Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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2 août 2011

Mais que fait donc la police aux frontières ?

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 2:15

Sur les routes, c’était grand chassé-croisé estival de l’année [le week-end dernier]. Et dans le ciel ? A l’aéroport de Beauvais-Tillé, 37 000 passagers ont transité. Mais pas de panique, on avait anticipé. — Le Parisien, 1/8/2011.

On ne peut dire la même chose de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Dimanche dernier à 17h30, dans la salle de la police aux frontières du gigantesque, caverneux et labyrinthique terminal 2E (dont on avait récemment évoqué les joies), plusieurs centaines de voyageurs font la queue devant trois guichets de la police aux frontières, dont un réservé aux passagers européens (environ 150 à 200 individus dans cette file). Notre temps d’attente pour ce guichet-là ? Environ une demi-heure. Et pour enfoncer le clou, une publicité pour PARAFES, le Passage Automatisé Rapide Aux Frontières Extérieures Schengen (ou BIOVOGOGO), nargue les passagers fatigués.

Si c’est pour décourager les immigrants, il y a erreur sur la cible : ça encouragerait plutôt les Français et autres Européens à rester hors de la doulce France, au vu de la difficulté à y rentrer. À repousser les uns et les autres, ce sont dorénavant nos villes qui vont se vider après que les campagnes l’ont déjà fait. À défaut d’un accroissement important de la natalité chez ceux qui ne voyagent pas, on ne pourra plus compter que sur l’immigration illégale pour repeupler notre pays.

23 juillet 2011

Cheap flights, cheap flights…

Classé dans : Actualité, Société — Miklos @ 10:56

« Comme c’est curieux, mon Dieu, comme c’est bizarre ! et quelle coïn­cidence ! » se serait exclamée Madame Martin – tandis que Monsieur Martin lui aurait sans doute rétorqué « Comme c’est bizarre, curieux, étrange ! » – si l’un ou l’autre avaient lu ce blog et pris, ultérieurement, le vol Air France de Paris à Dublin, hier.

Ils auraient choisi un bagage dont les dimensions auraient permis de le prendre à bord, car ils n’aiment pas attendre, parfois pendant de longues heures (et quelques fois plusieurs jours), son éventuelle récupération sur un tapis roulant désespérément vide.

Ils auraient ensuite attendu dans le gigantesque, caverneux et labyrinthique terminal 2E de l’aéroport Charles-de-Gaulle qu’un car vienne les transporter, non pas jusqu’à Dublin (quelle horreur ç’aurait été, attendez un instant et vous serez d’accord) mais jusqu’à l’appareil qui devait être si petit que les passerelles n’auraient pu s’abaisser jusqu’à lui.

Quand finalement celui-ci serait arrivé dix minutes après l’heure d’embarquement indiquée imperturbablement comme « à l’heure », il afficherait comme destination « Newark ». Au moment de s’y engouffrer, ils se seraient vu étiqueter leur minuscule bagage à main afin qu’il leur soit confisqué pour aller en soute.

Entrés dans le car, leurs tympans auraient été percés par une alarme stridente qui y retentirait en permanence. Doigts dans les oreilles, ils l’auraient signalé avec désespoir au conducteur. Celui-ci, bien isolé phoniquement dans sa cabine, aurait répondu « Je ne sais pas ce que c’est, que voulez-vous que j’y fasse ? ». Ils se seraient alors demandé avec angoisse, et si c’était une alarme réelle ?

Les portes se seraient fermées, le car aurait effectué son long parcours dans l’aéroport jusqu’au coucou en question. Comme ç’aurait été bizarre, curieux, étrange ! Ce n’est pas un Airbus 380 d’Air France, mais un Avro RJ85 (modèle 1982) de CityJet, une compagnie irlandaise. Monsieur et Madame Martin auraient senti un début d’angoisse les saisir au souvenir de la relation de Fascinating Aida d’un vol à bas coût à destination de l’Irlande.

Le bus se serait arrêté au pied (plutôt aux roues) de l’avion, aurait éteint son moteur puis attendu que l’on lui donnât le signal qu’il pouvait laisser débarquer nos Martins et leurs infortunés compagnons de voyage enfermés dans cette boîte de conserve toutes portes closes, aux vitres fixes et sans climatisation, la chaleur croissante remplaçant le son de la sirène qui les avait accompagnés jusque là, tandis que du personnel montait et descendait de l’avion (tels les anges dans le songe de Jacob) les bras chargés de sacs remplis de détritus. Un voyageur plus énervé que les autres aurait tambouriné sur la vitre insonorisée séparant le conducteur des prisonniers pour lui intimer de mettre en marche l’aération. Un bruit encourageant en provenance du plafond se serait fait entendre, mais sans autre effet perceptible, ni courant d’air, ni baisse de température.

Plus tard – ils auraient perdu la notion du temps – ils seraient enfin sortis de ce conteneur pour passagers clandestins, se seraient vu délestés de leur bagage à main, et seraient entrés dans l’avion. Monsieur Martin se serait retrouvé assis auprès d’un passager qui débordait en largeur, le pauvre, sur les deux sièges voisins tout en parlant d’une voix tonitruante à son compagnon de voyage.

Heureusement, le bruit des moteurs de l’avion qui se préparerait enfin à partir à l’heure avec un long retard, aurait recouvert celui des voix. Le personnel aurait démontré l’usage des ceintures de sécurité, des masques à oxygène et des poupées gilets de sauvetages gonflables que les Martins ne pouvaient voir, les dossiers des sièges étant trop hauts, tandis qu’ils entendaient une petite voix derrière eux demander avec crainte, « Maman, si on tombe dans l’eau, on fait quoi ? parce que moi, je n’ai pas envie… ».

Une fois en l’air, une annonce aurait été faite, comme quoi suite à un problème de chaudière les passagers seraient privés de thé et de café, dramatique information pour notre couple, Madame Martin, très british, préférant l’infusion de Ceylan tandis que Monsieur Martin apprécie un petit noir corsé.

La stewardesse – c’est ainsi que notre couple les appelle encore – leur aurait donc servi un jus de pomme et aurait fait tomber le récipient, heureusement vide, dans le giron de Monsieur Martin, et se serait excusée à demi mot, d’une voix plus revendicatrice qu’attristée, comme si ç’avait été sa faute à lui de s’être trouvé là.

Ce qu’il aurait commencé à bien vouloir croire.

21 juillet 2011

Une question d’identité(s)

Classé dans : Actualité, Histoire, Politique, Racisme, Société — Miklos @ 10:32

Le moi, devant autrui, est infiniment responsable. — Emmanuel Levinas, Éthique et infini.

On pouvait lire cette information hier :

Dix élus de banlieue d’origine maghrébine viennent de rentrer des États-Unis convaincus qu’il faut relancer le débat sur ce mode de recensement [ethnique] des populations encore proscrit en France. (…) Aux États-Unis, le recensement détaille déjà de 116 à 130 catégories, les Latinos ayant été récemment divisés en deux. En Grande-Bretagne, les communautés répertoriées sont passées en vingt ans de 14 à 29, avec désormais trois sortes de Blancs (Britanniques, Irlandais, autres Blancs), les Gallois réclamant leur propre catégorie. Chacun, au nom de son particularisme, s’estime en droit de revendiquer un comptage à part, pour mieux faire avancer sa cause. (Le Figaro, 20/7/2011).

Lorsque l’on consulte la liste des races (sic) selon la nomenclature américaine, il y a de quoi être sidéré : appartenance à une seule race (six choix), à deux, trois, quatre, cinq, voire six… On se demande à combien de générations il faut remonter, et selon quoi on se détermine soi-même : si une de ses bisaïeules afro-américaines a été violée par un blanc dont l’un des parents venait de Hawaï, se définit-on comme triracial de type “White ; Black or African American ; Native Hawaiian and Other Pacific Islander” ? Et encore, cela dépend si on a plus ou moins de 18 ans.

Ceci rappelle évidemment une autre classification, moins bien détaillée il est vrai mais très « précise », celle des lois de Nuremberg de sinistre mémoire et de tragique conséquence, et dont l’article 5 déterminait ainsi l’appartenance à la « race juive » (absente de la classification américaine actuelle) :

• toute personne ayant trois grands-parents juifs ;

• toute personne ayant deux grands-parents juifs et faisant partie de la communauté juive au 15 septembre 1935, ou ayant rejoint cette communauté après cette date ;

• toute personne mariée à un juif ou une juive au 15 septembre 1935, ou toute personne se mariant avec un juif ou une juive après cette date ;

• toute personne née le/après le 15 septembre 1935 d’un mariage ou d’une relation hors mariage avec un juif ou une juive.

Dans le cas en question, ces élus, poursuit l’article cité ci-dessus, « ont pourtant le sentiment qu’une meilleure évaluation du poids respectif des communautés permettrait de corriger ce qu’ils considèrent comme des “discriminations” ». Que des bonnes intentions. Mais, on le sait, l’enfer en est pavé. Et d’autre part, il est évident qu’ils voient midi à leur porte : les discriminations ne se font pas uniquement selon « l’origine » perçue ou réelle d’une personne, au faciès ou au nom, mais sur tellement d’autres critères (perçus ou réels eux aussi) : âge, genre, orientation sexuelle, classe sociale, apparence physique, handicaps…

Faudra-t-il ainsi se faire ficher sous toutes ses coutures ? Certains le font déjà chez Google ou Facebook, mais ce n’est pas une raison pour l’étendre à tous. Et une fois qu’on aura déterminé tous ces paramètres au goût du jour, cela changera-t-il le fond des choses, celui de ce comportement « humain », trop humain, qui fait rejeter instinctivement, par une sorte de peur viscérale et animale, celui qu’on perçoit comme autre ? On en a vu récemment des débordements qu’on aurait crus absents chez certaines personnes d’apparence civilisée, mais non : cette civilisation n’est sans doute qu’un vernis de surface. Le travail de fond, permanent, reste toujours à faire, Sisyphe.

20 juillet 2011

Le faux ami du bibliophile

Classé dans : Langue, Littérature, Livre, Progrès, Économie — Miklos @ 8:34

Non, il ne s’agit pas du livre numérique, mais de l’un de ceux qu’ont débusqués Koessler et Derocquigny :

Ils sont à la mode, ils sont justement à la mode. La défiance à l’égard du mot étranger qui a le faux air de vouloir dire la même chose que le mot de la langue maternelle auquel il ressemble, ou dont il n’est qu’une transformation, ou même qu’il se contente de reproduire littéralement, a toujours été une des attitudes particulières de l’expert véritable en ces matières ; tomber dans les « traquenards » innombrables qui s’ouvrent sous les pas de ceux qui se promènent sur les terrains linguistiques de l’Europe occidentale, en particulier, a toujours été la marque nette de l’insuffisance, chez quiconque se mêle de ces choses ; les éviter avec sûreté fut toujours un des signes de la maîtrise, un des signes sans lesquels il n’est point de maîtrise. Or dans le cas — car ce n’est qu’un cas — du français et de l’anglais, ce danger si redoutable par son omniprésence vient d’être dénoncé, et donc, pourrait-on croire, conjuré avec un éclat et une précision durables, par l’œuvre capitale de MM. Koessler et Derocquigny1.

Revue anglo-américaine vol. 6:6, 1929.

Bibliophile affligé de bilinguisme, il nous arrive de trébucher sous l’emprise de la fatigue en confondant library et librairie, ce qui est (avouons-le) particulièrement frustrant, surtout lorsque ce lapsus concerne l’objet de notre désir. « L’une des fonctions, l’un des attributs de l’homme, a été de nommer. Une de ses misères, ou l’un des caractères de sa misère, est de mal nommer. »2

On comprendra alors notre ravissement à la lecture du passage suivant :

Nos Anciens disaient toujours Librairie et jamais Bibliothèque. Villon en son Grand Testament :

Je lui donne ma Librairie,
Et le Roman du Pet au Diable, &c.

Budé en son Testament : Guillaume Budé, conseiller du roi, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, & maître de sa librairie. Rabelais, livre 2, chap. 7, Comment Pantagruel vint à Paris, & des beaux livres de sa librairie de S. Victor. Sous le règne de Charles IX, on commença à dire bibliothèque, comme il paraît par le livre de la Croix du Maine, imprimé en 1584, & intitulé Bibliothèque. Et c’est comme on parle aujourd’hui. Librairie pour bibliothèque n’est plus en usage que parmi quelques religieux. Mais on dit toujours librairie pour le trafic des livres. La librairie va bien ; la librairie est bonne cette année.

Gilles Ménage, Observations de Monsieur Ménage sur la langue française. Paris, 1572.

La dernière observation de Monsieur Ménage est malheureusement fausse : la librairie va mal, la librairie est mauvaise cette année. Et pourquoi ? À cause de cet autre mauvais ami du bibliophile que nous écartions plus haut.


1 Maxime Koessler et Jules Derocquigny : Les faux amis, ou, Les trahisons du vocabulaire anglais (conseils aux traducteurs), 1928.

2 A. Vinet, Littérature de l’adolescence. Bâle, 1836.

19 juillet 2011

Les faits, rien que les faits

Classé dans : Actualité, Médias, Politique, Société — Miklos @ 23:58

Cette affaire internationale qui va de rebondissement en rebondissement n’est pas sans rappeler certains contes de la Renaissance dont nous parlions récemment ou, pour ceux qui préfèrent la musique à la lecture, une farandole dans laquelle alternent le mari, la femme, leur fille, la femme de chambre, l’amante et sa fille… en un cortège qui se rallonge de couplet en couplet avec l’apparition inattendue de nouveaux participants, chacun se fendant de déclarations sous forme de thème et de variations variantes dont l’intrication ne fait que masquer la vérité des faits. De toute façon, le spectateur est en général plus intéressé par l’intrigue que par sa véracité.

On ne s’attachera ici qu’à un fait objectif et vérifiable, bien antérieur à l’affaire mais qui concerne deux des principaux protagonistes. Dans la page que la Wikipedia consacre au mari, il est précisé qu’il épouse sa femme le 26 novembre 1991 (même date dans les versions espagnole et italienne), tandis que dans celle de sa femme, la date du mariage est le 24 novembre 1991 (date que l’on retrouve dans les versions espagnole et en hébreu de sa biographie). Cette dernière, bien que plus présente dans les diverses versions de la WP que l’autre, est peu plausible, ce jour-là ayant été un dimanche, impossible pour un mariage civil. Elementary, my dear Watson.

Alors si même sur cette vérité-ci on ne peut s’entendre…

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