Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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14 janvier 2010

Alla breve. XXIV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 0:55

[169] Wszystkiego najlepszego, drogi Fryderyk ! Le 200e anniversaire de Frédéric Chopin (né un 1er mars) est célébré cette année par plus de 2000 événements de par le monde. On a déjà parlé de la Folle journée qui lui sera consacrée, on mentionnera aussi les récitals de Garrick Ohlsson (premier lauréat américain du concours international Frédéric Chopin, en 1970), de Daniel Barenboim dans diverses villes d’Europe, le 65e festival Chopin dans la ville polonaise où il a longtemps vécu… À Genève, vingt-quatre pianistes interprèteront les vingt-quatre études de Chopin le jour de son anniversaire, dans le cadre de la série de concerts Alternatives classiques organisée par Arash Nafisi au Victoria Hall. L’année s’est ouverte officiellement en Pologne avec deux concerts de Lang Lang avec l’orchestre philharmonique de Varsovie sous la direction d’Antoni Wit (au programme : Andante spianato, Grande polonaise en mi bémol majeur op. 22 et le Concerto pour piano en fa mineur op. 21). (Source)

[170] Alles Gute zum Geburtstag, lieber Deutsche Grammophon ! Le célèbre label a décidé de célébrer son 111e anniversaire fin 2009 (l’année de son 110e était le centenaire de la naissance de Karajan) en publiant une édition limitée à trois coffrets de 111 disques compacts accompagnés d’un ouvrage luxueux consacré à l’historique de DG. On peut acheter ses diverses déclinaisons en ligne. (Source)

[171] Happy birthday, dear Pierre ! Le 85e anniversaire de Pierre Boulez (né un 26 mars) est célébré par de grands orchestres dès janvier. Le Chicago Symphony Orchestra, où Boulez dirigera un concert comprenant son Livre pour cordes, publiera un enregistrement rare de Pulcinella de Stravinsky sous sa direction. Boulez dirigera ensuite l’orchestre philharmonique de Vienne à New York. On lira avec intérêt le récent entretien qu’il a accordé à L’Humanité, où l’on constatera avec un plaisir non mitigé qu’il n’a rien perdu de sa verve et de son verbe. (Source)

[172] Un requiem de Pascal Quignard. L’orchestre philharmonique de Radio France, sous la direction d’Eliahu Inbal, vient de créer le Requiem du compositeur Thierry Lancino, avec des textes supplémentaires de Pascal Quignard. Œuvre tout à la fois fort complexe et épurée, « de vastes dimensions, qui ne se refuse ni à la grandiloquence ni au dramatisme… à l’effectif pléthorique » avec des passages fort réussis. (Source)

[173] ABBA et Queen, appâts du public des concerts classiques. L’Orchestra Iowa, à l’instar d’autres formations classiques américaines, tente d’attirer les baby boomers et les générations suivantes vers ses concerts classiques. Comment ? En programmant la musique d’ABBA, The Eagles, Queen, Pink Floyd, les Rolling Stones, les Grateful Dead…, adaptées pour orchestre symphonique. Art Garfunkel (du célèbre duo) se produit de son côté avec des orchestres symphoniques. Et chez nous, la salle Pleyel programme bien Sting, Joshua Redman ou la musique de Miles Davis (Source)

[174] Un chef d’orchestre mineur. Ce n’est pas l’orchestre qui est mineur, et Alex Prior, le chef en question, n’est pas mineur de fond : il a 17 ans ; l’orchestre symphonique de Seattle vient de créer le poste d’assistant aux chefs d’orchestre invités juste pour lui. En clair, il devra diriger au pied (ou bâton) levé au cas où l’invité ne pourrait honorer son contrat. Précoce, sa vocation remonte : il avait quatre ans quand il a décidé de choisir ce métier. Il faut préciser que cela faisait un an qu’il jouait déjà du piano. Quant à la qualité de sa direction d’orchestre (et de ses compositions, car il compose aussi), les critiques divergent et certains lui souhaitent de grandir. (Source)

[175] Seiji Ozawa malade. Le diagnostic, heureusement précoce, d’un cancer le contraint à s’arrêter de diriger pour une période qu’il estime à six mois. (Source)

2 janvier 2010

Carmen, un documentaire indéterminé de Bizet

Classé dans : Littérature, Musique — Miklos @ 22:57

« On préparait Carmen à l’Opéra-Comique, et les inquiétudes, qui précèdent toujours une grande bataille à livrer, devenaient chaque jour de plus en plus vives pour Bizet. Enfin Carmen parut. Le succès fut évident pour les artistes ; mais auprès du public il n’en fut pas de même ; et, comme l’on dit dans le langage du théâtre, la pièce ne fit pas d’argent. » — Henri Maréchal, « Souvenirs d’un musicien », in Albert Lavignac, Les Gaietés du Conservatoire (1899).

« Bizet’ “Carmen” . . . which is now well known to the public, possesses a certain fascination which may be called popularity, and with its light and pleasing characteristics, may be relied upon to attract a full house without reference to its musical merit. Its musical merit is, indeed, of a low order. . . » — The New York Times, 1/3/1879.

France 3 diffuse ce soir « le chef-d’œuvre » de Georges Bizet, selon les termes de la chaîne (auquel nous préférons de loin Les Pêcheurs de perles), qui se contente d’indi­quer sur son site que c’est un « docu. indéterminé » (docu­ment ? docu­mentaire ? docu­drame ?) réalisé par François Roussillon et de fournir un bref synopsis. Nulle indication sur les interprètes – chef, solistes, orchestre.

Le site L’Internaute Télévision, quant à lui, est quelque plus précis (Carmen est bien un opéra comique) et plus prolixe, puisqu’il fournit les noms du compositeur et de trois des « interprete ». Le sommaire de l’émission dans ce programme est curieux : « L’Orchestre Révolutionnaire et Romantique et le Monteverdi Choir ». Ici aussi, nulle mention d’un chef.

Il aura fallu se rendre sur le site de l’orchestre en question pour y trouver qu’il s’agit d’une pointure : John Eliot Gardiner, et de l’enregistrement d’une performance à l’Opéra Comique. Pour la distribution, c’est Télérama qui la détaille (ainsi, bien évidemment, que le site de la salle Favart). Sa critique est élogieuse, mais on ne la partage pas : le vibrato d’Anna Caterina Antonacci (dans le rôle titre, vers le haut de son registre) est parfois trop ample, son intonation et celle de Nicolas Cavallier (Don José, vers le bas du sien) approximatives, et le sous-titrage est, lui, nécessaire pour certains des solistes (nonobstant l’avis de Télérama sur le « français intelligible » des interprètes étrangers et la fiche de L’Internaute qui indique que le spectacle n’est pas sous-titré…). On apprécie tout de même l’humour discrètement coquin du magazine lorsqu’il écrit : « Charnue, pulpeuse, modulée avec une gourmandise sensuelle, la prononciation d’Anna Caterina Antonacci, comme son jeu, est un pur régal » : Antonacci est indéniablement pulpeuse, charnue et sensuelle, tout est question de la fonction des virgules dans cette phrase-là. C’est ainsi que Mérimée décrit Carmen dans sa nouvelle éponyme, de laquelle s’est inspiré l’opéra :

Je doute fort que mademoiselle Carmen fût de race pure, du moins elle était infiniment plus jolie que toutes les femmes de sa nation que j’aie jamais rencontrées. Pour qu’une femme soit belle, il faut, disent les Espagnols, qu’elle réunisse trente si, ou, si l’on veut, qu’on puisse la définir au moyen de dix adjectifs applicables chacun à trois parties de sa personne. Par exemple, elle doit avoir trois choses noires : les yeux, les paupières et les sourcils; trois fines, les doigts, les lèvres, les cheveux, etc. Voyez Brantôme pour le reste. Ma bohémienne ne pouvait prétendre à tant de perfections. Sa peau, d’ailleurs parfaitement unie, approchait fort de la teinte du cuivre. Ses yeux étaient obliques, mais admirablement fendus; ses lèvres un peu fortes, mais bien dessinées et laissant voir des dents plus blanches que des amandes sans leur peau. Ses cheveux, peut-être un peu gros, étaient noirs, à reflets bleus comme l’aile d’un corbeau, longs et luisants. Pour ne pas vous fatiguer d’une description trop prolixe, je vous dirai en somme qu’à chaque défaut elle réunissait une qualité qui ressortait peut-être plus fortement par le contraste. C’était une beauté étrange et sauvage, une figure qui étonnait d’abord, mais qu’on ne pouvait oublier. Ses yeux surtout avaient une expression à la fois voluptueuse et farouche que je n’ai trouvée depuis à aucun regard humain. Œil de bohémien, œil de loup, c’est un dicton espagnol qui dénote une bonne observation. Si vous n’avez pas le temps d’aller au Jardin des Plantes pour étudier le regard d’un loup, considérez votre chat quand il guette un moineau.

Une beauté voluptueuse, certainement… L’orchestre, lui, est parfait (Télérama ne s’y trompe pas, sur ce point) : rien à redire sur l’ensemble, son intonation et son interprétation (le chœur aussi est très bon) – avec un tel chef, ce n’est pas étonnant.

Nous retrouvons ici les talentueux librettistes Meilhac et Halévy, qu’on avait entendus pas plus tard qu’hier dans La Vie parisienne d’Offenbach. Finalement, heureusement que cette opérette n’est pas rediffusée aussi souvent que Carmen qui a acquis le statut assuré d’opéra-passe-partout-indigestion-assurée pour un certain nombre d’auditeurs. D’ailleurs, on se demande comment, avec les récentes lois européennes contre le tabagisme public, il est encore permis de diffuser un opéra dans lequel on peut entendre : « Voyez les regards impudents, mine coquette ! Fumant toutes, du bout des dents, la cigarette. Dans l’air nous suivons des yeux la fumée qui vers les cieux monote parfumée…» Interdisez-moi ça une fois pour toutes et revenons aux Pêcheurs de perles, il est grand temps, car « Je crois entendre encore, caché sous les palmiers, sa voix tendre et sonore comme un chant de ramiers. Oh nuit enchanteresse, divin ravissement ! ».

1 janvier 2010

L’éternel Offenbach

Classé dans : Musique — Miklos @ 21:01

J’ai découvert Offenbach enfant, quand mes parents m’ont emmené voir La Vie parisienne à l’Opéra-comique. La distribution – je ne pouvais alors m’en rendre compte – était exceptionnelle : Madeleine Renaud (la Baronne de Gondremarck), Jean-Louis Barrault (le Brésilien Pompa di Matadores), Pierre Bertin (le Baron de Gondremarck), Simone Valère (Gabrielle la gantière), Suzy Delair (Metella), Jean Desailly (le vicomte Raoul de Gardefeu), Jean-Pierre Granval (Bobinet)… J’en retrouverai certains à la Comédie-Française, puis, bien plus tard, au Théâtre Renault-Barrault, où j’aurai la chance de voir Madeleine Renaud dans Ah ! les beaux jours vers la fin des années 1980.

Mais là, dans ce qui était l’un de mes premiers spectacles musicaux (le tout premier avait été le Faust de Gounod, à l’Opéra), j’étais fasciné par les décors, par les costumes froufroutants (« sa robe fait frou-frou frou-frou, ses petits pieds font toc-toc-toc »), par la musique vive, par l’orchestration riche et complexe, et surtout par le jeu léger, la diction parfaite, les dialogues enlevés et le chant clair des interprètes : même à cet âge tendre, je comprenais l’argument sans que l’on ait eu à me le raconter, et si quelques sous-entendus devaient certainement m’échapper, l’humour ne manquait pas de me faire rire – depuis le « Connais pas » si pétillant de Metella et le lyrique « vous souvient-il, ma belle, d’un homme qui s’appelle Jean Stanislas Baron de Frascata ? » à l’aria énergique du Brésilien à l’accent exotique, au « je veux m’en fourrer jusque là ! » du Baron et au « vous êtes dans le plus petit des hôtels du Grand-Hôtel » (et pour cause !), au joyeux « il est content, mon Colonel » chanté par sa veuve finalement pas si éplorée que ça, au coquin « mon habit a craqué dans le dos » et au proverbial « qui va piano va sano ».

Cet humour si particulier que je découvrais alors, je le retrouverai plus tard dans les écrits des humoristes de la Belle Époque : Mac-Nab, Franc-Nohain, Charles Cros, Tristan Bernard, Cami, les Hydropathes et tant d’autres du Chat Noir et d’ailleurs, mais aussi et surtout Georges Feydau dont j’ai dévoré adolescent tout le théâtre et Alphonse Allais dont je lirai une partie de l’abondante production au fil des années avec un plaisir toujours renouvelé.

J’étais sorti de cette Vie parisienne magique « gris, tout à fait gris », non pas des bulles du champagne qui coulait à flots à la table d’hôte organisée pour le Baron, mais de celles de cette musique. Et de l’interprétation : je n’en retrouverai jamais aucune autre qui l’égalât : ici, les interprètes étaient, avant tout, des acteurs et parmi les meilleurs de leur temps ; là, souvent des chanteurs d’opéra aux voix capiteuses, au vibrato parfois générateur de cinétose, à la diction difficilement compréhensible (à l’opéra, c’est considéré comme moins important, à tel point qu’on voit de plus en plus d’opéras français sous-titrés en français) et, lorsqu’il s’agit de stars internationales, à l’accent bien peu français ; de surcroît, l’orchestre contemporain, trop parfait et trop présent (je pense par exemple au concert retransmis cet après-midi par France Musique). Or l’œuvre d’Offenbach – lui qui parlait le français avec un accent à couper au couteau – est l’essence, voire l’archétype, d’une certaine « francité », celle de cette si belle époque : la langue, l’accent, les situations… exprimant légèreté coquine et ivresse des sens, sans pourtant oublier le côté si humain des protagonistes. Ce n’est pas étonnant que ce soit un étranger – Allemand, et juif de surcroît – qui en ait produit ces beaux fleurons, ce sera le cas bien plus tard pour le Roumain Ionesco ou, dans la littérature anglaise, pour le Polonais Joseph Conrad, par exemple, auxquels il reviendra de créer cette image idéalisée de la société qu’ils avaient chacun adoptée à fond.

Quant aux mises en scène des œuvres d’Offenbach, ceux qui auront tenté de les mettre au goût du jour – je pense à cette Périchole de Jérôme Savary si lourde et vulgaire que j’ai quitté la salle bien avant la fin – auront souvent échoué, comme, d’ailleurs, pour les pièces de Feydau. Il y a là quelque chose d’intemporel, ou, du moins, qui n’a pas pris une ride depuis un siècle : ne s’agit-il pas finalement de l’éternel féminin et de la fascination et de l’aveuglément qu’il cause aux hommes ? Pourquoi donc le transformer ou le dénaturer à tout prix ? En plus, le côté Belle Époque des décors, des costumes, des pas de danse, ne suffit-il pas à fournir maintenant une petite touche d’exotisme ?

Plus tard, vers la sortie de l’adolescence, j’eus l’occasion de participer à une opérette : il s’agissait de H.M.S. Pinafore, or the lass that loved a sailor, de W.S. Gilbert et Arthur Sullivan, les librettiste et compositeur britanniques que l’on compare parfois à leurs contemporains les librettistes Meilhac et Halévy et Offenbach, au moins pour leur succès durable dans le monde anglophone : les sujets qu’ils abordent sont essentiellement différents du fait qu’ils reflètent un système de classes, voire de castes, si particulier à l’Angleterre victorienne et bien différent de la France de la Troisième République à la sortie de l’empire et de Sedan ; quant à l’humour british, que j’aime autant que l’humour fin-de-siècle français, il en est, lui aussi, essentiellement différent.

Pinafore est sous-titrée An entirely original nautical comic opera in two acts. Et comique, elle l’est à souhait, à la british. Nautique aussi, je tenais le rôle de l’un des marins, qu’il est évidemment assez cocasse d’entendre chanter « We’re sober, sober men and true, and attentive to our duty »… Les airs en étaient aussi mémorables que ceux de La Vie parisienne, et je peux encore fredonner « For I’m called Little Buttercup—dear Little Buttercup, though I could never tell why » (non, cela ne faisait pas partie de mon rôle, je reprécise), ou « I am the captain of the Pinafore » (ce que je n’étais pas non plus, à mon grand regret).

Est-ce que l’ère de ces opérettes est définitivement révolue ? Pas en Angleterre, en tout cas, en ce qui concerne leur patrimoine. Mais en France ? Au moins, il nous reste des enregistrements d’interprétations mémorables. Le premier disque que j’ai eu de La Vie parisienne, sans doute offert par mes parents au vu de l’effet que le spectacle avait produit sur mon imaginaire, était celui de la troupe Renaud-Barrault que j’avais vue : un 33T dans une pochette en carton à deux revers qui se dépliaient – ce que je trouvais particulièrement original – et que j’ai dû écouter jusqu’à l’usure. Heureusement, on le trouve dorénavant en CD. Écoutez-le…

13 décembre 2009

Alla breve. XXIII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 23:09

[162] Le compositeur York Höller lauréat du prix Grawemeyer. Le compositeur allemand a gagné ce prix annuel dans la catégorie composition musicale pour son œuvre orchestrale de 40 minutes, Sphaeren. Parmi les lauréats précédents : György Kurtág (2006, Concertante Op. 42), Unsuk Chin (2004, Concerto pour violon et orchestre), Kaija Saariaho (2003, L’Amour de loin), Pierre Boulez (2001, Sur Incises), György Ligeti (1986, Études pour piano). (Source)

[163] André Previn lauréat d’un Grammy 2010. Le chef d’orchestre recevra un prix pour l’œuvre de sa vie – avec Leonard Cohen, Michael Jackson, Loretta Lynn, entre autres. Il a déjà reçu 10 Grammys pour ses enregistrements avec des orchestres prestigieux (le New York Philharmonic, le Philharmonique de Vienne…). Quant à Pierre Boulez, il est « nominé » dans la catégorie « meilleurs solistes instrumentaux avec orchestre » pour les trois concertos de Bartók (avec Pierre-Laurent Aimard, Yuri Bashmet, Gideon Kremer…). (Source)

[164] Jimmie LeBlanc gagne le prix Jules Léger. Le jeune (32 ans) compositeur et guitariste classique québécois, encore étudiant à l’université McGill de Montréal, décroche ce prix pour L’Espace intérieur du monde, pièce pour quinze musiciens et électronique.En 2008, il avait gagné le prix Lutoslawski pour Nos Cercles brisés. (Source)

[165] La folie Chopin. La Folle journée 2010 sera consacrée à Chopin. Comme il n’a composé que 22 heures de musique, on y entendra aussi ses compositeurs favoris (Bach, Händel, Mozart, Hummel), ses amis (Berlioz, Liszt – et non pas « List » comme l’écrit le journaliszt d’Ouest-France – Mendelssohn…). Parmi les interprètes : Barbara Hendricks, Abdel Rahman El Bacha, Brigitte Engerer, le chœur Accentus. La billetterie ouvrira sur l’internet le 10 janvier (et la veille sur place). (Source)

[166] Cinquantenaire de la mort de Heitor Villa-Lobos… Radio France a programmé ce weekend à la mémoire de ce compositeur brésilien prolifique – plus de mille partitions dans tous les genres classiques possibles. Même ceux qui n’ont jamais entendu parler de lui ont probablement entendu la très belle Bachiana brasileira n° 5 (« cantilena »), dans une merveilleuse interprétation de Victoria de Los Angeles, œuvre qui « sonne » si simple et est pourtant si difficile à interpréter, certains passages se chantant la bouche fermée. Bien d’autres œuvres méritent l’écoute. (Source)

[167] … et de celle d’Ernest Bloch. Encore un grand ignoré. Il y a quelques jours, la Radio suisse romande consacrait son émission Pavillon suisse à Ernest Bloch. Son œuvre prolifique comprend entre autre un Concerto pour violon, et la splendide rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre, Schelomo. La violoncelliste Sonia Wieder-Atherton et la chef d’orchestre Dalia Atlas ont enregistré (séparément) ces derniers temps des disques consacrés à ses œuvres. Écoutez-les, c’est une musique qui touche… (Source)

[168] Bollywoodez-vous ! Si vous voulez composer votre propre musique de film genre Bollywood, une bibliothèque de sons et d’effets libres de droits, composée par Gaurav Dayal sur des instruments authentiques, vous sera peut-être utile. (Source)

Les apparences sont parfois trompeuses

Classé dans : Musique — Miklos @ 11:37

« Haydn, Mozart, Beethoven, développèrent un art nouveau, dont le premier germe ne commença de poindre que vers le milieu du XVIIIe siècle. Si la sottise et la légèreté mésusèrent de la richesse acquise, si de faux monnayeurs prétendirent donner à leur pacotille l’apparence du bon aloi, ce ne fut point la faute de ces maîtres, en qui l’esprit se prodiguait si généreusement. » — E-T-A Hoffmann, « Ancienne et nouvelle musique d’église » (1814), in Écrits sur la musique. L’Âge d’homme, 1985.

Lorsque l’on assiste à un concert comprenant des œuvres de Mozart et de Brahms, on s’attend à entendre du Mozart et du Brahms. Eh bien, le concert qu’a donné hier le quatuor berlinois Kuss au Théâtre de la Ville a réservé quelques surprises sur ce principe.

Mozart, d’abord. On peut parfois se demander quelle influence a la femme d’un créateur sur l’œuvre de son mari. Dans le cas de cet « ange de la musique moderne, le Raphaël de la mélodie, l’enfant surnaturel, le jeune homme fauché dans sa fleur, mais après avoir exhalé dans cette fleur plus de chant céleste de son âme musicale qu’aucun chérubin mortel n’en répandit jamais au pied du trône de Dieu » (dixit Lamartine dans son Cours familier de littérature), on sait (d’une lettre de Mozart datant de 1782) que Constance s’était entichée de fugues – en particulier de celles de Händel et de Bach – et harcèle son mari pour qu’il en compose. Se plongeant dans la musique ancienne – à tel point qu’on peut dire qu’on distingue un changement stylistique dans son œuvre à cette période – il se lance dans la transcription de fugues du Clavecin bien tempéré, puis de l’Art de la fugue, et d’autres membres de la famille Bach. Il ne tarde pas à en composer lui-même : la Fantaisie et fugue en do majeur (K. 394), la Fugue en sol mineur pour piano à quatre mains (K. 401), la Fugue en do mineur (K. 426)… Le quatuor Kuss ouvre le concert avec trois préludes et fugues : ces dernières sont bien des transcriptions de Bach, mais les préludes semblent plutôt être des compositions originales de Mozart. Le résultat – était-ce dû à l’écriture, à l’interprétation ? – est assez convenu et plat : la forme de Bach, le style de Mozart, mais sans âme. Passons.

Le Quatuor n° 2 de Bartók s’ensuit (en le plaçant ainsi avant l’entracte, et non pas chronologiquement après le Brahms qui clôt le concert, on évite de perdre du public ; en plus, cela contribue à équilibrer les durées des deux parties du concert). Il contribue à réveiller l’audience de sa sieste post-prandiale : couleur, rythme, timbre, énergie, lyrisme, tout y est. Les dissonances doivent choquer quelques oreilles, et s’accompagnent d’ailleurs parfois d’un curieux sifflement (qu’on entend aussi dans le Brahms, et qui ne fait donc pas partie de l’œuvre – il n’y a effectivement pas d’ondes Martenot dans la partition) : matériel de salle défectueux ? problème d’appareil auditif ? On penche pour la dernière hypothèse, vu la démographie du public (celui des concerts classiques des samedis après-midi).

Aimez-vous Brahms ? Oh oui ! serait-il possible autrement ? Mais quand s’ouvre le Quatuor n° 3, on croirait entendre du Haydn… Ce n’est pas qu’on n’aime pas Haydn, mais quand vous commandez au restaurant un velouté de potiron et qu’on vous sert un gazpacho, il y a de quoi faire la tête. L’œuvre, longue, hésite curieusement entre classicisme et romantisme : on retrouve parfois les harmonies et surtout les sonorités chaleureusement enveloppantes de Brahms dans les registres bas, mais ailleurs on est dérouté, voire carrément déçu : le (premier) violon a alors une voix aigre et criarde et l’ensemble un problème d’intonation, la progression est laborieuse. Le quatuor n’est pas une formation qui va de soi (d’ailleurs, en menuiserie, il est plus facile d’équilibrer un meuble à trois pieds qu’à quatre, comme on l’avait déjà évoqué ailleurs), et après Beethoven, la gageure était immense.

Le public est enthousiaste et en redemande ; Mozart ou Bach, Brahms ou Haydn, tant que ce n’est pas du Bartók, who cares.

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