Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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6 octobre 2012

Copé défend la boulangerie-pâtisserie française et fout le ramdam à droite

Classé dans : Actualité, Cuisine, Médias, Politique, Racisme, Religion — Miklos @ 15:01

Tous les médias rapportent avec délec­tation les déclarations de ce valeureux pourfendeur décom­plexé du racisme anti-blanc. Ce fils d’immigrés ayant échappé aux rafles (ses parents ont pu constater à quoi on s’expose quand on est étranger) et devenu plus français que français de souche est parti en campagne monté sur son grand cheval (blanc) pour défendre le droit des petits blancs à manger leur pain au chocolat (et inci­demment dans le but décrocher la nomination à la tête de son parti en raflant s’attirant des voix à la droite de la droite).

On est tout de même étonné : la couleur de cette pâtisserie n’est pas franchement bleu-blanc-rouge. En d’autres temps il aurait pu même parler de tête-de-nègre : les petits Français adoraient en manger et certains de leurs parents en bouffer, du nègre ; Y’a bon, Banania. Pourquoi n’a-t-il pas choisi de promouvoir plutôt une religieuse ou un pet-de-nonne ?

Quant à la cause de ces agressions à l’encontre de fils de mères de (bonne) famille françaises – il faut être compatriote pour être défendu par ce … patriote – à la sortie de collèges, ce serait le Ramadan. Or cette année cette fête a débuté le 20 juillet pour se terminer le 19 août, au beau milieu des grandes vacances. Qui sont donc ces élèves ? Des clandestins ? Immigrés, même ? Dieu préserve !

Après l’interdiction du voile, celle du pantalon ?

Classé dans : Actualité, Médias, Religion, Société — Miklos @ 9:09

On n’a pas été étonné de la réaction réactionnaire de l’Église catho­lique à propos du projet du gouvernement d’autoriser le mariage de couples de même sexe : bien qu’il s’agisse d’une institution civile et laïque, l’Église en revendique le contrôle. Qu’elle en veuille la main mise pour sa déclinaison religieuse est son affaire et celle de ses ouailles, mais qu’elle s’immisce ainsi dans des questions de droit civil sous des prétextes moraux – le mariage homo mènerait à la mort de la famille (est-ce donc si contagieux ? et quid du célibat des prêtres et des religieuses, et quid des couples cathos, hétéros et stériles ?) et aux pires perversions – est scandaleux, et pourrait prêter à sourire du fait du manque d’exemplarité de nombre de ses prêtres s’il ne s’agissait de cas tragiques.

Mais passons. Ce n’est pas ce qui nous intéresse aujourd’hui, mais l’opposition virulente à ce droit qu’expriment certains militants homosexuels, dont on peut lire une tribune dans le Libération d’hier. Leurs arguments ? Essentiellement, qu’il s’agit d’abord d’une revendication minoritaire chez les gays, et surtout qu’elle dénote chez ces brebis perdues – pardon, c’est le terme de l’autre camp – une velléité de s’assimiler, de singer, les hétérosexuels, ce qui est éminemment déplorable maintenant que les pédés ont pu accéder à la liberté de vivre comme ils le veulent. Et voilà qu’ils sont en mesure d’imposer leur mode de vie à leurs propres minorités… Ainsi va le monde.

On suppose donc qu’une fois repoussé le mariage gay, ils se mobi­li­seront afin de s’attaquer à un symbole de l’hétérosexualité masculine domi­nante et normative autrement plus visible au quotidien que le statut d’homme marié (tout le monde peut porter une bague au doigt sans que cela indique forcément un passage devant le maire) : le pantalon. On ne serait pas étonné de les voir exiger de leurs ouailles – pardon, c’est le terme de l’autre camp – le port des tenues que l’on peut voir sur certains des chars de la Gay Pride, ou alors celui des costumes folkloriques grecs, ce qui aurait un effet bénéfique sur l’économie de ce pays. Nous, on s’en fout pas mal s’ils s’y mettent, mais sans musique techno s’il vous plaît ; de toute façon, on préfère le sirtaki au bouzouki avec des zakouski.

5 octobre 2012

De l’emploi de la langue française, ou, Quand la DGLFLF l’ouvre

Classé dans : Langue, Sciences, techniques — Miklos @ 1:07

Un document de référence publié en 2009 par la très officielle Délé­ga­tion générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) s’intitule : L’emploi de la langue française : le cadre légal.

En le parcourant, on s’aperçoit qu’il n’impose pas un emploi correct de la langue française, et donne l’exemple de ce qui peut se faire dans ce domaine.

Dès l’énoncé du principe constitutionnel à la base de ce document, il viole les règles de la typographie en séparant des guillemets fermants du mot qui les précède, et auquel ils doivent être joints par une espace insécable :

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ce qu’ils font ailleurs avec des guillemets ouvrants, au moins comme ça il n’y aura pas eu de jaloux.

Cet organisme qui œuvre à la défense de la langue a été incapable de saisir correctement le mot « œuvre », justement. On aurait préféré « oeuvre » au choix qu’ils ont systématiquement fait :

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C’est d’ailleurs le parti pris de Google Books :

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Mais est-ce un exemple à suivre ? En passant, on remarquera que les auteurs du document de la DGLFLF ne sont vraiment pas forts en mise en page comme on le constate par le débordement à droite du dernier paragraphe de la colonne de gauche du second exemple.

Pire, et c’est là le vrai problème, ils n’ont pas relu le document avant de le publier… Bilan de la casse (terme typographique s’il en est) : cinq œufs dans l’eau. D’autres pages du site de ce gardien de la langue ne sont pas exemptes de ce traitement cavalier ou hâtif, comme le montre l’extrait suivant de la liste de leurs publications, truffée qu’elle est de renvois à la ligne et d’espaces superflus ou manquants, de mots omis… Ironiquement, on en trouve trois occurrences dans une ligne mentionnant la « Qualité du français dans l’Administration »…

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Enfin, on précisera que cette amicale critique ne concerne pas la loi en question mais son explication. Sur le fond, on se demande comment l’« encouragement » à utiliser le français dans le titre des émissions audiovisuelles (dernier paragraphe du délicieux délictueux extrait affiché plus haut) affecterait Cold Case, Culturebox, Strip tease et tant d’autres s’il était vraiment pris en compte par la télévision publique.


Ce n’est pas une langue française, mais c’est une réaction appropriée à son cavalier traitement

3 octobre 2012

Madopolis, ou, La ville dont le prince est un grand fou

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Musique, Santé, Société, Théâtre — Miklos @ 4:44

« C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous. » — Érasme.

Créée le 2 juin 1865, la ville de Madopolis est un lieu paradoxal.

La route qui y mène « n’est point une chaussée avec son empres­sement, ses fossés et ses accotements ; c’est une route sphérique, grande comme la terre, épaisse comme la hauteur de la plus grande des pyramides d’Égypte. C’est en naissant qu’on entre sur la route de Madopolis, c’est en mourant qu’on en sort. Chose bizarre, c’est peut-être en dormant qu’on y chemine le plus vite, et c’est souvent quand on s’en doute le moins qu’on franchit les portes de cette ville célèbre. »

Elle ne se trouve pas sur la Lune, et pourtant…

Elle n’est pas chez les Zoulous, les Andalous, en Anjou ou dans le Poitou, ni même au Pérou ou chez les Mandchous, voyez-vous.

Elle est aux portes de Paris.

Pour en savoir plus, il vous faudra lire l’Étude médico-psy­cho­logique sur Shakespeare et ses œuvres, Hamlet en particulier d’Alcée Biaute.

N’ayez pas peur : nonobstant son titre, ce texte se laisse agréablement lire sans avoir eu à faire en préliminaire de quelconques études de médecine.

Pour ceux qui se trouveraient en séjour à Charenton, on ne saurait trop leur y recommander le théâtre, surtout s’il s’y donne La Persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade de Peter Weiss, remarquable pièce que Jean Baudrillard, excusez du peu, a traduite en français et que le toujours génial Peter Brook a adapté à l’écran. Pour se préparer à cette visite, on pourra lire Une visite à Charenton, folie-vaudeville en un acte, représentée pour la première fois sur le Théâtre des Variétés, le 24 juin 1818.

À propos de folie, il y en a une autre histoire que celle, classique, de Michel Foucault. On en avait déjà fait l’éloge. Et on remarquera qu’un festival de musique classique en Corse a eu pour thème Musique et folie.

29 septembre 2012

Un certain sourire

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin — Miklos @ 0:15


France 2 : journal télévisé du 28 septembre 2012.

La flèche ci-dessus ne vise pas à attirer le regard vers le décolleté de la célèbre zygomateuse ; d’ailleurs, vous l’aurez remarqué, ce n’est ni tout à fait elle ni tout à fait une autre : il s’agit d’un tableau récemment dévoilé en Suisse (là où ils parlent un français qui n’est ni tout à fait le nôtre ni tout à fait un autre) qui serait celui de sa grande sœur, voire d’elle-même plus jeune, avant qu’elle ne découvre certaines réalités de la vie qui lui ont fait prendre cet air un peu coincé qu’on lui connaît.

Notre flèche est, en l’occurrence, dirigée à l’encontre de l’ortho­graphe de son nom ; ou plutôt de son appellation, qui n’est pas si contrôlée que ça. On n’a pas encore retrouvé sa carte d’identité, il serait donc présomptueux d’affirmer que la forme adoptée par France 2 est incorrecte, là où on est habitué à lire « Mona », avec un seul n. D’ailleurs, Pierre Rosenberg, autrefois président du Louvre (où s’expose la dame – que certains affirment en fait être un homme –, derrière une vitre si blindée qu’on y distingue plus les appareils photos des touristes qui visent ses mirettes que l’original), écrit, dans son Dictionnaire amoureux du Louvre :

Mais pourquoi « La Joconde » et « Monna Lisa » (ou « Mona Lisa ») ?

Pour ceux que la question interpelle, voici la réponse qu’il y donne :

Lisons Vasari (pas toujours fiable) : « Léonard se chargea, pour Fran­cesco del Giocondo, du portrait de Monna Lisa, son épouse. »

Il ne répond malheureusement qu’à la première partie de la question (et encore, en affirmant que rien n’est moins sûr), et continue, comme si de rien n’était, à l’appeler « Monna », tandis que le Louvre évite soigneusement d’utiliser ce titre dans sa notice en français, et écrit « Mona » dans la version anglaise.

Cette ambiguïté n’est pas récente : Arsène Houssaye, dans son Histoire de Léonard de Vinci, publiée en 1869, écrit en général « Monna Lisa » tout au long de son texte, mais quand il cite Vasari, orthographie « Mona Lisa », contrairement à ce qu’en a dit Pierre Rosenberg…

Selon le Rough Guide to Paris, la faute en est aux perfides Anglais :

“Mona Lisa” is, in fact, an English corruption of Monna Lisa – the historian Giorgio Vasari’s polite way of referring to madonna (my lady) Lisa Gherardini (…). 

et rajoute, comme le fait d’ailleurs Rosenberg mais avec un clin d’œil :

However, it’s not certain that the Mona Lisa depicts Monna Lisa.

Voilà, on est fixé : Monna est un diminutif de Madonna, le sujet supposé du tableau, qui s’intitule dorénavant Mona.

Quoi qu’il en soit, « Mona » a été utilisé en français il y a déjà fort longtemps : Isaac Bullart (1599-1671), dans son Académie des sciences et des arts, contenant les vies & les éloges historiques des hommes illustres qui ont excellé en ces professions depuis environ quatre siècles parmi diverses nations de l’Europe, avec leurs portraits tirés sur des originaux au naturel & plusieurs inscriptions funèbres, exactement recueillies de leur tombeaux, ouvrage complété, édité et publié par son fils Jacques-Ignace en 1682 à Bruxelles, écrit, dans le chapitre qu’il consacre à Léonard de Vinci, « cet illustre Florentin [qui] peut être mis au nombre de ceux en qui l’on rencontre par fois ces dons surnaturels que toute l’industrie humaine ne peut acquérir, et que l’on regarde comme les favoris du Ciel et les prodiges de la Nature » :

À ce propos, on ne peut manquer de signaler le beau portrait très singulier qui illustre le début de ce chapitre consacré à Léonard de Vinci, inspiré de celui qu’en a donné Giorgio Vasari dans l’édition de 1568 de son fameux Le vite de’ piu eccellenti pittori scultori et architettori. Le monogramme qu’on y distingue ici, « NDL », et qui se retrouve sur d’autres portraits de l’ouvrage de Bullart, est celui de Nicolas de Larmessin (1640-1725), comme on peut le constater grâce à l’inscription se trouvant sous l’une des autres gravures ainsi signées, De Larmessin, scul. (et ce que confirme la Biographie universelle de 1819), auteur des gravures grotesques de musiciens dont on avait déjà parlé.

De Larmessin est donc l’un des deux graveurs de l’Académie de Bullart, à propos desquels son fils écrit en préface :

Mon père […] appela pour ce sujet chez lui deux graveurs, qu’il tint plusieurs années à ses gages, leur faisant graver les portraits qu’il avait recueillis de divers endroits ; afin de rendre la mémoire de ceux qu’ils représentent, durable par le cuivre, & par la plume tout ensemble. […] Après quoi, pour mettre la dernière main à son ouvrage, je fis les éloges qui n’étaient pas encore composés, avec quelques autres dont je trouvai les portraits, & qui me parurent dignes d’y être ajoutés. […]

Peut-être aussi que tous les portraits ne plairont pas également, n’ayant pas tous une égale perfection ; quoi que faits par deux maîtres assez industrieux : mais j’espère qu’on excusera la rudesse qui se rencontre en quelques-uns, si l’on considère qu’ils ont été tirés après des estampes de bois, comme sont celles de Vasari, & qu’il est difficile de faire une bonne copie d’un méchant original. Il y en a beaucoup d’autres (je peux dire la plupart) pris sur des estampes de cuivre, où le burin a mieux réussi ; & il n’y en a point dont je ne puisse produire les originaux, la plus grande partie desquels je conserve avec le manuscrit de mon père.

Voici le portrait de Léonard de Vinci tel que le représente Larmoissin dans cet ouvrage :


Portrait de Léonard de Vinci, in l’Académie des sciences et des arts d’Isaac Bullart (1682)

Et voici « le méchant original » qu’on peut trouver dans une édition de 1568 de l’ouvrage de Vasari :


Giorgio Vasari : Portrait de Léonard de Vinci, in Le vite…, 1568
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On remarquera que l’une est l’image-miroir de l’autre, ce qui n’est pas le seul cas d’un tel renversement dans l’Académie de Bullart, résultant sans doute d’une copie droite par Larmessin de l’original vers sa planche à graver, et donc d’une inversion à l’impression ; en voici un autre exemple :


Portraits du cardinal Ægidius Albornotius (Gil Álvarez Carrillo de Albornoz)
À gauche, in Henri Albi : Eloges historiques des cardinaux illustres françois et estrangers mis en parallele avec leurs pourtraits, 1644.
À droite, in Isaac Bullart : Académie des sciences et des arts, 1682.
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On avait d’ailleurs utilisé intentionnellement ce procédé dans un contexte curieusement connexe à celui qui est à l’origine de ce billet-ci.

En passant, on signalera que la bibliothèque numérique de l’Institut national de l’histoire de l’art contient la reproduction d’un portrait de Thomas Willeborts, qui porte un mono­gramme identique à celui qu’on a vu et où ils lisent incorrectement « DVL » (ce que nous avions fait aussi à l’origine et qui nous a mené vers cette page de l’INHA…) et dont ils n’identifient pas l’auteur. Il s’agit donc de « NDL », signature de Nicolas de Larmessin, et cette estampe provient, elle aussi, de l’Académie d’Isaac Bullart. L’original que Larmessin a copié et inversé est dû à Antoine van Dyck (1599-1641). Quant à son sujet, il s’agit, comme l’indique une autre estampe de l’INHA, de Thomas Willeborts Bossaert peinctre très renommé, travaill admirablement bien en grandes figures, estimé pour pouvoir faire un pourtraict exactement bien, Son Altesse le Prince d’Orange Henry Frederic luj a faict faire beaucoup de pièces, comme aussi son filz le Prince Guillaume, aussi pour d’autres monarques, son maistre estoit Gerard Segers, est né de Bergue sur le Zoom l’an 1613 et demeure à présent à Anvers. Le leur ayant signalé, on espère qu’ils corrigeront leur notice sur le fond et sur la forme.


Notice de l’INHA concernant une estampe du portrait de Thomas Willeborts Bossaert
par Nicolas de Larmessin (cliquer pour agrandir)

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