Alla breve. XXXVII.
[257] « Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles ». Loin de nous de vouloir faire de la publicité et encore moins pour la dive bouteille, mais force est de constater que, depuis un certain temps, l’industrie vinicole fait appel à la musique classique pour inciter à prendre un p’tit verre et plus si affinités. Alors si on parle de plusieurs verres, on pense tout de suite à l’Adagio et rondo pour Armonica de verre K. 617 de Mozart, et eux aussi l’ont fait mais au second degré : en 2010, lors de la cérémonie de remise des prix des meilleurs vins au concours annuel néo-zélandais Air New Zealand Wine Awards, un duo – le compositeur Gareth Farr et une personne non identifiée – a interprété un passage de la Symphonie n° 40 du même (après une introduction digne d’un Victor Borge). Deux ans plus tard, c’est tout un orchestre de verres qui interprète une vinphonie (sic) de Mario Bajardi. Bon, ce n’est pas exactement de la musique classique (sauf pour les Brit Awards, voyez donc ci-dessous), mais c’est une performance intéressante. (Source)
[258] L’éminence grise sur scène. On précise tout de suite que par « grise » on n’entend pas insinuer que la personne en question – Jacques Attali en l’occurrence – aurait trop abusé de vins néo-zélandais. Mais c’est pour indiquer que ce spécialiste de tout – il y a polymathe et polymathe, comme il y a d’ailleurs musique classique et musique classique (vid. infra), et Attali, avec tout le respect qu’on lui doit, n’est pas un Pic de la Mirandole ou un Léonard de Vinci –, que ce soit en coulisses ou sur le devant de la scène, vient de diriger l’orchestre symphonique de Jérusalem dans le concert d’ouverture de sa saison célébrant le 75e anniversaire de cette formation. Pas tout le programme, uniquement le Concerto pour piano de Ravel, avec, au clavier, le pianiste, chef d’orchestre et compositeur (ils sont vraiment tous spécialistes de tout !) français Frédéric Chaslin, qui a dirigé le reste du concert, et qui est d’ailleurs le directeur musical dudit orchestre. Les autres œuvres au programme ce soir-là : la Symphonie n° 1 de Beethoven, Ein Gev du compositeur et altiste israélien Ödön Pártos (1907-1977) et L’Oiseau de feu (version 1945) d’Igor Stravinski. (Source)
[259] Les Brit Awards, ou, il y a musique classique et musique classique. Dans notre précédent numéro, nous avions rapporté le palmarès plutôt grand public de cette cérémonie censée récompenser les meilleurs musiciens « classiques ». Il n’a pas fallu longtemps pour que des critiques plus qu’acerbes, qualifiant ce prix de « crime à l’encontre de la musique classique » n’apparaissent. Dans l’une, Paul Morley, important critique musical britannique, n’y est pas allé par quatre chemins pour qualifier, en long en large et en détail – il ne parle pas que de la forme mais du fond et il s’y connaît –, l’horreur qui se déroulait devant ses yeux : mauvais goût, mauvaise musique ; et c’est tellement bien écrit que la lecture en elle-même en vaut la peine. L’autre, de la plume au vitriol du concertiste James Rhodes, en rajoute une couche, avec un vocabulaire quelque peu différente, mais comment ne pas être d’accord avec son affirmation véhémente que Le Fantôme de l’Opéra et Figaro ne sont pas dans la même classe, et ne pas s’indigner qu’on associe un Howard Shore avec Beethoven ou une Mylene Klass avec Vladimir Horowitz ? Pour mémoire, il mentionne deux prix qui, eux, mettent à l’honneur la musique classique, la vraie (celle que j’aime, quoi !) : les Gramophone Awards (dont prix de l’enregistrement de l’année pour le Musicalische Exequien de Heinrich Schütz – œuvre admirable – avec Vox Luminis sous la direction de Lionel Meunier) et ceux du BBC Music Magazine (avec, pour comparaison, le Requiem 1605 de Victoria avec l’ensemble Tenebrae sous la direction de Nigel Short). Tout est question de classe, et les Brit ne le font pas.
[260] Placido Domingo s’y met lui aussi. Et voilà que le célébrissime ténor promeut son nouvel album (la différence entre « album » et « disque » est celle entre « musique classique » et « musique classique », si vous voyez ce que je veux dire), des solos et duos de musique pop « légendaires » tels que Bésame mucho (version mexicaine du célèbre poème de Louise Labé ?), Eternally des Feux de la rampe de Chaplin, La Chanson des vieux amants de Berl… avec Susan Boyle et d’autres célébrités de cette rampe-là. (Source)
[261] L’humour british a frappé Mozart. L’ENO – aucun rapport avec Brian, il s’agit ici de l’English National Opera – vient d’ouvrir sa saison avec le Don Giovanni de Mozart. Pas de quoi fouetter un chat ? C’est d’abord la publicité qu’il en a faite qu’il s’agit ici, qui comprend un jeu de mots assez graveleux (le double sens de « coming soon » est explicité par l’illustration). Quant à la production, il s’agit d’ailleurs d’une reprise de la mise en scène de Rufus Norris en 2010, qui comprend quelques scènes d’agression sexuelle, y compris un viol en réunion. N’y a-t-il pas de préservatifs contre la vulgarité infinie ? (Source)
[262] Une partition de Mozart gratuitement. Puisque l’on vient d’évoquer une de ses œuvres en mauvaise compagnie, corrigeons l’effet en signalant la disponibilité dans l’excellente Bibliothèque numérique mondiale de la reproduction numérique du manuscrit de la Flûte enchantée (en provenance de la Bibliothèque d’État de Berlin). Cette bibliothèque numérique se distingue à plus d’un égard des grands acteurs de ce domaine, à l’instar de Gallica, Hathi Trust ou Google Books : elle regroupe un petit nombre (quelques milliers, tout de même) de documents choisis de par le monde dans des fonds de grandes bibliothèques et numérisés avec un très grand soin. En sus, l’interface multilingue est très claire, et permet de « naviguer » dans ce fonds géographiquement, temporellement ou par thèmes. La musique y est, hélas, fort peu représentée. À défaut, lisez-y par exemple La Défense, et illustration de la langue française de Joachim Du Bellay ou Les Histoires prodigieuses les plus mémorables qui ayent esté observées depuis la nativité de Jésus-Christ jusques à nostre siècle (le XVIe) de Pierre Boaistuau. (Source)
[263] Un orgue, un vrai de vrai. On pourra écouter demain samedi l’orgue baroque de Lanvellec dans le cadre du festival qui s’y tient actuellement (et dont le site web est fort bien illustré musicalement, sans que la diffusion ne s’interrompe lorsqu’on passe de page à page, bravo !) : au programme, des œuvres « extravagantes » de la fin de la Renaissance, interprétées par Lorenzo Ghielmi. Le concert d’ouverture du festival était un hommage à Gustav Leonhardt, qui avait redécouvert les sonorités de cet orgue authentique de l’anglais Robert Dallam (1653) : il reprenait le programme d’inauguration de l’orgue après sa restauration, avec, au clavecin, Jos Van Immerseel et Christophe Coin au violoncelle. (Source)


Plus récemment, ce sont les animaux domestiques martyrisés par leurs maîtres (qui n’oseraient s’en prendre à un congénère humain) qui font l’objet de cette sollicitude, ce qui n’est pas injustifié (même si parfois les priorités de certains militants semblent inversées). Certains vont jusqu’à éviter de manger des animaux (y incluent-ils toujours les huîtres, les moules et les crevettes ? j’en doute), voire de tuer un moustique ou d’écraser un cloporte (seul crustacé terrestre qu’il faut donc préserver, même si on lui prédit un tel avenir radieux sur la Terre irradiée que c’est lui qui pensera un jour à préserver les quelques humains qui auront survécu aux transformations de la planète).
Il manque toutefois dans ce panorama de la protection des espèces, de toutes les espèces, contre la brutalité inhérente à l’humain depuis que Caïn a éliminé Abel – l’offrande du premier était pourtant végétarienne contrairement à celle de son frère (comme quoi certains végétariens peuvent être aussi des assassins) – la défense des droits des œufs et notamment de leurs blancs (ce qui pourrait donc devenir le cheval de bataille d’une certaine f(r)ange du panorama politique français) : tous les livres de cuisine, toutes les recettes qui en font usage enjoignent de les battre vigoureusement ! Ça les met peut-être en neige (matière de toute façon destinée à disparaître avec le réchauffement climatique) et leurs jaunes en mayonnaise, mais nous, ça devrait nous mettre en boule. Afin d’éviter une dérive trop sectaire, on pourra aussi rajouter à ces victimes la crème fraîche (blanche, elle aussi, en général) qui, elle, est trop souvent fouettée.
Et ainsi, les œufs pourront finalement éclore en paix, et de jolis petits poussins se répandront sur Terre (qu’on ne se méprenne pas sur nos intentions : on n’est pas, mais pas du tout, de ceux qui militent contre l’avortement, le mariage gay – d’ailleurs, ceux qui sont contre l’avortement devraient encourager le mariage gay, si vous voyez ce que je veux dire – ou la mixité des cultures), ce qui est mieux, avouez-le, que des…
