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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 décembre 2014

Animaux de Paris. Le serval.

Classé dans : Nature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 0:24

Street art. Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

«Serval (le), que les habitants du Malabar appellent maraputé, est un animal sauvage et féroce, plus gros que le chat sauvage et un peu plus petit que la civette de laquelle il diffère en ce que sa tête est plus grosse et plus ronde relativement au volume de son corps, et que son front paraît creusé dans le milieu.

Il ressemble à la panthère par les couleurs du poil qui est fauve sur la tête, le dos, les flancs, et blanc sous le ventre, et aussi par les taches qui sont distinctes, également distribuées et un peu plus petites que celles de la panthère ; ses yeux sont très brillants, ses moustaches fournies de soies longues et raides ; il a la queue courte, les pieds grands et armés d’ongles longs et crochus.

On le trouve dans les montagnes de l’Inde ; on le voit rarement à terre et il se tient presque toujours sur les arbres où il fait son nid et prend les oiseaux, desquels il se nourrit ; il saute d’un arbre à un autre avec tant d’adresse et d’agilité, qu’en un instant il parcourt un grand espace et ne fait, pour ainsi dire, que paraître et disparaître.

Malgré sa férocité, il fuit à l’aspect de l’homme, à moins qu’on ne l’irrite, surtout en dérangeant sa bauge, car alors il devient furieux, il s’élance, mord et déchire à peu près comme la panthère. La captivité, les bons ou mauvais traitements ne peuvent ni dompter ni adoucir la férocité de cet animal qui nous paraît être le même que le chat tigre du Sénégal et du cap de Bonne-Espérance, et le même encore que le chat-pard décrit par MM. de l’Académie. Ce chat-pard ne diffère du serval que par de longues taches qu’il a sur le dos, et les anneaux qu’il a à la queue, caractère qui manquent au serval ;» mais cette différence est trop légère pour qu’on puisse douter de l’identité d’espèce de ces deux animaux.

Encyclopédie méthodique. Histoire naturelle des animaux Chez Panckoucke. Paris, 1782.

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10 décembre 2014

L’amateuse scrupuleuse contre l’autrice amatrice

Classé dans : Langue — Miklos @ 22:46


(Source)

Ce n’est pas d’aujourd’hui que date le débat sur la féminisation de noms désignant au départ uniquement des hommes. Comme le montre le texte suivant qui date, lui, de 1801, la façon de désigner la contrepartie féminine de l’amateur masculin remontait au moins à Jean-Jacques Rousseau (excusez du peu).

On pourra sourire à certaines affirmations de l’auteur, le fameux Louis-Sébastien Mercier, lorsqu’il affirme que « les amateurs ont du talent; les amatrices, des grâces et du goût », ou que ce n’est que récemment que la nécessité de trouver le féminin d’« amateur » est apparue, « depuis que les femmes cultivent leur esprit »… C’était de son temps.

«Amatrice. Le mot amatrice est-il français ? Ce mot qui, dans les cercles, fournit tous les jours une occasion de dispute grammaticale, a été 1’objet d’un long débat dont je vais exposer les détails.

Une Lyonnaise aussi instruite qu’aimable, madame Geramb la cadette, consulta M. Grandeau, maître de langue, sur le mot amatrice; il répondit :

Madame, je serais fâché que vous soutinssiez qu’amatrice est français ; ce mot est un vrai barbarisme : amatrice et autrice ne valent pas mieux l’un que l’autre.

Quant à la règle que vous me demandez, elle est toute simple; la voici : Le mot amatrice ne fut jamais français, et je doute qu’il obtienne jamais des lettres de naturalité.

Enfin, on dit une femme auteur. J’ai l’honneur d’être, etc.

Et sur ce qu’on lui objecta que Linguet emploie cette expression, il écrivit une seconde lettre en ces termes :

Madame, je propose cent louis d’or contre dix, à ceux qui veulent qu’amatrice soit français. M. Linguet a sans doute beaucoup d’esprit, personne ne le lui contestera y mais je ne puis lui pardonner d’être néologue. Si l’on s’obstine encore à vouloir qu’amatrice soit français, mettez sous les yeux des partisans du néologisme, tous les Dictionnaires français depuis Joubert, jusqu’à celui de l’Académie ; vous n’avez pas de meilleur moyen de les convaincre d’ignorance dans la langue française. Non, madame, non, ce mot n’est pas français. Linguet est le premier qui ait osé le hasarder, et j’ose vous assurer qu’il ne fera pas fortune. J’ai l’honneur d’être, etc.

Un Allemand versé dans notre langue, M. Hilscher, ne se sentant ni séduit par le ton de M. Grandeau, ni entraîné par sa logique, appela de cette décision à M. Linguet, et motiva ainsi son appel :

Amatrice est français, parce qu’il est analogue au génie de la langue ; on dit :

Acteur

Actrice.

Ambassadeur

Ambassadrice.

Bienfaiteur

Bienfaitrice.

Consolateur

Consolatrice.

Créateur

Créatrice.

Directeur

Directrice.

Électeur

Électrice.

Fondateur

Fondatrice.

Producteur

Productrice.

Protecteur

Protectrice.

Spectateur

Spectatrice.

Tuteur

Tutrice.

Usurpateur

Usurpatrice

On doit donc appeler amatrice, une femme qui aime les arts, comme on appelle amateur, un homme qui aime ce goût.

L’auteur d’Émile et M. Linguet ont consacré ce mot en l’employant.

Mais ce mot n’est pas dans le Dictionnaire de l’Académie française. — Je réponds que la langue française étant une langue vivante, peut acquérir tous les jours. Créatrice n’est pas dans le Dictionnaire de l’Académie, cependant créatrice est français.

Si l’on objecte qu’amatrice peut donner lieu à une équivoque, je répondrai que le sens la sauve toujours, et qu’un mot ne doit pas être exclu d’une langue, parce que des esprits frivoles peuvent en faire un mauvais calembour.

Enfin, si l’on ne dit pas une femme autrice, c’est qu’une femme qui fait un livre, est une femme extraordinaire ; mais il est dans l’ordre qu’une femme aime les spectacles, la poésie, etc., comme il est dans l’ordre qu’elle soit spectatrice.

Telles sont, en abrégé, les raisons qu’exposa M. Hilscher, dans sa lettre à M. Linguet.

L’Auteur des Annales (n° 51) est entièrement de son avis :

Si j’osais ajouter quelque chose à ce que vous avez si bien développé, poursuit-il, je dirais que, puisque M. Grandeau en appelle aux Dictionnaires et à l’Académie, sa femme amateur est un vrai barbarisme, dont il ne trouvera la justification nulle part. L’usage a donné les deux sexes au mot auteur ; mais il n’a pas fait encore la même faveur à l’autre. Si c’est blesser la langue que de dire d’une dame sensible à la beauté des arts, qu’elle est amatrice, l’appeler femme amateur, c’est blesser à la fois la langue et l’oreille.

S’il m’était permis de jouter avec un homme qui se met de si mauvaise humeur quand on n’est pas de son avis, et qui veut que la règle soit de penser comme lui, je prendrais la liberté de lui remontrer qu’il n’a pas une idée juste de la signification des mots qu’il emploie. Par exemple, il me reproche du néologisme. Quand, en effet, Jean-Jacques et moi aurions tort ici, le reproche serait injuste, et l’épithète mal appliquée : ce n’est pas l’usage hasardé en passant, même d’un mot nouveau, qui suffit pour fonder l’accusation de néologisme. Corneille a pris souvent cette licence, à la vérité sans succès : son invaincu, et bien d’autres mots qui manquent à notre langue, et qui n’auraient pas pu avoir un père plus illustre, ont été rejetés par un caprice de l’usage; mais en ne les adoptant pas, on n’a pas fait à Corneille le reproche de parler un langage nouveau. Ce n’est pas en effet une expression isolée, quoique répréhensible, qui peut y exposer.

Une société d’amateurs de la langue française craignant que Linguet n’eût penché pour amatrice, parce qu’il avait employé lui-même ce mot, désira connaître mon opinion ; je fis cette réponse :

Pour décider si amatrice est français, si en l’employant on est néologue, il faut d’abord se faire une idée du néologisme, qu’on ne doit pas confondre avec la néologie.

Ces deux mots ont un point de vue commun, en ce que l’un et l’autre signifient mot nouveau ; mais ils portent une empreinte particulière à laquelle on ne peut se méprendre. La néologie est l’art de former des mots nouveaux pour des idées ou nouvelles ou mal rendues. Le néologisme est la manie d’employer des mots nouveaux sans besoin ou sans goût. La néologie a ses règles ; le’ néologisme n’a pour guide qu’un vain caprice. La première donne de l’embonpoint à la langue ; l’autre est une superfétation stérile, une bouffissure ridicule. Sans doute, comme le dit Horace, il a toujours été, il sera toujours permis de se servir de mots nouveaux; ceux qui sont anciens pour nous, n’ont-ils pas été nouveaux pour nos pères ? Mais les lois de la néologie veulent que tout mot nouveau soit ou nécessaire, ou plus expressif que celui dont on se servait, qu’il dérive d’une langue polie, connue, et prenne la teinte de celle qui l’adopte. Incohérence, incohérent, insignifiant, insouciance, âme aimante, gloriole, ligne de démarcation, aérostat, aéronaute, sont des mots nouveaux qu’avoue la néologie, et que recueilleront les bons Dictionnaires. Être bien éduqué, égaliser, sont des néologismes, parce que nous avons élever et égaler. L’impasse de Voltaire, qui est noble, sonore, expressif, aurait prévalu sur cul-de-sac qui n’a aucune de ces qualités, si l’idée qu’on veut exprimer par un de ces mots, était du district des poètes ou des orateurs : la voix populaire, en cette occasion, impose silence à la néologie qui le réclame. On ne voit guère de néologisme que dans les auteurs frivoles et sans talent ; mais dans l’écrivain de génie, l’impétuosité de ses idées le force à des laconismes qui n’ont point d’expression reçue. La néologie approuve ces hardiesses heureuses, et la langue s’enrichit.

Maintenant examinons le mot amatrice. A-t-on besoin de ce mot ? dérive-t-il d’une langue polie ? est-il en rapport pour sa formation avec d’autres mots de la langue ? l’oreille enfin l’approuverait-elle, si, réclamé par le besoin, il était indiqué par l’analogie ?

Depuis que les femmes cultivent leur esprit, depuis qu’à 1’empire de leurs charmes elles ajoutent celui des connaissances en tout genre, depuis qu’elles aiment les lettres et les arts, il nous faut un mot doué de l’inflexion féminine pour rendre cette nouvelle idée, et le mot est amatrice. « À Paris, dit J.J. Rousseau (Émile, p. 125), le riche sait tout ; il n’y a d’ignorant que le pauvre. Cette capitale est pleine d’amateurs, et surtout d’amatrices qui font leurs ouvrages, comme M. Guillaume faisait ses couleurs. » Ce mot, comme on voit, est tombé de la plume de J. J. ; Linguet l’a employé et défendu. Tous les écrivains dont le style a de l’abandon, dont la verve est féconde en pensées fortes et précises, ont souvent besoin de mots nouveaux qui les peignent.

Amatrice vient du latin amatrix, et de l’italien amatrice.

Les analogues d’amatrice sont sans nombre ; directeur, directrice; consolateur, consolatrice ; curateur, curatrice ; et par conséquent, amateur, amatrice. Ce mot, au moment du besoin, se présente de si bonne grâce qu’il est impossible de l’écarter.

L’oreille enfin doit approuver dans amatrice, la désinence qu’elle approuve dans directrice, actrice, tutrice, etc. Ce n’est pas un son nouveau pour elle, c’est même un son qui lui plaît particulièrement; car ayant à choisir entre chanteuse et cantatrice, elle préférera toujours cantatrice dans le style noble, c’est-à-dire, dans le style où elle aime le plus à exercer son empire.

Je suis donc d’avis que le mot amatrice, sollicité par le besoin, avoué par le goût parfaitement analogue, ayant des patrons recommandables, circulant déjà parmi les personnes qui parlent bien, est frappé au coin des meilleurs mots français.

J’en ai assez dit pour les esprits justes; mais comment persuader ceux qui, n’ayant pas même le mérite de l’invention, viennent niaisement jouer sur le mot, et, tourmentant la syntaxe, en ne faisant pas une ellipse qu’elle commande, et la prononciation, en coupant en deux un mot indivisible, commettent une double faute, pour arriver enfin un misérable calembour ? Cependant ils entraînent la petite coterie : trop scrupuleuses pour se dire amatrices, les dames se proclament amateuses, malgré l’analogie, et amateurs, malgré le sexe.

Construisons et prononçons amatrice, comme la raison veut qu’il soit construit et prononcé : cette société est composée d’amateurs et d’amatrices ; les amateurs ont du talent; les amatrices, des grâces et du goût. Ni cette phrase, ni celle de J. Jacques, ne sauraient donner lieu à une mauvaise plaisanterie. Notre langue fourmille de mots qui, dans quelques syllabes, offrent à la frivolité attentive, une image ridicule et obscène, tandis que le mot total et les expressions environnantes présentent le véritable sens aux personnes raisonnables.

Je ne me flatte pas non plus de convertir ces vains puristes que la voix de la raison touche moins que le silence de l’Académie sur le mot amatrice, preuve, ou qu’il a été omis par elle, comme trois ou quatre cents autres mots, ou qu’il n’a pris naissance que depuis la dernière édition de son Dictionnaire. L’académie ne crée pas les mots ; son emploi est d’enregistrer ceux que l’usage autorise. Un mot est donc français avant qu’il soit inséré dans son Dictionnaire; et si, par oubli. ou par dédain, elle se taisait sur un mot reçu, sur un mot qui fait généralement plaisir, les écrivains l’emploieraient sans le moindre scrupule, et l’observateur philosophe dirait, en parodiant les vers de l’académicien Boileau :

L’académie en corps a beau le rejeter,»
Le public révolté s’obstine à l’adopter.
                                  (Urbain Domergue)

Louis-Sébastien Mercier, Néologie, ou Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler, ou pris dans des acceptions nouvelles. Paris, 1801.

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5 décembre 2014

Betty nous (ré)enchante, ou, Comment bien commencer 2015

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 10:44


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11 novembre 2014

Défilé de mode à Paris : la Trash Fashion.

Classé dans : Littérature, Photographie, Société — Miklos @ 17:49

«La vulgarité n’est pas un sujet aimable. Les pauvres n’y sont pas beaux comme ils le sont toujours dans la littérature compassionnelle et sociale, ennoblis par leurs souffrances. Non, écrire sur la vulgarité c’est n’écrire ni sur les nantis ni sur les défavorisés, mais sur un mouvement qui tire les uns et les autres vers le bas. La vulgarité n’est pas un sujet gentil, c’est un sujet limite. Sous le déluge vulgaire, les déclassés et les repus ne sont pas admirables. Ici, personne ne gagne a priori ; apparemment, la vulgarité ne fait pas de prisonniers. Elle tue, plus encore que le ridicule qui, lui, a fait long feu.

La vulgarité est un ensemble de codes, un flirt avec les débordements ; un état où tout se mélange, tout se mêle, où le corps, encore et toujours, est ramené sur le devant de la scène avec ses fluides et ses productions. […]

Les artistes ont saisi la vulgarité comme une matière superactive. L’époque entropique et anthropique qui est la nôtre ne sait plus quoi faire de ses décharges réelles de détritus et la matière semble prendre sa revanche sur les hauteurs issues de l’esprit des Lumières. […]

À défaut de fond, on soigne la forme. On en rajoute, on accumule. C’est ainsi que les grilles du jardin du Luxembourg sont devenues les cimaises d’une déferlante d’expositions de photos ethnico-géographiques. Pour un premier succès de Yann Arthus-Bertrand, combien de sous-talents ? […] La place Vendôme a eu, elle aussi, les honneurs des horreurs. Plus d’une installation d’artiste a frôlé le révulsif. […]

La maîtrise avec laquelle les publicitaires ont joué de la mode trash confirme l’utilité de la vulgarité. C’est un outil qui parle à tous, qui franchit toutes les barrières sociales. La vulgarité est toujours en libre-service et comme l’air, elle est encore gratuite. Servez-vous. […]

« Commander, c’est parler aux yeux »», disait Napoléon. L’image véhicule la vulgarité à la vitesse de la lumière. Le flash vulgaire est imparable.

Philippe Trétiack et Hélène Sirven, Limite vulgaire. Stock, 2007.

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Animaux de Paris. Le flamant.

Classé dans : Langue, Littérature, Nature, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 16:35


Street art. Autres photos ici.
À propos de l’artiste.

   Une patte repliée
Sous leurs plumes qui se figent,
Les hauts flamants rassemblés
S’efforcent de ressembler
À des roses sur leur tige.

   Vit-on jamais dans le vent
Rosier plus vibrant de roses
Que ce bouquet de flamants roses,
Ce bouquet que le lac pose
Au pied du soleil levant ?

   Et, quand le bouquet s’effeuille,
Qui peut encore distinguer,
De ce nuage rosé
Que la brise cueille,
Le flamant rose envolé ?

Maurice Carème

«Flamant. s. m. Oiseau aqua­tique, qui est rouge et blanc avec un long bec et des jambes fort hautes. Le flamant qui se voit dans les Antilles, et que l’on appelle aussi flambant, est gros comme une cigogne. Ses jambes, grosses environ comme les doigts, ont quinze ou seize pouces de hauteur, depuis le pied jusqu’à la première jointure, et depuis cette jointure jusqu’au corps, elles en ont presque autant. Elles sont toutes rouges ainsi que les pieds qui sont à demi marins. Cet oiseau a le col rond et menu pour sa grandeur. Sa longueur est d’une demi toise. Il a la tête ronde, petite, et un gros bec moitié rouge et moitié noir, qui est long de six ou sept pouces, et courbé en forme d’un demi arc. Il s’en sert pour chercher au fond de l’eau des vers marins, et quelques petits poissons dont il fait sa nourriture. Toutes ses plumes sont de couleur incarnate, et quand il vole à l’opposite du soleil, il paraît tout flamboyant ainsi qu’un brandon de feu, et c’est de là qu’il a pris son nom. Les jeunes sont beaucoup plus blancs que les vieux. Ils deviennent de couleur de rose à mesure qu’ils croissent, et de couleur entièrement incarnate quand ils sont âgés. Il y en a qui ont les ailes mêlées de plumes rouges, blanches et noires. Ces oiseaux ont un cri si fort, qu’en les entendant, on croit ouïr le son de quelque trompette. Ils sont rares, et on n’en voit guère que dans les salines les plus éloignées des habitants. Ils vont toujours en bande, et pendant qu’ils barbotent dans l’eau pour y trouver de quoi se nourrir, il y en a toujours un qui fait le guet, ayant le col étendu, et jetant les yeux partout. Sitôt qu’il entend le moindre bruit ou qu’il aperçoit quelqu’un, il prend l’essor, et jette un cri qui sert de signal aux autres pour le suivre. Ils volent en ordre comme les grues, et la moindre blessure qu’ils reçoivent les fait demeurer sur la place. Ils sont gras, et ont la chair assez délicate, quoiqu’elle sente un peu la marine. La langue passe surtout pour un très friand morceau. Leur peau qui est couverte d’un mol duvet, est bonne aux mêmes usages que celles du cygne et du vautour. Il y a bien de l’apparence que ces oiseaux sont de la même nature de ceux qui se trouvent dans les îles du Cap Vert, et que les Portugais nomment flamencos. »  Ils ont le corps blanc et les ailes d’un rouge vif, approchant de la couleur de feu, et sont aussi grands qu’un cygne.

Thomas Corneille, Dictionnaire des arts et des sciences. Paris, 1694.

«Peu à peu, l’étymologie oubliée permit d’écrire flamant ou flamand, et d’un oiseau couleur de feu ou de flamme on fit un oiseau de Flandre, on lui supposa même des rapports avec les habitants de cette contrée, où il n’a jamais paru. [...] Pline semble mettre cet oiseau au nombre des cigognes, et Seba se persuade mal à propos que le phénicoptère chez les anciens était rangé parmi les ibis. Il n’appartient ni à l’un ni à l’autre de ces genres : non seulement son espèce est isolée, mais seul il fait un genre à part ; et du reste quand les anciens placent ensemble les espèces analogues, ce n’est point dans les idées étroites ni suivant les méthodes scolastiques de nos nomenclateurs ; c’est en observant dans la nature par quelles ressemblances des mêmes facultés, des mêmes habitudes,» elle rapproche certaines espèces, les rassemble et en forme pour ainsi dire un groupe réuni par des manières communes de vivre et d’être.

Buffon, Oiseaux, « Le flamant ou le phéni­coptère » (extrait). Paris, 1838.

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