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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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31 août 2014

La mode des selfies au XVIIIe siècle


Musée du Louvre : décor  peint par Antoine-François Callet en 1775
pour le pavillon des petits appartements au Palais Bourbon.
Cliquer pour agrandir. Autres photos ici.

Si l’invention du mot « selfie » (pour les Québéquois : égoportrait) remonterait à 2002, la pratique, elle, est bien plus ancienne qu’on ne le croit, comme on peut le voir dans ce détail d’un décor  peint par Antoine-François Callet en 1775 pour le pavillon des petits appar­tements au Palais Bourbon : observez la jeune femme qui se trouve entre les deux statues légèrement vêtues.

Comme quoi, nos député(e)s ont eu pour une fois une bonne longueur d’avance sur le vulgum pecus quant à l’utilisation des nouvelles technologies.

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21 août 2014

Des promesses

Classé dans : Actualité, Littérature, Philosophie, Politique, Société — Miklos @ 0:18

«I. D’où se dérive l’obligation de remplir les promesses.

Ceux qui raisonnent sur des principes moraux innés, supposent que le sentiment de l’obligation des promesses en est un. Mais sans faire cette supposition, ou toute autre, aussi peu prouvée, nous pouvons déduire l’obligation de remplir les promesses, de la nécessité d’une telle conduite pour le bien être, ou l’existence même de la société humaine.

Les hommes agissent par espéranceExpectation. Nous n’avons pas de mot qui réponde précisément à celui-là. Trad.. L’espérance est le plus souvent déterminée par les assurances et les engagements que nous recevons de la part des autres. Si l’on ne pouvait compter sur ces assurances, il serait impossible de savoir quel jugement porter sur plusieurs événements futurs, ou comment régler sa conduite par rapport à ces événements. La confiance dans les promesses est donc essentielle dans les relations de la vie ; car sans elle la plus grande partie de nos actions procéderait au hasard. Mais il est impossible qu’il y ait de la confiance pour les promesses, si les hommes ne sont pas obligés de les remplir. L’obligation de remplir les promesses est donc essentielle pour le même but et dans le même degré.

Quelqu’un imaginera peut-être, que, si cette obligation était suspendue, il en résulterait des précautions générales, et une défiance mutuelle, qui produiraient le même effet. Mais, s’il considère combien, dans chaque moment de notre vie, nous sommes obligés de nous reposer sur la confiance que nous avons dans les autres ; et combien il est impossible de faire un seul pas, bien plus, de s’asseoir un seul moment, sans cette ferme confiance, il sera bientôt revenu de cette erreur. J’écris maintenant à mon aise, sans mettre en doute (ou plutôt très assuré de ce point, et n’y pensant pas), que mon boucher n’envoie à temps le mets que j’ai commandé, que son valet ne me l’apporte ; que mon cuisinier ne l’apprête ; que mon domestique ne le serve, et que je ne le trouve sur table à une heure. Cependant je n’ai pas d’autre assurance de tout cela que la promesse du boucher, et l’engagement ordinaire de son valet et du mien. Les mêmes motifs pèsent sur les relations les plus importantes de la vie sociale, comme sur les plus familières. Dans le premier cas, l’intervention de la promesse est formelle ; on la voit et la reconnaît : notre exemple tend à la faire reconnaître dans le second où elle n’est pas aussi manifeste.

II. Dans quel sens on doit interpréter les promesses.

Lorsque les termes d’une promesse ont plus d’un sens, la promesse doit être accomplie « dans le sens où celui qui l’a faite a reconnu qu’elle a été comprise par celui qui l’a reçue, dans le temps où elle a été faite. »

Ce n’est pas le sens dans lequel le prometteur voulait l’entendre, qui doit diriger toujours dans l’interprétation d’une promesse équivoque ; car, ainsi, vous exciteriez des espérances que vous n’auriez jamais entendues, et que vous ne seriez pas obligé de réaliser. Encore moins le sens dans lequel le receveurOn me permettra l’emploi de ces mots prometteur et receveur, sans lesquels ce passage aurait perdu de sa clareté. Trad. de la promesse l’a réellement comprise ; car suivant cette règle vous seriez entraîné dans des engagements que vous n’auriez jamais eu dessein de contracter. Il faut donc que ce soit le sens (car il n’en reste pas d’autre) dans lequel le prometteur crut que le receveur entendait sa promesse.

Ce sens ne peut jamais différer de la véritable intention du prometteur, lorsque la promesse est faite sans réserve et sans fraude : mais nous avons donné la règle dans la forme ci-dessus, pour ôter tout moyen d’évasion, dans le cas où le sens ordinaire d’une phrase, et la signification exacte et grammaticale des mots ne sont pas les mêmes ; et en général, dans tous les cas où le prometteur cherche à s’esquiver par quelque ambiguïté dans les expressions dont il s’est servi.

Timur promit à la garnison de Sébaste que, si elle voulait se rendre, il n’y aurait point de sang répandu. La garnison se rendit, et Timur fit enterrer vivants tous ceux qui la composaient. Timur remplit sa promesse dans un sens, et dans le sens où il l’avait entendue lui-même ; mais non dans le sens où la garnison de Sébaste l’avait réellement comprise, ni dans la sens que Timur savait bien être celui qu’entendait la garnison. Ce dernier sens était cependant celui dans lequel Timur était obligé de remplir sa promesse, suivant notre règle.

D’après l’exposition que nous avons donnée de l’obligation des promesses, il est évident que cette obligation se fonde sur l’attente que nous excitons, le sachant et le voulant. En conséquence, toute action, toute forme de conduite envers un individu, que nous savons exciter en lui quelque attente, est autant qu’une promesse ; et produit une stricte obligation, non moins que les assurances les plus expresses. Si nous prenons, par exemple, le fils d’un parent, si nous l’élevons pour une profession libérale, ou convenable seulement à l’héritier d’une grande fortune, nous sommes aussi fortement obligés de le placer dans cette profession, ou de lui laisser cette fortune, que si nous en avions fait une promesse signée de notre propre main. De même, un Grand qui encourage un client pauvre, un ministre d’État qui distingue et qui caresse à son lever un homme, dont la situation lui rend nécessaire une protection puissante, s’engage par une telle conduite à penser à lui. — Tel est le fondement des promesses tacites.

Vous pouvez, ou déclarer simplement votre intention actuelle, ou accompagner cette déclaration d’un engagement à vous y conformer, ce qui constitue une promesse complète. Dans le premier cas, vous avez rempli votre devoir, si vous avez été sincère, c’est-à-dire, si vous aviez réellement cette intention dans le moment où vous l’avez exprimée, quels que soient ensuite les motifs et la promptitude de votre changement. Dans le second cas, vous avez perdu la liberté de changer. Tout cela est bien clair. Mais il faut observer que la plupart de ces expressions, qui, dans un sens strict, ne contiennent qu’une déclaration de notre intention actuelle, ne laissent pas, par la manière dont on les entend ordinairement, de faire naître une attente, et par conséquent d’avoir la force d’une promesse absolue. Ainsi : « je destine pour vous cette place ; » — « j’ai l’intention de vous léguer ce domaine ; »— « je me propose de vous donner ma voix ; » — « je veux vous servir. » Bien que l’intention, le dessein, la volonté soient exprimés par des termes pris au présent, vous ne pouvez cependant vous en éloigner ensuite sans manquer à la bonne foi. Si donc vous voulez faire connaître votre intention présente, et cependant vous réserver la liberté de la changer, vous devez préciser votre expression par une clause additionnelle, comme « j’ai l’intention maintenant, si je ne change pas, » — ou telle autre. Et après tout, comme vous ne pouvez avoir d’autre raison pour manifester votre intention que celle de faire naître quelque espérance, un changement inutile, dans une intention manifestée, trompe toujours quelqu’un, et devient toujours injuste par cela même.

Il y a, chez un grand nombre de personnes, par rapport aux promesses, une certaine faiblesse qui les jette souvent dans de grands embarras. Par la confusion, l’hésitation et l’obscurité avec lesquelles ils s’expriment, surtout lorsqu’ils sont intimidés ou surpris, ils encouragent quelquefois des espérances, et s’attirent des demandes, auxquelles ils n’avaient peut-être jamais songé. C’est un défaut, moins d’intégrité que de présence d’esprit.

III. Dans quels cas les promesses ne lient point.

1. Les promesses ne lient pas, lorsque l’accomplissement en est impossible.

Mais observez que le prometteur est coupable de fraude, s’il s’aperçoit de l’impossibilité dans le moment où il fait la promesse. Car, lorsqu’un homme fait une promesse, il affirme, pour le moins, qu’il en croit l’accomplissement possible ; personne ne pouvant ni accepter, ni même comprendre une promesse sans celte supposition. Voici quelques exemples de ce genre. Un ministre promet une place qu’il sait être engagée, ou n’être pas à sa disposition. — Un père, en dressant les articles d’un contrat de mariage, promet de laisser à sa fille un bien, qu’il sait ne pouvoir aller qu’à l’héritier mâle de la famille. — Un marchand promet une cargaison, ou partie d’une cargaison, qu’il sait, par une information secrète, avoir péri en mer. Celui qui fait la promesse, comme dans les exemples ci-dessus, connaissant l’impossibilité, est justement tenu de donner une compensation. Hors de ces cas, il ne le doit pas.

Lorsque le prometteur lui-même fait naître l’impossibilité, il ne fait ni plus ni moins que manquer directement à sa parole ; comme lorsqu’un soldat se mutile, ou qu’un domestique se rend malade, pour rompre son engagement.

2. Les promesses ne lient point, lorsque l’accomplissement en est illégitime.

Il y a ici deux cas. Le premier, lorsque les parties connaissent l’illégitimité, dans le temps qu’elles font la promesse ; comme lorsqu’un assassin promet à celui qui l’emploie, de le défaire de son rival ou de son ennemi, un domestique de trahir son maître, un homme de procurer une maîtresse, ou un ami de prêter son assistance dans un plan de séduction. Les parties, dans ces cas, ne sont pas obligées d’accomplir la promesse, parce qu’elles étaient dans une obligation antérieure de faire le contraire. Qu’y a-t-il en effet ici pour les dégager de cette obligation antérieure ? leur promesse ? leur propre contrat ? leur propre action ? Mais une obligation dont un homme peut se libérer par sa propre action, n’est point une obligation véritable. C’est pourquoi le crime de ces promesses consiste à les faire et non à les violer. Si, dans l’intervalle entre la promesse et l’exécution, un homme fait des réflexions assez sérieuses, pour se repentir de ses engagements, il ne doit certainement pas les remplir.

Le second cas est celui où l’illégitimité n’existait pas ou n’était pas connue, au moment où la promesse fut faite ; comme lorsqu’un marchand promet à son correspondant étranger de lui envoyer une cargaison de blé dans une certaine époque, et qu’avant cette époque un embargo est mis sur les grains. — Une femme fait une promesse de mariage ; avant la célébration, elle découvre que son fiancé est d’un degré de parenté trop rapproché, ou qu’il a une épouse vivante. Dans tous ces cas, lorsque le contraire n’est pas manifeste, il faut toujours présumer que les parties supposaient l’objet de leur promesse légitime, et se fondaient sur cette supposition. La légitimité devient donc une condition de la promesse ; et là où la condition manque, l’obligation cesse. De ce genre était encore la promesse d’Hérode à sa belle-fille « qu’il lui donnerait tout ce qu’elle demanderait, jusqu’à la moitié de son royaume. » La promesse n’était point illégitime, dans les termes dont se servit Hérode ; et lorsqu’elle le devint par le choix de la belle-fille, qui demanda « la tête de Jean-Baptiste, » Hérode fut libéré de sa promesse par la raison que nous venons de donner, aussi bien que par celle que nous avons donnée dans le dernier paragraphe.

Et cette règle « que les promesses sont nulles, lorsque l’accomplissement en est illégitime, » s’étend aussi aux obligations imparfaites, par la raison que la règle comprend toutes les obligations. Ainsi, si vous promettez à un homme, soit une place, soit votre suffrage dans une élection, et qu’il se rende ensuite incapable ou indigne de l’un ou de l’autre, vous êtes libéré de l’obligation que vous impose votre promesse ; ou, s’il se présente un candidat plus digne, et que vous soyez engagé par serment, ou d’une autre manière, à vous diriger d’après les qualités des candidats, vous devez violer votre promesse.

Et ici je recommande, surtout aux jeunes gens, une précaution, dont la négligence jette souvent dans de grands embarras ; c’est de « ne jamais faire de promesse, dont l’accomplissement puisse devenir contraire au devoir. » Car, s’il en est ainsi, le devoir doit être rempli, même aux dépens de la promesse, et souvent aussi aux dépens de la réputation.

L’accomplissement ponctuel d’une promesse est regardé comme une obligation parfaite. Plusieurs casuistes ont établi, en opposition à ce que nous venons de dire, que lorsqu’une obligation parfaite et une obligation imparfaite sont en opposition, l’obligation parfaite doit prévaloir. Cette opinion n’est fondée que sur le sens apparent des mots parfait et imparfait, dont nous avons déjà fait remarquer l’inexactitude, dans ce cas. La vérité est que, de deux obligations contradictoires, celle-là doit prévaloir, qui est la première en date.

C’est l’illégitimité de l’accomplissement, et non l’illégitimité du motif, ou de l’objet de la promesse, qui la rend nulle ; ainsi un présent convenu, après que le suffrage a été donné, le prix de la prostitution, le payement de quelque crime, après que le crime a été commis, doivent être acquittés suivant la promesse. Car, par la supposition, le crime est commis, et ne le sera ni plus ni moins, par l’accomplissement de la promesse.

De la même manière, une promesse ne cesse pas d’être obligatoire, parce qu’elle a été faite par un motif illégitime. Un homme, du vivant de sa femme, et pendant qu’elle était malade, fit la cour, et donna des promesses de mariage à une autre femme ; l’épouse mourut, et l’autre femme demanda l’accomplissement de la promesse. L’homme, qui, sans doute, avait changé d’avis, eut ou, prétendit avoir des doutes sur l’obligation de cette promesse, et porta l’affaire devant l’évêque Sanderson, alors distingué par ses connaissances en ce genre. Sanderson écrivit une dissertation sur ce sujet, et décida que la promesse était nulle. D’après nos principes, il se trompa. Car, quelque criminelle que fût la passion qui avait conduit à la promesse, l’accomplissement, lorsqu’il fut exigé, était légitime, ce qui est la seule légitimité nécessaire.

Une promesse ne doit point être regardée comme illégitime, lorsque l’accomplissement ne produit pas d’autre effet que celui qui aurait nécessairement eu lieu, si la promesse n’avait pas été faite. Et voilà le seul cas dans lequel l’obligation d’une promesse puisse justifier une conduite, qui serait injuste, si la promesse n’avait pas été faite. Un captif peut légitimement recouvrer sa liberté, en promettant d’être neutre. Car, en recevant cette promesse, le gouvernement qui l’exige, ne reçoit rien, dont il n’eût pu s’assurer, par la mort ou par la détention du prisonnier. Cette neutralité devient donc innocente chez lui, bien que coupable chez un autre. Il est clair cependant que des promesses, qui tiennent lieu d’une détention, ne peuvent pas s’étendre plus loin qu’à une obéissance passive ; car la détention elle-même ne peut produire davantage. C’est sur ce principe encore que l’on ne doit point violer les promesses de secret, bien que le public pût retirer quelque avantage de cette violation. Il n’y a point dans ces promesses d’illégitimité, qui en détruise l’obligation ; car, comme le secret n’a été communiqué que sous cette condition expresse, le public ne perd rien par la promesse, qu’il eût pu gagner sans elle.

3. Les promesses ne lient pas, lorsqu’elles sont contradictoires à une promesse précédente.

Car alors l’accomplissement en est illégitime ; ce qui réduit ce cas au précédent.

4. Les promesses ne lient pas avant l’acceptation, c’est-à-dire, avant d’être connues de celui à qui elles sont faites ; car, lorsque la promesse est avantageuse, il faut toujours présumer que, si celui à qui elle est faite la connaît, il l’accepte. Tant que la promesse n’est pas communiquée, elle n’est qu’une résolution dans l’esprit du prometteur ; résolution qu’il peut changer à volonté. Il n’y a point d’attente excitée, il n’y a personne de trompé.

Mais, supposé que je déclare mon intention à un tiers, qui, sans autorisation de ma part, la découvre à celui qu’elle regarde, cette notification est-elle suffisante pour m’engager ? Non sans doute ; car je n’ai pas fait ce qui constitue l’essence d’une promesse ; — je n’ai pas volontairement excité une attente.

5. Les promesses ne lient point, lorsque celui qui les a reçues y a renoncé.

Cela est évident. Seulement, on peut quelquefois douter quel est celui qui les a reçues. Si je promets à B une place, ou une voix pour C ; comme à un père pour son fils ; à un oncle pour son neveu ; alors B est celui à qui j’ai promis ; celui dont le consentement seul peut me libérer de ma promesse.

Mais, si je promets ma voix à C par l’entremise de B ; c’est-à-dire, si B est le messager seulement pour faire parvenir la promesse à C ; si je lui dis, par exemple, « vous pouvez dire à C que je lui donnerai cette place, ou qu’il peut compter sur ma voix ; » ou si B est employé pour me porter la demande de C, et que je réponde de manière à y acquiescer, alors c’est à C que j’ai fait la promesse.

Les promesses, que l’on fait à une personne pour le bénéfice d’une autre, ne sont point annulées par la mort de la première. Car sa mort ne rend pas l’accomplissement impraticable, et ne suppose aucun consentement pour se désister de la promesse.

6. Les promesses erronées ne lient pas dans certains cas ; comme

1.° Lorsque l’erreur vient de la méprise ou de la fourberie de celui à qui elles sont faites.

Car la promesse suppose évidemment la vérité du récit que celui qui la demande fait pour l’obtenir. Un mendiant sollicite votre charité par le récit de la détresse la plus pitoyable ; vous promettez de le secourir, lorsqu’il reviendra. — Dans l’intervalle vous découvrez que son histoire n’est qu’un tissu de mensonges. — Cette découverte sans doute vous libère de votre promesse. Une personne qui a besoin de vos services, vous décrit l’affaire dans laquelle elle veut vous engager : — lorsque vous vous préparez à l’entreprendre, vous trouvez que le profit est plus petit et le travail plus grand, ou quelque circonstance importante, toute autre qu’elle ne l’avait dit. — Dans ce cas, vous n’êtes pas lié par votre promesse.

2.° Lorsque celui qui reçoit la promesse, entend qu’elle se fonde sur une certaine supposition ; ou lorsque le prometteur est persuadé que celui qui reçoit sa promesse l’entend ainsi ; si cette supposition se trouve ensuite être fausse, la promesse devient nulle.

Le meilleur commentaire de cette règle compliquée est un exemple. Un père reçoit de dehors la nouvelle de la mort de son fils unique : — bientôt après, il promet sa fortune à son neveu : — la nouvelle se trouve fausse. — Le père, suivant notre règle, est dégagé de sa promesse ; non pas seulement parce qu’il ne l’aurait jamais faite, s’il avait connu la vérité, — cette circonstance ne suffirait pas, — mais parce que le neveu lui-même comprit que la promesse ne se fondait que sur la supposition de la mort de son cousin ; ou du moins, parce que l’oncle crut que son neveu l’entendait ainsi. L’oncle en effet ne pouvait penser autrement. La promesse était donc fondée sur cette condition, d’après la croyance même du prometteur, et, comme il le pensait alors, d’après la croyance des deux parties : cette croyance est précisément la circonstance qui le libère. Le fondement de cette règle est qu’un homme n’est obligé de remplir que l’attente qu’il a fait naître de son propre gré ; toute condition à laquelle il avait l’intention de soumettre cette attente, devient donc une condition essentielle de la promesse.

Les erreurs, qui ne peuvent se ranger dans aucune de ces deux classes, n’annulent pas l’obligation d’une promesse. Je promets ma voix à un candidat. — Bientôt après, il se présente un autre candidat, pour lequel j’aurais assurément réservé ma voix, si j’avais su qu’il se présentât. Ici, comme dans les autres cas que je viens d’alléguer, ma promesse est fondée sur une erreur. Je n’aurais jamais fait une semblable promesse, si j’avais connu la vérité de toutes les circonstances, comme je la connais maintenant. —Mais celui à qui j’ai promis lie savait rien de tout cela ; — il n’a pas reçu la promesse comme soumise à une telle condition, ou comme procédant d’une semblable supposition ; — dans ce moment je n’imaginais pas moi-même qu’il y songeât. — Cette erreur, que j’ai commise, doit tomber sur ma tête, et ma promesse doit être rempliePour que cet exemple soit juste, il faut que les talités du candidat soient indifférentes pour la place. Trad.. Un père promet en mariant sa fille une certaine dot, croyant posséder lui-même un certaine fortune. En examinant de plus près, il trouve sa position moins aisée qu’il ne le croyait. Ici la promesse est encore erronée ; mais, par la même raison que nous avons donnée pour le cas précédent, elle doit néanmoins être accomplie.

Le cas des promesses erronées n’est pas sans quelque difficulté ; car accorder que toute méprise ou tout changement de circonstance détruit l’obligation de la promesse, c’est accorder une latitude, qui finirait par annuler toutes les promesses : de l’autre côté, presser tellement l’obligation, qu’il n’y ait rien à rabattre pour des erreurs manifestes et fondamentales, c’est, dans bien des cas, se jeter dans l’embarras et l’absurdité.

On a longtemps disputé, parmi les moralistes, si l’on est lié par des promesses extorquées par la force ou par la crainte. — L’obligation des promesses résulte, comme nous l’avons vu, de l’utilité et de la nécessité de la confiance que les hommes mettent en elles. La question si ces promesses sont obligatoires, se résout donc en celle-ci : est-il utile pour le genre humain que de telles promesses obtiennent la confiance ? Un voleur vous arrête, et ne trouvant pas sur vous la proie qu’il attendait, il menace de vous tuer ; il s’y prépare même : — vous lui promettez, de la manière la plus solennelle, que, s’il veut épargner votre vie, il trouvera une bourse pour lui dans un lieu désigné : — sur la foi de cette promesse, il vous laisse aller sans mal. Votre vie a été sauvée par la confiance qu’a eue le voleur dans une promesse arrachée par la crainte ; la vie d’un grand nombre d’autres peut être sauvée de la même manière. Voila une bonne conséquence. D’un autre côté, l’accomplissement de semblables promesses favoriserait beaucoup le vol, et pourrait devenir l’instrument d’extorsions illimitées. Voilà une mauvaise conséquence. C’est dans la balance de ces deux conséquences opposées que se trouve la décision de la question sur l’obligation qu’imposent ces promesses.

Il y a d’autres cas plus clairs ; comme lorsqu’un magistrat met en prison un perturbateur du repos public, jusqu’à ce qu’il promette de se mieux conduire ; ou lorsqu’un prisonnier de guerre promet, s’il est mis en liberté, de revenir dans un temps donné. Ces promesses, disent les moralistes, sont obligatoires, parce que la violence ou la contrainte était juste. La véritable raison est que l’utilité de la confiance en ces promesses est précisément la même que celle de la confiance aux promesses des personnes parfaitement libres.

Les vœux sont des promesses faites à Dieu. On ne peut pas en établir l’obligation sur le même principe que celle des autres promesses. Leur violation cependant trahit un défaut de respect pour la divinité, qui suffit pour la rendre coupable.

Il ne paraît pas que les vœux soit encouragés ou ordonnés par aucun commandement des révélations chrétiennes ; encore moins y trouve-t-on la permission de les violer, lorsqu’on les a contractés. Les quelques exemples de vœux que nous trouvons dans le Nouveau TestamentAct. XVIII, 18 ; XXI, 23. ont été fidèlement accomplis.

Les règles, que nous avons établies pour les promesses, peuvent s’appliquer aux vœux. Ainsi» le vœu de Jephté, pris dans le sens où il est généralement entendu, n’était point obligatoire, puisque l’accomplissement, dans cette circonstance, était illégitime.

Will Paley, Principes de philosophie morale et politique, ch. « Des promesses ». Traduits de l’anglais sur la XIXe édition par J. L. S. Vincent. Paris, 1817.

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17 août 2014

De l’église Saint-Eustache comme base d’une histoire scandaleuse

Classé dans : Architecture, Histoire, Littérature, Photographie, Religion — Miklos @ 16:23


Église Saint-Eustache. Cliquer pour agrandir.

«Au centre de Paris, dans le quartier le plus fangeux, le plus triste, s’élève, sur une large base, l’église de Saint-Eustache, admirable souvenir, comme architecture religieuse, du règne de François 1er. — Son origine est fort ancienne ; les bénédictins, de Launoy et Dulaure, nous disent qu’à cet endroit fut un temple consacré à Cybèle, dont on trouva une tête colossale en bronze, au coin de la rue Coquillière, en creusant les fondements d’une maison.

Cette tête est gravée dans CaylusAnne Claude Philippe de Pestels de Lévis de Tubières-Grimoard, dit comte de Caylus (1692-1765), auteur (entre autres) du Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines. ; l’original se trouve maintenant au cabinet des antiquités de la Bibliothèque.

En 1200, un certain Jean Alais, à qui la conscience reprochait d’avoir mis une taxe de ung dénier seur chaque panié de poiçon, y fit construire, pour l’absolution de sa faute, une petite chapelle relevant du chapitre de Saint-Germain-l’Auxerrois, et qui fut dédiée à sainte Agnès.

Plus tard, le nom de Saint-Eustache prévalut sur celui de Sainte-Agnès ; on ignore le motif de cette substitution de noms. Un vieil auteur, que nous avons consulté, suppose qu’il vient d’un prêtre ambitieux et plein de vanité, qui s’appelait Eustache, au reste, saint très-peu connu.

« Le docteur Jean de Launoy, surnommé le dénicheur de saints, parce qu’il avait démontré la fausseté de plusieurs de leurs légendes, était redouté par les curés dont les églises avaient des patrons suspects. Lorsque j’aperçois M. de Launoy, disait le curé de Saint-Eustache, je lui ôte mon chapeau bien bas, et lui tire de grandes révérences, afin qu’il laisse tranquille le saint de ma paroisse. » (Dulaure, Hist. de Paris)

L’église de nos jours fut bâtie en 1532, sur les dessins de David ; Jean de la Barre, prévôt des marchands, posa la première pierre, et ce n’est réellement qu’à cette époque qu’elle prit le nom de Saint-Eustache, et qu’elle fut érigée en paroisse. (Baillet, Vies des Saints)

L’architecture de Saint-Eustache est d’un genre neutre ; la chapelle de la Vierge et le portail de la face occidentale, ridicules travaux de Mansard, sont de deux ordres, le dorique et l’ionique. L’intérieur est de cette grande architecture sarrasine, toute de hardiesse et de génie pour la pensée, et admirable de grâce, de fini pour les détails et l’exécution.

La voûte de la nef est haute de près de cent pieds. Elle est soutenue par dix piliers carrés parallèles, qui s’élèvent ornés de listels et de feuilles d’acanthe jusqu’à soixante pieds du sol. Puis, à cette hauteur, une galerie élégante, rehaussée d’une rampe à trèfles, fait le tour de l’édifice. Au-dessus, les piliers s’amincissent, s’allongent, entourés de légers entrelacs gothiques, jusqu’à six toises du dôme, où viennent se réunir les arcs-boutants sur lesquels il est appuyé.

Plus loin, c’est le chœur, commencé en 1624, et achevé en 1637, sous le règne de Louis XIII, morceau prodigieux, admirable d’architecture, admirable de forme, admirable par ses objets d’arts !… Placé sous l’orgue, on le voit fuir dans la perspective, formant un point d’ovale, que terminent des piliers plus effilés, plus minces que ceux de la nef, et voilant à demi les seize autres gigantesques qui soutiennent la coupole sur leurs têtes.

Immédiatement au-dessus de la galerie sont percées douze fenêtres cintrées, garnies de vitraux précieux. Ils représentent les Pères de l’église ; rien n’est plus beau comme dessin, comme couleur. La majeure partie est du célèbre Nicolas Pinégrier, inventeur des émaux ; le reste est attribué à DésangivesNicolas Désangives. et à Jean de Nogare.

La chaire à prêcher fut exécutée sur les dessins de Le Brun, et l’œuvre est due au talent de Cartaud.

En 1740, on voyait encore à Saint-Eustache une chapelle toute sculptée par Antoine de Hancy, le plus habile ouvrier de France pour les ouvrages en bois ; mais un accident qui y arriva la fit enlever ; comme on ne la replaça point, on n’a jamais su où elle était passée.

C’est surtout le soir, à la nuit tombante, que Saint-Eustache est remarquable par son appareil religieux. Là, ce sont des fidèles qui viennent réclamer la goutte d’eau bénite, et qui vont lentement murmurer des prières en latin qu’ils ne comprennent pas ; plus loin, quelques curieux qui font retentir bruyamment les échos de la voûte, qui blâment, ou qui donnent de risibles éloges pour attester de leur présence ; et parfois un poète entraîné vers de célestes régions par cet effrayant silence, et qui vient demander à Dieu de nouvelles inspirations !

Jusqu’à la révolution de juillet, Saint-Eustache n’eut point d’église rivale pour les cérémonies religieuses, pour la musique sacrée. Chaque année, le jour de Sainte-Cécile, on y célébrait une messe admirable, chantée par les premiers artistes de l’Opéra ; toute la jeunesse instruite s’y trouvait ; la haute aristocratie, les femmes de luxe, les élégants, tout était là ; et l’abbé Le Bossu riait dans sa soutane de voir la rage impuissante de l’archevêque de Paris. Eh bien, cette messe vient d’être annulée ; il n’y a plus rien que l’édifice. Artistes, écrivains, poètes, faites donc des révolutions. Les conséquences de celle de juillet ont tué l’art !

Sous Louis XIII, et au commencement du règne de Louis XIV, c’était un grand honneur d’être enterré dans les églises ; Saint-Eustache parait avoir eu la vogue, car, avant la révolution, on y comptait près de cent pierres tumulaires, dont nous décrirons les plus notables :

– Vincent Voiture, poète, mort en 1647 ou 1648.

– Isaac de Benserade, poète.

– Le grand Colbert, dont le monument y a été replacé depuis la restauration. Il est représenté à genoux sur un sarcophage de marbre noir ; devant lui, un génie supporte un livre ouvert. Aux extrémités, on remarque deux autres statues, la Religion et l’Abondance. Cette dernière et Colbert sont dus au ciseau de Coizevox ; les deux autres sont de Tuby.

– Vaugelas, le grammairien, mort en 1650.

– Bernard de Girard, historiographe de France.

– François d’Aubusson de la Feuillade, maréchal de France.

– Le célèbre comte de Tourville.

– La Motte le Vayer, de l’académie française.

– Plusieurs femmes de grands seigneurs.

De tous ces tombeaux, la révolution n’en respecta qu’un seul : je l’ai vu, il y a quelques jours, en visitant l’église.

Voici l’inscription qu’on lit sur le marbre, et qui explique la clémence de nos iconoclastes révolutionnaires.

« Ci gît François Chevert, commandeur, grand’croix de l’ordre de Saint-Louis, chevalier de l’aigle blanc de Pologne, gouverneur de Givet et Charlemont, lieutenant-général des armées … du roi. »

Ces deux derniers mots ont été mutilés.

« Sans aïeux, sans fortune, sans appui, orphelin dès l’enfance, il entra au service à l’âge de onze ans ; il s’éleva, malgré l’envie, à force de mérite, et chaque grade fut le prix d’une action d’éclat. Le seul titre de maréchal de France a manqué, non pas à sa gloire, mais à l’exemple de ceux qui le prendront pour modèle.

Il était né à Verdun sur Meuse, le 2 février 1699 ; il mourut à Paris, le 24 janvier 1769. »

Cette épitaphe est attribuée à Dalembert.

Il y avait un dernier tombeau dont je dois parler, parce qu’il sert de base à l’histoire scandaleuse que j’ai à vous raconter. C’était, dit Sauval, celui de dame Marie de Jars (mademoiselle de Gournay, fille adoptive de Michel de Montaigne, à qui nous devons la publication des fameux Essais). Elle mourut en 1645, âgée de soixante-dix-neuf ans, neuf mois, et sept jours. Elle y est enterrée :

Cy gist Alain de la rue de Grenelle
À quy Dieu doint vie sempiternelle
En paradis, où sont harpes et luts,
Non en enfer où damnez sont bouluts.
Que dirons-nous de ce grand purgatoire ?
Il en est un, ouy dà, tredame voire.

Les sacrilèges

….Quid faciant, agitentque die. Si nocte maritus
A versus jacuit….
          Juvénal, sat. vi.

La noblesse devenait de plus en plus dévote et dissolue ; les guerres continuelles que la France avait à soutenir contre l’Allemagne, l’Espagne et la Flandre, loin de restreindre les aventures scandaleuses des grandes dames d’alors, semblaient leur donner une nouvelle extension. Les jeunes seigneurs, lorsqu’ils avaient guerroyé quelques mois, revenaient à la cour, et tout fiers d’un courage de parade qu’ils étalaient aux yeux des femmes avec fatuité, ils couraient de conquête en conquête, affichant la marquise qu’ils avaient connue hier, et déshonorant à l’avance la comtesse qui leur accorderait tout le lendemain.

Les femmes savaient cela ; mais la corruption n’y regarde pas de si près. La honte et l’infamie mesurent leurs pas sur ceux du plaisir ; et, comme à cette époque on entendait par plaisir le plus grand nombre de scandales incestueux ou adultères, il n’y aurait point eu de volupté si tout Paris n’en eut pas été instruit.

La régente gouvernait avec Mazarin. Louis XIV avait sept ans ; la vieille foi disparaissait entièrement de tous lzq cœurs. Cela présageait les débauches du grand règne, et les orgies, et les prostitutions du Parc-aux-Cerfs.

Parmi les dames qu’on citait encore tout bas, était la marquise de Marny, la plus superstitieuse et la plus dévote de la cour de Louis XIII. Aucune femme ne pouvait lui être comparée pour la beauté ; Marie de Rohan elle-même, la belle duchesse de Chevreuse, son amie, ne voulait pas sortir avec Régine, tant elle craignait qu’on ne remarquât la différence qui existait entre elles.

Cette jeune femme était en effet bien belle : de longs cheveux d’un châtain clair tombaient en désordre sur son cou et sur ses épaules, qu’une ample robe de velours noir rendait encore plus éclatants de blancheur. Elle avait le front élevé, marque d’un esprit supérieur. Ses yeux bruns, très-beaux, paraissaient cependant avoir été plus brillants ; le reste de sa figure était parfait ; seulement, on remarquait au-dessous des yeux un demi-cercle noir posé légèrement sur cette tête si blanche. On eût dit un de ces caprices du pinceau qu’on admire dans les dessins des grands maîtres.

Et pourtant, c’étaient des signes de mort que ces jolies veines ! Les passions avaient parlé trop fort à l’âme de la jeune femme ; un mal qui ne s’éteint que dans la tombe commençait à lui dévorer le cœur ! et sa souffrance allait devenir plus poignante ; car, depuis deux jours, elle avait surpris son malheur dans les yeux du médecin qu’elle avait consulté.

Comme M. de Marny avait plus de soixante mille livres de rente, sa femme l’obligeait à recevoir beaucoup de monde. On remarquait à ses bals Charles de l’Aubespine, garde des sceaux, le brillant marquis de Lontjeac, Jean-Paul de Gondy, neveu de François de Gondy, archevêque de Paris ; le beau chevalier du Mesnil-Guillaume, le baron d’Orgeval, et le comte d’Harcourt.

De Gondy avait adoré la marquise. Pour elle rien ne lui coûtait ; plaisirs, peines, attentes, voyages, présents, il avait mis tout en œuvre, et la marquise semblait l’oublier. Et l’on eût dit qu’elle méprisait toutes ses douleurs et tout son amour ! — Il ne lui manquait, après tant d’assiduités et de déceptions amères, qu’un affront ; elle le lui fit. — Gondy reçut l’ordre de ne plus se présenter à son hôtel.

Le marquis de Marny, colonel d’un régiment, était un homme d’environ quarante ans, fort bien de sa personne, mais d’un caractère froid, flegmatique ; un de ces caractères hermaphrodites, qui tiennent de tout, et qui ne sont rien ; que les femmes détestent, parce que leur nature voulant parfois la domination, et parfois les forçant à une douce obéissance, avec ces hommes elles ne trouvent que l’uniformité maritale, qui est la seule chose qu’une femme ne puisse supporter.

M. de Marny était profondément méprisé par sa femme ; mais l’amour qu’il avait pour elle lui fermait les yeux ; il l’aimait plus qu’un mari, autant qu’un amant.

Il avait pris pour de la calomnie les paroles vagues, parvenues jusqu’à lui, sur la conduite de la marquise.

— C’était de la médisance.

Une seule fois, il avait eu quelques soupçons sur Gondy. Les maris trompés ont le tact si délicat !

Un soir d’hiver, sombre, pluvieux, une chaise à porteurs s’arrêta devant Saint-Eustache : une femme en sortit avec précipitation, et s’achemina dans la silencieuse nef. Arrivée derrière le chœur, elle se mit à genoux à l’angle d’un pilier, et pria. Cette femme, c’était la marquise de Marny ; elle venait seule, parce que M. de Marny était protestant, et qu’il ne l’accompagnait jamais à l’église.

Rien n’est plus solennel que le recueillement de l’âme au milieu d’un édifice immense. L’obscurité des voûtes que percent, à de rares intervalles, les reflets de la lampe qui vacille, agitée par le vent, qui sans-cesse menace de l’éteindre ; ces bourdonnements lointains qui arrivent mourants, comme s’ils craignaient de vous arracher à vos méditations du ciel ; tout cela imprime au cœur des sensations neuves, des révélations inconnues, et comme si Dieu voulait nous convaincre de notre petitesse, quand nous formons d’ambitieux projets, là, inquiets, tremblants, il semble que tous nos désirs s’évanouissent pour faire place à l’humilité et à l’épouvante !

Régine de Marny était près de la tombe de la fille de Montaigne, sa vieille amie ; dans un moment elle crut entendre un frôlement d’étoffe près d’elle, une respiration étouffée, ou qu’on cherche à retenir. Elle se tut effrayée ; ses idées superstitieuses vinrent en foule l’assaillir, elle tourna la tête ; mais n’ayant rien aperçu, son imagination lui montrait déjà quelque spectre menaçant qui venait lui reprocher ses amours adultères.

Avant qu’elle eût songé à se retirer, une voix grave et forte fit lentement retentir les voûtes de ces étranges paroles :

« C’est ici que le fidèle dort ! Après le crime et le désordre, vient l’expiation.

C’est ici que la prière continuelle rachète les fautes. »

Puis, quelque chose de sombre se perdit du côté de la nef ; et la marquise, qui avait trouvé une grande analogie entre ces mots et elle, ne voulant pas rester plus longtemps seule dans l’église, se traîna avec peine jusqu’au portail, où l’attendaient ses valets.

La chaise se dirigea par une rue tout étroite, qui longeait le mur oriental de l’hôtel de Soissons, démoli depuis pour construire la halle au blé ; elle s’arrêta devant une haute muraille, la marquise descendit, ouvrit une petite porte, et renvoya les deux hommes.

Là était le jardin de son hôtel ; elle voulait respirer un peu d’air avant de rentrer ; son cœur battait avec violence, elle semblait livrée à une agitation étrange, à un combat intérieur de l’âme avec le corps. Puis, après avoir marché rapidement pendant une demi-heure, elle s’arrêta :

— Tout finit aujourd’hui !

Et elle monta les degrés qui conduisaient à son appartement.

C’était une large pièce somptueusement ornée ; Prascin, élève de Jean Goujon, avait sculpté toute la paroi occidentale de la muraille ; au-dessous des quatre volutes qui soutenaient les sommiers, appuis de l’étage supérieur, on remarquait les armoiries de la famille artistement travaillées ; aux antres parois, principalement à celle qui faisait face au jardin, étaient suspendus quelques tableaux précieux des maîtres d’Italie. Les meubles utiles répondaient à ce luxe. C’étaient des fauteuils dorés, recouverts en tapisseries à l’aiguille, des tables sur lesquelles se drapaient de riches étoffes, des toiles d’argent, et au fond, dans une large alcôve, des tentures de soie se déroulaient sur un lit magnifique.

Des candélabres en vermeil surchargés de bougies éclairaient cette pièce. Le marquis en pourpoint noir à crevés blancs, le cou entouré d’une fraise à trois rangs de dentelles, les jambes emprisonnées dans des bottines de couleur fauve, attendait sa femme ; il ajustait le ceinturon de son épée quand elle entra :

« Enfin, vous voici ! s’écria le marquis ; nous sommes en retard, ma chère amie ; sonnez vos femmes pour vous habiller vite, car je suis persuadé que si vous ne nous hâtez, on commencera la comédie sans nous, et il serait fort désagréables qu’on jouât le premier acte, dans lequel vous devez remplir le rôle de Madeleine. »

La marquise ne répondit pas ; elle détacha le voile noir qui lui couvrait la tête et les épaules.

« Que vous êtes pâle, madame, mais que vous êtes belle ! »

La marquise se jeta sur une chaise longue sans répondre.

« Eh bien ! dit le marquis, voyant sa femme silencieuse, faut-il sonner vos femmes ? »

Et comme il allongeait le bras pour saisir le ruban, elle l’arrêta :

— Non, monsieur, asseyez-vous !

— Mais la duchesse de Montbazon nous attendra.

— Nous n’irons pas !

La voix de cette femme était si étrange, que le marquis la regarda d’un air stupide, ne sachant ce que cela signifiait ; puis il s’assit.

Alors la marquise se frappa le front avec ses mains, elle se leva, fit entendre quelques paroles dites avec amertume ; de ces paroles sans suite qui font tant de mal ! et marchant à grands pas dans l’appartement, elle se mit à pleurer :

— Suis-je malheureuse, ô mon Dieu ! toujours des visions, toujours ces paroles épouvantables qui me glacent le cœur !…

— Mais de grâce, mon amie, qu’avez-vous ? s’écria le marquis.

— Si vous saviez ! mais… je me fais honte à moi-même. Je suis une femme flétrie ; une femme perdue ! Vous voyez mon visage déjà décomposé ; eh bien ! il est pur si on le compare à mon cœur. Il faut fuir, loin d’ici, loin de tout ce monde qui me perd : entendez-vous, marquis, il faut fuir !…

— Fuir ! et pourquoi ? Ah ! vous arrivez de l’église ; votre confesseur vous aura encore effrayée avec son enfer, avec ses supplices sans nombre .. N’y retournez plus, marquise ; venez avec moi chez madame de Montbazon, cela vous calmera.

— Mais vous avez donc résolu de me pousser tout-à-fait à ma perte : c’est toujours vous ! Il faut partir, vous dis-je ; car, chez cette duchesse ils y seront tous !…

— Elle est dans un délire affreux, pensa le marquis. Refuser une si belle partie de plaisir, dit-il à mi-voix.

Elle l’entendit. — Toujours le plaisir ! Mais vous ne savez donc pas à quels excès il porte, que de crimes il fait commettre ! Oh ! écoutez-moi, je veux tout vous dire ! Vous n’avez pas été heureux avec moi, je le sais ; ma conscience me reproche bien des torts, mais je me sens la force de tout réparer. Écoutez-moi, marquis, car c’est une confession terrible que j’ai à vous faire ; jamais aucune femme n’a osé dire à son mari ce que vous allez entendre. Jusqu’à ce jour… je vous ai méprisé !… Jusqu’à ce jour, votre vue, votre existence m’ont obsédée comme un songe cruel… Écoutez-moi, vous dis-je !… Plus le crime fut horrible, plus le repentir sera grand !… Pour rendre plus brillante ma vie de jeune femme, vous avez attiré chez vous ce que Paris compte de plus noble et de plus gracieux. On ne parle que de vos bals, que des chevaliers qui les embellissent ; eh bien ! marquis, pour vous payer de tant de soins, de tant d’amour, je vous ai déshonoré !… Ecoutez-moi encore !… Charles de l’Aubespine, cet ami qui vous est si dévoué, cet ami que vous avez obligé au prix de votre sang, eh bien !… il fut mon amant !.. Ce baron d’Orgeval, votre parent, c’est le premier qui me séduisit ! Le marquis de Lontjeac, le comte d’Harcourt, le chevalier du Mesnil- Guillaume, ont été mes amants !

Cet aveu si brusque, si inconcevable, anéantit le marquis ; il fut atterré.

— Ne vous avais-je pas dit qu’aucune femme jusqu’alors n’avait osé faire de pareils aveux.

Il parut recouvrer quelque peu d’énergie.

— Vous voulez donc que je vous tue ! À genoux, misérable femme !

— Marquis, lui dit-elle, en se levant avec fierté, croyez-vous que je veuille implorer votre pitié, vous demander merci ; non : je vous ai avoué mes fautes, voilà tout. Une âme vulgaire vous les aurait cachées, je ne l’ai pas voulu, moi ! J’ai craint pour votre vie, qui m’est chère dès à-présent ; car, si la bouche d’un autre vous l’eût appris par des sarcasmes amers, vous vous seriez battu pour moi, et l’on vous aurait tué !… Maintenant, vous ne me refuserez plus de me claustrer jusqu’à ma mort dans votre vieux château du Dauphiné ; si je vous l’avais demandé hier, j’aurais essuyé un refus ; aujourd’hui ma demande sera accordée ; et là, je pourrai obtenir l’absolution de mes fautes par la prière !

L’éclair de colère qui avait animé le marquis pendant quelques instants était déjà disparu, il se rapprocha de sa femme.

— Il ne faut qu’un instant pour apprécier un homme, reprit la marquise, avec un son de voix doux et caressant ; vous êtes bon ; je sens combien je suis indigne de vous, combien votre cœur a dû souffrir en me voyant si insouciante, si rieuse avec la foule, et si froide avec vous ! Je sens combien cette conduite est odieuse, tromper un homme qui ne voit que par vous, un homme qui vous a donné son nom ! Eh bien ! avec un oubli général, tout peut se réparer ! Le feu fait disparaître l’huile qui a taché le fer ; l’avenir sera pour nous !… Retirés loin du monde, loin de la cour, où la débauche vicie l’air, et, comme un aimant, attire tout à elle, nous pourrons connaître encore ce que la vie a de charmes ; je vous entourerai de soins, d’affections ; ce sera une autre âme avec le même visage ! Il y a tant d’amour dans le cœur d’une femme ! Vous me pardonnerez, marquis, et chaque instant de bonheur que vous goûterez, ce sera une de mes fautes qui s’effacera !

— Ah madame !… et il pleurait.

— Vous me pardonnerez, lui dit-elle alors en se jetant à ses pieds ; vous me pardonnerez ! Et je jure sur ce reliquaire, à la face de ce Christ, de n’être plus qu’à vous ; et je demande à Dieu qu’il fasse retomber sur ma tête le châtiment réservé aux blasphémateurs, si jamais j’avais la pensée de devenir parjure.

— Mon amie, marquise, s’écria le faible de Marny, vaincu par cette douleur réelle, et par cette belle tête suppliante ; oh ! que ne m’as-tu épargné tant de chagrins !

Il la pressa sur son cœur, l’embrassa cent fois, et tout parut oublié.

— Nous quittons Paris dans trois jours, mon ami, je le désire… Je le veux. Je ne vous demanderai plus qu’une chose avant de partir. Il faut m’acheter le droit d’une tombe à l’église Saint-Eustache.

— Le droit d’une tombe !… Toujours vos idées superstitieuses. Mais, puisque vous le voulez, marquise, vous l’aurez…

Le lendemain matin, le curé reçut une lettre de madame de Marny, dans laquelle on lui demandait un rendez-vous pour le soir, à trois heures, et le droit de tombe y était demandé.

— Paul de Gondy se trouvait là quand le billet fut apporté ; il reconnut la livrée de la marquise ; alors, il lui fallut savoir ce que cette femme qu’il avait aimée avec si peu de succès désirait de son ami ; le vieux curé, ignorant toutes choses mondaines, communiqua le billet.

— Une pierre tumulaire ! répéta Gondy plusieurs fois. Mes paroles de l’autre soir l’ont effrayée, mais cet effroi doit me servir. Monsieur le curé, dit-il avec beaucoup de gravité, vous n’ignorez pas que Saint-Eustache relève de l’archevêché, eh bien ! je vous prie de renvoyer la marquise à mon oncle, qui verra s’il doit accéder à sa demande. Je pourrai, s’il est nécessaire, être utile à madame de Marny.

— Je vous l’adresserai, mon cher abbé. Et les deux amis se séparèrent.

À trois heures, la marquise arriva au presbytère ; quand elle sut qu’il lui fallait s’adresser à l’archevêque de Paris, elle devint plus pâle, ses yeux exprimèrent le découragement et la douleur.’

— Si vous pouvez lever cette objection, messire, lui dit-elle, rien ne me coûtera ; au lieu de quatre ou cinq mille livres qu’on exige ordinairement, j’en donnerai quarante, soixante, s’il le faut, mais épargnez-moi la peine d’aller supplier l’archevêque !

— Mes pouvoirs ne vont pas jusque-là, madame ; l’archevêque de Paris est, après notre saint père le pape et le roi, mon maître et mon seigneur.

— Que puis-je faire ?

— Il n’y a qu’un homme qui puisse vous épargner la démarche qui vous répugne.

— Un homme, monsieur ! quel est-il ? dites !

— C’est messire Paul de Gondy, le neveu de l’archevêque.

— Paul de Gondy ! mieux vaut encore l’archevêque, répéta-t-elle douloureusement.

Elle fut le jour même à l’archevêché, et obtint une audience pour le lendemain.

Mais le soir, le vieux François de Gondy avait été prévenu par son neveu, qui avait quelque chose, disait-il, à demander au marquis de Marny, colonel d’un régiment de cavalerie. Le vieillard s’était démis de tous ses pouvoirs, et le laissait entièrement libre ; néanmoins il reçut la marquise avec cette politesse et cette galanterie qui caractérisaient le clergé du dix-septième siècle, l’assura que son neveu ferait tout ce qu’elle lui demanderait, et prétexta une visite à la régente pour qu’elle se retirât.

Alors madame de Marny vit qu’elle était à la merci de Paul de Gondy ; elle fut trois jours sans faire aucune démarche, dévorant son dépit et ses douleurs : elle n’osait aller chez loi, parce que son mari ne la quittait plus ; il l’accompagnait partout, et elle ne voulait point provoquer sa jalousie, en allant chez un homme sur qui il avait déjà conçu des soupçons. Comme le marquis était protestant, il n’y avait qu’à Saint-Eustache où il ne suivit pas sa femme ; il attendait dans son carrosse la fin des offices.

Le quatrième jour, la marquise écrivit une nouvelle lettre au curé, puis elle se rendit le soir à son confessionnal dans la chapelle fermée, œuvre de du Hancy.

Ce fut Gondy qu’elle y trouva !

Elle parut peu surprise ; d’autres femmes à sa place se seraient retirées, elle n’y songea pas. La superstition disait à son âme qu’elle serait damnée, si, après sa mort, ses restes n’étaient pas enfouis sous les dalles de Saint-Eustache.

Gondy le premier rompit le silence.

— Vous avec donc enfin consenti à revenir, madame.

— C’est un devoir pénible que je remplis, monsieur ; il est vrai que je viens en suppliante m’abaisser devant vous, pour obtenir, à prix d’or et avec honte, ce que d’autres paient une moindre valeur sans avoir à rougir. Mais il est sans doute écrit là haut que tel qui résiste aujourd’hui cédera demain. C’est notre histoire à tous deux, monsieur.

— Oui, Régine, c’est notre histoire : pendant deux années entières vous m’avez repoussé, humilié, vous m’avez brisé le cœur sans pitié, avec délices ; vous m’avez raillé et sali par un affront ; aujourd’hui c’est l’heure des représailles. Mais bien souvent le désir de la vengeance s’éteint quand la possibilité de frapper nous est offerte. Si, malgré tous vos torts, je vous avais toujours aimée, si je vous aimais encore, Régine, et que je vous dise : Un mot de ta bouche, et tout sera oublié !… il y aurait plus de bonheur peut-être… La part du ciel doit sembler si belle et si douce après mille ans de purgatoire ! il en serait ainsi.

— Que me dites-vous ? s’écria la marquise effrayée, croyant entendre encore la voix lente et profonde qui lui avait dit de sinistres paroles. Songez-vous dans quel lieu nous sommes ! songez-vous que ce temple est celui de Dieu !…

— L’absolution du prêtre lave toutes les fautes…Mais que vous ai-je donc fait, marquise, pour être avare avec moi de ce que vous avez prodigué à tant d’autres ? Peut-être mes amours à moi ne courraient pas la rue, et ne feraient pas voir au peuple les dégradations de la noblesse et du clergé ; toutes choses dont il se vengera, croyez bien ; peut-être n’aurais-je point fait comme cet abominable Lontjeac, à qui vous vous êtes livrée comme un enfant, et qui va partout répétant le charme qu’il y a de vous posséder. Je n’aurais point fait cela moi, et pour les mœurs du jour je ne suis pas à la mode, j’en conviens, il faut qu’une dame puisse faire parade des chevaliers qu’elle a attachés à son char.

— Ah ! Gondy, par pitié !

— Mais, avec moi, vous auriez conservé votre réputation ; le remords et l’abus des plaisirs ne vous auraient pas tuée ; vous ne seriez pas méprisée ! Toutes les femmes de la cour et de la bourgeoisie ne vous montreraient pas au doigt, quoiqu’elles valent moins que vous, qui êtes plus belle. Eh bien ! un mot, un seul mot, et je dis demain à Lontjeac, en plein Louvre, qu’il a menti comme un renégat, afin que je puisse l’empêcher immédiatement de le répéter de nouveau à d’autres.

Cette fois, ce n’était plus l’amant craintif, l’amant fasciné par la passion ; c’était l’amant qui n’a plus rien à ménager, qui a ressaisi toute sa supériorité, toute son importance d’homme de qui on réclame un service.

— Songez, dit-il, qu’avec moi, prêtre et partisan de l’épée, discret comme une jeune fille avant les noces, votre honneur serait à couvert. Songez encore que la faveur que vous sollicitez dépend de moi.

— Et vous en profiteriez, monsieur ? Oh ! ce serait bien vil, bien mal à vous, envers une femme faible et délaissée… qui n’a que son titre de femme pour lui servir d’aide et de protection !… Et vous, abbé, abbé de Gondy, vous ne rougiriez pas.

— Non, madame.

— Je suis bien malheureuse !

— Vous m’avez autrefois chassé de votre maison.

— Je le devais pour mon mari.

— C’est de cette époque que data votre liaison avec de l’Aubespine.

— Ô mon Dieu !

— Avant ne m’aviez-vous pas préféré ce fat de Lontjeac ?

— Je vous jure, monsieur…

— Ne jurez pas, madame ! ce serait un péché de plus… Mon duel avec d’Harcourt, c’était encore pour vous. Eh bien ! je consens à tout oublier, Régine ; bien plus, je tuerai le marquis de Lontjeac pour l’empêcher de médire davantage ; je forcerai les plus insolents à vous respecter : un mot de toi, Régine, une parole, et je suis ton bien-aimé ! et demain, tu auras le parchemin qui t’assure un lieu de refuge pour obtenir la rémission de tes fautes.

Il avait saisi une des belles mains de la marquise qu’il couvrait de baisers ; ses dernières paroles avaient tellement absorbé les esprits de Régine, qu’elle ne songeait pas à la lui retirer.

Comme il voulut l’attirer sur son sein, elle revint à elle, songea au serment qu’elle avait juré sur le reliquaire, repoussa Gondy avec force, et sortit précipitamment de la chapelle.

— Je n’ai pu conclure encore, dit-elle au bon marquis, qui l’attendait dans son carrosse…

Les préparatifs du voyage étaient tout-à-fait terminés ; le seul droit de tombe manquait ; la marquise sentait son mal s’accroître, et elle ne voulait pas quitter Paris sans avoir une certitude sur ce qui l’intéressait tant. Ses nuits devenaient de plus en plus agitées ; son sommeil était troublé par d’horribles visions, auxquelles la voix de Saint-Eustache venait toujours se mêler. À quelque prix que ce fût, elle- voulut en finir.

Elle écrivit à Gondy, et comme son mari ne la quittait que lors de ses visites à l’église de Saint-Eustache, le rendez-vous fut donné là. Elle l’attendait depuis longtemps lorsqu’il arriva ; l’abbé prétexta des devoirs importants à remplir, puis il la fit revenir pendant trois soirs, l’humiliant à son tour ; et le dernier soir, ce ne fut pas dans la chapelle de du Hancy que le jeune prêtre reçut la belle marquise, mais dans un des appartements du presbytère, où force lui fut d’oublier le serment solennel qu’elle avait juré sur le saint reliquaire !…

Mais la marquise obtint l’écrit qui lui assurait la rémission de ses fautes. Elle ne quitta pas Paris, sa pulmonie s’étant déclarée après tant d’émotions cruelles ; tous les soins furent inutiles, elle mourut, et comme le marquis venait d’être tué au siège de Lerida, où l’avait appelé son général, aucune épitaphe ne fut mise sur sa tombe,» pour dire au monde à venir qu’il avait existé jadis une marquise de Marny.

Paul de Gondy devint par la suite, comme chacun sait, coadjuteur, et cardinal de Retz.

Lottin de Laval, « L’Église Saint-Eustache », in Paris, ou, Le livre des Cent-et-un, tome douzième. Francfort s/M., 1833.

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13 août 2014

Love is like…

Classé dans : Littérature, Peinture, dessin, Photographie, Société — Miklos @ 22:16


Plus de photos ici.

Love is like a baby: you have to treat it tenderly. (South Africa)

Love is like butter, it goes well with bread. (Yiddish)

Love is like a cough; you can’t hide it. (Kenya)

Love is like dew that falls on both nettles and lilies. (Swedish)

Love is like a farm: every day the tasks have to start anew. (Dutch)

Love is like a fatty substance in a soup. It is only sweet when it is hot. (Africa)

Love is like fire, don’t play with it. (Naples)

Love is like a friendship caught on fire. In the beginning a flame, very pretty, often hot and fierce, but still only light and flickering. As love grows older, our hearts mature and our love becomes as coals, deep-burning and unquenchable. (Bruce Lee)

Love is like those second-rate hotels where all the luxury is in the lobby. (Paul-Jean Toulet)

Love is like an hourglass, with the heart filling up as the brain empties. (Jules Renard)

Love is like the measles; we all have to go through it. Also like the measles, we take it only once. (Jerome K. Jerome)

Love is like oatmeal porridge, you have to prepare it every day. (Irish)

Love is like Pi: natural, irrational and very important. (Lisa Hoffman)

Love is like playing the piano. First you must learn to play by the rules, then you must forget the rules and play from your heart.

Love is like quicksilver in the hand. Leave the fingers open and it stays. Clutch it, and it darts away. (Dorothy Parker)

Love is like scarlet fever – one has to go through it and get it over. (Leo Tolstoy)

Love is like seaweed: you go to her, she leaves you, you leave her, she follows you. (Madagascar)

Love is like soup, the first mouthful is very hot, and the ones that follow become gradually colder. (Spanish)

Love is like the sun to flowers: to the strong she gives strength, the weak she dries up. (Irish)

Love is like war, begin when you like and leave off when you can. (French? Spanish?)

Make love, not war.

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12 août 2014

Promenade à Paris : la Tour, la roue, les dames et les oiseaux

Classé dans : Lieux, Photographie — Miklos @ 18:56


La tour de Paris-plage et la Conciergerie. Cliquer pour agrandir.


Le musée d’Orsay. Cliquer pour agrandir.


Des lendemains qui chantent. Cliquer pour agrandir.


La danseuse et le chien. Cliquer pour agrandir.


La dame à la lanterne. Cliquer pour agrandir.


L’oiseau et la pyramide du Louvre. Cliquer pour agrandir.

Autres photos ici.

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