Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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13 avril 2011

Pythecanthropus Q.

Classé dans : Littérature, Nature, Photographie, Sciences, techniques — Miklos @ 22:51

Je vous présente le Pithécanthrope, le Singe-homme découvert en 1894 par Eug. Dubois, médecin militaire hollandais, dans une exploration géologique de Java. Vous pensez bien, n’est-ce pas? qu’une telle présentation ne se fait pas dans les formes ordinaires. Le pithécanthrope est très vieux, très cassé, très abîmé par l’âge et les accidents divers.

Georges Clemenceau, « Par monts et par vaux : VI. Le Pithécanthrope », Au fil des jours. Fasquelle, Paris, 1900.

La question qui provoque les spécialistes est de savoir s’il existait « une conceptualité chez les pithécanthropes » ?

Emmanuel Anati, La religion des origines. Bayard Editions, Paris, 1999. Cité par Dan Semenescu, Apparition des formes urbaines. Institutions symboliques et structures maté­rielles au Sud-est de l’Europe. Zeta Books, 2008.

Je me sens plus près de ces observateurs des temps anciens que de ceux de mes contemporains qui pratiquent la religion du progrès technologique. Quand on lui a appris qu’un Anglais appelé Darwin venait de découvrir que l’homme descend du singe, Victor Hugo a eu ce commentaire :

Et quand un grave anglais correct, bien mis, beau linge,
Me dit : — Dieu t’a fait homme et moi je te fais singe 
Rends-toi digne à présent d’une telle faveur ! —
Cette promotion me laisse un peu rêveur
.

Le singe au moins était un animal. Quand on m’apprend maintenant que je dois me réjouir de ressembler à une machine, si complexe soit-elle, et que c’est à ce prix que je ferai le saut dans une espèce plus évoluée que l’homme-singe, cette promotion m’enlève mes derniers rêves.

Jacques Dufresne, Après l’homme…le cyborg ? Éditions MultiMondes, Sainte-Foy (Québec), 1999.

Alors, si vous le voulez bien, et avant d’entrer dans le vif de notre sujet, j’aimerais vous faire part de mes conclusions dès maintenant, soit de manière anticipée.

Lacanaillerie oblige, je le fera après quelques mesures du Lac des cygnes de Tchaïkovsky.

Dire de l’homme qu’il descend du singe ne se situe pas sur le même plan que de dire qu’il descend du signe ou du songe.

Bernard Golse, « Les débuts de la pensée, ou, l’homme descend-il du signe ? », in Michel Soulé et Boris Cyrulnik, L’intelligence avant la parole. Nouvelles approches originales du bébé. ESF éditeur, Paris, 1998.

10 avril 2011

Oh la vaaaaaache !

Classé dans : Littérature, Musique, Politique, Société — Miklos @ 13:35

Rire serait le propre de l’homme, selon Rabelais. Eh bien, pas uniquement. Les enfants d’une certaine génération – celle où, faute de MP3 à télécharger dans son portable et à écouter sur casque à s’en éclater le tympan, on chantait (ce qui n’est pas uniquement le propre de l’homme non plus) – savent que le koukaboura rit, même s’ils ignorent ce qu’est ce machin (ce qui est bien dommage).

Et les autres, ceux qui n’ont jamais entendu parler de cet étrange oiseau, apporteront un argument de poids pour preuve que les animaux sont aussi capables non pas uniquement de sourire (comme, par exemple, le nonpareil chat de Cheshire), mais de rire : la vache.

Léon Bel, producteur de comté installé depuis 1898 à Lons-le-Saunier (Jura), s’associe au Suisse Émile Graf, inventeur avec ses frères Otto et Gotfried d’un fromage fondu, bon et économique (procédé mis au point en 1907).

Il crée les fromageries Bel, qu’il dirige jusqu’en 1937, où son gendre Robert Fiévet lui succède.

Le 16 avril 1921, il dépose la marque « La Vache qui rit ».

Benjamin Rabier (1864-1939), dessinateur animalier qui, officier de ravitaillement dans la même unité que Léon Bel, avait alors dessiné un insigne surnommé « la walkyrie » et représentant une tête de vache rougeâtre. Léon Bel s’en inspire mais, peu satisfait de son dessin, fait appel à Rabier. Le dessin de la vache rouge aux boîtes de fromage-boucles d’oreilles, réalisé en 1922, est déposé en 1924.

La production commence en 1924, soutenue depuis par une publicité moderne. Un film est tourné avec Pauline Carton, suivi par un dessin animé de Paul Grimault. Les fromageries Bel patronnent les « 6 jours de La Vache qui rit » ; seront présentes dans la caravane du Tour de France. À partir de 1954, une émission de radio est diffusée : « La Vache qui rit au paradis des animaux. » Des accessoires scolaires, jeux de société, et chansons apparaissent. Bel patronne Intervilles de 1989 à 1991.

La société Grosjean, de Lons-le-Saunier, exploite depuis 1926 un fromage fondu, La Vache sérieuse. La concurrence devient agressive :

« Le rire est le propre de l’homme, le sérieux celui de la vache. »

En juillet 1954, Bel attaque en justice Grosjean, qui contre-attaque en 1955. Bel perd son procès. En mars 1959, la Cour d’appel de Paris interdit à Grosjean d’exploiter La Vache sérieuse. La décision est confirmée en cassation.

À partir de 1937 étaient apparus aussi La Vache verte, La Vache bleue, La Vache qui lit, La Vache qui rêve, La Vache qui rue, La Vache savante, La Vache fidèle, La Vache coquette, La Vache rousse, la Vache mécanique, Le Veau qui pleure, Le Veau qui braille, Le Singe qui rit, La Chèvre qui rit, etc.

Roland Brasseur, Je me souviens encore mieux de Je me souviens : notes pour Je me souviens de Georges Perec à l’usage des générations oublieuses et de celles qui n’ont jamais lu. Castor Astral, 2003.

Ce célèbre ruminant ne fait pas qu’inspirer l’industrie fromagère et la justice, mais aussi le domaine artistique. C’est ainsi que les chorégraphes néerlandais Gonnie Heggen et Frans Poelstra créent aux USA, au début des années 1990, un spectacle intitulé La Vache qui rit, que la critique trouve inégal.

Est-ce ce qui fera pleurer la vache (qui n’est pas le seul animal capable de verser des larmes : il y a évidemment le crocodile, mais aussi le cheval, dont on a récemment parlé) ? Non, il y a une autre raison, plus structurelle : en 2003, les sœurs Kate et Anna McGarrigle, chanteuses bilingues nées au Canada sortent l’album La Vache qui pleure qui comprend une chanson éponyme qui déplore le triste sort des vaches auxquelles on enlève, chaque année, leurs veaux élevés sous elles. Il y a de quoi pleurer : l’amour de la vache pour son veau n’a rien d’un amour vache, bien au contraire.

Cet album (dont on peut écouter ici des extraits) comprend une petite perle, Petites boîtes, la version française de la célèbre Little Boxes rendue célèbre par Pete Seeger : légèrement – le style folk américain – c’est en fait une critique acerbe du conformisme de la middle class américaine et des banlieues où elle vit, les petites boîtes étant des maisons toutes identiques les unes aux autres à part la couleur (on dirait qu’elles sont faites de pâte à modeler, c’est l’âge du ready made), dans lesquelles habitent des gens qui se ressemblent tous à part le métier, et il en sera ainsi de leurs enfants.

Cette chanson a été créée par Malvina Reynolds (1900-1978), auteur et interprète de chansons très politiquement engagées. Elle est moins connue que ceux qui ont repris nombre de ses chansons, à l’instar de Pete Seeger pour celle-ci ou de Joan Baez pour What have they done to the rain. Datant de 1962, elle est toujours d’actualité : sous une forme élégiaque, elle s’élève vigoureusement et tragiquement contre les effets des essais nucléaires et leurs retombées : un petit garçon sous la pluie, une douce pluie qui tombe pendant des années, et l’herbe a disparu, l’enfant disparaît, et la pluie continue à tomber comme des larmes impuissantes, et qu’ont-ils fait à la pluie ? Comme le dit Joan Baez en introduction à son interprétation (que l’on peut comparer à celle de Malvina Reynolds), “It doesn’t protest gently, but it sounds gentle.”

Pete Seeger et Joan Baez sont deux représentants d’un genre américain particulier, celui du protest song et des nombreux chanteurs politiquement engagés pour la justice sociale, dans un pays qui n’a pas de gauche réelle : émergeant au 19e siècle autour de sujets brûlants alors – la guerre civile, l’esclavage et le vote des femmes – il comprend les Negro spirituals, qui, sous une forme implicite (on pense par exemple à Go Down Moses, qui chante l’esclavage des Israélites en Égypte), exprime la souffrance des Noirs (“oppressed so hard they could not stand”) et leur désir d’émancipation (“let my people go”). Au 20e siècle, ce genre abordera la lutte des classes (l’organisation sociale et le syndicalisme : Which side are you on?), la grande dépression, le mouvement des droits civiques, les guerres (mondiales, Vietnam), le nucléaire. Quelques noms : la famille Hutchinson au 19e siècle, et, plus récemment, Joe Hill (chanté ici par Paul Robeson, un autre grand représentant de ce genre, dont on a précédemment parlé), Aunt Molly Jackson, Woody Guthrie, Josh White, Les Weavers (co-fondé par Pete Seeger), Bob Dylan, Phil Ochs, Tom Paxton, Tom Lehrer (dont on a parlé à plusieurs reprises), Bob Marley, Joan Baez, Neil Young, Patti Smith, Tom Waits, Bruce Springsteen, Marvin Gaye, Melba Moore, Rage Against the Machine et bien d’autres encore.

En France, il y avait bien des chansons réalistes qui faisaient fonction de critique sociale (Aristide Bruant, Fréhel, Damia, Édith Piaf…), et, du côté de la critique politique on trouvait les chansonniers et leurs cabarets (dont il subsiste notamment le Caveau de la République). L’un des plus célèbres est Béranger (1780-1857), qui a payé de sa personne à plusieurs reprises pour sa critique non voilée des pouvoir en place. Voici le début du plaidoyer de Dupin dans un procès intenté en 1821 à Béranger :

Un homme d’esprit a dit de l’ancien gouvernement de la France, que c’était une monarchie absolue tempérée par des chansons.

Liberté entière était du moins laissée sur ce point.

Cette liberté était tellement inhérente au caractère national, que les historiens l’ont remarquée. — « Les Français, dit Claude de Seyssel, ont toujours eu licence et liberté de parler à leur volonté de toute sorte de gens, et même de leurs princes, non pas après leur mort tant seulement, mais encore de leur vivant et en leur présence1. »

Chaque peuple a sa manière d’exprimer ses vœux, sa pensée, ses mécontentemens.

L’opposition du taureau anglais éclate par des mugissemens.

Le peuple de Constantinople présente ses pétitions la torche à la main.

Les plaintes du Français s’exhalent en couplets terminés par de joyeux refrains.

Cet esprit national n’a pas échappé à nos meilleurs ministres, pas même a ceux qui, d’origine étrangère, ne s’étaient pas crus dispensés d’étudier le naturel français.

Mazarin demandait : « Eh bien ! que dit le peuple des nouveaux édits ? — Monseigneur , le peuple chante. — Le peuple cante, reprenait l’Italien, il payera ; et satisfait d’obtenir son budget, le Mazarin laissait chanter.

Cette habitude de faire des chansons sur tous les événemens, même les plus sérieux, était si forte et s’était tellement soutenue, qu’elle a fait passer en proverbe qu’en France tout finit par des chansons.

La ligue n’a pas fini autrement : ce que n’eût pu la force seule, la satire Ménippée l’exécuta2.

Que de couplets vit éclore la fronde ! les baïonnettes n’y pouvaient rien.

Au qui vive d’ordonnance
Alors prompte à s’avancer,
La chanson répondait,
France !
Les gardes laissaient passer.

Aujourd’hui qu’il n’y a plus de monarchie absolue, mais un de ces gouvernemens nommés constitutionnels, les ministres ne peuvent pas supporter la plus légère opposition ; ils ne veulent pas que leur pouvoir soit tempéré, même par des chansons.

Leur susceptibilité est sans égale…. Ils n’entendent pas la plaisanterie…., et, sous leur domination, il n’est plus vrai de dire : tout finit par des chansons, mais tout finit par des procès.

Nous allons donc plaider.

MM. Clair et Clapier (éds.), Barreau français, collection des chefs-d’œuvre de l’éloquence judiciaire, IIe série, t. 5. Paris, 1824.

On lira avec intérêt et amusement la relation de ce procès qu’en fait Dupin dans ses Mémoires : Béranger a eu beaucoup de mal à entrer dans le tribunal, il n’y avait plus de place tellement le public s’y pressait.

Quant à l’adage que cite Dupin, selon lequel « en France tout finit par des chansons » : il semble qu’elles n’aient plus, à la fin du 20e siècle et au début de l’actuel, l’importance populaire qu’elles avaient au 19e, par exemple avec Le Temps des cerises. Plus généralement, ce sont les chansons à texte et le fait de chanter qui semblent en voie de disparition, remplacés par les tubes à rythme et l’écoute passive.

Pour finir, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos vaches. On en conclura qu’une vache qui pleure, c’est qu’on lui a fait une vacherie. Et une vache qui rit, c’est qu’elle a son veau chéri. Enfin, comme l’écrit toujours Rabelais, « mieux est de ris que de larmes escripre ».




1 Claude de Seyssel, archevêque de Turin, auteur d’une bonne Histoire de Louis XII et du livre de la Monarchie française. Il est très remarquable que dans ce livre, imprimé en 1519, l’auteur met le parlement au-dessus du roi.

2 …………………………..…Ridiculum acri

Foitiùs ac meliùs magnas plerumque secat res.

21 mars 2011

Salon du livre 2011

Classé dans : Actualité, Littérature, Livre, Photographie — Miklos @ 4:06

Jørn Riel et moi

On partage au moins une carac­té­ristique : enfants, nous voulions partir au grand nord. Lui au Groenland et moi en Islande, d’où j’ai pu aussi arriver au Groenland. Riel y a passé 16 ans de sa vie (et moi trois jours). Et maintenant, il vit en Malaisie (et moi ici). À Josianne Savigneau du Monde qui l’interroge sur ce choix si cardinalement opposé, il répond impas­si­blement, avec cet humour détaché si caractéristique de son écriture : « Si vous avez passé vingt ans dans un congélateur, il faut employer les grands moyens ». Il y avait aussi une raison plus prosaïque : son fils voulait devenir élève pilote, et il y avait une petite école en Malaisie, qui possédait deux avions. Or le patron, qui avait une copine à Kuala Lumpur, partait chaque matin en avion et revenait le soir, et donc les élèves ne volaient pas. Écrira-t-il des racontars (ces vérités qui pourraient être des mensonges, dit-il) malaisiens ? Pour le moment, il continue, à 80 ans, à en écrire sur le Groenland.

Riel y a vécu au nord-est, dans une région s’étendant le long de 3000 km de côtes où il n’y avait qu’une douzaine de personnes. Face aux conditions extrêmes, chacun devait faire preuve de tolérance et de faculté à prendre soin les uns des autres. On ne pouvait se permettre de ne pas s’entendre, quelles qu’aient été les idiosyncrasies des uns et des autres. En Europe, ils auraient été considérés comme losers, là chacun comptait pour les autres.

Dans ses extraordinaires récits, il décrit la vie quotidienne – qui n’a rien d’ordinaire, vu les circonstances – d’une telle communauté. Ce sont des gens « simples » (à l’instar de ceux du Festin de Babette de Karen Blixen, compatriote de Jørn Riel), qui n’ont pas forcément une éducation, une culture ou un vocabulaire particulièrement développés, mais dont la variété, la richesse et la profondeur des sentiments dont ils ne sont pas forcément conscients eux-mêmes sont particulièrement attachantes, autant d’ailleurs que leurs petits et grands défauts. C’est une grande comédie humaine racontée légèrement, très finement : au fil des crises qui ponctuent leurs vies, dans cette solitude en commun, on verra toutes la panoplie des réactions humaines et cet amour – on ne peut le qualifier autrement – qu’ils se portent les uns aux autres et à leurs animaux familiers avec lesquels ils entretiennent des rapports d’égal à égal :

Fjordur avait cinq chiens. Il en aimait quatre. Il les nourrissait bien, s’en occupait avant de s’occuper de lui-même, leur parlait, les prenait affectueusement par les oreilles en les secouant et les soignait avec inquiétude quand ils étaient blessés. Quant au cinquième, ou plutôt à la cinquième, il l’adorait. Elle s’appelait Miss Dietrich parce qu’elle avait les plus adorables jambes qu’on puisse imaginer et qu’elle lui avait été offerte par Mads Madsen lors d’une fête de Nouvel An où ce dernier était plus encore qu’à l’ordinaire sous l’influence de l’alcool. (…) La nuit, elle dormait dans la salle de séjour, avait sa gamelle en propre au pied de la cuisinière, et le soir, dixit Fjordur, elle bavardait avec son maître. Il y avait entre eux une compréhension qui, semble-t-il, dépassait les limites du naturel, et les autres chasseurs de la côte eurent petit à petit l’impression que ces deux-là parlaient véritablement ensemble. Elle comprenait sa langue, et lui comprenait la sienne sans qu’ils aient pour autant une langue commune. Si Fjordur utilisait sa bouche, tonitruant comme toujours, Miss Dietrich, elle, utilisait sa queue comme moyen d’expression. Et il semble bien qu’ainsi ils arrivaient à traiter la plupart des sujets.

« Le chien qui perdit la voix », in Un safari arctique et autres racontars.

Quant à Alexandre, le coq avec lequel Herbert tombe en amitié, ou le roi Oscar, un cochon… Non, il vous faut lire les racontars en entier.

Et les femmes, dans ce monde d’homme ? Mads Madsen, encore lui, inventera Emma (la fameuse vierge froide), qu’ils se passeront les uns aux autres avec conviction : « Emma tiens, c’est comme si elle était faite rien qu’avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge ». Il y aura aussi Bandita, qui a une droite qui fait mal, elle ne peut se passer des hommes mais eux ne font pas la queue pour s’occuper d’elle, dit Riel. Durant ses années au Groenland, il n’a vu, lui, qu’une femme, une journaliste qui venait faire un reportage sur la vie dans leur communauté, et que brièvement : quand elle les a vus revenir de chasse ensanglantés et recouverts de graisse de phoque, elle a fait demi-tour et est repartie aussi sec.

Des visiteurs venus d’Europe passeront de temps à autre dans la communauté. Les « normaux », à l’exemple de la journaliste que Riel a rencontré in real life, ressemblent alors à des cheveux sur la soupe, ce sont eux les marginaux. Les autres, s’ils sont aussi chtarbés que les autochtones mais autrement, enrichissent cette galerie de personnages à la Bosch, tel ce prêtre Brian (à la question de Josianne Savigneau, « un vrai ou faux prêtre ? », Riel répond : « un prêtre amateur »), qui veut s’enrichir en échangeant des prières contre des peaux de renard, puis, rencontrant une femme, il partira avec elle faire le missionnaire dans le monde, non pas de Dieu mais de l’amour, en ouvrant des bordels partout.

Une grande partie des ouvrages de Riel est disponible en français (en 10-18, ça ne vous ruinera pas) grâce au travail dévoué et de haute qualité de Susanne Juul et son mari Bernard Saint-Bonnet, qui ont traduit en excellent français cette œuvre et fondé une maison d’édition, Gaïa, qui les publie (ainsi que d’autres œuvres scandinaves).

On n’aime ou on n’aime pas Riel. Moi, j’adore.

Amélie Notomb sans moi

«Poule huppée. Les variétés qui ont un plumage frisé et les pattes emplumées doivent, malgré les éloges qu’on leur a prodigués, être proscrites d’une basse-cour utile. Les premières, parce qu’ayant la peau à nu, elles sont plus facilement affectées du froid et moins empressées à pondre ; les secondes, à cause de l’humidité qu’elles apportent au poulailler avec leurs pattes hérissées, ce qui les rend moins aptes à pondre et plus sujettes à la vermine. »

Nouveau cours complet d’agriculture théorique et pratique. Paris, 1809.

«Gobe-Mouche huppé à ventre gris, Sylvia cristata, Lath. ; Muscicapa cristata, Vieill. ; Figuier huppé, Buff., pl. eul. 381, f. 1. Parties supérieures d’un brun verdâtre ; une huppe composée de plumes hérissées, brunâtres, frangées de blanc ; parties inférieures blanchâtres, variées de gris ; bec et pieds d’un brun jaunâtre. De la Guiane. »

Bory de Saint-Vincent (éd.), Dictionnaire classique d’histoire naturelle. Paris, 1825.

Michel Serres et la musique

On aime ou on n’aime pas. Samedi, il parlait musique au stand Sciences pour tous, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre éponyme. À 80 ans, il a du charme et il en use : il propose à une dame d’un certain âge de s’asseoir à côté de lui (elle en est toute confuse) ; il illustre son propos à plusieurs reprises par la métaphore de l’océan (qu’il transformera en rivières), sujet de l’intervention du conférencier précédent, un océanographe, auquel Serres donne du « mon ami Lancelot » à plusieurs reprises ; il rappelle Yehudi Menuhin (qu’on aime ou on n’aime pas, moi je l’ai toujours trouvé trop lisse, trop parfait, sans sens du tragique), même crinière blanche, mêmes regard et sourire ; et son accent si ensoleillé… La musique, pour Serres, est « entre le bruit et la parole » et a besoin de la parole, sans parole pas de musique (très joliment dit tout ça, mais comment cela explique-t-il que des personnes affectées de certaines lésions du cerveau – telles la maladie d’Alzheimer – sont capables encore de chanter mais pas de parler ?). Quant au bruit, avant, il n’y en avait pas, c’était un monde silencieux, maintenant avec les moteurs de tout genre c’est un brouhaha permanent (on se demande si les rues de Paris, dans lesquelles roulaient chariots et carrosses aux roues cerclées de bois ou de fer tirées par des chevaux aux sabots ferrés ou non sur des pavés inégaux, et qui résonnaient des cris des marchands ambulants, étaient si silencieuses que cela) et donc la musique d’avant écrite pour ce monde du silence et celle de maintenant ce n’est pas la même chose. C’est très beau tout ça, le public est d’ailleurs aux anges, c’est facile à comprendre, ces idées et ces images, c’est d’ailleurs si poétique, si romantique ! Je m’en vais. C’est sur Musicophilia d’Oliver Sacks (son dixième et avant-dernier ouvrage, il est vrai qu’il n’a que 78 ans), que je viens d’acheter, que je me précipiterai, pas sur celui de Michel Serres (son cinquante-et-unième livre).

Liste

1. Péter Ádám (éd.), Cure d’ennui. Écrivains hongrois autour de Sándor Ferenczi. Trad. du hongrois par Sophie Képès. NRF, 1992.

2. César Aira, La guerre des gymnases. Trad. de l’espagnol par Michel Lafon. Babel, 2008.

3. Aharon Appelfeld, L’héritage nu. Trad. de l’anglais par Michel Gribinski. Éditions de l’Olivier, 2006.

4. Patrick Bacry, Les figures de style. Belin, 2010.

5. Jorge Luis Borges, Le livre de sable. Trad. de l’espagnol par Françoise Rosset. Folio, 2010.

6. Agatha Christie, Cartes sur table. Trad. de l’anglais par Alexis Champon. Facsimilé d’une ancienne éd. des Éditions du Masque. Agatha Christie Limited, 2008.

7. Agatha Christie, A B C contre Poirot. Trad. de l’anglais par Françoise Bouillot. Facsimilé d’une ancienne éd. des Éditions du Masque. Agatha Christie Limited, 2009.

8. Agatha Christie, L’homme au complet marron. Trad. de l’anglais par Sylvie Durastanti. Facsimilé d’une ancienne éd. des Éditions du Masque. Agatha Christie Limited, 2007.

9. Agatha Christie, Cinq heures vingt-cinq. Trad. de l’anglais par Elisabeth Luc. Facsimilé d’une ancienne éd. des Éditions du Masque. Agatha Christie Limited, 2008.

10. André Corboz, Sortons enfin du labyrinthe ! Infolio éditions, Gollion (Suisse), 2009.

11. Florence Dupont et Thierry Éloi, L’Érotisme masculin dans la Rome antique. Belin, 2009.

12. Alejandro Jodorowsky, Opéra panique. Cabaret tragique. Trad. de l’espagnol (Chili) par Marianne Costa. Éditions Métailié, 2007.

13. Yitskhok Katzenelson, Le Chant du peuple juif assassiné. Trad. de l’hébreu par Batia Baum. Zulma, 2007.

14. Max Kohn (éd.), Yiddishkeyt et psychanalyse. Le transfert à une langue. MJW Fédition, Paris, 2007.

15. Dezsö Kosztolányi, Kornél Esti. Trad. du hongrois par Sophie Képès. Éditions Cambourakis, 2009.

16. Pär Lagerkvist, La mort d’Ahasverus. Trad. du suédois par Marguerite Gay et Gerd de Mautort. Stock, 2008.

17. Maurice Leblanc, Des couples. Éditions des Falaises, 2007.

18. Maurice Leblanc, Un gentleman et autres nouvelles. Éditions des Falaises, 2006.

19. Nahmanide, La Dispute de Barcelone suivi du commentaire sur Ésaïe 52-53. Trad. par Éric Smilévitch et Luc Ferrier. Verdier poche, 2008.

20. Sylvie Oussenko, Gabriel Bacquier, le génie de l’interprétation. Préf. d’Alain Malraux. MJW Fédition, 2011.

21. Christopher Priest, La fontaine pétrifiante. Trad. de l’anglais par Jacques Chambon. Folio SF, 2003.

22. Jørn Riel, Le roi Oscar. Quatre racontars extraits de La vierge froide et autres racontars et Un safari arctique et autres racontars. Trad. du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet. Accompagné d’un CD contenant les racontars lus par Dominique Pinon et des extraits de Chants de Glace de Boris Jolivet. Gaïa Éditions, 2004.

23. Jørn Riel, Les ballades de Haldur et autres racontars. Trad. du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet. 10|18, 2010.

24. Jørn Riel, Une épopée littéraire. Trad. du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet. Gaïa Editions, 2006.

25. Jørn Riel, Un gros bobard et autres racontars. Trad. du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet. 10|18, 2010.

26. Oliver Sacks, Musicophilia. La musique, le cerveau et nous. Trad. de l’anglais par Christian Cler. Éditions du Seuil, 2009.

27. André Velter (éd.), Il pleut des étoiles dans notre lit. Cinq poètes du Grand Nord. Inger Christensen, Pentti Holappa, Tomas Tranströmer, Jan Erik Vold, Sigurdur Palsson. Trad. Janine et Karl Poulsen, Gabriel Rebourcet, Jacques Outin et Régis Boyer. NRF Poésie, 2011.

28. Nouvelles d’Islande. Sveinbjörn I. Baldvinsson, Gudrún Eva Mínervudóttir, Magnús Sigurdsson, Gyrdir Elíasson, Thórarinn Eldjárn, Einar Már Gudmundsson. Magellan & Cie, 2011.

29. Uncharted places. An anthology of contemporary Hungarian writing. Magveto Publishing House, Budapest, 2010.

7 mars 2011

Mélancolie

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 1:15

Je regarde et mes yeux voient au fond des siècles. Le visage d’or figé, les grands yeux tristes, la bouche si douce, il me semble les toucher encore. Je sens sous mes doigts la texture douce et fine de la peau, le grain des lèvres tendres. Je ferme les yeux. Les larmes ruissellent sur mes joues et je ne peux rien y faire.

Josette Enjame, L’Appel, 2003.

Je ne sais à quelle loi physique les philosophes peuvent rapporter les sensations de la mélancolie. Pour moi, je trouve que ce sont les affections de l’âme les plus voluptueuses. « La mélancolie est friande, » dit Michel Montaigne. Cela vient, ce me semble, de ce qu’elle satisfait à-la-fois les deux puissances dont nous sommes formés, le corps et l’âme, le sentiment de notre misère et celui de notre excellence.

Bernardin de Saint-Pierre, « Du sentiment de la mélancolie », in Études de la nature, 1818.

La mélancolie ? Être enterré vivant dans l’agonie d’une rose.

Cioran, Le crépuscule des pensées, 1995.

13 février 2011

L’homme qui rit et le cheval qui pleure

Classé dans : Littérature, Photographie — Miklos @ 18:22

Je suis l’homme qui rit, il est l’homme qui tue.
— Victor Hugo, Le Roi s’amuse,
II:1. 1832.

Écrire n’est rien, vendre ses livres est tout.
Être compris n’est rien, être lu est tout.
— Mario Aris et Le Guillois, L’Homme qui ri…gole. Bruxelles, 1869.

Tout le monde a lu a entendu parler de L’Homme qui rit de Victor Hugo. L’homme en question est Gwynplaine, mutilé enfant par les Comprachicos ; il s’appelle en fait Fermain Clancharlie, il est le fils naturel (et légitime) du baron Linnœus et le demi-frère de Lord David Dirry-Moir. Sauvé par Homo (contrairement aux apparences, il s’agit d’un loup), il rejoindra Dea qui meurt d’émotion dans ses bras, suite à quoi il se noie. Pas très rigolo malgré le titre (qui fait écho au vers d’une pièce qu’Hugo avait écrite 37 ans auparavant) mais très compliqué.

Bien qu’écrit principalement à Guernesey où Hugo était en exil, ce roman a été commencé et terminé à Bruxelles, ville où paraîtra la même année (1869) L’Homme qui ri…gole, sous-titré (pour ceux qui n’auraient ni entendu parler de, ni a fortiori lu, la dite œuvre d’Hugo) Parodie de L’Homme qui rit de Victor Hugo. Dès l’ouverture, le ton est donné :

Hugo

Aris et Le Guillois

De l’Angleterre tout est grand, même ce qui n’est pas bon, même l’oligarchie. (…)

Ursus et Homo étaient liés d’une amitié étroite. Ursus était un homme, Homo était un loup. Leurs humeurs s’étaient convenues. C’était l’homme qui avait baptisé le loup. (…) L’association de cet homme et de ce loup profitait aux foires, aux fêtes de paroisse, aux coins de rues où les passants s’attroupent, et au besoin qu’éprouve partout le peuple d’écouter des sornettes et d’acheter de l’orviétan. Ce loup, docile et gracieusement subalterne, était agréable à la foule.

L’île était immense dans sa petitesse. L’homme aussi. Le caniche aussi.

L’homme s’appelait le père Ustus.

Le caniche s’appelait l’Agneau.

C’était l’homme qui avait ondoyé le caniche : leurs humeurs, les foires, les boniments, la grosse-caisse, la littérature et l’orviétan le voulaient ainsi.

L’Agneau était féroce comme un tigre et doux comme un mouton, simple et grandiose, subalterne et lettré. L’homme aussi.

Pour ceux qui voudraient éviter de (re)lire les quelque 653 pages du roman de Victor Hugo, ils peuvent se contenter des 93 (aucune allusion) de la parodie belge voire uniquement de sa préface dont on a donné la chute (toujours si actuelle) en exergue.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre cheval et à d’autres animaux d’ailleurs. Tout le monde a vu a entendu parler des larmes du crocodile, mais qu’en est-il de celles des autres animaux ? Dans sa Naturalis Historia (Histoire naturelle), Pline l’Ancien écrit :

Creditum est a moriente humum morderi, lacrymamque leto dari. (8.157)

que Louis Poinsinet de Sivry traduit ainsi :

On a cru qu’aux approches de la mort le lion mordait la terre et versait des pleurs.

et commente :

Isidore a cru que parmi tous les animaux non raisonnables, le cheval était le seul qui pleurât. Mais Claudien a dit des lions :

Lacrymis torvi maduere leones.

Lucrèce parle aussi des pleurs des lions. J’ai ouï dire à des chasseurs que le cerf pleure en mourant. Elien écrit aussi que les ânes de Mauritanie versent des larmes. Virgile représente un cheval qui pleure :

Post bellator equus, positis insignibus, Aethon,
It lacrymas, gutsisque humectat grandibus ora.
— Virg., Aeneid. 1. xi.

Montaigne reprend d’ailleurs cette dernière citation – un cheval pleurant la mort de son maître – pour illustrer le fait que « Nous pleurons souvent la perte des bêtes que nous aimons ; aussi font-elles la nôtre ».

Louis Poinsinet de Sivry (1733-1804), le traducteur de cette monumentale œuvre de Pline, était un homme de lettres, auteur et éditeur prolifique (et inconnu de la WP, à l’exception de sa version allemande) – études, essais, pièces de théâtre… – et aussi un observateur critique de la frivolité et de la fatuité de son époque (caractéristiques humaines que l’on retrouve d’ailleurs à toutes les époques, mutatis mutandis). Il suffit de lire l’introduction à La Berlue (opuscule publié en français en 1759 à Londres) qu’il dédie aux aigles et la préface qui s’ensuit :

Illustres Oiseaux,

Puisqu’il faut abandonner l’espèce humaine, pour trouver des êtres qui voient clair, je vous dédie ce petit Ouvrage comme à des créatures dont les yeux percent tous les nuages, et regardent le Soleil sans palpiter. Je sais bien que malgré votre vue pénétrante, vous ne pourrez lire cette Dédicace ; mais un Seigneur à qui je l’adresserais, ne la lirait pas davantage, et d’ailleurs je ne serai pas accusé d’être un adulateur rampant, comme tous nos Auteurs assez sots pour encenser la fatuité, la monseigneuriser, et la nommer Excellence.

D’ailleurs, il est bien naturel de vous dédier mon Ouvrage, ô Illustres Oiseaux ! car outre que vous êtes les Rois de l’espèce volatile, vous êtes devenus nos cousins et nos frères, depuis que des milliers d’Auteurs nous ont solemnellement déclaré de même nature que vous. Ils applaudiront, sans doute, à mon choix, et ils se glorifieront de ce qu’enfin j’ai eu assez de courage pour vous offrir ce Livre en signe de l’alliance qu’ils veulent contracter avec vous. Je suis de Vos Altesses (car vous volez bien haut) quoiqu’individu sans Griffes, sans Plumes et sans Bec,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur et affectionné confrère
Xrdglskmpmbf.

Préface.

J’ai écrit comme j’ai vu, sans ordre et sans liaison, tantôt une chose et tantôt une autre. Il n’y a que trop de Livres méthodiques répandus dans le Public, qui, à force de métaphysiquer, de définir, et de diviser, empêchent l’esprit de prendre son essor, le guindent et l’ennuient. Les hommes sensés applaudiront à ma vue, mais comme ils forment un nombre qui se réduit presqu’à rien, je n’espère pas de grands applaudissements : qu’importe.

On ne me verra pas, du moins, la lorgnette en main, comme tous les fats du siècle, examiner les objets et les contempler avec un air de hauteur et de mépris. Mes yeux clairs et purs, et qui ne pourraient jamais être obscurcis que par Taylord, regardent les choses telles qu’elles sont, sans ostentation et sans préjugé. Je n’insulte ni aux borgnes, ni aux aveugles ; mais je les plains, et je prétends que la Berlue, qui fait le sujet de cet Ouvrage, est la cause de la frivolité de nos Auteurs, de nos Juges, de nos Courtisans, de nos Militaires. Je n’ai personne en vue ; car j’ai vu trop d’imbéciles et trop d’ignorants, pour pouvoir me souvenir plutôt de l’un que de l’autre. Se rappelle-t-on toutes les mouches & tous les papillons qu’on aperçoit dans un jardin lorsque l’air en est couvert ?

Si l’on ne goûte point cet Ouvrage, tant mieux ; c’est une preuve que j’aurai vu clair ; quoique, si je disais mon Pays et mon âge, on pourrait me soupçonner d’avoir besoin de lunettes. Je suis S…, & j’ai soixante-neuf ans.

Sivry en avait réellement 26.

Quelques années plus tard, en 1768, il publie à Amsterdam un Traité des causes physiques et morales du rire relativement à l’art de l’exciter. Il s’agit là d’une réédition d’un manuscrit que le hasard avait fait tomber dans ses mains, écrit-il dans la préface, et qui portait le titre de Traité du rire. Afin d’éviter que le public ne pense qu’il s’agissait d’un « essai de plaisanterie, un jeu d’esprit, un pur badinage », il en change le titre pour enlever toute équivoque. L’ouvrage consiste en une discussion fort intéressante de quelques hommes célèbres de l’époque, « Destouches, simple, pur, gracieux, abondant, et naturel dans son style ; Fontenelle orné, fleuri, fécond, subtil, élégant, et surtout ingénieux ; Montesquieu tour-à-tour agréable, élevé, profond, léger, grave ou sublime », sur ce sujet inépuisable qu’est le rire.

Et pour finir, nous renverrons le lecteur curieux savoir quel est l’animal qui rit et qui pleure vers ce texte de Voltaire.

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