Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 avril 2012

Anniversaire, mais pas si joyeux que ça

Classé dans : Actualité, Histoire, Musique, Politique — Miklos @ 9:55

Comme viennent de le rappeler Ève Ruggiéri sur les ondes de Radio Classique (en en faisant écouter un passage de l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski, ou si vous préférez Csajkovszkij, Czajkowski, Tchaikofsky…, voire Sinopov), et Ouest France dans ses pages illustrées d’une reproduction d’un célèbre tableau du moins célèbre Pils (aucun rapport avec la bière ni avec le pendant de Tabet qui a d’ailleurs un l de plus), c’est aujourd’hui l’anniversaire de La Marseillaise, née il y a tout juste 220 ans.

C’est aussi aujourd’hui que l’on apprend que « Dans un sondage paru mardi, 64% des électeurs de Nicolas Sarkozy sont pour un accord avec le FN avant les élections législatives », parti dorénavant adoubé de « compatible avec la République » par le candidat de l’UMP (qui, lui, dit s’opposer à cette sainte alliance massivement voulue par ses électeurs) et qui a fait sienne depuis ses débuts la doctrine du « sang impur » de notre hymne national, commandé d’ailleurs par le maire de Strasbourg d’alors, ville au cœur d’une région connue aujourd’hui pour son soutien massif à ce parti.

Autant y installer aussi le siège de la présidence de la France une fois qu’il sera au pouvoir, ou, tout du moins, de commencer par en évincer le parlement européen, symbole d’une institution et d’un concept honnis par nombre des électeurs qui veulent le mener au pouvoir (ce qui ne les empêche pas d’y siéger).

22 avril 2012

Pisser de la musique

Classé dans : Langue, Littérature, Musique, Peinture, dessin — Miklos @ 1:42

Cette estampe, qui fait partie du volume 27 de la collection De Vinck, Un siècle d’histoire de France par l’estampe, 1770-1870, volume consacré à l’Ancien régime et à la Révolution française, illustre fort littéralement cette expression quelque peu cavalière : examinez donc en détail le jet (les boutons pour zoomer s’y trouvent en haut à droite)…

J’aime, Gavroche bruxellois,
Rêver auprès de ta fontaine
Dont le bassin est grand, à peine,
Comme une coquille de noix.
Que d’esprit, petit dieu sans gêne,
Dans le franc sourire narquois
Que tu décoches au bourgeois,
En montrant ta gente bedaine.
Ta vue offense le regard
De tous les Tartuffes de l’art ;
Devant toi le dévot se signe !
Gamin charmant, libre penseur.
Tu me plais, ton geste farceur
Dit « zut » à la feuille de vigne !

Henri Liesse (1848 ?- ?)
Secrétaire de la rédaction de l’Art libre,
17 rue Montagne-de-Sion, Bruxelles.

Cette gravure vous en rappelle d’autres ? Elle est bien de son époque, qui a donné notamment cet Habit de musicien de Nicolas de Larmessin (1640-1725), auteur d’une série d’Habits de… tous aussi fantaisistes qu’imaginaires – et assez malcommodes à porter sans doute :

Dans le même genre tarabiscoté mais un peu plus mettable, le costume que représente cette estampe de Jean Berain (1640-1711) et Jean Lepautre (1618-1682), auteurs d’une autre série d’Habits :

Encore plus simple, dans celle-là, datée des années 1720 :

On trouvera là un clin d’œil contemporain à ces accoutrements.

31 mars 2012

Les chiffres ne mentent pas…

Classé dans : Langue, Musique, Philosophie, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 0:16

“There are three intellectual pursuits, and, so far as I am aware, only three, in which human beings have performed major feats before the age of puberty. They are music, mathematics, and chess.” — George Steiner, “A Death of Kings”, in Extraterritorial. 1971.

… mais la Wikipedia ? ou plutôt, les Wikipedias (car il est toujours éclairant d’en comparer les versions) ?

L’une – celle en langue anglaise – la qualifie de « mathematician » (ce que l’intéressée réfute) et la fait naître en 1930, l’autre de « professeur de mathématiques » née en 1932. Amazon en langue anglaise se contente de copier l’information de la Wikipedia correspondante,

Pour départager, au lieu de jeter des dés (dont le coup jamais n’abolira jamais le hasard), on consulte un site de l’inspection de l’éducation nationale – ils doivent savoir, eux – où l’on trouve un document qui nous informe que :

Ce qui suscite quelques réactions distinctes, selon son propre domaine de compétence :

1. Si l’on est matheux, on posera le problème suivant : dans quelle base 1930 = 1932 = 193x pour x > 5 ?

2. Si l’on est observateur des technologies de la communication, on se souviendra que la question de la valeur scientifique des contenus de la Wikipedia avait déjà été soulevée en 2004 et que le volume croissant de ses contenus n’est pas forcément corrélé à leur qualité.

3. Si l’on est fan de science-fiction, on dira que la vérité est ailleurs.

4. Si l’on est curieux, on demandera : mais quel est donc l’âge du capitaine ?

À ce propos, ma mère m’avait appris que, quand on est bien éduqué, on ne demande jamais l’âge d’une dame. En fait, ça ne s’était pas passé exactement comme ça. J’avais dix ou onze ans, je revenais d’une leçon de piano et je lui rapportais que ma professeure de piano m’avait lancé – sans doute lorsque j’avais voulu lui faire croire que j’avais de bonnes raisons de ne pas avoir travaillé mes gammes – « Et je ne suis pas née d’hier ! ». Maman me dit alors, pince-sans-rire, « J’espère que tu ne lui as pas répondu : ça se voit, mademoiselle. » Car à cette époque les profs de piano étaient… comment dire… des vieilles filles que l’on appelait poliment « Mademoiselle ». Ce qu’on ne fera jamais plus, jeunes ou vieilles filles, rassurez-vous.

Pour en revenir à Stella Baruk, qu’on a eu le grand plaisir de voir et d’écouter à une récente rencontre organisée par la médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild, à l’occasion de la projection du documentaire de Camille Guichard « Il n’y a pas de troubles en mathématiques, il n’y a que des enfants troublés » (disponible en DVD) : cette grande dame n’est pas seulement une grande pédagogue qui s’évertue à comprendre et à corriger les mécanismes de l’échec en mathématiques, mais elle est aussi musicalement douée : elle chante fort bien – belle voix, bien posée – et a de surcroît fait du violon et du piano.

Mathématiques, musique, échecs… on ne peut s’empêcher de penser à ce qu’a dit George Steiner dans un essai où il essaie de déterminer ce qu’il y a de commun à ces trois domaines où peuvent exceller des enfants :

They tell us […] of man’s unique capacity to “build against the world,” to devise forms that are zany, totally useless, austerely frivolous. Such forms are irresponsible to reality, and therefore inviolate, as is nothing else, to the banal authority of death.

Mais ce sont aussi des domaines qui permettent d’exercer à l’infini raison et logique et d’y construire des systèmes éminemment complexes et cohérents qui obéissent à des lois ou à des règles qui elles-mêmes peuvent être choisies indépendamment (ou non) de toute « réalité » physique.

Et peut-être donc indépendamment aussi du langage commun, ce qui ferait qu’enfants et autistes peuvent y exceller tout en ne sachant pas encore ou ne pouvant communiquer « normalement ». Et c’est d’autant plus désolant de voir des enfants troublés – par la communication inadéquate de leurs instituteurs – là où ils pourraient exceller.

Et pour répondre finalement à la question qui vous taraude, on dira simplement que Stella Baruk est née en français.

28 mars 2012

Les cris de Paris

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 0:48

Un brouhaha indescriptible régnait dans la salle. Tout le monde criait à tue-tête, gesticulait, huait, applaudissait. Des petits groupes scandaient un nom ou un autre qui se détachait un instant au-dessus du tumulte assourdissant pour être tout aussitôt recouvert par le vacarme qui reprenait de plus belle. Un nom fusait ? un autre s’y superposait et puis un autre, et puis un autre…

S’agissait-il d’un débat au parlement ? d’un meeting politique ? ou peut-être d’un match de boxe ? quoi d’autre alors ? de courtiers sur le plancher de la Bourse, du public de la bataille d’Hernani, de la création du Sacre du printemps, de celle de Parade ou encore de celle des Paravents ? Un peu des deux en quelque sorte, sauf qu’ici on n’en était pas venu aux mains et l’atmosphère était très bon enfant, les yeux pétillaient et les visages souriaient.

Car on était au concert, à un concert très classique – rien de contemporain je vous assure – à la salle Gaveau, celui de l’orchestre de chambre de Toulouse sous la direction de Gilles Colliard. Alors pourquoi ces hurlements ? dites-vous d’un air étonné. Eh bien, parce que c’était un concert à la criée : le programme était composé à l’instar d’un menu en cinq parties, chacune d’elles proposant plusieurs œuvres que le public devait choisir à la carte. Le chef les présentait brièvement, et le public choisissait bruyamment. Si bruyamment qu’il fallait parfois passer au vote à la main levée qui n’était d’ailleurs pas plus concluant que les hurlements qui l’avaient précédé, mais une fois le choix annoncé par Gilles Colliard, tout le monde applaudissait.

Voici donc ce fameux menu (où l’on a corrigé les fautes d’orthographe qui le dépa­reillaient), où l’on a indiqué les œuvres qui ont été finalement choisies (vous remar­querez qu’il y a eu du rab) :

Amuse-bouche (offert)

Vivaldi, Concerto alla rustica.

Entrées (3 au choix)

→Rameau, La Timide et deux Tambourins.

Purcell, Chacone.

J.C.F. Bach, Sinfonia en ré mineur

→Marais, Trois danses

Destouches, Chaconne

Vivaldi, Concerto pour violon op. 3 n° 9.

Rebel, Les caractères de la danse.

Plats (3 au choix)

Locatelli, Il pianto d’Arianna

Vivaldi, Concerto L’Été des Quatre saisons

Haendel, Concerto grosso op. 6 n° 8

C.P.E. Bach, Sinfonia en do majeur

Telemann, Don Quichotte

Dall’Abaco, Concerto grosso op. 2 n° 4

Mozart, Symphonie Linz

Mendelssohn, Symphonie n° 10

Grieg, Suite Holberg

Turina, La oración del torero

Fromages (2 au choix)

Dvorak, Bagatelle n° 2

Britten, Playful pizzicato de la Simple Symphony

Holst, The Dargason de la Suite Saint Paul

Rodrigo, Cançoneta

Joplin, The Entertainer

Saint-Saëns, Aquarium du Carnaval des animaux.

Desserts (1 au choix)

Strauss, Pizzicato polka

Kreisler, Liebeslied – Chagrin d’amour

Khatchatourian, La danse du sabre

Ce programme indiquait quelles œuvres avaient été « arrangées » par Gilles Colliard, mais omettait de signaler les autres auteurs de transcriptions, par exemple : Joplin avait composé son rag pour le piano et la Bagatelle de Dvorak (l’une des cinq de l’opus 47, que j’aime tant) était écrite pour trio à cordes et harmonium.

Sur le fond : l’orchestre a joué avec beaucoup de joie et d’énergie, et d’une façon incisive – ce qui convenait aux œuvres anciennes interprétées sur des violons baroques, mais trop incisive (et trop rapide) pour les œuvres roman­tiques notamment (et en particulier le Dvorak) qu’on aurait aimées plus lyriques, plus caressantes, mais aussi, par exemple, pour le Joplin. Quant au choix – celui de la majorité, forcément –, il était trop conservateur à mon goût, et j’espère n’y voir aucun mauvais augure pour la prochaine échéance électorale.

Mais ne boudons pas plus cette soirée musicale, chaleureuse et amusante : on en gardera un bon souvenir.

22 mars 2012

É-an onss à o-a…

Classé dans : Actualité, Musique — Miklos @ 0:27

Pardon, vous n’avez pas compris ? Eh bien moi non plus.

Que je vous explique : ce soir, Fabio Biondi dirigeait l’orchestre de chambre de Paris – nouveau nom de l’ensemble orchestral de Paris (et non pas, comme ils l’écrivent sur leur site, de… l’orchestre de chambre de Paris) –, la maîtrise Notre-Dame de Paris et quatre solistes : ils exécutaient (sic) dans la cathédrale la splendide Messe du couronnement de Mozart et le Stabat Mater (et non pas, comme me l’a écrit un correspondant, Sabbat Matter : il y a une sacrée – c’est le cas de le dire – différence entre la mère qui se tenait pleurant au pied de la croix et une affaire de sabbat de sorcières) de Haydn.

L’église était aménagée à l’envers (ce qui, entre nous, fait quelque peu satanique) : la scène se trouvait près de l’entrée, et le public était assis le dos au chœur. De la maîtrise on entendait uniquement les consonnes sibilantes et les voyelles sauf en fin de mots même quand elles n’étaient pas muettes. Pour la Missa solemnis que je connais quasiment par cœur, je pouvais compléter (dans ma tête), mais ce n’était pas le cas du Stabat Mater, à part pour le début, « a a o-o-o iou ou a-i-oStabat mater dolorosa juxta cruxem lacrymosa. ».

La soprano, Rebecca Evans, projetait et prononçait bien, et on a pu aussi entendre la mezzo, Renata Pokupic, dans le Haydn (ce n’est pas qu’elle ne chantait pas dans le Mozart, mais…). Quant au ténor, Jeremy Ovenden, sa voix était, comment dire, assez plate, parfois nasillarde, et la basse, Stephan Loges, inaudible (on voyait bien qu’il ouvrait et fermait la bouche). L’orchestre au son ample et riche étouffait parfois le tout, surtout dans le Mozart.

Et le public ? des djeunes occupés à jouer avec leur smart phones et à chuchoter en gloussant, des adultes occupés à bavarder et à se moucher bruyamment.

Étrange concert à Notre Dame… (maintenant vous devez avoir compris le titre, vous).

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