Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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17 avril 2011

Life in Hell : « Chaque fois qu’on perd une habitude, il semble qu’on perde quelque chose de la vie » (Victor Hugo)

Classé dans : Cuisine, Danse — Miklos @ 3:06

Jeff et Akbar sortent ravis du spectacle de « danse nerveuse, chaleureus » (sic) que le ballet de Lorraine vient de donner au Théâtre de la Ville : deux pièces du chorégraphe Paulo Ribeiro, qui mettent en scène dix hommes dans White Feeling et trente hommes et femmes dans Organic Beat : alternances de mouvements énergiques et d’immobilité suspendue, debout ou couché au sol, de danse en solo, en duo – sensuels ou combatifs –, en groupes structurés et d’effet de foule d’apparence désordonnée qui se recompose en lignes, en carrés, en cercles : la forme n’est jamais loin du chaos, le désordre suit souvent l’organisation ; une utilisation intéressante et poétique des ombres des danseurs projetés sur l’une des parois, et de la vidéo qui, filmant les corps qui glissent à plat sur le sol et les projetant sur une autre paroi leur redonnent la verticalité, on dirait une illusion d’optique. On pense évidemment au magnifique, à l’extraordinaire et fondateur Dance, de Lucinda Childs (œuvre créée en 1979 !), où la vidéo fait perdre d’autres repères, ceux de la dimension : les danseurs « réels » semblent n’être que des nains minuscules, tandis que leur image, projetée sur un immense écran, les représente dans une taille qui semble tout à fait normale. Et si la musique chez Childs était celle de Bob Wilson, ici, dans Organic Beat de Ribeiro, c’est John Cage. Filiation, clin d’œil ou innovation, qu’importe, c’est le résultat qui compte.

Jeff et Akbar sont donc ravis, mais pour des raisons absolument opposées, ou du moins complémentaires : Jeff a aimé surtout la seconde partie de White Feeling, qui est celle qui a laissé Akbar sans feeling. Ils s’accordent sur deux points : d’une part, les notes de programmes sont nulles, elles ne parlent pas des œuvres mais du contexte politique, naïvement et avec des poncifs éculés ; d’autre part, il est temps de se mettre quelque chose sous la dent. Akbar demande d’un air faussement naïf :

— Où veux-tu manger ?

— Je ne sais pas, et toi ? répond Jeff encore plus faussement naïvement.

— Je connais un certain restaurant… dit Akbar d’un air absolument faussement vague.

Ils se rendent donc dans ce certain restaurant de tartes flambées alsaciennes à volonté. Diane, la grande et souriante serveuse (qui doit faire de la chasse à ses moments perdus, ce qui expliquerait son port altier, se dit Akbar), leur indique la table qu’ils occupent d’habitude dans une partie quelque peu à l’écart du brouhaha central, mais au moment où ils vont s’y installer, deux clients leur passent devant et l’investissent.

— Pas de problème, fait Jeff, bon prince.

Il ne sait pas encore, malheureux prince, qu’il y aura un problème. Diane leur indique une autre table bien plus centrale. Ils s’y installent.

— La carte a changé, les prévient Diane, il n’y a plus la tarte flambée que vous prenez d’habitude, dit-elle à Akbar.

Jamais deux problèmes sans trois, aurait dû penser Akbar, pourtant féru de romans d’Agatha Christie. Mais il a la tête ailleurs (pas vraiment à l’instar de Louis XVI, on tient à le préciser tout de même).

C’est en sirotant l’Edelzwicker qui précède (de loin) l’entrée qu’Akbar remarque que l’autre entrée – celle de la salle – est grande ouverte, et qu’en conséquence on commence à ressentir la chute de température (à la table à côté, deux enfants grelottent et claquent des dents, ce qui rappelle la musique de Cage qu’ils ont entendue tout à l’heure), mais surtout à sentir les effluves de la fumée des cigarettes en provenance de la « terrasse » (terme désuet qui désigne la salle principale des fumeurs par laquelle tous les non-fumeurs doivent passer au moins deux fois, et dont l’aération principale donne en général sur la salle des non-fumeurs). Il demande à une serveuse si l’on peut refermer les deux portes de cette entrée, tel qu’elles le sont d’habitude. Je vais demander, répond-elle.

Dix minutes plus tard, les portes sont toujours grandes ouvertes, et si la température externe continue à chuter, à la table de nos compères cela commence à chauffer. Akbar redemande la même chose avec un peu plus d’insistance à une autre serveuse, et finalement Diane se pointe en disant qu’il y a un problème avec la porte, mais qu’ils vont en fermer une partie.

Aussitôt dit, presque aussitôt fait, et l’effet ne tarde pas à se faire sentir : la senteur de la cigarette baisse d’un chouia tandis que la température croît péniblement de quelques millièmes de degrés.

L’entrée sortie, on passe aux choses sérieuses. Akbar trouve un palliatif à sa tarte habituelle, tandis que Jeff, ragaillardi par les derniers événements, prend celle du jour, qui porte bien son nom de tarte bonne humeur.

Eh bien, il aura suffi de l’engloutir pour qu’elle passe, la bonne humeur : soudain, un vent coulis glacial les frappe : on dirait un courant d’air polaire, un blizzard, qui se dirige vers eux en provenance de la porte restée ouverte.

Le sang de Jeff (à son habitude) ne fait pas cinquante tours, son sang ne fait pas vingt tours (j’abrège pour ne pas fatiguer le lecteur) : son sang ne fait qu’un tour. Ni une ni deux, il se lève en lançant à Akbar : On s’en va. Ils se dirigent vers la caisse, ils payent, et quand Diane, qui leur a fait un « geste commercial », leur propose une nouvelle carte de fidélité (celle d’Akbar étant finie), Jeff répond : Inutile, on ne reviendra pas. Aussi sec que le vin d’Alsace !

Diane s’excuse encore, dit que la porte ayant été réparée, il est plus difficile aux serveurs de l’ouvrir lorsque, chargés comme des baudets, ils vont servir la terrasse. Et donc, pour rendre la vie plus facile aux serveurs, on laisse les portes grandes ouvertes. Comme ça, les clients partiront plus vite, du fait du service accéléré et de la température glaciale, se dit Akbar, tout bénéf pour le resto qui pourra donc servir encore plus de couverts. Autant aller dans un fast food (alsacien, pour le coup).

— J’étais énervé ? demande Jeff à Akbar.

— …, lui répond-il.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

1 février 2011

Life in Hell: no future?

Classé dans : Actualité, Cuisine — Miklos @ 9:37

Certains vieux Amiénois n’hésitent pas à penser et à dire : « Puisque c’est dans le journal, c’est que c’est vrai. » — Lectures pour Tous, mai 1970.

« Les crêpes, c’est comme les Français : elles retombent toujours du même côté. » — Frédéric Dard.

Akbar parcourt la rubrique Horoscope de Figaro Madame. Ce n’est pas qu’Akbar aurait viré sa cuti malgré ses nombreux déboires et contrairement à une certaine dame qui affirme maintenant « ne plus se sentir vraiment de gauche », tandis qu’elle disait encore récemment « avoir des réflexes épidermiques de gauche » (elle a dû voir un dermato depuis, se dit Akbar) : c’est le seul magazine qu’il trouve chez l’oncle de Jeff, par ailleurs très honnête homme et qui n’est ni coiffeur ni médecin de son métier.

Akbar n’est pas non plus féru d’astrologie (même si certains de ses écrits auraient pu laisser croire le contraire ; ce n’est qu’une affaire de style, pas de fond). Mais c’est la moins people des rubriques de l’hebdomadaire, et après y avoir résolu le Sudoku en un tour de main il ne lui reste plus à se mettre sous la dent que les prévisions de la semaine autres que la météo.

Et voici ce qu’il découvre dans le paragraphe consacré à son signe :

Même s’il tique sur le sexisme affiché par le genre du dernier mot, Akbar étudie sérieusement le conseil de Madame F. tout en se posant quelques questions. D’abord, si c’est du fait de la nouvelle lune qu’il lui faut se mettre à son propre compte, comme il y en a douze par an, lui faudra-t-il donc s’inscrire comme intérimaire pour pouvoir changer d’emploi tous les mois ? Et lui faudra-t-il attendre jusqu’en Mars pour bénéficier de l’audace d’entreprendre que lui promet ce texte, encore un mois (même s’il n’a que 28 jours), soupire-t-il ?

Admettons qu’il doive se mettre à son propre compte. Si au moins Madame F. lui donnait un indice sur le domaine qu’il devrait investir ! Il se demande bien ce qu’il pourrait faire… Tiens, des crêpes ! Justement, il vient d’en perfectionner sa recette (secrète) : le rajout d’une certaine quantité (tenue secrète) de bicarbonate de soude à la pâte qu’il laisse ensuite reposer jusqu’au lendemain. Le résultat ? Un délice, lui confirme Dr Doudoune, qui les préfère tartinées au miel de châtaignier parsemé de poudre d’amandes, puis roulées plutôt que pliées en quatre et enfin flambées au rhum ; ou alors, plus simplement : quelques carrés de cet exquis chocolat Bonnat pur cacao (à 75%, variété Puerto Cabello) disposés sur la crêpe juste après l’avoir retournée dans la poêle, le temps qu’ils commencent à fondre sans vraiment se liquéfier entièrement (c’est autre chose que du Nutella, se dit-il en se pourlêchant les babines anticipativement)…

Mais comment utiliser l’informatique dans ce cadre ? La vente en ligne (voire aux enchères) de crêpes, par paquets de six ou de douze, en quatre tailles (S, M, L, XL) ? La prospection sur les réseaux sociaux et par l’entremise de campagnes publicitaires de courriel envoyé en masse aux abonnés de son blog (avec coupon remise pour un abonnement annuel à la salle de sport la plus proche) ? Le marquage des crêpes à l’aide de puces RFID comestibles et d’hologrammes infalsifiables pour en faciliter la traçabilité et en assurer l’authenticité ? Des cours de lancer de crêpe sur YouTube et sur DailyMotion ?

Avec l’informatique, tout est possible, conclut Akbar émerveillé par les champs d’actions qui s’ouvrent dorénavant à lui. La lune se levant, il va se coucher.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

2 janvier 2011

Life in Hell: et c’est reparti pour un tour

Classé dans : Actualité, Cuisine, Peinture, dessin, Économie — Miklos @ 14:57

À l’occasion du nouvel an, Akbar reçoit de son employeur le chèque-cadeau « qui emballe tout le monde » et qui est « utilisable dans plus de 40 000 points de vente en France ». Chouette ! se dit Akbar qui retrouve celui de l’année passée valable encore aujourd’hui dernier carat, avec les deux je vais pouvoir m’acheter les titres de Zweig qui me manquent (Akbar se demande si S/Z continue à en écrire, parce que chaque fois il en trouve qu’il n’a pas lus), le cinquième volume des aventures du Chat et du Rabbin de Sfar (malgré les objections de Doudoune et les curieuses imprécisions dans les détails couleurs locales qui émaillent ces bédés), la Conversation de Bolzano de Márai pour Jeff (qui devrait apprécier)… Il s’en pourlèche les neurones d’avance, il se sent déjà emballé avant même que ces livres ne le soient.

Il consulte la liste des enseignes censées honorer ce chèque pour « pouvoir succomber à la tentation » (c’est la seule chose à laquelle il ne peut résister, opine-t-il avec une pensée émue pour Oscar Wilde) afin d’y trouver un bon libraire. Au premier coup d’œil, il n’en voit pas. Il cherche alors les grands magasins qu’il fréquente, du genre BHV, FNAC ou Amazon : ils n’y figurent pas. Il scrute cette liste nom par nom et découvre enfin qu’il lui faut regarder dans la rubrique « fournitures scolaires/papeterie ». Ah, c’est ce genre de librairies avec lesquels ils ont fait affaire, se dit Akbar, dubitatif. Il y trouve une papeterie proche de chez lui, c’est vrai qu’on pouvait y trouver quelques livres (best sellers et autres favoris des ménagères de 50 ans ou plus) mais elle a fermé boutique depuis plusieurs années. Ça fait déjà 39 999 points de vente et pas comme annoncé, constate Akbar. Les trois ou quatre autres librairies indiquées pour Paris se trouvent à l’autre bout de la ville et aucune ne l’attire, surtout en cette journée d’embouteillages monstres préfigurant ceux du réveillon.

Il finit par décider de s’acheter des péniches (il chausse du 45 fillette) chez la seule enseigne qui convienne à ses trottignolles avant qu’il n’ait à se la jouer comtesse aux pieds nus. Il n’y a que deux adresses à Paris, l’une non loin de chez lui. Il s’y rend. Après avoir longuement fait son choix, il s’entend dire que « désolés ! nous n’acceptons pas ces chèques-cadeau, ça n’a jamais été le cas, ils mettent notre nom sur leurs listes depuis plusieurs années pour que nos clients fassent pression sur nous pour qu’on s’y joigne, mais nous on ne veut pas ».

Dépité, Akbar se rend chez Colomba pour y grignoter une endive nature. Elle lui demande ce qu’il fait ce soir-là. Rien, répond Akbar. Elle lui dit alors qu’elle est invitée à une soirée, il n’a qu’à venir avec elle. Non merci, réplique-t-il, il n’a pas envie de se retrouver en terrain inconnu. Elle insiste affectueusement, il résiste amicalement. Ayant terminé de déguster son chicon, il s’en va.

Sur ces entrefaites, Jeff appelle Akbar, et lui annonce que la soirée à laquelle il comptait se rendre est tombée à l’eau et lui propose de dîner ensemble. Volontiers, rétorque Akbar. Le téléphone aussitôt raccroché (façon de parler, les portables n’ont pas de crochet, mais c’est vrai qu’on y est accro), voilà que Colomba l’appelle pour lui annoncer que tout compte fait, elle préfère dîner avec lui à aller seule à sa soirée ; il lui raconte alors qu’il vient d’accepter une invitation de Jeff, et que ça leur ferait plaisir qu’elle se joigne à eux. Colomba répond que ce n’était que pour qu’Akbar ne soit pas seul (quelle âme de nounou ! se dit Akbar de sa grande amie) et que puisque c’est maintenant le cas, elle se résout à se rendre seule à son réveillon.

Akbar arrive chez Jeff. On va où ? lui demande ce dernier. Où tu veux, répond l’intéressé. Jeff, qui connaît les goûts d’Akbar dans ce domaine, propose des fondues. C’est de saison, dit Akbar en se pourléchant cette fois les lèvres. Ils appellent tous les restos savoyards qui se trouvent à un kilomètre à la ronde : pas de réponse. On va où ? redemande Jeff. Où tu veux, rerépond Akbar. Et Jeff, animé d’une intention encore plus qu’altruiste, suggère de manger indien, lui qui n’aime pas épicé, mais pas du tout. Épluchant l’internet, ils trouvent des recommandations quasi unanimes pour un établissement situé au cœur d’un des quartiers indiens de la capitale, non, pas dans le passage Brady qui semble déconsidéré.

C’est un petit restaurant, « 100% pure (sic) végétarien spécialitées (sic) indienne (sic) ». Bien chauffé (c’est appréciable, par ce temps), propre (c’est appréciable, pour le quartier) et occupé principalement par des clients qui semblent avoir des racines dans le sous-continent en question et de quelques baba-cools euro­péens post-68 habillés et enturbannés en drap de lit et discutant ésotérisme, il ne semble pas être un piège à touristes en mal d’exotisme et ne marque aucunement le réveillon (ce qui est particulièrement appréciable). Les prix exceptionnellement modiques de la carte les inquiètent : des entrées à 3 €, des plats à 7 €, et un menu entrée–plat–dessert–boisson à 13 €.

Quelque peu paumés par la nomenclature qui n’est ni traduite ni expliquée dans la version papier du menu (Akbar se demande pourquoi un poori sup est moins cher qu’un poori normale qui est au même prix qu’un chola poori, « sup » ne veut donc pas dire « supérieur » ? et « poori » sonne d’ailleurs d’une façon inquiétante à des oreilles françaises sauf quand il s’agit de fromages), et nullement éclairés par la gentille serveuse dont le français approximatif ne permet pas d’élucider les termes mystérieux, ils se lancent et choisissent leurs menus à l’aveugle : lassi salé, dhal, curry de légumes à la noix de coco et kesari pour Akbar, beignets aux oignons, biryani (faute de comprendre ce que veut dire capatti, barotha, poori) et gulab jamoun pour Jeff (c’est très sucré, donne comme toute explication la serveuse), avec un lassi à la mangue. Et comme deux bons Français, ils demandent du pain, ce sera deux barotha fromage (heureusement qu’ils ont demandé à la serveuse, sinon ils prenaient des pooris).

La nourriture est fort savoureuse (et épicée, pour Jeff). Mais ce qu’ils n’avaient pas prévus, c’est qu’elle est très copieuse : un plat aurait sans doute suffi à leur faim. Mais que diable, c’est le réveillon ! Et s’ils sont malades, ce ne sera pas d’avoir trop bu, mais trop mangé. C’est ce que se dit Akbar en rentrant chez lui. Il prend deux Rennie, puis arrose cela d’un Coca aux supposées vertus digestives. Erreur fatale : la combinaison des deux le transforme en montgolfière et le fait passer par mille et une affres.

Et c’est ainsi que commence 2011.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

27 décembre 2010

Life in Hell: de belles vacances, une fois

Classé dans : Architecture, Cuisine, Lieux, Peinture, dessin, Photographie — Miklos @ 1:24

Akbar aime la Grand Cru Hoegaarden Tripel, les harengs à la Jefke de chez in t’ Spinnekopke, le cougnou aux raisins secs, la gaufre de Liège, la neige qui tombe, ce soyeux cortège tout en larmes blanches.

Jeff aime la Leffe radieuse, les frites de chez Antoine, le waterzooi de poulet, le cougnou nature, la gaufre de Bruxelles, les moules du café des épices. Jeff n’aime pas la neige qui le fait tomber, il crie son désespoir.

Akbar et Jeff aiment le vin chaud et les beignets aux speculoos du kiosque De Corte près de la Bourse, le cadre et le service de chez Arcadi, le manège fantastique de la place Sainte-Catherine, l’Agneau mystique (ce n’est pas une spécialité culinaire belge, mais le tryptique de van Eyck dans la cathédrale de Gand), l’église Saint-Jean-Baptiste au béguinage, le mim, le monde de Lucas Cranach, les bédés qui décorent les murs de Bruxelles, la gentillesse et l’humour des Belges, et surtout l’accueil généreux, chaleureux et gustativement délicieux de Constanze et de Benny.

Akbar et Jeff n’aiment pas le confort (on s’caille les miches), le service (lent) et les prix (élevés) de la Brasserie Ploegman, les distributeurs automatiques de titres de transport (métro-tram-bus) qui ne prennent ni monnaie (sauf exception) ni aucune carte de crédit internationale (mais uniquement une spécifiquement belge).

Ja, wij zijn Europeanen dus ook een beetje Belgen, en conclut Akbar.

Jeff et Akbar sont les personnages d’une série de bandes dessinées de Matt Groening, qui est aussi le père de la fameuse – et infâme – famille Simpson.

17 octobre 2010

Logic, gender and the Internet

Classé dans : Humour, Sciences, techniques, Société — Miklos @ 11:34

The following deep (or amusing, or both, depending on your current mood) thoughts have been circulating on the Internet the way rumors or viruses do, ever so modifying itself in subtle and no-so-subtle ways and applying itself to a variety of different situations from the original one, i.e., a woman writing about men:

Men

Philosophical reasoning!

Who understands men?

The nice men are ugly.

The handsome men are not nice.

The handsome and nice men are gay.

The handsome, nice and heterosexual men are married.

The men who are not so handsome but are nice men have no money.

The men who are not so handsome but are nice men with money think women are only after their money.

The handsome men without money are after our money.

The handsome men, who are not so nice and somewhat heterosexual don’t think we are beautiful enough.

The men who think we are beautiful, that are heterosexual, somewhat nice and have money are cowards.

The men who are somewhat handsome, somewhat nice and have some money and thank God are heterosexual are shy and never make the first move!!!!!

The men who never make the first move, automatically lose interest in us when we take the initiative.

Now… who the hell understands men?

As far as we can ascertain, this text first appeared on August 10, 2000 in the Usenet group umn.ee.chatter, dedicated to “talk for/about the University of Minnesota Electric Engineering Department”, and was signed “Barbara Flora”.

No wonder: the kind of men she so aptly reasons about is often found among engineers (no offence intended), geeks, nerds and dorks. Serves her right for having studied there, if you ask me. Had she been really logical, she would have avoided that kind of department. But women are known to be illogical (no offence intended) and quite charming even just for that. To wit:

Women’s logic

You imagine you have married a creature endowed with reason: you are woefully mistaken, my friend.

Axiom.

Sensitive beings are not sensible beings.

Sentiment is not argument, reason is not pleasure, and pleasure is certainly not a reason.

“Oh! sir!” she says.

Reply “Ah! yes! Ah!” You must bring forth this “ah!” from the very depths of your thoracic cavern, as you rush in a rage from the house, or return, confounded, to your study.

Why? Now? Who has conquered, killed, overthrown you! Your wife’s logic, which is not the logic of Aristotle, nor that of Ramus, nor that of Kant, nor that of Condillac, nor that of Robespierre, nor that of Napoleon: but which partakes of the character of all these logics, and which we must call the universal logic of women, the logic of English women as it is that of Italian women, of the women of Normandy and Brittany (ah, these last are unsurpassed!), of the women of Paris, in short, that of the women in the moon, if there are women in that nocturnal land, with which the women of the earth have an evident understanding, angels that they are!

The discussion began after breakfast. Discussions can never take place in a household save at this hour. A man could hardly have a discussion with his wife in bed, even if he wanted to: she has too many advantages over him, and can too easily reduce him to silence. On leaving the nuptial chamber with a pretty woman in it, a man is apt to be hungry, if he is young. Breakfast is usually a cheerful meal, and cheerfulness is not given to argument. In short, you do not open the business till you have had your tea or your coffee.

You have taken it into your head, for instance, to send your son to school. All fathers are hypocrites and are never willing to confess that their own flesh and blood is very troublesome when it walks about on two legs, lays its dare-devil hands on everything, and is everywhere at once like a frisky pollywog. Your son barks, mews, and sings; he breaks, smashes and soils the furniture, and furniture is dear; he makes toys of everything, he scatters your papers, and he cuts paper dolls out of the morning’s newspaper before you have read it.

His mother says to him, referring to anything of yours: “Take it!” but in reference to anything of hers she says: “Take care!”

She cunningly lets him have your things that she may be left in peace. Her bad faith as a good mother seeks shelter behind her child, your son is her accomplice. Both are leagued against you like Robert Macaire and Bertrand against the subscribers to their joint stock company. The boy is an axe with which foraging excursions are performed in your domains. He goes either boldly or slyly to maraud in your wardrobe: he reappears caparisoned in the drawers you laid aside that morning, and brings to the light of day many articles condemned to solitary confinement. He brings the elegant Madame Fischtaminel, a friend whose good graces you cultivate, your girdle for checking corpulency, bits of cosmetic for dyeing your moustache, old waistcoats discolored at the arm-holes, stockings slightly soiled at the heels and somewhat yellow at the toes. It is quite impossible to remark that these stains are caused by the leather!

Your wife looks at your friend and laughs; you dare not be angry, so you laugh too, but what a laugh! The unfortunate all know that laugh.

Your son, moreover, gives you a cold sweat, if your razors happen to be out of their place. If you are angry, the little rebel laughs and shows his two rows of pearls: if you scold him, he cries. His mother rushes in! And what a mother she is! A mother who will detest you if you don’t give him the razor! With women there is no middle ground; a man is either a monster or a model.

At certain times you perfectly understand Herod and his famous decrees relative to the Massacre of the Innocents, which have only been surpassed by those of the good Charles X!

Your wife has returned to her sofa, you walk up and down, and stop, and you boldly introduce the subject by this interjectional remark:

“Caroline, we must send Charles to boarding school.”

“Charles cannot go to boarding school,” she returns in a mild tone.

“Charles is six years old, the age at which a boy’s education begins.”

“In the first place,” she replies, “it begins at seven. The royal princes are handed over to their governor by their governess when they are seven. That’s the law and the prophets. I don’t see why you shouldn’t apply to the children of private people the rule laid down for the children of princes. Is your son more forward than theirs? The king of Rome—­”

“The king of Rome is not a case in point.”

“What! Is not the king of Rome the son of the Emperor? [Here she changes the subject.] Well, I declare, you accuse the Empress, do you? Why, Doctor Dubois himself was present, besides—­”

“I said nothing of the kind.”

“How you do interrupt, Adolphe.”

“I say that the king of Rome [here you begin to raise your voice], the king of Rome, who was hardly four years old when he left France, is no example for us.”

“That doesn’t prevent the fact of the Duke de Bordeaux’s having been placed in the hands of the Duke de Riviere, his tutor, at seven years.” [Logic.]

“The case of the young Duke of Bordeaux is different.”

“Then you confess that a boy can’t be sent to school before he is seven years old?” she says with emphasis. [More logic.]

“No, my dear, I don’t confess that at all. There is a great deal of difference between private and public education.”

“That’s precisely why I don’t want to send Charles to school yet. He ought to be much stronger than he is, to go there.”

“Charles is very strong for his age.”

“Charles? That’s the way with men! Why, Charles has a very weak constitution; he takes after you. [Here she changes from tu to vous.] But if you are determined to get rid of your son, why put him out to board, of course. I have noticed for some time that the dear child annoys you.”

“Annoys me? The idea! But we are answerable for our children, are we not? It is time Charles’ education was began: he is getting very bad habits here, he obeys no one, he thinks himself perfectly free to do as he likes, he hits everybody and nobody dares to hit him back. He ought to be placed in the midst of his equals, or he will grow up with the most detestable temper.”

“Thank you: so I am bringing Charles up badly!”

“I did not say that: but you will always have excellent reasons for keeping him at home.”

Here the vous becomes reciprocal and the discussion takes a bitter turn on both sides. Your wife is very willing to wound you by saying vous, but she feels cross when it becomes mutual.

“The long and the short of it is that you want to get my child away, you find that he is between us, you are jealous of your son, you want to tyrannize over me at your ease, and you sacrifice your boy! Oh, I am smart enough to see through you!”

“You make me out like Abraham with his knife! One would think there were no such things as schools! So the schools are empty; nobody sends their children to school!”

“You are trying to make me appear ridiculous,” she retorts. “I know that there are schools well enough, but people don’t send boys of six there, and Charles shall not start now.”

“Don’t get angry, my dear.”

“As if I ever get angry! I am a woman and know how to suffer in silence.”

“Come, let us reason together.”

“You have talked nonsense enough.”

“It is time that Charles should learn to read and write; later in life, he will find difficulties sufficient to disgust him.”

Here, you talk for ten minutes without interruption, and you close with an appealing “Well?” armed with an intonation which suggests an interrogation point of the most crooked kind.

“Well!” she replies, “it is not yet time for Charles to go to school.”

You have gained nothing at all.

“But, my dear, Monsieur Deschars certainly sent his little Julius to school at six years. Go and examine the schools and you will find lots of little boys of six there.”

You talk for ten minutes more without the slightest interruption, and then you ejaculate another “Well?”

“Little Julius Deschars came home with chilblains,” she says.

“But Charles has chilblains here.”

“Never,” she replies, proudly.

In a quarter of an hour, the main question is blocked by a side discussion on this point: “Has Charles had chilblains or not?”

You bandy contradictory allegations; you no longer believe each other; you must appeal to a third party.

Axiom.

Every household has its Court of Appeals which takes no notice of the merits, but judges matters of form only.

The nurse is sent for. She comes, and decides in favor of your wife. It is fully decided that Charles has never had chilblains.

Caroline glances triumphantly at you and utters these monstrous words: “There, you see Charles can’t possibly go to school!”

You go out breathless with rage. There is no earthly means of convincing your wife that there is not the slightest reason for your son’s not going to school in the fact that he has never had chilblains.

That evening, after dinner, you hear this atrocious creature finishing a long conversation with a woman with these words: “He wanted to send Charles to school, but I made him see that he would have to wait.”

Some husbands, at a conjuncture like this, burst out before everybody; their wives take their revenge six weeks later, but the husbands gain this by it, that Charles is sent to school the very day he gets into any mischief. Other husbands break the crockery, and keep their rage to themselves. The knowing ones say nothing and bide their time.

A woman’s logic is exhibited in this way upon the slightest occasion, about a promenade or the proper place to put a sofa. This logic is extremely simple, inasmuch as it consists in never expressing but one idea, that which contains the expression of their will. Like everything pertaining to female nature, this system may be resolved into two algebraic terms—­Yes: no. There are also certain little movements of the head which mean so much that they may take the place of either.

Honoré de Balzac (1799-1850), Petty troubles of married life. Transl. from the French by Katharine Prescott Wormeley.

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