Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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3 mai 2015

Life in Hell : Siel !, ou, La vie devant soi

Classé dans : Actualité, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 18:09


L’envers du Siel.

Akbar sort prendre l’autobus près de chez lui pour se rendre chez Jeff. Il bruine, le ciel est couvert.

Arrivé à la station, il jette un œil au tableau d’affichage poé­ti­quement nommé SielSystème d’information en ligne. ; celui-ci l’informe que le prochain bus arrivera dans 5 minutes. Il en profite pour contempler une à une les affiches collées ici et là sur les façades avoisinantes. Non pas qu’elles aient un quelconque intérêt, mais cela l’occupe.

Trois minutes plus tard, il consulte de nouveau le temps d’attente : 8 minutes.

« Ciel ! s’écrie-t-il in peto, le temps s’est inversé ! ». Il en est tout ravi bien que la durée se soit rallongée, puisque cela le rajeunit d’autant.

Le temps continue à passer ainsi en va-et-vient entre passé et futur. À l’arrivée du bus, une nounou compatissante qui se trouvait dans les parages prend le petit Akbar dans ses bras et le dépose dans le véhicule.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

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29 avril 2015

Au jardin public

Classé dans : Lieux, Littérature, Photographie — Miklos @ 13:59


Au Palais Royal. Cliquer pour agrandir.

«Après la visite chez le docteur, nous allions déjeuner au jardin public, sous les grands thuyas, assis sur des chaises en fer, devant les bassins où nageaient d’énormes carpes grises, quel­que­fois rouges, où barbotaient les cols-verts et sur lesquels se promenaient les cygnes blancs majestueux. Des volées de moineaux venaient picorer les miettes que nous leur jetions. C’était un repos oh combien salutaire, la nature apaisant toujours les angoisses du coeur. Je mangeais peu, appréhendant le retour, mes quelques couleurs me revenaient au joues.

Hélas, nous déguerpissions comme des voleurs à l’arrivée d’une vieille sorcière désagréable qui venait collecter quelques piécettes en échange de l’utilisation des chaises.» Elle délivrait un ticket à l’aide d’une lourde machine accrochée à sa ceinture comme en portent les contrôleurs de la SNCF.

Jean Dupouy, Né en 37. Publibook, 2012.

«C’était une petite vieille, vêtue de noir, comme une nonne sécularisée : l’air d’une chaisière d’église ou de jardin public, bien que ces deux types soient assez distincts pour être aisément reconnaissables à des regards avertis. Elle tenait à la fois des deux. Plus sportive et mieux conservée par la vie au grand air qu’une chaisière d’église, mais avec ce je ne sais quoi» de retenue et de discrétion qui rappelait cependant la présence du confessionnal et de la sacristie.

Édith Thomas, « La Chaisière des Champs-Élysées », Europe, 1er mars 1946.

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27 avril 2015

La femme aux deux vizages (sic)

Classé dans : Cinéma, vidéo, Littérature, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 15:45


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Même équipé de lunettes de vue multi­focales, de micro­scope élec­tronique ou du télé­scope spatial Hubble, on n’arrive à distinguer les deux noms que donne l’ency­clopédie en ligne mondiale à cette extra­or­dinaire femme de lettres qu’était Christine de Pisan. Soit dit en passant, ce n’est pas cette particularité ono­mastique qui la distingue ainsi, comme nous l’avions évoqué dans une note à notre transcription de l’ouvrage De l’égalité des deux sexes, où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés de Poullain de la Barre (lui aussi un phéno­mène en son genre), mais son métier et ses idées, en avance de bien des siècles sur son temps.

Le mystère s’éclaircit lorsqu’on consulte quelques-unes des autres versions de sa biographie dans la dite encyclopédie, où l’on constate que la variante occultée ici est « de Pizan », forme utilisée d’ailleurs par notre Bibliothèque nationale dans sa description de la version en ligne du manuscrit des œuvres de la dite demoiselle, et où on l’y distingue sans lunettes, microscope ou télescope :


Détail du manuscrit datant de 1399-1402 des œuvres de Christine de Pizan (source). On peut y lire : « Cy commencent les rebriches de la table de ce present volume fait compile par xpine [Christine] de Pizan demoiselle. »
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Les curieux chiffres de Lina (sic)

Classé dans : Actualité, Cinéma, vidéo, Sciences, techniques, Économie — Miklos @ 12:53


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L’actualité de ce jour nous a fait nous intéresser – vous vous demandez encore pourquoi ? – à Lina. Et l’on constate là aussi l’existence de chiffres vraiment curieux, ceux concernant son année de naissance. Comme on peut le voir ci-dessus, l’encyclopédie numérique universelle en donne deux, selon la langue. Et si l’on consulte les 21 autres versions, on trouve qu’elle est née :

— en 1926, selon les versions bulgare, française, hébreu, islandaise, japonaise, latine, malgache, polonaise, portugaise, russe, suédoise, tadjik et turque (13 au total) ;

— en 1928, si vous lisez l’allemand, l’anglais, l’espagnol, l’italien, le finnois, le grec, le néerlandais, le persan, le serbe ou le slovaque (10 au total).

S’il ne reste que les statistiques pour connaître cette information pourtant objective, on devrait choisir la première des deux années.

Mais cette incertitude (oh, Heisenberg, tu avais bien dit que plus on cherche moins on trouve) s’étend aussi à d’autres sources que l’on pense pourtant fiables, telles l’excellente (on le pensait jusque là) base de données du cinéma, IMDb (1926) ou ce temple du savoir qu’est l’université Harvard (1928) qui a pourtant une réputation inégalée.

Si l’on était tenté de croire la version en ligne de l’Encyclopaedia Britannica, qui donne comme date 1928, on se souvient que le trop sérieux magazine Nature avait annoncé que l’autre était quasiment aussi fiable. Notre perplexité reste totale.

Et ce n’est pas le site de cette dame indigne qui nous éclairerait : il indique seulement sa ville d’origine.

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22 avril 2015

Grâces soient rendues à un pigeon anonyme

Classé dans : Histoire, Lieux, Musique, Photographie — Miklos @ 17:02


Tsitsernakaberd, mémorial dédié aux victimes du génocide arménien à Yerevan.

Je n’aime pas les pigeons, surtout les parisiens d’entre eux, de ceux qui envahissent mes jardinières (en allant jusqu’à y pondre) malgré les piques que je m’évertue à y disposer, et encore moins ceux qui fréquentent le Centre Pompidou, ou du moins ses parages. Ils y pullulent, attirés par un étrange personnage plié en deux, à la barbe foisonnante et vêtu de guenilles, traînant des chariots pliants remplis de grands sacs en papier pleins de pain rassis. Dès qu’il se rapproche de la placette bordant l’atelier Brancusi, des nuées de pigeons y descendent de toute part, en provenance des toits et des arbres voisins où ils devaient guetter son arrivée. Roucoulant douce­reu­sement, une multitude de ces volatiles pouilleux l’entourent alors en virevoltant, les plus hardis se posant sur ses bras et sur ses épaules comme sur les branches d’un arbre, tandis que d’un air béat l’homme se met à éparpiller autour de lui des miettes de ce pain qu’il rapporte d’on ne sait où et qu’il distribue obsessionnellement jour après jour ici et ailleurs.

Par ce clair après-midi ensoleillé (et pollué) d’hier, je m’étais placé en haut de la piazza du Centre pour photographier les passants à pied et à bicyclette, afin de mettre en œuvre et de maîtriser certaines techniques de saisie du mouvement que j’avais apprises dans le cours de photo auquel je participe actuellement. Je m’étais placé à proximité d’un tronc d’arbre contre lequel je pourrai caler l’appareil pour l’empêcher de bouger lorsque le temps d’exposition serait plus long. Occupé que j’étais à guetter d’un œil mes prochaines cibles tout en effectuant les multiples réglages qui devaient avoir pour effet de les saisir de façon adéquate – un cycliste étant bien plus rapide qu’un piéton, le temps d’exposition, l’ouverture, la sensibilité ne sont pas les mêmes –, j’aperçois brièvement un pigeon posé non loin, sur le faîte du grillage qui borde l’entrée au parking souterrain ; il semblait surveiller mes mouvements d’un regard torve : il devait préparer son coup. Puis je me concentrai sur ma tâche et l’oubliai.

Plus d’une cinquantaine de photos plus tard, floc ! Une fiente atterrit sur mon épaule. Non seulement indigné, mais submergé par le souvenir de la honte cuisante que j’avais ressentie, enfant, quand un ancêtre de ce volatile m’avait pris pour cible dans la cour de mon école communale, je m’éloigne rapidement de l’arbre tout en essuyant vigoureusement les traces de l’outrage que je venais de subir. Puis, levant les yeux qui, jusque là, avaient été surtout fixés sur le viseur de mon appareil, qui vois-je ?

– Risto !

– Michel !

– …

– …

– Que fais-tu à Paris ?

– Notre chœur et quelques-uns de nos musiciensRisto, que j’avais connu – et grandement apprécié autant pour ses qualités humaines que professionnelles – alors qu’il était directeur artistique de l’Ircam, dirige actuellement le département musique de la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne. prennent part au concert de ce soir au Théâtre du Châtelet, commémorant les 100 ans du génocide arménien. Au programme, des œuvres de Khatchaturian et de Komitas, une création de Michel Petrossian et le Requiem de Mozart. J’ai une place de disponible assortie d’une invitation au cocktail qui s’en suivra, veux-tu venir ?

J’avais entendu du Khatchaturian dès mon enfance, en Israël, où ses œuvres (dont l’exotisme des mélodies et de l’orchestration m’avaient toujours fasciné), et pas que la trop célèbre Danse du sabre, étaient régulièrement diffusées à la radio et jouées en concert – ainsi que celles de bien d’autres compositeurs de pays faisant alors partie de la « sphère d’influence » soviétique –, ce qui n’était pas le cas en France ; c’est ainsi que je connaissais aussi bien mieux Smetana, Bartók, Kabalevski, Chostakovitch ou Janácek que bien de mes congénères français.

Quant à Komitas, j’avais découvert son existence lors de la conférence internationale Musique et bibliothèques musicales au 21e siècle, qui s’était tenue à Yerevan en novembre 2012, à l’occasion du 300e anniversaire de Sayat-Nova, grand poète arménien. À ce propos, il faut mentionner la publication de la version originale restaurée du plus qu’extraordinaire film Sayat Nova. La couleur de la grenade du génial réalisateur (arménien, lui aussi), Serguei Paradjanov. Si vous ne l’avez vu, allez le voir (il sort aujourd’hui en salle). Si vous l’avez vu, allez le revoir.

J’avais entendu parler de Michel Petrossian mais ne connaissais pas son œuvre. Et en ce qui concerne le Requiem de Mozart, je l’avais écouté un nombre incalculable de fois depuis mon adolescence dans une des interprétations de Bruno Walter (si je ne me trompe : avec Irmgaard Seefried, Jennie Tourel, Léopold Simoneau et William Warfield), à tel point que je l’entends encore aujourd’hui sans même l’écouter.

J’ai donc accepté sans hésiter en remerciant vivement Risto, et, in peto, ce pigeon que j’avais maudit quelques instants auparavant.

Le soir venu, je me retrouve à l’entrée du Châtelet. La foule qui s’y pressait devait d’évidence comprendre une grande partie de la communauté arménienne française : l’ample chevelure épaisse noir de jais des femmes, le teint de la peau et les traits des visages des uns et des autres, me rappelaient tant ceux que j’avais vus lors de mon séjour en Arménie. Se connaissant, ils se saluaient et s’embrassaient chaleureusement.

Nous étions fort bien placés, au premier rang du second balcon, quasiment au centre : on voyait ainsi toute la scène et les deux balcons où deux groupes de choristes se positionneraient dans l’œuvre de Petrossian, et surtout : on entendait fort bien. Trop bien d’ailleurs en ce qui s’agissait d’un vrombissement sourd de moteur (aération ?) présent sans discontinuer dans la salle…

Alain Altinoglu, le chef d’orchestre d’origine arménienne (et dont le père, m’a dit Risto, était mathématicien), a dirigé avec vigueur – voire avec punch, en ce qui concernait Khatchaturian – les œuvres de la soirée. On aurait toutefois apprécié plus de graduation dans les nuances, plus de sensualité dans les œuvres qui le demandaient. Quant aux solistes du Requiem, les voix de femmes étaient métalliques et avaient un vibrato insoutenable, à donner le mal de mer, et c’était le ténor qui s’en sortait le moins mal. La création de Petrossian, Ciel à vif, une interpellation de Dieu face à l’horreur absolue du génocide, intégrait des textes de diverses origines et langues, et ne manquait pas d’intérêt malgré quelques longueurs.

Le très généreux buffet du cocktail était fourni – faut-il s’en étonner – par Petrossian, et je n’ai pas souvenir d’avoir jamais dégusté un saumon fumé et mariné si savoureux, dont le goût reste en bouche longtemps après sans s’altérer, ainsi que celui de cette chaleureuse soirée.

On signalera aussi à cette occasion la publication du hors série de Marianne, Les Arméniens : une histoire française, et la récente ouverture de l’exposition Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman : stigmatiser, détruire, exclure qui se tient jusqu’au 27 septembre au Mémorial de la Shoah.


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