son nuage avec une majestueuse lenteur. Jamais haute cuistrerie ne se drapa devant un profane dans une attitude plus imposante : c’était comme une évocation de Saint-Just, moins la beauté, croisé de Franklin et même un peu mâtiné de Carnot et d’une façon de Hoche plumitif. — J’adore les républicains qui sont républicains parce qu’ils aiment et qu’ils admirent ; il est vrai que —-j’en sais d’autres qui ne sont républicains que parce qu’ils haïssent et envient ; mais il ne s’agit pas de politique, et, transporté d’admiration devant ce type rêvé, je lui décernai du coup le brin d’immortalité grotesque et un peu grossière dont je disposais en campant incontinent ce cynocéphale dans le défilé de mes deux cent cinquante fantoches, sous le n° …, faute de mieux.

« —Si, au lieu de vous laisser aller à votre bête de camaraderie, et de couvrir votre deux fois trop grande feuille de deux cents infirmes inconnus, — me disait quelques mois après un éditeur peu poli, mais plein de bon sens, — vous m’aviez lithographié là, comme Benjamin dans son Chemin de fer de la Postérité, cinquante bonshommes pour de vrai, vous auriez gagné le double des quelques vingt mille francs que vous avez perdus à faire de la notoriété inutile à un tas de médiocres et de nuls — dont le dernier vous gardera rancune éternelle de ne pas se voir défiler avant George Sand ! »

Je ne regrettai rien pourtant, et quant à M. Victor Meunier, — mon homme d’avant-garde ! — en particulier, tout au contraire je m’applaudissais. En souffrant par lui, il me semblait doux de souffrir — et de payer — pour la Bonne Cause !

À quelque temps de là, des réclames de journaux m’annoncèrent que mon homme d’avant-garde venait de fonder un journal scientifiqueL’ami des Sciences.. — Toujours lui sur la brèche ! —- Quelle nouvelle pour la jeune France libérale, quels horizons pour la science de l’avenir !

Je courus discrètement apporter mon obole au travailleur honnête et désintéressé, et prendre un abonnement à son Évangile mensuel.

Je n’avais jamais revu M. Victor Meunier depuis notre séance caricaturale, mais mon âme était toujours avec lui !

Aussi, lorsque j’avais créé l’AéronauteBulletin mensuel illustré de la navigation aérienne.
Fondé en avril 1868.
,—organe futur de notre future société de la Navigation aérienne au moyen d’appareils plus lourds que l’air, —j’aurais cru faillir à tous mes devoirs en oubliant le nom de M. Victor Meunier parmi ceux des quelques hommes de courageuse initiative qui n’hésitaient pas à se mettre en avant pour proclamer et défendre une vérité de demain. — C’était encore un acte de foi, de sympathie et d’hommage vis-à-vis de ce grand caractère. ‘

Il manquait quelque chose encore à ma colonne de bons points dans la balance de mon compte avec M. Victor Meunier ; mais il était dit qu’il n’y manquerait rien.

Un soir, — c’était quelques jours avant ma seconde ascension, — j’avais chez moi trois amis, MM. D…, de C… et P… Je suis autorisé à dire les trois noms à M. Victor Meunier s’il vient, par hasard, me les demander.

On causait de choses et d’autres. Un de ces messieurs, —celui-là surtout n’attend qu’un signe de M. V. Meunier pour se nommer, — vint à accuser M. V. Meunier d’un acte que je veux croire peu habituel dans la profession d’écrivain scientifique.

Quoiqu’en ce moment absorbé par d’autres pensers en dehors de la conversation commune, j’entendis, —et je me dressai comme un ressort de toute l’énergie que je possède quand j’ai à défendre un ami absent :

— Comment oses-tu parler ainsi ? lui dis-je. Le sais-tu par toi-même ? L’as-tu vu ? Et si tu l’as vu, es-tu dix fois sûr et certain que tes yeux n’ont pu se tromper ?… — Je ne sais, en vérité, rien au monde de plus coupable, de plus mauvais, de plus odieux, que ramasser une vilaine accusation, bavée au hasard par quelque bas coquin, et répétée indifféremment par le premier venu et le dernier après, contre un homme honorable qui est à cent lieues à ce moment de soupçonner qu’il soit même question de lui ! Quelle loyauté, quelle pureté peuvent échapper à ces attaques-là ? Et des honnêtes gens comme nous doivent-ils se prêter à servir ainsi de mur à la balle des sycophantes ?

J’étais indigné et vraiment fort en colère contre mon ami. — Je dirai plus tard comment il me répondit.

Le lendemain, — le lendemain juste de ce beau plaidoyer, —- je tombais à la renverse en recevant une lettre signée Victor Meunier, et adressée au directeur du journal l’Aéronaute.

M. Victor Meunier ne connaissant d’ailleurs, disait—il, M. Moigno que pour l’avoir combattu dans la presse, appréciait que mon sanglant article attaquait ledit sieur Moigno dans l’exercice de ses fonctions scientifiques, —fonctions que j’ai moi-même l’honneur de remplir, — disait, toujours solennel, mon homme d’avant-garde.

Et, — toujours ferré sur les principes ! —

« —- Trouvant que cet article est la négation absolue du droit de discussion, droit que j’estime sacré, continuait-il ( — les principes ! — ), je ne puis permettre que mon nom figure sur la liste de vos collaborateurs, où vous l’avez inscrit sans mon aveu et à mon insu.

Veuillez donc, monsieur, avoir l’obligeance de l’en faire disparaître et d’insérer cette lettre dans votre prochain numéro.

Agréez, etc. »

J’envoyai retirer bien vite à l’imprimerie le nom de M. V. Meunier de l’honorable compagnie de notre rédaction, puisqu’il s’y trouvait mal.

Mais, le nom ôté, je crus avoir assez fait en fournissant l’occasion d’un rapprochement entre MM. Meunier et Moigno : il avait été écrit que je serais le lien d’union entre ces deux âmes ! —- et décidé à ne plus fournir à M. V. Meunier, devant mon public, l’occasion de se gargariser avec — ses principes ! — j’eus la petite malice de me refuser à la réclame de la lettre à publier.

J’avais déjà donné à M. Meunier.

Ce n’était pas tout encore.

On m’apportait presque aussitôt un long article dans lequel, — sans nécessité d’aucune sorte, sans provocation, on l’a trop vu, -—-mais, au contraire, contre toute justice, contre toute vérité, je n’ai pas besoin d’ajouter contre les plus élémentaires convenances, M. Meunier vomissait contre moi douze colonnes, — tout ce dont il pouvait disposer, — d’injures les plus graves, d’imputations mensongères, de calomnieuses insinuations.

Le premier châtiment de cet inqualifiable article doit être la publicité que je vais lui donner.

Le lecteur va jauger ici la profondeur de certaines haines spontanées qui m’assaillirent, et il appréciera devant l’insolence, l’acidité, la perfidie , l’insistance de ces insultes publiées, si je me laisse trop aller à ma légitime indignation. Même en ce cas, il me semble que je serais peut-être excusable d’oublier un instant ce que, dans une conversation avec moi, quelques jours avant sa mort, reconnaissait mon cher et à jamais regretté Maître, Charles Philipon :

— Cette vérité que proclamait mon vieil ami, c’est que, pendant quelque vingt-cinq ans que j’ai travaillé, soit avec ma plume, soit avec mon crayon, dans les petits journaux, — terrain si glissant pour tant d’autres ! —, jamais, un seul jour, il ne m’arriva de manquer au respect de moi-même dans la personne des autres, — jamais je n’attaquai personne sur le terrain qui doit rester réservé, —jamais, au grand jamais, je ne m’oubliai à faire passer mon public parla vie privée de nos plus détestés adversaires. »

Nadar : À Terre & en l’air… Mémoires du Géant. E. Dentu, libraire-éditeur. Paris, 1864.

Deux portraits d’Ingres par Nadar

Classé dans : Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 7:17

«Il y avait des peintres qui avaient nom Heim, Picot, Hesse, Couder, que sais—je encore ? tous de génie à peu près égal, comme il convenait à gens venus de l’école des David, des Gérard et des Girodet.

Pendant que ces bons peintres se bornaient naïvement à faire leur peinture, l’un d’eux tira ses grègues à l’écart de ces braves gens, et se mit à peindre ses toiles avec un sérieux tout particulier et véritablement supérieur. Rien de plus profondément glacial et antipathique que cette atroce peinture et que cette méthode plus répulsive encore qui calculait machiavéliquement ses lenteurs, patiente jusqu’à l’énervement, sobre jusqu’à l’abstinence, avare jusqu’à la prodigalité. Mais, en revanche, — impérissable secret pour tout homme médiocre qui veut atteindre à toute grande fortune, — l’homme ne riait jamais, et quand il avait terminé un de ses enluminages archaïques, ce « Chinois égaré dans les rues d’Athènes, » comme a dit mon Préault, écrivait magistralement au bas : INGRES PINGEBAT, ROMA, et le millésime en romains.

Et la foule d’accourir pour contempler ce que venait d’accomplir l’homme grave, et comme il demeurait plus sérieux que jamais, cela était l’envie de rire aux autres.

— PINGEBAT !… lisait l’un.

— ROMA !!… relisait l’autre.

— Bigre !!!… disaient les deux en s’en allant, — celui-là est un homme fort !

Et, en effet, — cet homme dont l’œuvre n’est autre chose qu’une glacière dans laquelle un ou deux rayons de chaude lumière semblent perdus à regret, devant chaque tableau duquel il me semble qu’on me coule une clef dans le dos, — cet homme qui a créé la plus détestable école, dont le caractère personnel et impérieux repoussait toute sympathie, mourra comblé d’ans, d’honneurs et de biens, et traînera toute une nation spirituelle derrière lui le jour de ses funérailles.

PINGEBAT !!!

(Combien de nouvelles pierres, ô Nadar ! viens-tu d’ajouter ici au tas qui t’est réservé !) »

Nadar : À Terre & en l’air… Mémoires du Géant. E. Dentu, libraire-éditeur. Paris, 1864.

22 juin 2013

Une excellente recette traditionnelle : la confiture de nouilles

Classé dans : Cuisine, Humour — Miklos @ 14:52

Cette recette, l’un des premiers sketches de Pierre Dac, que nous recommandons tout aussi vivement que le charmant hôtel si typiquement parisien Au sommeil tran­quille, provient de la même source intarissable. Il s’agit d’un enregistrement datant de 1933. La transcription qui suit est fidèle à cet enregistrement, et diffère quelque peu de celle que l’on trouvera .

Fabrication de la confiture de nouilles

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

La confiture de nouilles, qui est une des gloires de la confiserie française, remonte à une époque fort lointaine ; d’après les rensei­gnements qui nous ont été communiqués par le conservateur du Musée de la Tonnellerie, c’est le cuisinier de Vercingétorix qui, le premier, eut l’idée de composer ce chef-d’œuvre de gourmandise.

Il faut reconnaître d’ailleurs que la nouille n’existant pas à cette époque, ladite confiture de nouilles était faite du gui ; mais alors, me diront les ignorants : « Ce n’était pas de la confiture de nouilles, c’était de la confiture de gui ! » « Erreur », que je leur répondrai, « c’était de la confiture de nouilles fabriquée avec du gui. »

Avant d’utiliser la nouille pour la confection de la confiture, il faut évidemment la récolter ; avant de la récolter, il faut qu’elle pousse, et pour qu’elle pousse, il va de soi qu’il faut d’abord la semer. Les semailles de la graine de nouille, c’est-à-dire les senouilles, repré­sentent une opération extrêmement délicate.

Tout d’abord, le choix d’un terrain propice à la fécondation de la nouille demande une étude judicieusement approfondie. Le terrain nouillifère type doit être, autant que possible, situé en bord de route départementale et à proximité de la gendarmerie nationale.

Les senouilles sont effectuées à l’aide d’un poêle mobile dans lequel est versée la graine, laquelle est projetée dans la terre par un dispositif spécial dont il ne nous est pas permis de révéler le secret pour des raisons de défense nationale que l’on comprendra aisément. Après cela, on arrose entièrement le champ avec de l’eau de seltz dans la proportion d’un verre à bordeaux par hectare de superficie, on sèche avec du papier buvard, et on n’a plus qu’à s’en remettre au travail de la terre nourricière généreuse et démocratique.

Lorsque les senouilles sont terminées, les nouilliculteurs, qui sont encore entachés de superstition, consultent les présages ; ils prennent une petite taupe et la font courir dans l’herbe. Si elle fait : « ouh ! », c’est que la récolte sera bonne ; si elle ne fait pas « ouh ! » c’est que la récolte sera bonne tout de même, mais comme cela les croyances sont respectées, et tout le monde sera content.

Au mois d’août vient alors le temps de la moisson. Celui qui n’a pas vu moissonner les nouilles n’a rien vu. Les paysans mettent les nouilles joyeusement en gerbes, les gerbes en bottes, et les bottes en meule.

La nouille, encore à l’état brut, est alors expédiée à l’usine et passée immé­dia­tement au laminouille qui lui donne l’aspect définitif que nous lui connaissons. Le laminouille est une machine extrê­mement perfec­tionnée, qui marche au guignolet-cassis et qui peut débiter jusqu’à 80 kilomètres de nouilles à l’heure.

À la sortie du laminouille, la nouille est automatiquement passée au vernis cellulosique qui la rend imperméable et souple ; elle est ensuite hachée menue à la hache d’abordage et râpée.

On verse alors la nouille dans un grand réci­pient placé sur un réchaud à alcool à haute tension. Puis on verse dans le fût du récipient : du sel, du thym, du sucre, de la magnésie bismurée, du riz, du vin blanc et des piments rouges. On mélange lentement ces ingré­dients avec la nouille à l’aide d’une cuiller à pot et on laisse mitonner à petit feu pendant 21 jours.

La confiture de nouilles est alors virtuellement terminée. Lorsque les 21 jours sont écoulés, on saisit le récipient très délicatement, avec d’infinies précautions et le maximum de prudence, et on balance le tout par la fenêtre parce que c’est pas bon !

Voilà, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en résumé l’histoire de la confiture de nouilles, c’est une industrie dont la prospérité s’accroît d’année en année, elle fait vivre des milliers d’artisans, des ingé­nieurs, des chimistes, des huissiers et des fabricants de lunettes. Sa réputation est universelle et en bonne ambassadrice, elle va porter dans les plus lointaines contrées de l’univers, et par-delà les mers océanes, la bonne parole et le renom de notre industrie républicaine, une, indé­fec­tible et démocratique.

Si vous cherchez un hôtel tranquille à Paris…

Classé dans : Musique — Miklos @ 8:51

Cette « chanson réaliste » fort amusante dont on a retranscrit les paroles ci-dessous a été mise en ligne dans YouTube par une personne apparemment passionnée par ce répertoire, et qui en a publié plus d’un millier dans son très remarquable « canal ». Il y est indiqué que l’interprète de la chanson est Marthe Ferrare (accompagnée de l’orchestre Yves Alix en 1936).

Les quelques informations qu’on trouve à son sujet – les traces vont du début des années 1916 jusqu’à 1936 – laisseraient entendre qu’elle a mené une carrière assez courte. Un article publié en 1922 dans la revue Le Théâtre écrit à son propos :

Marthe Ferrare, de l’Opéra-Comique, est une artiste dans toute l’accep­tion du terme. Après avoir étudié le dessin, se sentant la vocation musicale, elle travailla le chant et entra au conservatoire en 1916. Elle en sortit en 1919, avec un premier prix de chant et un premier prix de déclamation lyrique.

Engagée aussitôt à l’Opéra-Comique, elle fit des débuts remarqués dans Werther. Elle interpréta successivement sur notre grande scène lyrique, de nombreux rôles qui la classèrent parmi les meilleures cantatrices contemporaines. Marthe Ferrare reprit à la Gaîte-Lyrique Boccace aux côtés de Marthe Chenal.

Entre temps, elle donne des concerts et des représentations en province. à Londres et à Paris. Pour les fêtes du tricentenaire de Molière, elle s’essaye, non sans succès, dans la comédie classique enjouant Angélique du Malade imaginaire. Marthe Ferrare est également une «star » de cinéma. Sa dernière apparition à l’écran, dans les Hommes Nouveaux de Claude Farrère, est sensationnelle.

Engagée par M. Alphonse Franck au Théâtre Edouard VII pour y créer un rôle dans L’Amour masqué de Sacha Guitry [aux côtés de l’auteur, d’Yvonne Printemps et de Marie Dubas], elle résilia ses contrats antérieurs.

On sait les applaudissements qu’elle y recueille chaque soir.

Réunissant tant de qualités si rares : voix, style, musicalité, fantaisie, gaîté et beauté éblouissante, cette artiste a vite acquis une grande notoriété. Nous la retrouverons cet hiver sur une de nos principales scènes d’opérette.

Quelques autres enregistrements de Marthe Ferrare sont disponibles sur le site de l’Encyclopédie multimédia de la comédie musicale 1918-1940  : l’accent et le timbre en sont fort différents de ceux dans l’enregistrement ci-dessus, bien plus lyriques que la gouaille de cette chanson, ce qui semble bien prouver sa versatilité. Enfin, on trouvera là quelques-uns des films dans lesquelles elle a joué, le cinéma ayant d’évidence été une autre corde à son arc.

L’Hôtel rue de Belleville

C’est un hôtel rue de Belleville
Juste avant la porte des Lilas.
Le patron c’est Meussieu Émile
Un homme qui a des gros bras.
C’est un hôtel rue de Belleville
Où j’ai pris pension pour un mois.
Ça s’appelle Au sommeil tranquille
On n’sait pas trop pourquoi.

« Au s’cours  ! on m’assassine  ! »
Je saute en bas d’mon lit,
Et c’d’la chambre voisine,
Que vient d’partir ce cri.
Je sens dans ma poitrine
Mon cœur qui bat très fort.
Pan  ! un coup d’revolver,
Un éclair, puis un silence de mort.

C’est un hôtel rue de Belleville
Juste avant la porte des Lilas.
Le patron c’est Meussieu Émile
Un homme qui a des gros bras.
C’est un hôtel rue de Belleville
Où j’ai pris pension pour un mois.
Ça s’appelle Au sommeil tranquille,
On n’sait pas trop pourquoi.

J’me méfie d’la justice,
Et j’aim’ pas habiter
Là où c’que la police
Va v’nir fourrer son nez.
Dans c’curieux édifice
Ça d’vait finir comme ça.
Et au lever du jour,
Sans tambour,
Moi j’ai mis les bouts d’bois.

C’est un hôtel rue de Belleville
Juste avant la porte des Lilas.
Le patron c’est Meussieu Émile
Un homme qui a des gros bras.
C’est un hôtel rue de Belleville
Que fréquentent un tas d’mauvais gars.
Et comme c’est Au sommeil tranquille,
Y’en a qui s’réveillent pas.

– Dis, d’où qu’tu viens  ?
– D’où que j’viens  ?
– Oui.
– Bah ça te r’garde pas.
– Comment ça me regarde pas  ?
– J’t’ai dit que ça te r’garde pas.
– Tais-toi, t’as compris  ?
– Oh pis ça va  !
Silence… Aaaaaah  ! Eh ben…

Ça s’appelle Au sommeil tranquille,
Ah ah  ! On n’sait pas trop pourquoi.

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