Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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25 avril 2007

Une inquiétante aura

Classé dans : Livre, Progrès, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 15:37

« Sorte d’émanation colorée, d’auréole qui flotte autour du corps humain, de la tête en particulier » (masson 1970). L’aura serait faite de matière astrale ou de fluide vital.Trésor de la langue française.

RFID (Radio Frequency Identification) est une technologie qui utilise des puces électroniques afin de permettre de tracer ou d’identifier des objets à distance1. Ces circuits, d’une taille microscopique2, contiennent des informations codées numériquement, et sont équipés d’une minuscule antenne. Pour lire ces informations, un appareil (appelé « lecteur d’étiquettes RFID » ou, plus génériquement, « scanner ») émet des ondes radio à une fréquence particulière ; celles-ci sont captées par l’antenne de la puce, ce qui a pour effet de produire un petit courant électrique dans la puce (qui jusque là est inerte), lui permettant d’émettre son contenu par l’entremise d’un signal radio, qui est capté par le lecteur.

« L’intérêt est devenu, surtout depuis 1789, le seul mobile de leurs idées ; il ne s’agit jamais pour eux de savoir si une action est légale ou immorale, mais si elle est profitable. » – Honoré de Balzac : Scènes de la vie de campagne. Les paysans (cité par Alexandre Tylski)C’est ainsi que fonctionnent les « passes » Navigo et OùRA, ou les cartes à télépéage sur les autoroutes. C’est ainsi qu’un nombre croissant de bibliothèques en équipe chacun de ses ouvrages, remplaçant le code-à-barre par cette puce invisible : elle permet de faire un inventaire sans avoir à sortir les livres un à un des étagères – il suffit de passer un scanner à proximité, il en relèvera les numéros et les transmettra à l’ordinateur. Elle facilite le prêt (et le retour) : pour peu que l’emprunteur ait sa carte de lecteur équipée elle aussi d’une puce RFID, son passage près d’une borne d’accueil permettra à celle-ci de l’identifier et de relever les codes des ouvrages qu’il a choisis. Principe qui s’étend aussi à certains commerces, et pas uniquement pour faciliter la gestion des stocks et la logistique : les récentes inquiétudes pour l’emploi soulevées par l’apparition de ce dispositif visant à remplacer les caissières dans la grande distribution en fluidifiant et en accélérant le passage du client3 sont loin de se calmer.

Deux priorités fondamentales s’imposent à la Cnil et aux autorités de protection des libertés : poser le principe que les données traitées sont bien des données personnelles, même s’il s’agit de données ne portant que sur des objets, dès lors que la technologie RFID permet d’instituer un maillage dense d’analyse des milliers d’objets qui entourent une personne (…). – Philippe Lemoine : commu­ni­cation relative à la Radio-Iden­ti­fi­cation, CNIL, octobre 2003.Même lorsqu’on ne trace que les objets (et les animaux), on doit se poser la question des libertés individuelles, comme l’a souligné la Cnil en 2003 (voir encadré). Il n’est pas toujours neutre d’apprendre, par exemple, quels livres ou magazines lit une personne qui les aurait non pas empruntés dans une bibliothèque mais achetés anonymement dans une librairie ou dans un kiosque. Et comme cette technologie s’étend dorénavant aux papiers d’identité, ce type d’espionnage à distance en est d’autant plus facilité. « Le problème est d’autant plus sérieux que, à la différence du vol d’un objet physique, ce type d’interception, d’altération, de surveillance ou d’usurpation d’identité numérique est impossible à détecter » (Internet Actu, juin 2006). Lorsque l’on sait maintenant que ces puces peuvent être infectées de virus (informatiques) comme tout vulgaire PC, on est en droit de se demander si leur efficacité si vantée (fluidification, accélération, mais aussi downsizing…) ne se paie pas trop cher. La réponse dépend évidemment du critère de valeur qu’on adopte : financier, social, éthique…

Il était prévisible qu’une telle technique d’identification passe aussi à l’homme. Comme on l’a rapporté, c’est chose faite depuis plus d’un an : certaines compagnies ont exigé l’implantation de puces RFID dans les bras de membres de leur personnel. Ce tatouage n’est pas sans rappeler des pratiques odieuses. Quelques législatures américaines ont réagi en interdisant non pas cette pratique, mais son caractère obligatoire, telle celle de l’Ohio dès l’année dernière. Doit-on s’en féliciter si rapidement ? Cette dernière n’impose qu’une amende de 150$ pour violation de la loi, autant dire que ça ne découragera sans doute pas les entreprises qui ont les moyens financiers d’implanter (c’est le cas de le dire) cette technologie. On vient toutefois d’apprendre que le sénat de Californie examine la possibilité d’interdire l’utilisation de la puce RFID pendant trois ans dans les documents d’identité personnels (aux États-Unis, il s’agit du permis de conduire, des cartes d’élèves ou d’étudiants), afin d’éviter la possibilité de capter à distance leurs informations personnelles. Cette proposition fait partie d’une loi plus vaste qui viserait à rendre obligatoire la réalisation de mesures fiables de sécurisation des informations personnelles sur les documents d’identité utilisant cette technologie, et qui imposerait des amendes élevées – s’élevant jusqu’à 50.000$ – et des peines d’emprisonnement à toute personne captant ces informations sans autorisation. Enfin, cette loi interdirait aussi l’incitation ou l’obligation d’implantation faite par des employeurs à leur personnel. Reste à savoir comment un employé refusant légalement d’être ainsi tatoué pourrait éviter d’être sanctionné indirectement…

À lire :
• Sarah Cavel et Claire Millet : Les étiquettes RFID, mémoire EFPG, mai 2004.
• Daniel Julien (éd.) : RFID : la police totale, mai 2006.
• Michel Rousseau : RFID : passeport s’il vous plaît (et même s’il ne vous plaît pas)


1 Jusqu’à au moins 10 m. actuellement, selon la fréquence utilisée.
2 Typiquement celle d’un grain de riz, mais pouvant descendre à 0,15 mm de côté et 7,5 μm d’épaisseur.
3 Fluidité et accélération sont deux des caractéristiques de la modernité en général et des réseaux informatiques en particulier.

29 mars 2007

La bibliothèque 2.0

Classé dans : Livre, Progrès, Sciences, techniques — Miklos @ 9:56

Il est très tendance1 de qualifier les développements techniques à l’aide d’un vocable ou d’un sigle qui devient tellement banal qu’il ne veut plus rien dire, mais que tout le monde continue à utiliser avec ravissement ou avec l’air entendu des cognoscenti. C’est le cas de « 2.0 ». Les prémisses étaient apparues avec l’Internet 2 (développement destiné à pallier la saturation des adresses sur le réseau). Le point-zéro s’est rajouté au Web 2.0 (on parle déjà du 3.0) et menace d’envahir même la politique (après Bush 2.0, Clinton 2.0 ?). Quant aux bibliothèques, elles sont notoirement à la traine, chargées d’un patrimoine qui s’accommode parfois difficilement de l’innovation. Eh bien, chers bibliothécaires, chères bibliothécaires, plus de raison de désespérer : la bibliothèque publique de Charlotte et du Comté de Mecklenburg (en Caroline du nord) a développé un programme destiné à former les bibliothécaires aux nouvelles technologies et à leur vocabulaire, et l’a mis en ligne. On pourra y apprendre (pour peu qu’on se débrouille avec l’anglais) 23 choses essentielles : ce qu’est un blog et comment en ouvrir un ; comment traiter les photos et les images (Flickr et les mashups) ; comment se tenir informé (RSS, lecteurs et agrégateurs de news) ; comment cataloguer (comment ose-t-on vouloir l’enseigner à des bibliothécaires, dites-vous ? il s’agit de catalogage individuel – de LibraryThing) ; la personnalisation et le partage social des informations (les folksonomies, les tags et Technorati ; les wikis) ; la diffusion (podcast, vidéocast). Soyez dans le vent, participez 2.0 !


Note :
1 Ou comment se comporter comme tout le monde, mais juste un peu avant.

27 mars 2007

« Alors pourquoi lire ? »

Classé dans : Livre — Miklos @ 22:47

Lire, c’est faire connaissance avec des gens, des lieux, des sujets, des situations, des époques, des cultures, des vécus, des aventures, des mémoires, des pensées, des savoirs, qu’on aura peu ou pas la chance de découvrir par soi-même, soit parce qu’elles sont révolues ou imaginaires, lointaines, inaccessibles ou si proches qu’on ne les voit pas. C’est voyager dans son fauteuil, c’est rencontrer des grandes et des petites gens, c’est comprendre comment elles auront vécu, ce qu’elles auront vu, senti, aimé, souffert. C’est parcourir les empires de la lune et du soleil, le Paris de Villon, la Venise des Doges, la Patagonie de Chatwyn, l’Islande de Jules Verne, l’Amérique de Hawthorne, la Russie de Pouchkine, l’Arabie des mille et une nuits, l’autre côté du miroir d’Alice sans y avoir été. C’est vivre les aventures d’un Chinois en Chine et de Rouletabille chez le Tsar, c’est accompagner Nils Holgerson ou le lièvre de Vatanen au cours de leurs merveilleux voyages, c’est découvrir la passion secrète de Fjordur et le monde étrange des Xipéhuz. C’est connaître la condition humaine : les affres et les joies de l’amour, les souffrances de la famine et de la misère, les épopées glorieuses et les massacres sans fin, les splendeurs et misères des courtisanes, la rêverie du promeneur solitaire. C’est apprendre ce que l’université de tous les savoirs met à notre portée sans avoir à s’inscrire ni à passer des examens. C’est avoir un regard dans un condensé, dans un essentiel – celui des pages du livre – qu’on n’a pas dans la réalité. C’est tenir l’univers dans sa main, le découvrir et l’explorer passionnément avec son imagination, c’est connaître l’autre dans sa diversité et le reconnaître dans sa proximité, c’est donc se connaître soi-même, et c’est partager tout ça avec ceux qui ne le savent pas encore, qui le découvriront grâce à nous et qui nous surprendront avec leurs propres découvertes. C’est échanger avec l’autre et se rapprocher de lui, c’est partager ou confronter une passion ou une détestation. Lire, c’est nourrir une faim sans fin, la curiosité. Lire, c’est se dépasser. (Réponse à Amandine)

23 mars 2007

Quand la BnF défie Google

Classé dans : Littérature, Livre, Sciences, techniques — Miklos @ 8:32

Mais ce pont d’Arcole, par sa situation, résistait à toutes nos attaques. Napoléon essaya un dernier effort de sa personne: il saisit un drapeau, s’élança vers le pont, et l’y plaça. La colonne qu’il conduisait l’avait à moitié franchi, lorsque le feu de flanc fit manquer l’attaque. Les grenadiers de la tête abandonnés par la queue hésitent ; ils sont entraînés dans la fuite, mais ils ne veulent pas se dessaisir de leur général ; ils le prennent par les bras, les cheveux, les habits, et l’entraînent dans leur fuite, au milieu des morts, des mourants et de la fumée. Le général en chef est précipité dans un marais ; il y enfonce jusqu’à la moitié du corps : il est au milieu des ennemis ; mais les Français s’aperçoivent que leur général n’est point avec eux. Un cri se fait entendre : « Soldats, en avant pour sauver le général ! ». Les braves reviennent au pas de course sur l’ennemi, et Napoléon est sauvé. Cette journée fut celle du dévouement militaire. — Las Cases, Le Mémorial de Saint-Héléne, tome II, p. 217. Garnier 1955.

En 1796, l’armée française remporte une victoire au pont d’Arcole, après qu’elle se soit enlisée – littéralement – dans un bourbier. En juin 1997, la Bibliothèque nationale de France attaque Arcole, opération visant à « communiquer sur internet un corpus francophone du XIXe siècle de 2400 œuvres, monographies ou périodiques et d’environ 6500 images, libres de droit (…) qui préfigurera les accès futurs aux 90 000 textes déjà numérisés depuis 6 ans par la Bibliothèque nationale de France. » Arcole deviendra Gallica qui, dix ans plus tard, contient toujours (ces) 90 000 volumes imprimés en mode image. Ce mode image avait soulevé à l’époque des débats concernant l’accessibilité des contenus : débits des réseaux, accès au texte pour malvoyants et pour ceux souhaitant travailler sur les textes, voire pour la recherche en texte intégral.

En mars 2007, la Bibliothèque nationale de France ouvre Europeana β, « prototype de bibliothèque en ligne développé dans le cadre du projet de Bibliothèque numérique européenne » et comprenant 12 000 documents en plusieurs langues, consultables en mode image ou texte (les déficients visuels ont heureusement été entendus). Le projet d’une bibliothèque numérique européenne avait pris corps au début de 2005, avec l’appel de Jean-Noël Jeanneney pour un sursaut culturel et politique de l’Europe face à l’hégémonie de Google qui avait déjà mis en place sa bibliothèque numérique. Il suggérait un grand projet européen, à l’instar de certaines entreprises du continent qui s’imposent mondialement, tels Airbus (face à Boeing). On sait les récents avatars du moteur franco-allemand dans ce dernier projet, on a vu le retrait fin 2006 de l’Allemagne du projet d’un autre moteur – de recherche, celui-ci –, Quaero (Europeana utilise Lucene), et l’on notera qu’Europeana propose, dans sa toute première version, des ouvrages provenant de ses fonds et de ceux de bibliothèques nationales de Hongrie et du Portugal. Pas d’Allemagne, ni d’ailleurs de Grande Bretagne, qui avait annoncé son intention de faire l’affaire avec Microsoft plutôt qu’avec l’Europe continentale. Un bourbier dans lequel le projet européen menace de s’enfoncer.

Europeana se présente simplement : une case pour la recherche simple dans les titres et dans les sommaires du fonds – ainsi que dans le texte intégral d’une partie des ouvrages1 – ou le choix de se balader dans les fonds selon l’époque (16e au 20e siècles), la langue, la provenance (France, Hongrie, Portugal) ou la discipline (sciences, philosophie, arts…). Une fois que l’on a effectué son choix, une liste d’ouvrages s’affiche à l’écran. Lorsque cette liste est longue – cherchez par exemple « amour » – les possibilités offertes pour réorganiser (trier) la liste voire la réduire (à l’aide des options dans le pavé Affiner) sont encore trop limitées, et des méthodes de recherche multilingues et sémantiques ne sont pas encore proposées. On se retrouve, finalement, là comme dans les moteurs traditionnels basés sur une recherche purement lexicale, devant une présentation linéaire de réponses.

Le premier livre que j’ai voulu consulter était curieusement signalé ainsi : « Amant+ rendu cordelier a :lobservance damours: +l’observance d’amour+ ». Lorsqu’on l’ouvre, on passe à une interface permettant de consulter les pages une à une, bien plus aisément et rapidement que dans Gallica ; on notera la possibilité de feuilleter le livre par table des matières (si elle existe), par vignettes (ce qui est utile surtout pour un livre illustré), ou simplement par la pagination (ce qui est inutile quand elle est inexistante, comme dans ce premier ouvrage consulté). On remarquera que chaque page possède une adresse distincte, ce qui permet de la référencer directement.

Le contenu – la page affichée – est bordé de pavés proposant des fonctionnalités que l’on connaissait auparavant, mais utilisant des techniques plus modernes connues sous le nom d’Ajax : on peut déplacer ces pavés sur la page, ce qui, pour le moment, tient plus du gadget que de la fonctionnalité essentielle ; d’autre part, ces pavés se redessinent lorsqu’on passe d’une page à l’autre dans un ouvrage, ce qui est assez gênant : imaginez que, lorsque vous feuilletez un livre posé sur une table, d’autres objets sur la table se mettent à danser… Parmi ces pavés : la recherche en texte intégral dans le document – difficile à réaliser pour ce texte à l’écriture gothique, qui n’a pas permis de fournir un mode texte cohérent ; voici ce qui s’affiche lorsqu’on passe à ce mode :

jbng &ce rc&gictiç çonitcre
Dint donner atout (eau 6miftt
buit que (a $tant mcfjc fut bute
3?e %te fa %ror bamppwcuttut
V>oitant ^ttgîtfaigc Ô0rrm«c
£>«î ftfta (amant gt ant gonneur
CI:î1D1. ta btff if tap parte

qui est supposé retranscrire l’original « De la nef et a loposite / Ung des religieux convers / Vint donner a tous leau benite / Puis que la grant messe fut dicte / Je veis la venir damp procureur / Portant ung visaige dhermite / Qui fist a lamant grant honneur ». Pour des ouvrages plus récents, cette recherche fonctionne correctement, en surlignant les occurrences retrouvées dans le texte (mode image ou intégral), et l’affichage en texte intégral est très majoritairement bon.2 Il est à noter que les contenus numérisés de la partie française d’Europeana ont été pris dans Gallica, et ne sont pas le résultat d’une renumérisation : leur qualité reflète donc celle de ce fonds numérique qui commence à dater.

La personnalisation est encore très limitée dans ce prototype : on peut se créer un « panier » de documents – mais, comme on le verra tout de suite, uniquement pour les fonds particuliers à la BnF et pas ceux fournis par ses partenaires. Il est possible de télécharger les ouvrages (ainsi que de les imprimer ou de les envoyer par courriel), qui s’affichent alors en PDF, ce qui est bien plus commode que le système qui était proposé dans Gallica. On aimerait voir la possibilité d’annoter ou de surligner les pages, de glisser des marque-pages3, de partager des annotations du texte (voire des métadonnées) avec d’autres lecteurs…4

En voulant consulter un ouvrage en portugais, j’ai été surpris de me voir « transporté » sur un autre site, celui de la Bibliothèque nationale numérique du Portugal5 : l’interface est donc tout à fait différente, ne s’intègre pas dans la personnalisation offert dans Europeana, et les contenus sont présentés dans d’autres formats (PDF). C’est aussi le cas pour les ouvrages fournis par la Hongrie.6

Le prototype que nous propose aujourd’hui la Bibliothèque nationale de France ne doit pas se bouder, s’il est destiné à se développer – et l’État a donné à la Bibliothèque nationale les moyens financiers de le faire – autant sur les fonds nationaux et européens que sur l’outil lui-même7. On devrait voir le volume augmenter de 130 000 documents en 2007, et de 100 000 documents par an « pour plusieurs années ». On souhaite, on espère et on attend la réussite de cette grande entreprise culturelle – défi que Jean-Noël Jeanneney a lancé avant tout à la BnF, tel Bonaparte à ses troupes devant Arcole.

(Ce texte a été corrigé et complété de notes après la présentation d’Europeana au Salon du livre ce matin.)


Notes :

1 La recherche globale dans l’ensemble des fonds présentés n’est pas (encore) proposée : ces fonds, comme on le verra, ne se trouvent pas tous dans le « système » de la BnF, mais dans ceux de chacune des bibliothèques participant au projet. On aurait toutefois pu mutualiser les index comme on l’avait proposé il y a deux ans. Il semblerait que ce sera envisagé dans le futur.
2 Catherine Lupovici, interrogée à ce sujet, a indiqué que cela devait avoir échappé à la vigilance du processus de reconnaissance du texte, qui évite d’afficher des contenus textuels reconnus à moins de 96% de fiabilité. On rappelle qu’il s’agit d’une version bêta.
3 Comme on l’a vu plus tard lors de la démonstration au Salon du livre, il est possible de « marquer » des pages pour les retrouver plus tard ; ces marques entrent dans un dossier propre à l’utilisateur, qui peut ainsi retrouver plus tard l’ouvrage et les pages qu’il s’est ainsi signalés. Il serait intéressant d’avoir aussi des marque-pages graphiques, s’affichant sous forme d’onglets du livre qu’on est en train de lire et de marquer ainsi.
4 Lors de la présentation qu’en a faite la BnF aujourd’hui au Salon du livre, il a été indiqué que des évolutions de ce type étaient envisagées. Il serait même question d’encourager la participation des lecteurs pour améliorer la qualité de la reconnaissance textuelle. C’est le principe selon lequel fonctionne le beau projet Gutenberg de bibliothèque numérique (créé en 1971). On se doute aussi que la BnF essaie d’éviter certaines dérives du numérique et des réseaux sociaux informatisés.
5 Qui utilise des adresses électroniques permanentes (« permanent URL »), excellente idée.
6 La BnF a précisé aujourd’hui que l’interopérabilité de ces bibliothèques – qui, aujourd’hui, ne concerne que la signalisation des ouvrages (partage des métadonnées à l’aide du protocole OAI – ce que j’avais envisagé en 2005) – a vocation à s’étendre aux interfaces et aux (index des) contenus. En d’autres termes, ce changement n’aura plus lieu d’être, même si le contenu se trouve réparti dans des fonds numériques distincts – cf. proposition signalée dans la note 1.
7 Ce développement bénéficiera tout d’abord à Gallica, qui évoluera dans ce sens, avec – éventuellement – une renumérisation et/ou reconnaissance renouvelée du texte selon que de besoin. Quant à l’intégration des bibliothèques nationales européennes entre elles, c’est une affaire loin d’être résolue : certaines font bande à part, d’autres n’ont pas encore les moyens de se joindre entièrement à un tel dispositif.

30 août 2006

J’ai toujours aimé lire

Classé dans : Littérature, Livre — Miklos @ 0:29

Dans le salon de l’appartement où j’ai grandi il y avait une grande bibliothèque. S’y trouvaient les livres de ma mère – en français, en anglais et en russe, dans les domaines des arts et de la littérature, romans, essais, poésie ou théâtre – et ceux de mon père – littérature séculière et religieuse, israélienne contemporaine et d’Europe centrale plus classique en hébreu et en yiddish. Il n’y avait rien d’interdit : si certains livres se trouvaient intentionnellement sur une étagère un peu haute, il suffisait que je grimpe sur un tabouret pour m’en saisir avec délectation et à certaines heures de la nuit. J’avais appris à lire avant même d’arriver à l’école, et j’étais devenu bibliophage : je dévorais tout ce qui me tombait sous la main, que ce soit Julien Green ou Julien Gracq (que j’avais du mal à distinguer, au début, à cause de la ressemblance de leurs noms), Maurois ou Mauriac (même problème), D. H. Lawrence (qui m’avait beaucoup troublé), Pearl Buck, Saroyan ou Agatha Christie (dont j’ai tout lu, même les romans psychologiques qu’elle avait publiés sous le pseudonyme de Mary Westmacott), Camus, Kafka, Huxley ou Gide, Poe, Dickens, Kipling ou Lewis Carroll…

Puis je commençai à m’acheter des livres, qui se rajoutèrent à ceux que l’on m’offrait – c’était le plus beau cadeau qu’on pouvait me faire. Parmi ces derniers, je me souviens particulièrement des Contes et légendes du Japon (qui comprenaient l’histoire fort impressionnante d’un seigneur dont la femme se transformait la nuit en chat pour boire de son sang) et de ceux de Suisse (dont il me restera une fascination pour le canton d’Uri et pour la ville de Berne), de Sans famille d’Hector Malot, qui m’avait brisé le cœur, de la magie souriante des Contes du Lundi de Daudet et de l’étincelante clarté de ceux d’Andersen.

Je n’avais de cesse de lire, et je pouvais « finir » deux ou trois livres dans la journée ou la soirée. Je lisais partout, même en marchant dans la rue (ce que je fais encore). Je me souviens d’avoir eu à lire Guerre et Paix au lycée : une fois commencé, je n’ai pu reposer le livre avant de l’avoir terminé (depuis ce jour-là, je n’ai plus osé lire la grande littérature russe, de crainte d’y être à nouveau aspiré ainsi). Ma mémoire quasi photographique me permettait de me rappeler à quel endroit dans le livre se trouvait un épisode particulier, et mon attention aux détails me faisait tout saisir malgré cette lecture express.

C’est en première que ma vie bascula : j’y étais arrivé avec une connaissance pitoyable de l’anglais. L’instituteur, vieux roublard de la pédagogie, repéra très vite que j’étais doué pour les langues (et pour cause) et d’une nonchalante paresse. En quelques jours, il piqua mon orgueil tel un cavalier sa monture, et me fit me lancer à corps perdu dans l’étude de cette langue. C’était un maître exceptionnel : au cours de notre lecture de Julius Cesar de Shakespeare, il nous enseignait non seulement le vocabulaire et la grammaire, mais nous faisait goûter l’art du poète et du dramaturge, la micro et macro-structure de l’œuvre. C’était une révélation, et je passai l’été qui suivit à lire toutes les pièces de Bernard Shaw (il y en avait 52) et les essais de George Orwell (il y en avait plusieurs volumes), deux des auteurs qu’il nous avait fait découvrir cette année-là. Ces livres font toujours partie de ma bibliothèque.

La seule fois où j’avais voulu en faire l’inventaire, les ordinateurs avaient la taille d’un container de transport maritime, et je m’étais arrêté après avoir péniblement rempli 1700 fiches de bristol. C’est dire qu’elle excédait ce chiffre alors, et pas de peu. Depuis, s’y sont rajoutés ceux des livres de mes parents que j’ai gardés, et ceux que j’ai acquis plus tard. Il y a une semaine, poussé par la nécessité, j’ai trouvé une petite merveille [cf. opinion révisée] qui m’a permis de cataloguer quelque 750 ouvrages en quatre ou cinq soirées (un peu longues). À ce rythme, je devrai avoir fini dans deux mois.

Ce logiciel (pour Mac et PC), dont l’interface est localisée dans de nombreuses langues dont le français, offre deux modes de saisie :
• manuel, où l’on renseigne les champs un à un ; il y en a de nombreux (outre ceux auquels on s’attend), y inclus la possibilité de détailler le chapitrage, de rajouter des liens externes (Amazon s’y rajoute tout seul…), le prix, etc. L’interface est ergonomique et permet de saisir assez rapidement (assistances sur listes avec les valeurs précédentes). On peut se créer une taxonomie (à un niveau ; ce sont en fait des mots-clé).
• automatique, où l’on saisit (ou scanne, si on a un lecteur de code à barre chez soi ; moi non) le numéro ISBN ou celui du code à barre, ou le titre et l’auteur d’un ou de plusieurs ouvrages, et on lance la recherche. Celle-ci interroge une ou plusieurs sources au choix (des bibliothèques nationales et les sites Amazon de plusieurs pays), et récupère les réponses, qu’elle peut fusionner ou laisser choisir. Une fois la fusion effectuée, on peut corriger et enrichir les notices, puis les importer dans la base (on peut les modifier plus tard). Avec des ouvrages possédant un ISBN, il est possible d’en cataloguer ainsi 50-100 à l’heure. Quant aux autres, on les trouve souvent dans les BN, mais aussi, oh surprise !, chez Amazon (et parfois uniquement là-bas), où le logiciel récupère aussi, le cas échéant, l’image de la première de couverture.

En outre, ce logiciel offre aussi les fonctionnalités suivantes :
• la gestion du prêt (fini, les petits papiers sur lesquels on a marqué qui a pris quoi et qu’on ne retrouve pas) ;
• l’export vers le web ou vers du PDF, voire du XML, d’un choix de champs. La sortie web n’offre pas de recherche. Voici des exemples de quelques-unes des notices détaillées produites par le mode automatique suivi d’une éventuelle correction : 5202 (le résumé est récupéré automatiquement, je précise), 2331, 3739 ou 2333 (les « sujets » sont récupérés de la Bibliothèque du Congrès).
• en mode local : des recherches efficaces, la modification simultanée d’un lot de notices.
• la mise à jour automatique du logiciel (passage à une nouvelle version).

Quelques limitations à signaler :
• pas de gestion de périodiques ;
• pas d’Unicode (donc problèmes avec les polices nordiques, et aucune police non latine) – les éditeurs du logiciel m’ont dit qu’ils pensaient le rajouter.
• les rôles des personnes physiques sont assez limités (il y a « préface » – pour auteur de la préface – mais pas introduction ou postface) – on pallie avec la zone de notes.
• impossibilité de rajouter une source à consulter (catalogue en ligne) ; la raison en est simple : la connexion, l’interrogation et la récupération des réponses est particulière à chaque source et peut nécessiter des changements importants dans le logiciel lui-même.
• la traduction française est en général bonne, sauf pour « Bibliothèque britannique »…

La rapidité du logiciel est exemplaire (à ma question, ils ont indiqué que les performances devaient rester bonnes jusqu’à 5000-10 000 ouvrages). Pour se connecter aux bibliothèques nationales, il utilise le protocole Z3950. C’est un partagiciel, gratuit jusqu’à 100 ouvrages, et à un prix raisonnable pour la licence complète.

Après cette réussite, j’ai essayé leur logiciel de catalogage de disques, mais il ne me convient pas : je souhaite savoir quelles œuvres (en général classiques) se trouvent sur mes disques et dans quelles interprétation, et non pas quelles pistes. Or les bases de données en ligne qui permettent la récupération automatique des métadonnées de disques ne sont faites que pour la musique de variété, et ne comprennent pas d’information de plus haut niveau.

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