Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 janvier 2010

Alla breve. XXVI.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 17:11

[183] La Passion selon MacMillan. Le Boston Symphony Orchestra va donner la création américaine de la Passion selon Saint Jean, commande du chef d’orchestre Sir Colin Davis, qui va la diriger, à l’occasion des 80 ans du compositeur. Comment composer une telle œuvre après Bach ? Comment être fidèle à une tradition séculaire tout en utilisant la palette des formes d’expression musicale qui ont émergé après sans pourtant tomber dans des effets de mode ? C’est ce dont discute cet article du Boston Globe. On pourra écouter et voir ici un extrait de la création allemande en mars 2009.

[184] Bach toujours d’actualité. La musique de Bach – le style, la forme, les mélodies – n’a eu de cesse d’influencer les compositeurs, petits et grands (de Mendelssohn à Webern), qui lui ont succédé, comme lui d’ailleurs s’inspirait de ses prédécesseurs et de ses contemporains. La différence entre les uns et les autres ? Pour l’exprimer, on peut reprendre pour le compte de la musique ce que T.S. Elliott disait au sujet de la poésie : “Immature poets imitate; mature poets steal.” Les musiciens interprètes l’ont aussi mis à toutes les sauces et fait entendre certains… aspects de son œuvre à un public qui ne l’aurait jamais écoutée autrement, on pense par exemple à l’excellent ensemble vocal Swingle Singers, et, avec l’apparition des synthétiseurs, au Switched-on Bach de Walter Carlos, les uns comme les autres fidèles au style et novateurs dans l’instrumentation. Le quatuor Bach to the Future, lui, adapte le genre et fait de la fusion entre le style de Bach et le modern jazz, les rythmes latino, africains ou afro-cubains, le hip-hop. Leurs fondateurs, le pianiste, Michael Silverman et son frère Rob aux percussions, ont de qui tenir : leur mère enseignait le piano, et leur père était violoncelliste dans l’orchestre symphonique de St. Louis. (Source).

[185] John Adams, un maître avec un très petit marteau. Devinez qui a exprimé ainsi son opinion de ce compositeur populaire ? Indice : il a ajouté que c’était un mannériste, un compositeur de musique de genre, et que son opéra The Death of Klinghoffer était de la mauvaise musique de film. Encore un indice ? Dans un précédent Alla breve, on a cité un entretien avec lui, dans lequel il disait que les responsables de la radio française d’après-guerre étaient des nouilles. Dernier indice : un maître avec un marteau ? et quid du Marteau sans maître ? (il s’agit d’une personnalité vivante, pas de René Char). Bravo ! Dans un nouvel entretien, anniversaire oblige, il s’exprime sur sa relation à l’orchestre en général et celui de Chicago en particulier.

[186] L’histoire de l’histoire de la musique. Dans un très bel article, l’organiste David Yearsley, organiste et professeur à l’Université Cornell, parle de deux Histoires de la musique occidentale, très différentes l’une de l’autre et chacune d’un intérêt particulier. Il s’agit d’abord de celle de Donald Jay Grout (un ami de son grand-père, et, lui aussi, professeur à Cornell des années plus tôt – il est décédé en 1987). Cet ouvrage de référence a été publié en 1960 et est depuis régulièrement réédité et mis à jour. L’autre est… une série de poèmes d’August Kleinzahler, intitulée elle aussi A History of Western Music, que cet auteur écrit depuis un certain nombre d’années. Ces poèmes ne sont pas forcément tous consacrés explicitement à un sujet musical, mais ils reflètent, dans un style très libre, léger et profond en même temps, la variété des intérêts musicaux et artistiques de l’auteur, que l’on retrouvera dans son récent ouvrage d’essais Music: I-LXXIV.

[187] The glory of the human voice, ou le culte de l’amateur, ou encore un cul-de-sac culturel. Neil McCormick analyse dans un récent article du Telegraph (suivi d’un autre, le lendemain, au vu des réactions épidermiques au premier) le phénomène Susan Boyle. Elle a certaines qualités vocales – mais sans comparaison avec les « réellement » grandes : Bessie Smith, Billie Holiday, Aretha Franklin, Dusty Springfield, voire Amy Winehouse. Artistiquement, sa plus grande réussite aura été I Dreamed a Dream, qui est déjà émouvant en soi, et son histoire personnelle – femme d’un certain âge au physique ingrat, ignorée par les hommes – a rajouté à cette émotion, mais n’a aucun rapport avec ses qualités musicales. Enfin, le contexte : d’une part, la démocratisation des médias par l’internet et la starification de l’amateur (ce n’est pas récent : cf. notre Web comme hégémonie de l’amateurisme en 2005) – ce qui nécessitait avant l’internet bien plus de moyens (on se souvient de la cantatrice amateur Florence Foster Jenkins) – et, d’autre part, la stratégie des industries des médias visant à récupérer ces tendances, que ce soit à la télévision (téléréalité et boys-bands) ou sur disque : selon l’auteur, le nombre phénoménal de disques de Boyle (éditée par Sony, bien malins) achetés en 2009 (plus de 6 millions) et le peu de téléchargements indiqueraient que ce serait un public plutôt âgé (et féminin, rajoute-t-il, en rentrant la tête entre les épaules) qui s’y intéresse, qui se détourne des icônes siliconées et botoxées qui occupent la scène et des musiques actuelles. Pour résumer Neil McCormick : no future.

[188] Valse pour téléphone portable. Le pianiste et compositeur québécois Marc-André Hamelin (que la Wikipedia en langue française ignore presque totalement, contrairement à sa contrepartie en anglais, une insulte pour le Québec, libre ou non) vient de composer une valse inspirée par la sonnerie Nokia. Nulle doute que sa mélodie (celle de Hamelin) hantera votre mémoire plus agréablement que le harcèlement d’un portable ! L’histoire ne dit pas si le public a dû éteindre ses téléphones avant le récital. (Source).

[189] Écrivez vos partitions en ligne avec vos amis. Noteflight, une petite société américaine vient d’annoncer la prochaine mise en ligne d’un service hébergé qui permet de créer, seul ou en collaboration (« réseau social », disent-ils ils – à l’instar du Concerto du Fleuve Jaune, composé dans la Chine de Mao par un comité sous la direction de Jiang Qing en 1969 ?) des partitions à l’aide d’un logiciel d’édition interactif et d’en écouter le résultat. Le compositeur peut se créer des gabarits (par exemple : pour des œuvres pour piano solo ou pour quatuor). Il y en aura une version gratuite (et donc une version payante avec plus de fonctionnalités). On peut dorénavant le tester en ligne (cliquer sur la partition qui s’affiche ou sur “Try it now”).

Un grand organiste

Classé dans : Musique, Sciences, techniques — Miklos @ 2:32

Helmut Walcha était, selon la Wikipedia de langue française, un « claveciniste allemand » et un « organiste classique ». On peut se demander pourquoi la nationalité est attachée au clavecin et la période à l’orgue, mais bon, passons. La Wikipedia en anglais est plus cohérente, le classant dans les catégories “German harpsichordists” et “German classical organists”. On peut encore se demander pourquoi il fallait spécifier “classical” pour l’orgue et pas pour le clavecin (instrument pour lequel il existe un répertoire contemporain fort respectable et des interprètes fameux, à l’instar d’Elisabeth Chojnacka). On ne peut que supputer que c’est destiné à distinguer l’orgue à tuyaux des orgues et claviers électroniques.

Encore une différence entre les deux versions : « Il devint aveugle à l’âge de seize ans » dans l’une, “Walcha was blinded at age 19” dans l’autre. C’est cette seconde version que fournissent les Wikipedias en allemand et en tchèque, tandis qu’un ouvrage, Musik mit Blinden (« musique avec aveugles ») de Fraujke Saupendahl s’accorde avec la version française. De quoi perdre son latin (mais la Vicipædia Latina n’en parle pas). C’était, pour l’organiste, tout à fait secondaire : un article du livret accompagnant le magnifique coffret d’Archiv Produktion L’œuvre pour orgue de J.S. Bach et qui comprend la seconde intégrale que Walcha en a effectué, précise :

Helmut Walcha a plus d’une fois donné à entendre le peu d’importance qu’il accordait aux conséquences de la cécité irrémédiable qui l’atteignit en son jeune âge. (…) Nous en serions resté là si, au cours d’un entretien radiophonique, Walcha n’avait déclaré que la maladie qui lui ravit à tout jamais la vue du monde extérieur, en revanche lui avait ouvert et facilité la voie de l’univers intérieur. Quiconque est protégé de cet excès d’impressions visuelles auxquelles l’homme moderne se trouve exposé sans contrôle, ressentira la primauté organique de son ouïe et la représentation auditive se changera chez lui en un univers intime d’une immense richesse. Si, de plus, il est, à l’instar de Helmut Walcha, doué d’un tempérament musical au-dessus du commun, il sentira naître cette faculté d’adaptation et de communion à l’égard de structures musicales complexes, bien différent en cela de celui qui, séduit par l’aspect visuel de l’exécution musicale – par exemple la fascination exercée par le chef d’orchestre ou par le virtuose – ne jouit que des beautés superficielles de la Musique, comme il en est dans les compositions d’une valeur douteuse. — Karl Grebe

La Wikipedia italienne a adopté la même approche discrète que ce texte, “Affetto fin da bambino da una grave malattia agli occhi” sans même parler de cécité.

La version française n’a pas fini de nous interpeller. On y lit : « Après la Seconde Guerre mondiale, il fonda l’Institut de musique religieuse (Institut für Kirchenmusik) ». Si l’on cherche des précisions sur cet institut, on constate qu’il y en a un certain nombre en Allemagne et dans les autres pays de langue allemande… La Wikipedia allemande d’ailleurs ne référence que l’un d’eux, celui de Mayence. En comparant de nouveau les pages consacrées à Walcha dans les diverses Wikipedias, on constate que l’italienne indique qu’il est nommé directeur de l’institut de musique religieuse au conservatoire de Frankfort sans préciser s’il l’a créé ou non, ce qu’indique la Wikipedia allemande. Est-ce un institut indépendant ou un département du conservatoire (où enseignait Walcha) ? L’a-t-il créé ou non ? Tant de questions, si peu de réponses…

C’est une collègue qui vient de me donner le fin mot de l’histoire. Elle me cite un extrait du livret accompagnant la première édition des œuvres pour orgue de Bach par Walcha chez Archiv (je possède la seconde) :

“He also taught at the local conservatory (German: Konservatorium), where he was appointed to a professorship in 1938. In 1947 he assumed direction of the Depart­ment of Church Music at the city’s Musik­hochschule (Kirchen­musik­abteilung der Frankfurter Hoch­schule für Musik)”. — Martin Elste

La Wikipedia en français est donc dans l’erreur : il s’agissait de la direction du département de musique d’église au conservatoire municipal de Frankfort (auquel je viens d’écrire pour demander les circonstances de sa création), et pas d’un institut d’ailleurs inexistant.

Et pour se consoler de ce marasme, écoutons Walcha au clavecin dans un extrait des Variations Goldberg ou à l’orgue dans le Prélude et fugue en sol majeur, BWV 550. Quel art de la registration, quelle lecture posée et claire sans afféteries ni « beauté superficielle », comme le dit si justement Karl Grebe et qui va ainsi à l’essentiel : la musique. Et quelle musique… !

16 janvier 2010

Alla breve. XXV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 21:03

[176] Les Barricades mystérieuses. Il y a des musiques qui, une fois écoutées, ne nous lâchent plus et nous hanteront à jamais. C’est par exemple le cas de la Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont-de-Paris de Marin Marais (que l’on peut écouter ici interprétée par Fabio Biondi, Jordi Savall, Pierre Hantai et Rolf Lislevand), et c’est celui de cette œuvre de François Couperin au titre si mystérieux, qui a donné son nom à d’autres œuvres de tous genres (essai, roman, poésie, peinture, musique…) jusqu’à nos jours. D’autres œuvres ont ainsi laissé des traces au fil des siècles, on pense notamment aux Folies d’Espagne (apparues aux XVIe siècle et dont la mélodie a inspiré des dizaines, voire des centaines d’œuvres, comme on peut le voir sur ce site remarquable), et, en passe peut-être de lui faire concurrence, Sombre Dimanche (mais ça, on ne le saura que dans quelques siècles). (Source)

[177] Richard Strauss, compositeur, chef d’orchestre, pianiste et accompagnateur. C’est le titre d’un coffret de dix disques compacts accompagné d’un livret conséquent consacré aux multiples talents musicaux de Richard Strauss et comprenant des enregistrements effectués de 1905 à 1944. On trouvera ici le contenu détaillé du coffret et la possibilité d’en écouter des extraits. Il est édité par Grosser & Stein. (Source)

[178] Entretien avec Frederic Rzewski. Né en 1938 et diplômé de Harvard et de Princeton, ce compositeur d’avant-garde est connu pour ses œuvres aux titres engagés : Coming Together, No Progress without Struggle, The Price of Oil, Work Songs, The People United Will Never be Defeated. Pas étonnant, son professeur de piano était marxiste… Rzewski était admiratif de Chostakovitch, d’Elliott Carter et de Boulez. Dans son œuvre, il allie ces influences modernistes avec son goût pour les chansons populaires et engagées, le tout dans un cadre strict, tel qu’en propose le contrepoint. (Source)

[179] Le compositeur président. Ivo Josipovic vient d’être élu président de Croatie. Né en 1957, il a une formation de juriste (c’est lui qui a représenté la Croatie à la Cour internationale de justice dans le procès de génocide à l’encontre de la Serbie) et de compositeur. Il a composé une cinquantaine d’œuvres pour orchestre, ensembles de chambre et de solistes, et a occupé le poste de secrétaire général de la société de compositeurs croates. (Source)

[180] Un cachet source de mal de tête assuré. La production de concerts avec des interprètes – chef, solistes, orchestre – internationaux est un vrai casse-tête, non seulement administratif (y inclus calcul de cotisations sociales dont ils ne bénéficieront pas vraiment) mais surtout financier : coûts du transport, des assurances, du cachet (et ce ne sont pas forcément les meilleurs qui sont les mieux payés). Le prix des places en dépend, et, par conséquence, la programmation se doit aussi d’attirer un minimum de public. (Source)

[181] Un lion à l’orchestre national de Lyon. Le nouveau directeur, Laurent Langlois, semble être à couteaux tirés avec le chef d’orchestre (qu’il envisageait de remplacer en 2011 par « le très controversé Michel Tabachnik », après avoir remplacé sa photo sur la plaquette de programme par… Guignol), les salariés (déjà deux arrêts maladie) et le public (certains concerts de 2000 spectateurs en comptaient 1100 invités). Curieuses dépenses (2000 € à un musicologue pour des textes pour un concert qui ‘en comprenait pas), textes qui en rappellent d’autres… (Source)

[182] La dynamique est vitale. Les nuances des sons qui nous entourent, musicaux ou non, sont essentiels pour la santé de l’oreille. Or le bruit ambiant d’une part (qui oblige les personnes qui discutent à parler uniformément fort) et les traitements technologiques d’autre part (destinés à faire percevoir une publicité à la télévision plus fort qu’elle ne l’est vraiment, ou à faire passer le maximum de sons dans un lecteur MP3), réduisent ces nuances et produisent un son bien plus uniforme qu’à la source. Cette caractéristique occasionne une pression permanente sur le tympan, ce qui nuit à terme à notre ouïe. (Source)

14 janvier 2010

Alla breve. XXIV.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 0:55

[169] Wszystkiego najlepszego, drogi Fryderyk ! Le 200e anniversaire de Frédéric Chopin (né un 1er mars) est célébré cette année par plus de 2000 événements de par le monde. On a déjà parlé de la Folle journée qui lui sera consacrée, on mentionnera aussi les récitals de Garrick Ohlsson (premier lauréat américain du concours international Frédéric Chopin, en 1970), de Daniel Barenboim dans diverses villes d’Europe, le 65e festival Chopin dans la ville polonaise où il a longtemps vécu… À Genève, vingt-quatre pianistes interprèteront les vingt-quatre études de Chopin le jour de son anniversaire, dans le cadre de la série de concerts Alternatives classiques organisée par Arash Nafisi au Victoria Hall. L’année s’est ouverte officiellement en Pologne avec deux concerts de Lang Lang avec l’orchestre philharmonique de Varsovie sous la direction d’Antoni Wit (au programme : Andante spianato, Grande polonaise en mi bémol majeur op. 22 et le Concerto pour piano en fa mineur op. 21). (Source)

[170] Alles Gute zum Geburtstag, lieber Deutsche Grammophon ! Le célèbre label a décidé de célébrer son 111e anniversaire fin 2009 (l’année de son 110e était le centenaire de la naissance de Karajan) en publiant une édition limitée à trois coffrets de 111 disques compacts accompagnés d’un ouvrage luxueux consacré à l’historique de DG. On peut acheter ses diverses déclinaisons en ligne. (Source)

[171] Happy birthday, dear Pierre ! Le 85e anniversaire de Pierre Boulez (né un 26 mars) est célébré par de grands orchestres dès janvier. Le Chicago Symphony Orchestra, où Boulez dirigera un concert comprenant son Livre pour cordes, publiera un enregistrement rare de Pulcinella de Stravinsky sous sa direction. Boulez dirigera ensuite l’orchestre philharmonique de Vienne à New York. On lira avec intérêt le récent entretien qu’il a accordé à L’Humanité, où l’on constatera avec un plaisir non mitigé qu’il n’a rien perdu de sa verve et de son verbe. (Source)

[172] Un requiem de Pascal Quignard. L’orchestre philharmonique de Radio France, sous la direction d’Eliahu Inbal, vient de créer le Requiem du compositeur Thierry Lancino, avec des textes supplémentaires de Pascal Quignard. Œuvre tout à la fois fort complexe et épurée, « de vastes dimensions, qui ne se refuse ni à la grandiloquence ni au dramatisme… à l’effectif pléthorique » avec des passages fort réussis. (Source)

[173] ABBA et Queen, appâts du public des concerts classiques. L’Orchestra Iowa, à l’instar d’autres formations classiques américaines, tente d’attirer les baby boomers et les générations suivantes vers ses concerts classiques. Comment ? En programmant la musique d’ABBA, The Eagles, Queen, Pink Floyd, les Rolling Stones, les Grateful Dead…, adaptées pour orchestre symphonique. Art Garfunkel (du célèbre duo) se produit de son côté avec des orchestres symphoniques. Et chez nous, la salle Pleyel programme bien Sting, Joshua Redman ou la musique de Miles Davis (Source)

[174] Un chef d’orchestre mineur. Ce n’est pas l’orchestre qui est mineur, et Alex Prior, le chef en question, n’est pas mineur de fond : il a 17 ans ; l’orchestre symphonique de Seattle vient de créer le poste d’assistant aux chefs d’orchestre invités juste pour lui. En clair, il devra diriger au pied (ou bâton) levé au cas où l’invité ne pourrait honorer son contrat. Précoce, sa vocation remonte : il avait quatre ans quand il a décidé de choisir ce métier. Il faut préciser que cela faisait un an qu’il jouait déjà du piano. Quant à la qualité de sa direction d’orchestre (et de ses compositions, car il compose aussi), les critiques divergent et certains lui souhaitent de grandir. (Source)

[175] Seiji Ozawa malade. Le diagnostic, heureusement précoce, d’un cancer le contraint à s’arrêter de diriger pour une période qu’il estime à six mois. (Source)

2 janvier 2010

Carmen, un documentaire indéterminé de Bizet

Classé dans : Littérature, Musique — Miklos @ 22:57

« On préparait Carmen à l’Opéra-Comique, et les inquiétudes, qui précèdent toujours une grande bataille à livrer, devenaient chaque jour de plus en plus vives pour Bizet. Enfin Carmen parut. Le succès fut évident pour les artistes ; mais auprès du public il n’en fut pas de même ; et, comme l’on dit dans le langage du théâtre, la pièce ne fit pas d’argent. » — Henri Maréchal, « Souvenirs d’un musicien », in Albert Lavignac, Les Gaietés du Conservatoire (1899).

« Bizet’ “Carmen” . . . which is now well known to the public, possesses a certain fascination which may be called popularity, and with its light and pleasing characteristics, may be relied upon to attract a full house without reference to its musical merit. Its musical merit is, indeed, of a low order. . . » — The New York Times, 1/3/1879.

France 3 diffuse ce soir « le chef-d’œuvre » de Georges Bizet, selon les termes de la chaîne (auquel nous préférons de loin Les Pêcheurs de perles), qui se contente d’indi­quer sur son site que c’est un « docu. indéterminé » (docu­ment ? docu­mentaire ? docu­drame ?) réalisé par François Roussillon et de fournir un bref synopsis. Nulle indication sur les interprètes – chef, solistes, orchestre.

Le site L’Internaute Télévision, quant à lui, est quelque plus précis (Carmen est bien un opéra comique) et plus prolixe, puisqu’il fournit les noms du compositeur et de trois des « interprete ». Le sommaire de l’émission dans ce programme est curieux : « L’Orchestre Révolutionnaire et Romantique et le Monteverdi Choir ». Ici aussi, nulle mention d’un chef.

Il aura fallu se rendre sur le site de l’orchestre en question pour y trouver qu’il s’agit d’une pointure : John Eliot Gardiner, et de l’enregistrement d’une performance à l’Opéra Comique. Pour la distribution, c’est Télérama qui la détaille (ainsi, bien évidemment, que le site de la salle Favart). Sa critique est élogieuse, mais on ne la partage pas : le vibrato d’Anna Caterina Antonacci (dans le rôle titre, vers le haut de son registre) est parfois trop ample, son intonation et celle de Nicolas Cavallier (Don José, vers le bas du sien) approximatives, et le sous-titrage est, lui, nécessaire pour certains des solistes (nonobstant l’avis de Télérama sur le « français intelligible » des interprètes étrangers et la fiche de L’Internaute qui indique que le spectacle n’est pas sous-titré…). On apprécie tout de même l’humour discrètement coquin du magazine lorsqu’il écrit : « Charnue, pulpeuse, modulée avec une gourmandise sensuelle, la prononciation d’Anna Caterina Antonacci, comme son jeu, est un pur régal » : Antonacci est indéniablement pulpeuse, charnue et sensuelle, tout est question de la fonction des virgules dans cette phrase-là. C’est ainsi que Mérimée décrit Carmen dans sa nouvelle éponyme, de laquelle s’est inspiré l’opéra :

Je doute fort que mademoiselle Carmen fût de race pure, du moins elle était infiniment plus jolie que toutes les femmes de sa nation que j’aie jamais rencontrées. Pour qu’une femme soit belle, il faut, disent les Espagnols, qu’elle réunisse trente si, ou, si l’on veut, qu’on puisse la définir au moyen de dix adjectifs applicables chacun à trois parties de sa personne. Par exemple, elle doit avoir trois choses noires : les yeux, les paupières et les sourcils; trois fines, les doigts, les lèvres, les cheveux, etc. Voyez Brantôme pour le reste. Ma bohémienne ne pouvait prétendre à tant de perfections. Sa peau, d’ailleurs parfaitement unie, approchait fort de la teinte du cuivre. Ses yeux étaient obliques, mais admirablement fendus; ses lèvres un peu fortes, mais bien dessinées et laissant voir des dents plus blanches que des amandes sans leur peau. Ses cheveux, peut-être un peu gros, étaient noirs, à reflets bleus comme l’aile d’un corbeau, longs et luisants. Pour ne pas vous fatiguer d’une description trop prolixe, je vous dirai en somme qu’à chaque défaut elle réunissait une qualité qui ressortait peut-être plus fortement par le contraste. C’était une beauté étrange et sauvage, une figure qui étonnait d’abord, mais qu’on ne pouvait oublier. Ses yeux surtout avaient une expression à la fois voluptueuse et farouche que je n’ai trouvée depuis à aucun regard humain. Œil de bohémien, œil de loup, c’est un dicton espagnol qui dénote une bonne observation. Si vous n’avez pas le temps d’aller au Jardin des Plantes pour étudier le regard d’un loup, considérez votre chat quand il guette un moineau.

Une beauté voluptueuse, certainement… L’orchestre, lui, est parfait (Télérama ne s’y trompe pas, sur ce point) : rien à redire sur l’ensemble, son intonation et son interprétation (le chœur aussi est très bon) – avec un tel chef, ce n’est pas étonnant.

Nous retrouvons ici les talentueux librettistes Meilhac et Halévy, qu’on avait entendus pas plus tard qu’hier dans La Vie parisienne d’Offenbach. Finalement, heureusement que cette opérette n’est pas rediffusée aussi souvent que Carmen qui a acquis le statut assuré d’opéra-passe-partout-indigestion-assurée pour un certain nombre d’auditeurs. D’ailleurs, on se demande comment, avec les récentes lois européennes contre le tabagisme public, il est encore permis de diffuser un opéra dans lequel on peut entendre : « Voyez les regards impudents, mine coquette ! Fumant toutes, du bout des dents, la cigarette. Dans l’air nous suivons des yeux la fumée qui vers les cieux monote parfumée…» Interdisez-moi ça une fois pour toutes et revenons aux Pêcheurs de perles, il est grand temps, car « Je crois entendre encore, caché sous les palmiers, sa voix tendre et sonore comme un chant de ramiers. Oh nuit enchanteresse, divin ravissement ! ».

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