Si ce compositeur polonais, qui vient de décéder dans sa ville natale, est connu surtout pour ses œuvres minimalistes d’inspiration spirituelle et notamment sa Troisième symphonie dite Des chants plaintifs (on en avait parlé à l’occasion du Festival d’Edimbourg), son œuvre est bien plus complexe que ça, comme l’explique un article du Guardian.
[210] Et le lauréat du concours international Long-Thibaud est… la violoniste française Solenne Païdassi (26 ans), qui remporte le premier grand prix ainsi que le prix du public et le prix de l’orchestre philharmonique de Radio France. Le deuxième grand prix a été attribué au violoniste japonais TatsukiNarita (18 ans), qui remporte aussi le prix de la Sacem pour la meilleure interprétation d’un œuvre contemporaine (de Klaus Huber). Ce concours, créé en 1943, a pour vocation de susciter de jeunes vocations et de couronner des artistes en devenir : parmi ses lauréats : Samson François (piano, premier prix 1943), Aldo Ciccolini (piano, premier prix 1949), Paul Badura-Skoda (piano, troisième prix 1949), Christian Ferras (violon, deuxième prix 1949), Philippe Entremont (piano, 5e prix 1951), Ivry Gitlis (violon, 5e prix 1951), Bruno-Leonardo Gelber (piano, 3e prix 1961)… (Source)
[211] Assistez à un concert du L.A. Phil. sans y être. Le célèbre orchestre a décidé de se mettre au virtuel, comme d’autres avant lui : il retransmettra en direct ses concerts, que l’on pourra écouter dans certaines salles de cinéma et de théâtre « comme si on y était ». En clair, entre le musicien et le spectateur, il y aura dorénavant le réseau. Comme à la radio, mais avec l’image. Ah oui, donc comme à la télé. (Source)
[212] Autour d’Alban Berg. Les pianistes Ieva Jokubaviciute et Vladimir Valjarevic et la mezzo-soprano Marjorie Elinor Dix viennent de sortir un disque comprenant la Sonate pour piano et les Quatre chants de Berg, suivies d’œuvres pour la plupart inédites, d’autres compositeurs inspirés par Berg d’une façon ou d’une autre : Scelsi, Ali-Zadeh, Finney, Gilboa et Apostel (lui-même élève et ami de Berg). (Source)
[213] Autour d’autres compositeurs modernes. Un coffret de quatre SACD, consacré au festival de musique moderne 2009 à Salzbourg, vient de sortir. Œuvres de grands classiques contemporains, à l’instar de György Kurtág, Steve Reich, György Ligeti ou John Cage, et de générations suivantes, tel Beat Furer. (Source)
[214] Plus américain qu’américain, Aaron Copland. Né il y a tout juste 110 ans (et décédé 90 ans plus tard), ce compositeur d’origine juive lituanienne a incarné une musique typiquement américaine (à l’instar de ce qu’a fait Offenbach pour la musique française) dans des œuvres orchestrales, des ballets, de la musique de scène et de film (qui lui a valu un Oscar). Difficile de ne pas aimer ses œuvres – Billy the Kid, El Salón Mexicoet tant d’autres. On peut le voir et l’entendre diriger le grand Benny Goodman dans son Concerto pour clarinette. (Source)
[215] Lénine, Staline et la musique. La Russie des années 1900 était un des principaux foyers d’avant-gardisme musical (et pas uniquement musical, d’ailleurs), comme l’avait démontré la programmation musicale de la grande exposition Paris-Moscou du Centre Pompidou en 1979 : expressionnisme, exotisme, futurisme, constructivisme, polyrythmie, bruitisme… la découverte du sérialisme avant Schoenberg, l’invention de nouveaux systèmes d’organisation sonores. Et puis, tout ceci est balayé par la dictature du prolétariat qui impose son académisme réaliste-socialiste. Même aujourd’hui, le grand musée de la musique Glinka de Moscou ne consacre qu’une partie congrue de sa vaste exposition à cette période. La Cité de la musique propose une exposition consacrée à cette période. (Source)
[216] De la belle musique de rues : Bach, Haendel, Vivaldi… Jean-Bernard Michau vient de gagner le titre de lauréat du 17e concours des chanteurs de rue qui s’est tenu à Quintin (« petite cité de caractère de Bretagne ») Son parcours est particulièrement atypique, ainsi que la musique qu’il joue sur orgue mécanique : des partitions pour clavecin transcrites pour cet instrument… (Source)
[202] Et le lauréat du XVIe concours Chopin à Varsovie est… Юлиана Авдеева, en d’autres mots la russe Ioulianna Avdeeva, 25 ans. Près de la moitié des autres récompensés et finalistes étaient, eux aussi, russes. (Source)
[203] Musiciens ? attention à un virus ! Le compositeur et pianiste Roger Davidson a été l’objet d’une arnaque particulièrement coûteuse (estimée à 6-20 millions de $) et longue (6 ans). Ayant apporté son ordinateur, qui contenait ses compositions et qu’il craignait infecté par un virus, à une officine de réparation, il s’est vu dire par le couple de propriétaires qu’en fait l’ordinateur était contrôlé par un groupe de criminels au Honduras, et que lui et sa famille étaient aussi la cible d’un autre groupe, de prêtres polonais cherchant à renverser le gouvernement américain. Davidson, crédule et riche (ce qui ne justifie évidemment pas l’extorsion), leur a payé des sommes pharamineuses pour se protéger. C’est une autre plainte à l’égard de ce couple qui a mis la police sur leur piste. (Source)
[204] Musiciens ? attention à vos instruments ! Un musicien allemand, ayant oublié sur la banquette d’un train régional son violon italien fabriqué en 1748 et d’une valeur estimée à un million d’euros, a eu des vapeurs à tel point qu’il a dû être hospitalisé. Tout est bien quifinit bien : il a retrouvé son instrument (si ça n’avait pas été le cas, il aurait pu se tourner vers Magic Fiddle, une application permettant de « produire du son pareil à ceux des violons » sur iPhone) et son cœur a tenu le coup. L’article ne cite pas son nom (cela donnerait des idées à des personnes indélicates, comme celles qui ont extorqué ce pauvre Davidson, enfin pas si pauvre que ça, justement), ni le facteur du violon. Mais un quatuor munichois revenant d’une tournée en Asie, hmmmm ? Il ne doit pas y en avoir beaucoup. (Source)
[205] Départ de Catherine Massip. Pendant 23 ans à la tête du département de la musique de la Bibliothèque nationale de France, cette grande dame de la musique et de la musicologie, grande non seulement par ses titres, son savoir, ses publications et ses activités, mais par sa modestie souriante et son attention à tous quelle que soit sa position professionnelle ou sociale, vient de partir à la retraite. Elle est remplacée à ce poste par Elizabeth Giuliani, actuellement adjointe du directeur du département de l’audiovisuel de la BnF.
[206] « Danser à l’ombre de la potence » : le remarquable destin d’une femme extraordinaire. La pianiste tchèque Alice Herz-Sommer a 106 ans. Déportée, ainsi que son fils de 6 ans et son mari, au camp-ghetto de Theresienstadt, elle passe encore trois heures au piano, chaque jour. La musique (et ses amis) est tout, pour elle. Et elle n’a aucune once de haine à l’égard de qui que ce soit. Un film documentaire sur sa vie sortira en 2011. (Source)
[207] L’orchestre de Détroit à l’étroit. L’un des dix plus importants orchestres des Etats-Unis, le DSO a un tel déficit que sa direction veut baisser les salaires actuels d’un tiers et de 42% pour les nouveaux arrivants, éliminer les contrats à durée indéterminée, réduire la taille de l’orchestre et exiger de ses membres d’enseigner et de se produire en plus des concerts de saison. Le personnel fait grève depuis plus d’un mois et des concerts ont été annulés. La seule issue que les deux parties espèrent : un donateur, à l’instar de celui qui a sauvé l’orchestre de Cincinnati l’année dernière en lui accordant un cadeau de 85 millions de dollars. Il va sans dire que de plus petits orchestres américains, régionaux, sont dans une plus mauvaise passe encore, à l’instar du Westchester Philharmonic ou de l’orchestre de Louisville. (Source)
[208] Shirley Verrett. La grande mezzo-soprano (et parfois soprano) dramatique américaine est décédée à l’âge de 79 ans. « Voix, intelligence, musicalité, beauté, présence scénique », elle avait tout pour elle, selon Peter G. Davis, mais pourtant n’est jamais devenue une superstar à l’instar de Leontyne Price. (Source)
[209] Henryk Mikolaj Górecki. Connu pour ses œuvres minimalistes d’inspiration spirituelle et notamment sa Troisième symphonie dite Des chants plaintifs (on en avait parlé à l’occasion du Festival d’Edimbourg), le compositeur polonais vient de décéder dans sa ville natale à l’âge de 76 ans.(Source)
Les Chinois comptent les années au moyen d’un cycle de 60, qu’ils forment de deux cycles, l’un dénaire, répondant à des noms de couleurs et dont la première est le vert, et l’autre duodénaire, répondant aux noms des animaux de leur zodiaque et qui commence par la souris. Ces douze animaux sont représentés par des génies guerriers, diversement armés, et ayant chacun une tête qui répond à leur nom. Ainsi, Kia-tseu, la souris verte, première année du cycle composite, est représentée sous la forme d’un homme couvert d’une cotte de mailles, armé d’une hache et ayant une tête de souris1.
Chez nos voisins d’outre-Manche, il n’y a pas une, mais trois souris, qui courent. Elles ne sont pas vertes mais aveugles, et poursuivent la fermière qui leur a coupé la queue par derrière (“Three blind mice2, see how they run! They all ran after the farmer’s wife, Who cut off their tails with a carving knife…”). Cela vous rappelle quelque chose ? Eh oui, chez nous, les souris étant moins belliqueuses qu’au pays de Margaret Thatcher, ce sont trois gros rats dans trois gros trous (on n’ose imaginer lesquels) qui courent après la fermière qui leur a fait subir ce sort indigne d’un mâle. A-t-on jamais vu traiter de cette manière / Trois gros rats… ?
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre charmant rongeur. Le principe d’une comptine, c’est la rime et le rythme qui prévalent, le sens vient après, et il est souvent tiré par les cheveux, voire carrément absurde, ce qui sert à en cacher les sous-entendus pour les oreilles jeunes ou chastes ; cette liberté fait d’ailleurs son charme. Ici, dès le début, on a déjà deux variantes :
Une souris verte
Qui courait dans l’herbe
Je l’attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs.
…
et :
Une souris verte
Qui court dans l’herbette
Si je l’attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs.
…
Quant à la suite, ça peut être bref et classique :
…
Un, deux, trois,
tournez-vous comme ça.
ou :
…
Une belle pomme d’or,
Tirez-vous dehors.
Ou plus long et franchement plus intéressant (citons-la en entier) :
Une souris verte
Qui courait dans l’herbe
Je l’attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent :
Trempez-la dans l’huile,
Elle deviendra une anguille,
Trempez-la dans l’eau
Ça fera un escargot
Tout chaud.
Je la mets dans mon chapeau
Elle me dit qu’il fait trop chaud
Je la mets dans mon tiroir
Elle me dit qu’il fait trop noir
Je la mets dans ma culotte
Elle me fait trois petites crottes.
Je la mets dans ma chemise,
Elle me fait trois petites bises.
Ces curieuses métamorphoses ne devaient manquer d’intéresser les scientifiques, pour lesquelles ce charmant rongeur n’est souvent qu’un animal de laboratoire auquel on fait subir tous les outrages : Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien qui s’intéresse aux sciences en général, à l’épistémologie et à la philosophie mais aussi à l’éducation et à la littérature, nous a donné3 cette version, summum du genre :
Une souris blanche
Dans une cage étanche
Je la grille à petit feu
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Laissez-la sans air, laissez-la sans eau
Ça fera d’originaux travaux.
Une souris grise
Pour une analyse
Je la fends par le milieu
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Ôtez lui le cœur, ôtez-lui l’cerveau
Ça fera un résultat nouveau.
Une souris brune
Il n’y en a plus qu’une
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Faites des jumeaux, faites des trumeaux
Ça fera le succès du labo.
Une souris noire
Au laboratoire
Je lui prends un de ses œufs
Je le montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Changez-lui ses gènes, changez le noyau
Ça fera un très joli crapaud.
Une souris teinte
Dans un labyrinthe
Je la truque un petit peu
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Greffez lui du poil, greffez lui d’la peau
Ça fera un artefact très beau.
Une souris verte
Qui courait dans l’herbe
Je regarde ses petits yeux
Je la cache à ces messieurs
Ces messieurs me disent
Donnez-nous des rats, donnez-nous des veaux
Il nous faut des animaux tout chauds.
(si vous pensez qu’il a fumé quelque chose avant d’écrire ça, vous vous trompez. Voyez plutôt ce que ça aurait donné si ç’avait été le cas).
1 Source : Les Deux cousines, roman chinois. Traduction nouvelle et commentaire philologique et historique par Stanislas Julien. Paris : Librairie académique Didier et Cie. 1864.
2 Titre d’un polar d’Agatha Christie. Le film franco-britannique de Mathias Ledoux, Une Souris verte (2003), est sorti outre-Manche sous le titre Three Blind Mice. C’est loin d’être le seul des romans de Christie à être nommé d’après une comptine anglaise (“Hickory Dickory Dock”,“ A Pocketful of Rye”, “One, Two, Buckle My Shoe”, “Five Little Pigs”, “Sing a Song of Sixpence”…).
3 In Alliage, n° 7 à 9, p. 71. Association Anaïs, 1991. Merci à l’auteur de nous avoir fourni les vers manquants.
« Femme de tête et femme du reste, ce qui est une grande perfection, Olga Chamarande a su faire une fortune avec la chose que le bon Dieu ne lui a pas donnée pour mesurer de l’avoine. Elle a l’esprit fin et l’amour vache. » – Pierre Hamp, La peine des hommes : le cantique des cantiques. NRF, Paris, 1922.
On n’a pas besoin d’être adepte des pratiques du divin marquis pour prendre un plaisir non dissimulé à certaines manifestations – purement musicales – de l’amour vache. À ce propos, on peut se demander d’où vient l’expression ; la mention la plus ancienne qu’on ait numériquement trouvée remonte à 1922, dans un texte de l’étonnant Pierre Hamp.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre vache. L’interprétation la plus amusante, la plus gouailleuse, la plus coquine, la plus savoureuse qu’on en connaisse est celle qu’en donne Magali Noël dans le « premier rock sado-maso de l’histoire de la chanson française », comme l’écrit Georges Unglik dans son édition des chansons de BorisVian (Christian Bourgois, 1984).
Ah, Magali Noël ! Si archétypiquement française comme tous ces étrangers arrivés en France sans en être reconduits vers leur « pays d’origine », d’Offenbach à Ionesco, et qui se sont approprié avec amour sa culture pour en faire un objet idéal. Elle était née à Izmir, comme Dario Moreno d’ailleurs (dont elle parle avec beaucoup de sympathie), qui n’hésitait pas de passer de l’air du Brésilien d’Offenbach au célèbre tube Si tu vas à Rio. Du moment que ça swinguait, ça allait. Quant à Magali Noël, si elle a interprété nombre de chansons de Vian, sa carrière est loin de s’y être limitée. Mais celle-ci… :
Si personne n’ignore le Dernier tango à Paris, on connaît moins le Masochism Tango. Il est vrai que Marlon Brando et Maria Schneider sont plus connus que Tom Lehrer, mais nos fidèles lecteurs ont déjà entendu parler de cet Américain inclassifiable, d’une part professeur de mathématiques à Harvard, d’autre part chansonnier dans un pays où il n’y pas de chansonniers. Si Magali Noël demande à son amoureux de lui faire mal, c’est maintenant l’inverse : Tom Lehrer supplie sa chérie de lui faire toutes sortes de (douces ?) tortures, avec force de jeux de mots très amusants. Pour ceux qui voudraient lire les paroles, nous les avions fournies ici. Pour épargner les âmes sensibles parmi les amateurs de (bonne) musique, nous n’en fournirons pas la traduction.