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« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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29 novembre 2020

Apéro virtuel II.28 – dimanche 29 novembre 2020

Sylvie, Jean-Philippe et Léo, ce dernier soutenu en arrière-plan par Superman, rejoignent The Emperor dont la présence fait écho justement à cet infâme prétendu sur­homme de papier, et, indirectement, à la disparition hier de l’acteur anglais David Prowse qui avait incarné Dark Vador (sans la voix) dans Star Wars. Cette personnalité partie et Michel arrivé, Léo change son arrière-plan en le remplaçant par une image de bande dessinée repré­sentant une femme armée tenant en joue un homme (cf. ci-contre). Il s’agit de Ms. June Justis, « la seule femme membre du FBI des US », parue dans le magazine G-Woman en décembre 1937 (alors que Wonder Woman, adulée par Sylvie et ses filles, n’a fait son apparition qu’en 1941) – et ce n’est que plus tard que les héros masculins ont évincé quasiment toutes leurs contreparties féminines de ce type de littérature.

Françoise (P.) arrivant, Léo et Sylvie mentionnent respectivement Little Orphan Annie, parue en 1924 (en anglais uniquement) et Fifi Brindacier (nom complet : Fifilolotte Victuaille Cataplasme Tampon Fille d’Efraïm Brindacier) en 1945 (en suédois puis en français et nombre de langues). Tous deux s’accordent pour avoir adoré Tartine Mariol, créée en 1955 – pastiche de Martine Carol… –, vieille grand-mère avec un menton en galoche, avec des poils, des gros godillots, mais balaise comme tout, qui avait du punch et mettait k.o. tous les méchants, que Sylvie avait dû lire en cachette. Lorsqu’elle a passé son bac avec succès, à la question de ses parents quel cadeau lui ferait plaisir, elle a répondu qu’elle aimerait avoir le tout premier volume d’Astérix (Astérix le Gauiois) de Goscinny. Jean-Philippe dit alors qu’il était assez mal dessiné par rapport aux versions suivantes, Sylvie rajoutant que c’est le cas pour beaucoup de bandes dessinées, par exemple celle de Mickey. Léo cite alors l’analyse de Stephen J. Gould concernant l’évolution du personnage de Mickey et de sa repré­sen­tation, turbulent, voire légèr­ement sadique à ses débuts, puis, au fur et à me sure de son succès populaire, il s’amadoue dans son compor­tement, ce qui se reflète aussi dans sa repré­sen­tation, devenant graduel­lement de plus en plus juvénile, puis enfantine malgré son âge inchangé (processus appelé néoténie), dans le but d’exploiter l’affection humaine profonde pour les jeunes. Et ainsi, le rapport tête – corps de Mickey, initialement celui d’un adulte, évolue vers celui d’un adolescent. Michel, quant à lui, n’a jamais aimé Mickey.

Après un bref échange entre Françoise (P.) et Jean-Philippe à propos du « caractère bien trempé » de Françoise Giroud (évoquée en mentionnant le décès de Jean-Louis Schreiber hier) et de ses présumés actes (qu’elle a nié) à l’encontre des parents de JJSS qui s’était séparé d’elle, pour se marier à une (autre) jeune femme, Michel lit trois citations d’un même auteur, la première de circonstance vu le contexte :

– Vaurien, tu viens de prendre la taille à ma femme !
– Moi, Monsieur ? Fouillez-moi !

Alphonse Allais ? Non.

– Sais-tu pourquoi les sauvages vont tout nus ?
– Parce que Christophe Colomb les a découverts.

Tristan Bernard ? Non. Le dernier indice, plus long, est une fable en alexandrins, Bon conseil aux amants :

Un brave ogre des bois, natif de Moscovie,
Était fort amoureux d’une fée, et l’envie
Qu’il avait d’épouser cette dame s’accrut
Au point de rendre fou ce pauvre cœur tout brut.
L’ogre, un beau jour d’hiver, peigne sa peau velue,
Se présente au palais de la fée, et salue,
Et s’annonce à l’huissier comme prince Ogrousky.
La fée avait un fils, on ne sait pas de qui.
Elle était ce jour-là sortie, et quant au mioche,
Bel enfant blond nourri de crème et de brioche,
Don fait par quelque Ulysse à cette Calypso,
Il était sous la porte et jouait au cerceau.
On laissa l’ogre et lui tout seuls dans l’antichambre.
Comment passer le temps quand il neige en décembre.
Et quand on n’a personne avec qui dire un mot ?
L’ogre se mit alors à croquer le marmot.
C’est très simple. Pourtant c’est aller un peu vite,
Même lorsqu’on est ogre et qu’on est moscovite,
Que de gober ainsi les mioches du prochain.
Le bâillement d’un ogre est frère de la faim.
Quand la dame rentra, plus d’enfant. On s’informe.
La fée avise l’ogre avec sa bouche énorme.
— As-tu vu, cria-t-elle, un bel enfant que j’ai ?
Le bon ogre naïf lui dit : « Je l’ai mangé. »
 
Or, c’était maladroit. Vous qui cherchez à plaire,
Ne mangez pas l’enfant dont vous aimez la mère.

Pour bien comprendre le – double – sens de cette fable, il est bon de garder en mémoire le premier sens de marmotFigure grotesque décorant un élément architectural et, en partic., un heurtoir de porte. et celui de croquer le marmotAttendre longtemps en se morfondant.. L’ogre, un peu simplet, est passé du figuré au littéral.

Jean de la Fontaine ? Que nenni. Dickens ? Oh no! Jules Renard ? Eh non. Il s’agit de Victor Hugo, dont l’humour souvent féroce paraît dans ses écrits (on pense surtout aux Châtiments), à l’instar de ce petit quatrain à l’encontre de Louis Veuillot, journaliste, partisan passionné du catholicisme ultramondain :

O Veuillot, face immonde encore plus que sinistre,
Laid à faire avorter une femme, vraiment !
Quand on te qualifie et qu’on t’appelle cuistre,
                istre est un ornement.

Ces quatre citations sont tirées d’un livre que Michel n’a de cesse de parcourir depuis qu’il l’a acheté dans les années 1960 : Humour 1900, éd. J’ai lu.

C’est au tour de Françoise (P.) de poser quelques devinettes : avez-vous entendu parler de Victor Lustig ? Jean-Philippe répond du tac au tac : « Un escroc international ». Françoise dit alors avoir cherché qui étaient les plus grands escrocs au niveau mondial ; Lustic a vendu la Tour Eiffel (en 1920)…

Et Anna Anderson ? Imposteuse s’étant faite passer, au début des années 1920, pour la princesse Anastasia, qui donc n’aurait pas été tuée avec son père, le tsar Nicolas II, et leur famille, en 1918. Si cette imposture est démontée à partir de 1927 – il s’agit en fait d’une ouvrière polonaise mentalement malade –, elle ne sera définitivement prouvée par des tests ADN en 1998 (ce qui n’a pas mis fin aux thèses soutenant l’affirmation d’Anderson). Michel et Sylvie mentionnent qu’il y a eu d’autres prétendues Anastasia…

Et Charles Ponzi ? Certains des présents ont entendu parler de la pyramide de Ponzi, d’autres non. Il s’agit d’un montage financier frauduleux inventé par cet Italien arrivé fauché aux US au début du XXe siècle, régulièrement utilisée jusqu’à nos jours et récemment rendue célèbre par l’affaire Madoff. Léo dit alors que David Lescot en a fait une pièce de théâtre (avec chœur). Jean-Philippe signale qu’une arnaque de ce type a eu lieu très récemment (durant la pandémie actuelle) par l’entremise des réseaux « sociaux ».

Léo mentionne une arnaque très simple : une annonce parue dans un journal disait « Vous n’avez plus que 3 jours pour envoyer 1$ à Mr. Un Tel » (et l’adresse était fournie), sans autre précision ; le lendemain, « Vous n’avez plus que 2 jours… », etc. Et ce Mr. Un Tel avait tout de même récolté 1000 ou 2000$/ Ce type de procédé est dorénavant interdit.

Et quid de van Meegeren ? On avait effectivement entendu parler de ce grand arnaqueur dans le monde de la peinture (il « créait » des Veermer).

Quant à Frank Abagnale Jr., jeune escroc, faussaire et imposteur, il se reconvertit finalement en conseil et détection de fraudes. Sa vie – romancée, sans doute – a été l’objet en 2003 du film Arrête-moi si tu peux de Spielberg avec DiCaprio et Tom Hanks.

La conversation aborde alors le sujet des arnaques par courriel, et Michel met en garde contre des mails qui semblent venir d’amis ou d’organismes connus, et qui demandent (ou proposent) soit d’ouvrir une pièce jointe – celle-ci peut contenir un virus informatique –, soit de cliquer sur un lien menant vers un site Web – qui peut télécharger subrepticement des virus dans l’ordinateur –, soit enfin de répondre par mail au dit ami ou organisme, mais en fait l’adresse de réponse n’est pas celle de la personne à laquelle on pense mais en diffère si peu qu’on ne remarque pas cette différence…

Léo signale une plateforme Web utile pour lutter contre la désinformation dans des domaines aussi divers que les médias et la technologie (dont l’inter­net), la politique, l’envi­ron­nement, la santé (d’autant plus impor­tant ces temps-ci)… il s’agit de hoaxbuster.com.

Pour redétendre l’atmosphère, Michel lit une brève histoire tirée de Humour 1900, Old England de Mac-Nab (1856-1889), poète et chansonnier français. L’extrait ci-dessous est copié de l’édition des Poèmes mobiles * Monologues de l’auteur, publiée en 1886.

Jean-Philippe rebondit sur la mention qu’avait faite Michel, lors d’un récent apéro, de la Cantilène de Sainte Eulalie, datant de la fin du IXe siècle comme étant le premier document écrit en langue française. Ayant un vague souvenir de ses études d’antan et ayant effectué des recherches de son côté, il a trouvé ceci : peuvent prétendre être les premiers en français cinq textes écrits entre 842 – les Serments de Strasbourg1 – et 1050 – La Vie de Saint Alexis, tous sauf le premier étant des textes religieux, écrits pas uniquement en latin mais aussi en vernaculaire, afin que le vulgus pecum comprenne quand on leur en fait la lecture. Durant ces deux siècles, on a retrouvé dans les documents d’époque 11 000 mots en français d’alors (ou protofrançais), qui n’a vraiment été étudié que récemment dans sa structure : Jean-Philippe mentionne l’ouvrage Histoire de la phrase française : des Serments de Strasbourg aux écritures numériques de Gilles Siouddi qui vient de sortir chez Actes Sud, et en lit un extrait. Michel remarque que la diction et la prononciation de l’époque devaient être très différentes de ce qui est pratiqué aujourd’hui (il suffit de voir comment notre parlé diffère de celui d’avant-guerre…), ce que confirme Sylvie, ayant une bonne expérience du chant Renaissance.

________________

1. La version originale des Serments est perdue. Le texte que l’on en possède (par exemple à la BnF) est extrait du livre de Nithard, rédigé en latin, Histoire des fils de Louis le Pieux. Nithard est le petit-fils de Charlemagne.

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28 novembre 2020

Apéro virtuel II.27 – samedi 28 novembre 2020

Place des Victoires

Sylvie arrive avec son lot de popcorn, suivie de Léo, Françoise (P.) et Françoise (C.). Michel raconte alors avoir pris la photo ci-dessus environ une heure plus tôt, en rentrant chez lui. Françoise (P.) dit qu’elle se trouvait alors aux Champs-Élysées, et le nombre de personnes dans les rues était impressionnant – ce que confirment Michel et Françoise (C.), chacun pour son quartier, cette dernière ayant vu aussi de la fumée s’élevant au-dessus des toits en direction de la Bastille – « produit » des affrontements de rue entre manifestants et forces de l’ordre durant la manifestation pour la défense des libertés.

Concernant l’histoire du monument central de la place des Victoires, Michel montre une gravure illustrant le monument d’origine qui s’y était élevé jusqu’à la Révolution française, Louis XIV sur un piédestal, entouré de quatre statues. Celle du roi fut alors fondue, et les quatre autres se trouvent actu­el­lement au musée du Louvre. La place elle-même a changé depuis : on aperçoit sur cette gravure, au fond et des deux côtés de la statue, deux des quatre fanaux, qui brûlaient en permanence pour éclairer la statue, eux-mêmes démontés en 1718. Il est amusant d’en savoir la raison, voici ce qu’en dit la Notice sur la nouvelle statue équestre de Louis XIV, fondue d’après le modèle de M. Bosio, membre de l’Institut, précédée de quelques considérations critiques et d’un aperçu historique sur la place des Victoires et sur les divers monuments qui l’on décorée depuis sa construction de C.-Olivier Blanchard de Boismarsas en 1822, qui remet aussi en cause l’identification des quatre statues en tant que représentations de quatre nations vaincues :

«Au milieu de cette place s’élevait, avant la révolution, sur un piédestal de marbre blanc veiné, la statue pédestre de Louis-le-Grand. Ce monarque était représenté avec les habits de son sacre, et foulant aux. pieds un Cerbère ; une victoire ailée, un pied posé sur un globe et l’autre en l’air, mettait d’une main Une couronne de laurier sur la tête du héros et tenait de l’autre un faisceau de palmes et de branches d’olivier. Ce groupe monumental était de plomb doré et fondu d’un seul jet, ainsi que le globe, la massue d’Hercule, la peau de lion, le casque et le bouclier qui en formaient les ornemens et accessoires.

Aux angles du piédestal étaient quatre figures en bronze de douze pieds, représentant des esclaves chargés de chaînes. On a toujours voulu voir dans ces statues la désignation des peuples que Louis XIV avait subjugués ; mais il est plus généreux de penser que le fondateur avait seulement eu en vue d’exprimer par une allégorie la puissance du monarque et le succès de ses armes.

Les bas-reliefs représentaient, l’un la préséance de la France sur l’Espagne en 1662 ; l’autre, la conquête de la Franche-Comté en 1668 ; le troisième, le passage du Rhin en 1672 ; et le dernier, la paix de Nimègue en 1678.

Tous ces ouvrages avaient été conduits avec un rare talent par Martin Vanden-Bogaer, connu sous le nom de Desjardins. Enfin l’élévation du monument entier était de trente-cinq pieds.

Plusieurs inscriptions fastueuses couvraient les différentes faces du piédestal. Au bas de la statue on lisait ces mots gravés en lettres d’or : VIRO IMMORTALI.

Jusqu’en 1699, la place des Victoires fut éclairée pendant la nuit par quatre grands fanaux ornés de sculptures et d’inscriptions relatives aux actions les plus mémorables de Louis XIV. Un arrêt du Conseil ordonna à cette époque que ces fanaux ne seraient plus allumés ; et, peu d’années après, ils furent démolis. Les motifs de cet arrêt étaient d’une frivolité qui allait jusqu’au ridicule : les habitans des maisons de cette place étaient, disait-on, incommodé par l’attroupement des fainéans et vagabonds qu’attirait la lumière de ces fanaux. Des personnes bien instruites ont attribué, avec plus de vraisemblance, cette détermination à ce distique assez plaisant que l’on vit un matin sur le piédestal de la »statue :

Lafeuillade, sandis, je crois que tu me bernes,
Dé placer lé soleil entre quatre lanternes.

Léo mentionne deux « champions de la courte nouvelle », qui va de trois lignes à 2 pages : Fredric Brown, auteur de polars et de science-fiction humo­ris­tique, qui a notamment écrit Martiens, Go Home! (œuvre que Michel avait citée en 2018 suite à une jolie coquille de Libé), le second Jacques Sternberg (1923-2006), auteur belge franco­phone notam­ment de science-fiction et de fantas­tique. En préli­minaire, il cite la plus courte histoire de science-fiction qu’il connaisse : « Allô ? C’est de la part de quoi ? »1 Il commence alors la lecture de « La Disparition » (non, pas celle de Perec, mais on ne peut s’empêcher d’y penser), tirée du recueil 188 contes à régler de Sternberg et illustré par son ami Topor : « Tout arriva en un dixième de seconde. De tous les grains de sable susceptibles de tomber dans les rouages d’une civilisation de haute technicité, celui-là semblait vraiment l’un des plus impro­bables : partout, sans explication plausible, et sans le moindre signe précur­seur, le chiffre 2 disparut du monde des mathématiques. [...] »

Michel évoque deux autres auteurs de microcontes : Alphonse Allais et l’auteur contemporain israélien Etgar Keret (excellemment traduit en français).

Léo pose alors un problème de logique. Il présente la phrase suivante : « Cette phrase contient sept mots. » Manifestement, elle est fausse. Donc sa négation doit être vraie : « Cette phrase ne contient pas sept mots. » Mais elle en contient sept… Bon exemple d’une phrase et de son contraire, toutes deux auto­référentielles, ou ni l’une ni l’autre sont vraies et fausses en même temps. Situation indé­cidable (autre exemple : « Je suis un menteur »). Léo indique alors que cette problé­matique de logique a été abordée de façon bien plus générale en mathé­matiques, notamment par Gödel dans ses « théorèmes d’incomplétude », qui démontrent que toute théorie mathé­matique équi­valente à, ou plus déve­loppée que, l’arithmétique, contenait forcément des affirmations indémontrables voire contradictoires dans le cadre de cette théorie, et qu’on ne pouvait traiter que dans une théorie plus « vaste ». De là la discussion s’élève jusqu’à la preuve onto­logique (ou non) de l’existence de Dieu (pour dire simple : puisqu’on peut imaginer la transcendance qui est forcément hors de nous, c’est qu’elle existe).

Pour en revenir à des concepts humains, ceux de théories mathé­matiques, Léo montre que certains concepts simples s’interprètent diffé­­remment selon le contexte. Ainsi, la somme des trois angles d’un triangle, dessiné sur une surface plane, est toujours de 180°, alors que si l’on prend par exemple un triangle dessiné sur la face terrestre, la somme de ses angles peut dépasser de loin cette limite (et arriver jusqu’à 540°) : dans le premier cas, c’est la géométrie euclidienne qui y règne, dans l’autre c’est la géométrie sphérique. La conversation s’élevant derechef vers des dimensions (mathématiques) supérieures (nous vivons dans trois dimensions, mais quid des êtres dans une quatrième ou cinquième dimension?), Léo mentionne le joli petit ouvrage d’Edwin Abbott Abbott (oui, deux fois), Flatland: A Romance of Many Dimensions (en français : Flatland ou Le pays plat ; Flatland : Fantaisie en plusieurs dimensions), qui se passe dans un monde… à zéro, une ou deux dimensions, dans lequel les femmes sont pointues, du fait de leur forme triangulaire… Ce qui fait mentionner à Michel Les Xipéhuz (1888) de J.H. Rosny Aîné (auteur aussi de La Guerre du feu), dans laquelle les humains – dans un lointain passé (« mille ans avant le massement civilisateur d’où surgirent plus tard Ninive, Babylone, Ecbatane. ») – se trouvent confrontés à des Formes, « cônes bleuâtres, translucides, la pointe en haut, chacun du volume à peu près de la moitié d’un homme », d’autres « quasi cylindriques », inorganiques et pourtant organisées et violentes, conflit de deux mondes totalement étrangers l’un à l’autre, décrit dans une langue très poétique.

Léo ayant changé son arrière-plan, il affiche maintenant la genèse de Superman, représenté ici avec son père Jor-El, tous deux nés sur la planète Krypton. Le père ayant prévu qu’un cataclysme détruirait la planète, il envoie son fils sur Terre dans un vaisseau spatial qu’il a conçu et construit, et le bébé Superman se retrouve être le seul survivant des Kryptoniens (à l’exception, précise Jean-Philippe, quelques prisonniers à Krypton, qui se retrouvent en fait emprisonnés dans une capsule en dehors de la planète). Les ennemis de Superman, qui se doivent d’être à sa hauteur, sont appelés les Supervilains.

Françoise (P.) cite deux petites phrases absurdes : « La pizza est une spécialité culinaire ronde placée dans un emballage carré pour être dégustée en triangles. » et « C’est l’histoire d’une fraise qui fait du cheval… Tagada, tagada, tagada ! »

Françoise (C.) fournit celle-ci : « Comme son nom l’indique, le violoncelle est un instrument qui se joue assis. »

Léo lit une autre histoire courte qui commence ainsi : « La guerre de 1999 éclata si brutalement qu’on eut à peine le temps d’y croire », montrant en quelques mots les vices et les vertus de… l’informatique, et une autre, encore plus courte, qu’on citera intégralement : « Il était le dernier homme à survivre tant bien que mal dans l’unique maison encore intacte d’une banlieue de la capitale entièrement détruite, quand il reçut la-bas un dernier avis avant saisie que lui envoyaient les contributions. »

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1. On en a trouvé une version un chouia plus longue et attribuée ici (p. 17), datant de 1976 : « Sur les ondes de CBOF-AM, Gérard Gravelle raconte : “Cela se passe en l’an 2000. Une sonnerie retentit. Le téléphone robot décroche et dit : Allô, c’est de la part de quoi ?” ».

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27 novembre 2020

Apéro virtuel II.26 – vendredi 27 novembre 2020

Classé dans : Arts et beaux-arts, Littérature, Sciences, techniques, Théâtre — Miklos @ 23:59

Jean-Philippe, Sylvie, Françoise (P.), Léo et Françoise (C.) étant arrivées, Michel demande à Sylvie si elle veut bien qu’ils fassent un peu d’arithmétique. Elle consentante, ils s’engagent dans un extrait du dialogue du Professeur et de l’Élève de La Leçon d’Ionesco, celui où le Professeur essaie d’inculquer les bases de l’arithmétique à l’Élève, qui n’arrive à comprendre ce qu’est une soustraction (et encore moins son essence universelle), alors qu’elle excelle en addition et… et multiplication (savez-vous, vous, répondre du tac au tac à la question « Combien font 3 755 998 251 x 5 162 303 508 ? »). Cet extrait faisait écho d’une part aux récentes évocations des instituteurs que les participants avaient eus à l’école, mais aussi au fait que la moitié des présents étaient des anciens matheux et avaient enseigné cette science (non, cette méthode ; voire cette thérapeutique) à un moment plus ou moins long de leur vie, et enfin que Michel avait contribué – selon Sylvie – à son apprentissage éclair et intransigeant de l’hébreu alors que tous deux étudiaient les mathématiques au Technion.

Ce grand classique d’Ionesco fait penser Léo au Théâtre de la Huchette, où se donnent cette pièce et un autre classique du même, La Cantatrice chauve depuis… 1952. Françoise (P.) s’exclame alors qu’elle y était allé voir ces deux pièces juste avant le confinement (et avait trouvé le spectacle un peu vieilli)… Sylvie dit l’y avoir vue dans les années 1960. Pour Michel, Ionesco est le type d’auteur qui lui « parle » particulièrement : il est de ces écrivains ou poètes qui sont passés d’une langue à l’autre (à ce propos, on peut voir le documentaire de Nurith Aviv, D’une langue à l’autre, 2004). Léo, lui, se souvient d’avoir été impressionné par une autre pièce d’Ionesco, Rhinocéros.

Michel raconte alors où il a trouvé le texte de La Leçon dont il a extrait les quelques pages lues par Sylvie et lui : il s’agit du site Internet Archive, bibliothèque numérique à but non lucratif proposant gracieusement l’accès à un fonds de millions de livres, de vidéos (certaines néonazies…), d’enregistrements sonores et de logiciels, ainsi qu’un archivage partiel de sites Web présents et passés remontant jusqu’à 1996). Cet ouvrage, intégralement consultable (mais non copiable) ne se trouvait pas chez Gallica ni chez Google Books. Ensuite, il exprime son opinion selon laquelle le numérique ne remplace pas le physique (cf. Le poids d’un livre), de même que le télétravail ne remplace pas le présentiel – à chacun ses avantages et désavantages. En outre, il pose la question de la pérennité des collections numériques du fait de l’obsolescence croissante des technologies (supports, formats, logiciels…).

Ce qui s’affiche lorsqu’on clique sur un lien vers ce qui devrait être l’annonce du spectacle Ionesco, lien fourni par un moteur de recherche.

On a eu un exemple en « temps réel » de l’obsolescence de sites web et donc de leurs contenus numériques : en rédigeant ce compte-rendu, on avait cherché à l’illustrer avec quelques contenus se trouvant sur le site du Théâtre de la Huchette. Et voilà qu’une heure plus tard, tous ces contenus avaient disparus, et étaient remplacés par une page d’erreur… Il s’avère qu’à ces heures-là le théâtre avait remplacé toute l’infrastructure de son site web – sans aucun doute pour le « moderniser »… Et de ce fait, tous les contenus – textes et images – que référencent actuellement moteurs de recherche et autres sites web ne sont plus accessibles, les adresses de référencement ayant changé. C’est aussi ce qui est arrivé récemment au site du Centre Pompidou. Les moteurs de recherche vont se mettre à jour puisqu’ils réindexent sans répit le web, mais pas forcément les autres sites qui parlent ou parlaient des activités et de l’histoire du théâtre (il suffit de regarder des pages anciennes de ce blog-ci : nombres de photos qui l’illustraient ont disparu). L’alternative pour tenter de se protéger de ces disparitions ? Copier les contenus qu’on souhaite référencer sur son propre site (et ne pas en modifier sa structure !).

Léo dit qu’il préfère évidemment les livres qu’on peut toucher à ceux qu’on lit à l’écran, mais il y en a qu’on ne trouve que numériquement ; d’autre part, il se rappelle que lorsqu’il a débuté en tant que journaliste, il écrivait à la main alors que ses collègues utilisaient déjà l’ordinateur, autre forme d’écriture. Le problème, dit alors Michel, c’est que la pérennité des écrits numériques n’est pas aussi assurée que celle de l’écrit sur papier. Léo rétorque que, quand le livre est apparu, ceux qui racontaient des histoires ont dit qu’il était impossible de le faire par l’entremise des livres (même s’ils ont quelques avantages), comme quoi chaque innovation est sujette à des critiques… Michel reconnaît bien qu’il y a des anciens livres et documents qu’on peut lire dans de meilleures conditions via l’informatique, ce qu’il a constaté aux Archives générales des Indes à Séville qu’il avait visitées dans les années 1990.

Jean-Philippe présente alors le livre Logique sans peine de Lewis Carroll, – auteur très apprécié d’Ionesco –, illustré par Max Ernst… C’est la troisième édi­tion de l’ouvrage, parue en 1966, et pourtant elle est pleine de coquilles. Il en lit l’intro­duction « À l’adresse des débu­tants » (de Lewis Carroll) : « Tout débutant qui souhaite vérifier loya­lement si ce petit livre est, ou n’est pas, matière à un passe-temps intel­lectuel extrê­mement inté­ressant, est vivement invité à observer les règles suivantes : 1. Commencer au commen­cement, sans vouloir, pour satisfaire une simple et vaine curiosité, ouvrir le livre au hasard, ce qui vous conduirait vraisem­bla­blement, cher lecteur, à l’aban­donner en disant : “C’est beaucoup trop difficile pour moi !”, et vous ferait ainsi perdre toute chance d’augmenter consi­dé­ra­blement votre répertoire de jeux intel­lectuels…. » puis en cite brièvement quelques problèmes de logique.

Françoise (C.) pose alors une devinette de circonstance : « Mon premier est une salade. Mon second est une salade. […] Mon huitième est une salade. Mon tout est un romancier et écrivain britannique. » Vous avez trouvé ? Non ?Les 8 scaroles…

Léo pose encore deux énigmes : 1. Un nénuphar double de surface tous les jours. Au bout de 30 jours, il a recouvert l’étang. Au bout de combien de jours avait-t-il rempli la moitié de l’étang ? (On laisse le lecteur trouver la réponseNon, pas 15 jours…). 2. Trois personnes vont au restaurant et qui commandent chacun un repas coûtant 10 €. Ayant fini, ils payent chacun le patron. Ils bavardent sympathiquement avec lui, du coup il leur rend 5 €. Ils prennent un euro chacun – il en reste donc deux. Mais si on fait le compte : ils ont payé chacun 10 – 1 = 9 €. 3 x 9 € = 27 €, et si on rajoute les 2 € restant, cela fait 29 € et non 30… où a disparu cet euro ? (Non, ce n’est pas la TVA qui serait allée aux impôts).

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Apéro virtuel II.25 – jeudi 26 novembre 2020

Xenophora conchyliophora

Jean-Philippe, puis Léo, entrent en scène. Le fond d’écran de ce dernier – qui ressemble à un bouquet de porte-voix pour Michel –, explique-t-il, est un xenophora, coquillage qui absorbe d’autres coquillages et les fixe sur sa propre coquille ; il a choisi cette illustration en écho aux phasmes qu’avait montrés Michel avant-hier. Françoise (C.) apparaît alors, enfin très bien connectée via l’ordinateur qu’elle s’est achetée aujourd’hui.

Léo raconte alors quelques énigmes attrape-nigaud que, professeur de maths au lycée Paul-Valéry, il lui arrivait de poser à ses élèves :

❓ « Sept vaches broutent dans un champ. Elles meurent toutes, sauf quatre. Combien en reste-t-il ? » Michel puis Jean-Philippe,, lancent « Quatre » (bien que tout le monde aurait tendance à dire « Trois », ce qui est faux). Françoise (C.) elle, répond « Sept », parce qu’il y en avait sept, et maintenant il y en a toujours sept (les mortes et les vivantes). Léo corrige sa question : « Combien en reste-t-il de vivantes » ? Sur ces entrefaites, Françoise (P.) arrive.

❓ « Un avion, en provenance de France, tombe dans le no man’s land entre la Suisse et la France. Dans lequel des deux pays enterre-t-on les survivants ? » On laissera le lecteur réfléchir (et s’il n’a pas de réponse, il pourra s’adresser ici).

❓ Deux avions partent à la même heure, l’un de New-York vers Paris, le second de Paris vers New-York. Le premier vole à 600 km/h, le second à 400 km/h. Lequel des deux est le plus près de Paris quand ils se croisent ? Françoise (C.) s’exclame « Oh là là ! En plus il y a la Terre qui tourne… ». Pour concrétiser le « problème » pour ses élèves, Léo en envoyait deux aux extrémités opposées de la classe, leur disant d’aller l’un vers l’autre à des vitesses différentes. Et quand ils se rencontrent, lequel est le plus loin… ?

En fait, ces énigmes ne sont pas des problèmes de mathématiques, mais de langue et de logique maquillés sous cette forme trompeuse. En voici une autre :

❓ Un explorateur découvre, dans un site perdu au Moyen Orient comprenant beaucoup de grottes, des poteries, des restes de nourriture, un lot de pièces de monnaies très anciennes, des bibelots, des objets… Il apporte ces pièces de monnaie, marquées « Cyrus », « -10 avant JC », « 20 »…, à un antiquaire pour les lui vendre. L’antiquaire les a refusées, bien qu’elles provenaient d’un site. Sylvie arrivant, Léo répète l’énigme ; elle éclate de rire, elle a compris. Ceux qui n’ont pas compris peuvent lire cet article.

À propos de faux et de crédulité, Léo raconte l’histoire – réelle, cette fois – et ahurissante de Michel Chasles (1793-1880), mathématicien, polytechnicien et académicien réputé non seulement pour le théorème de Chasles mais d’autres travaux en mathématiques, mais aussi en l’histoire des mathématiques. Quant à l’Histoire, il n’y comprenait évi­demment rien. Riche (de par la fortune de ses parents), il pouvait nourrir sa passion de collection de lettres manuscrites de la main de gens célèbres. Tombant sous la coupe d’un faussaire, il lui a acheté un nombre considérable de lettres (environ 27 000) provenant d’une variété époustouflante de plumes : du Bellay, Cervantès, Nostradamus, Rabelais, Raphaël, Jeanne d’Arc, Charles Martel, Charlemagne, Flavius Josèphe, Jules César à Cléopâtre (ce qui devrait intéresser Françoise (C.)), Vercingétorix… et toutes écrites en français (pour information, le tout premier document en langue française est la Cantilène de Sainte Eulalie, datant de la fin du IXe siècle). Une lettre de Pascal à Galilée dans laquelle il lui confie avoir découvert le principe de l’attraction terrestre (bien avant Newton)… Gallica détient un exemplaire de certaines de ces lettres.

La supercherie se révèle (non seulement au public mais à la victime) alors qu’il en présentait à l’Académie des sciences. Lors du procès qui s’est ensuivi, le faussaire a été puni de deux ans de prison et de 500 francs d’amende (alors qu’il avait empoché 150 000 francs). On peut lire cette affaire dans l’Apologie pour l’histoire (p. 57 et suiv.) de Marc Bloch.

Jardin du musée The Cloisters, New York.

La présentation de Michel est dans l’ordre des choses, faisant suite à l’évocation (quoique brève) de Jésus dans une des énigmes de Léo : il s’agit du très beau musée des Cloisters (cloîtres) à New York, composé – outre le bâtiment principal, datant des années 1930 – de quelques cloîtres français, démontés pierre par pierre, transportées et reconstruites à New York, auxquels se rajoutent de très beaux jardins. Le musée sert d’écrin à de splendides objets médiévaux, notamment les six Tapisseries de la Licorne (à ne pas confondre avec celles du musée de Cluny). Soit dit en passant, la photo de droite semble faire écho aux discussions passées concernant l’apprentissage de l’arithmétique…

Sylvie raconte alors la séance de cinéma à laquelle elle est « allé » assister hier soir (en quittant l’apéro quelques instants avant sa fin) : la salle de cinéma – virtuelle – se trouve sur le site La Vingt-Cinquième Heure,, mis en place en mars dernier suite à la fermeture des salles de cinéma du fait de la pandémie actuelle. On y diffuse un bon choix de films récents non pas à la demande mais à des horaires précis, comme en salle, projection parfois suivie d’une discussion avec le réali­sateur ; il faut s’y inscrire, et le cas échéant acheter un billet pour un prix moyen de 5 € (il y a aussi des films gratuits). En outre, comme le précise le site :

  • L’accès à la salle de cinéma virtuelle est géolocalisé, seules les personnes situées dans un périmètre variant de 5 à 50kms peuvent y accéder ;

  • la programmation est faite par les exploitants de cinéma et les recettes sont partagées entre exploitant, distributeur et le site hébergeant la salle virtuelle ;

  • les séances sont retransmises en direct, et ne sont plus accessibles à l’issue de la retransmission ;

  • les séances peuvent être suivies d’une rencontre avec un membre de l’équipe du film ou des intervenants en liens avec sa thématique. Ces intervenants sont rémunérés par un pourcentage sur chaque ticket de cinéma. A l’issue de la séance, les spectateurs peuvent leur poser des questions grâce à un dispositif de chat vidéo intégré ;

  • chaque ticket fait l’objet du reversement d’une contribution carbone dont le montant a été évalué par la société Secoya à 10 centimes ;

  • chaque lundi, de nouveaux films sont proposés par les cinémas et les distributeurs partenaires et programmés à partir du mercredi.

Le film que Sylvie a vu est Golden Voices d’Evgeny Ruman, diffusé au Majestic Passy dans le cadre du Festival du cinéma israélien de Paris. Il raconte l’histoire d’un couple russe plus si jeune (la soixantaine?), voix d’or du doublage de films soviétiques, qui émigrent en Israël en 1990, suite à l’effondrement de l’URSS, tout comme des centaines de milliers de Juifs soviétiques. Leurs tentatives d’utiliser leur talent dans ce nouveau pays vont se solder par un échec. Mais cette nouvelle vie va leur réserver une série d’expériences amu­santes, douloureuses et absurdes. Ce film a plu à Sylvie, sans doute aussi parce qu’il fait écho à sa propre arrivée en Israël, le passage dans l’oulpan (le cours accéléré d’hébreu pour nouveaux immigrants), que Sylvie avait mentionné il y a une dizaine de jours : la prof, dont le métier était institutrice en maternelle, parlait à sa classe d’adultes comme à des enfants…

Pour ceux qui souhaiteraient voir ce film (le site en montrant une bande annonce qui pourrait donner envie), il repassera samedi 28 novembre, à 16h30.

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25 novembre 2020

Apéro virtuel II.24 – mercredi 25 novembre 2020

Lise Deharme – Square du Sacré-Cœur, in Paris des rêves d’Izis
(Israëlis Bidermanas, 1911-1980), 1950. Cliquer pour agrandir.

Jean-Philippe, Françoise (C.) et Sylvie étant arrivés à la queue-leu-leu, Michel explique le choix de son arrière-plan : les chaises en métal du Jardin du Luxembourg qu’on aperçoit dans l’une des photos de Sabine Weiss qu’il avait montrées hier lui avait rappelé celle d’Izis (un des grands photographes huma­nistes, mouvement auquel la Biblio­thèque nationale de France avait consacré une exposition en 2006), dans un bel ouvrage comprenant en regard de chaque photo un texte manuscrit – en vers ou en prose – par des écrivains et poètes connus (Paul Éluard, André Breton, Jean Tardieu, Jean Paulhan, Jules Supervielle, Gilbert Cesbron, Louise de Vilmorin…) ou moins connus., y compris un anglophone et non des moindres (Henry Miller). Dans cette photo-ci, non seulement le poème de Lise Deharme fait écho au contenu de la photo (« deux amants sur un escalier »), mais son style d’écriture n’est pas sans rappeler la forme des dossiers de ces chaises d’antan qu’il avait connues.

En préambule, et pour rester dans l’air du temps – ou plutôt, d’antan – Michel diffuse le début d’une splendide vidéo, produit de la restauration et de l’enrichissement (couleur, sonorisation) d’un film d’archives en noir et blanc montrant le Paris de la Belle Époque dans quelques quartiers de Paris (on pourra lire ici quelques informations sur l’auteur de ce travail et les techniques utilisées pour ce faire). En regardant ce travail, on a presque l’impression que ces scènes, si réalistes par la fluidité et la qualité des images, viennent d’être filmées, et pourtant elles remontent à plus d’un siècle… Ce n’est pas le seul travail de restauration effectué par l’auteur de ce travail, ni par d’autres personnes ou organismes ; on peut voir là une autre vidéo de Paris au début des années 1900.

Sur ces entrefaites, Léo se joint à l’apéro. Michel montre enfin quelques doubles-pages de cet ouvrage, en lisant les textes (ou leur début, pour le dernier) qui font face aux photos.

Léo donne enfin la clé du mystère : pourquoi Superman n’était-il pas parti à la guerre pour sauver les US ? Réponse : il a été réformé en 1942, non pas pour son superbe physique, mais pour sa vision de taupe. Incroyable, dites-vous ? Lisez la bande dessinée ci-dessus (et au cas où votre vision est encore plus mauvaise que celle de Clark, la raison c’est que celle de Superman était trop bonne). Ceci a permis aux auteurs de ses aventures de ne pas produire des aventures de Superman en guerre – le personnage aurait vaincu les Allemands en une pichenette, ce qui évidemment n’étant pas le cas, aurait pu s’interpréter comme une critique des soldats américains…

Ensuite, Léo fait entendre un enre­gis­trement d’une lecture (accom­pagnée de la Marche funèbre de Chopin au piano) qu’il a faite d’un extrait de Figurec (2006), roman de Fabrice Caro, écrivain et auteur de bandes dessinées (Zaï zaï zaï zaï fait hurler Léo de rire, à lire, et aussi Et si l’amour c’était aimer) plus connu maintenant sous le nom de Fabcaro. Le narrateur est un habitué des enter­rements :

L’enterrement de Pierre Giroud m’a énor­mément déçu, c’était une céré­monie sans réelle émotion. D’accord il y avait du monde, bien plus qu’à celui d’Antoine Mendez, mais tout cela manquait de rythme, de conviction. Même la fille de Pierre Giroud – du moins celle que je supposais être la fille de Pierre Giroud – n’était pas très en verve. Elle hésitait en permanence entre une pudique retenue et des sanglots bruyants de qualité très médiocre. Le résultat était assez caricatural, sans nuances. La mère de Pauline Verdier, ça oui, ça c’était une vraie femme éplorée, toujours sur le fil, très présente, improvisant des envolées lyriques qui vous arrachaient des larmes, rien à voir avec la fille Giroud. Il faut souligner pour la défense de celle-ci que son père avait quatre-vingt-huit ans et que tout le monde dans son entourage attendait l’issue fatale d’un jour ou l’autre – à la différence de Pauline Verdier qui s’est encastrée dans un platane en rentrant de discothèque. Mais ça n’excuse pas tout. […]

Après cet enterrement, Françoise (P.) se joint à l’apéro.

Sylvie et Jean-Philippe s’engagent alors dans une lecture alternée de quelques-uns des Exercices de style de Raymond Queneau, variantes stylis­tiques d’une même histoire : « Le narrateur rencontre dans un bus un jeune homme au long cou, coiffé d’un chapeau mou orné d’une tresse tenant lieu de ruban. Ce quidam échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une autre place. Un peu plus tard, le narrateur revoit le même jeune homme cour de Rome devant la gare Saint-Lazare en train de discuter avec un ami qui lui conseille d’ajuster (ou d’ajouter) un bouton de son pardessus. » On entendra successivement : Gastronomique, Alors, Sonnet, Moi je, Interrogatoire – ce dernier dit à deux voix.

Dans la conversation qui s’ensuit, Léo mentionne avoir beaucoup aimé Les fleurs bleues, et, pour ceux qui aiment les mots compliqués et/ou longs, il évoque l’usage qu’a fait Queneau du mot antépénultième, ainsi que le relate François Le Lionnais dans l’Atlas de Littérature potentielle (cf. ci-contre). Sylvie rappelle avoir posé, lors d’un apéro au cours du précédent confi­nement, des devinettes concernant des rues de Paris tirées de Connaissez-vous Paris ? de Queneau, ouvrage qu’elle a reçu en cadeau après avoir elle-même écrit un livre sur Paris. Françoise (P.) évoque Zazie dans le métrosorti aussi à l’écran (réalisateur : Louis Malle), avec, entre autres, Philippe Noiret (et non pas Jean-Pierre Marielle) –, tout à la fois amusant et tragique. Léo trouve que ce texte a un peu vieilli.

Après une conversation sur les mots devenus désuets, puis les mots particulièrement longs, et de là (vous voyez certainement le rapport) la composition des maillots de bain des enfants dans les années 1950, Françoise (P.) lit quelques citations d’un livre qu’elle avait acheté après une exposition sur les cocottes qui s’était tenue à Orsay (s’agit-il de Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910, en 2015 ?) ou au Centre Pompidou (Cocottes et poulettes, début 2020 ?) : « Un amant, c’est de l’amour ; deux amants, c’est du tempérament ; trois amants, c’est du commerce. » (attribué à Alphonse Allais), et évoque en passant La Belle Otero (1868-1965, ci-contre) et Mata Hari (1876-1917).

La conversation erre brièvement dans les méandres du nouveau site web du Centre Pompidou où l’on ne retrouve aucune trace des expositions passées qu’on y recherche, puis s’engage sur le chemin des blagues de mathématicien et de physiciens (et parfois, pire, d’ingé­nieurs !), pour finir sur la plus courte des blagues de matheux, que cite Léo : « Soit epsilon négatif ». L’expli­cation en est forcément plus longue… Après quoi, Michel remarque que l’usage de l’alphabet grec en mathématiques apprend de fait aux matheux à déchiffrer des mots grecs (même s’ils ne s’en rendent pas compte, et même s’ils ne comprendront rien au sens), et leur donnera aussi des bases de l’alphabet cyrillique (utilisé en russe et quelques autres langues slaves, chacune avec ses variantes).

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