Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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16 décembre 2013

Yes, you can! ou, Si l’écran de votre ordinateur portable s’est rayé, fendillé, fissuré, fracturé, cassé…

Classé dans : Sciences, techniques — Miklos @ 23:52

… vous pouvez le remplacer vous-même à l’aide de vos ongles et d’un petit tournevis cruciforme, comme le démontre très péda­go­gi­quement la vidéo ci-dessus (qui correspond à mon portable). L’avan­tage ? Il ne vous en coûtera que quelques dizaines d’euros.

Il vous suffit pour cela :

– de commander la dalle d’écran (uniquement la partie où s’affiche l’image, sans le couvercle) correspondant au modèle précis de votre ordi­nateur (information que l’on trouve en général sur l’étiquette comprenant un code à barres, colée sous le portable ; dans mon cas, il s’agit d’un Acer Aspire One 756-877B2KK, et j’ai trouvé sur eBay un fournisseur anglais qui en dispose de plus d’une dizaine, neufs) ;

– de trouver une vidéo qui décrit comment procéder pour votre modèle, à l’instar de celle affichée ici (elle est mise en ligne par un fournisseur américain de dalles d’écran – plus chères toutefois que celle que j’ai trouvée) ; la mani­pu­lation n’a pris que quelques minutes, et tout remarche main­tenant à perfection.

L’Exode et la Fuite en Égypte


Carte de la Terre Sainte, tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library. Pour voir l’image en haute résolution, cliquer ici. Détails ci-dessous.

La British Library vient d’annoncer la mise en ligne de plus d’un million d’images libres de droits en très haute résolution. Elles sont extraites de quelque 65 000 ouvrages datant des XVIIe au XIXe siècles de son fonds qu’elle fait numériser par Microsoft depuis 2008 (et qui, eux, ne sont pas disponibles en ligne). L’entreprise a extrait (auto­ma­ti­quement, on s’en doute) ces images des documents numérisés et en a fait le don à la British Library, ce qui a permis la mise en ligne de cette manne (aucune allusion à l’image que l’on montre ici).

Il est évident qu’une telle masse ne peut être décrite indi­vi­duel­lement : il est indiqué, pour chaque image, son origine (la date, l’auteur, le titre de l’ouvrage, la page), mais il n’y a actuellement aucune description textuelle de son contenu, ce qui rend quasiment impos­sible la recherche dans ce magnifique fonds.

La British Library, évidemment consciente de ce problème, annonce dont le prochain lancement d’un projet de crowdsourcing, qui permettra aux internautes de rajouter des descriptions là où ils le souhaitent. Ces informations – forcément partielles – seront à leur tour récoltées automatiquement par un logiciel d’analyse d’images qui s’en servira pour son « apprentissage » initial afin d’indexer tout le reste de ce fonds. Elle compte ainsi non seulement en faciliter l’accès, mais aussi contribuer, par cette entreprise, à la recherche scientifique concernant les images imprimées et les cartes, en général.

Et le Seigneur dit à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers moi ? Dis aux enfants d’Israël qu’ils délogent. Et toi, lève ton bâton, étends ta main sur la mer et la fends, tellement que les enfants d’Israël aillent parmi la mer à sec. » — Exode XIV:15-16.

Voici trois détails qu’on a annotés de cette carte, qui décrivent d’une part l’Exode – la sortie des Israélites d’Égypte sous la direction de Moïse, leur errance dans le désert pendant quarante ans et enfin leur arrivée au Mont Nébo aux confins de la terre promise et lieu de décès de Moïse (on distingue fort bien la traversée de la Mer Rouge au bord de laquelle se tient Moïse tenant son bâton de marche levé pour maintenir le passage à sec, les petites tentes numérotées de un à quarante et qui dénotent leurs étapes, leur zigzags autour du Mont Sinaï…) – et d’autre part la Fuite en Égypte (on voit jusqu’au halo de l’Enfant Jésus dans les bras de sa mère assise sur un des deux ânes, Joseph sur l’autre).

 


Sortie d’Égypte (en rouge) et Fuite en Égypte (en bleu).
Détail annoté tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library.
Cliquer sur l’image pour la voir en grand.

 


Errance dans le désert.
Détail annoté tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library.
Cliquer sur l’image pour la voir en grand.

 


Entrée en Terre Sainte.
Détail annoté tiré de l’ouvrage Itinerarium per Palæstinam de Leo Flaminius (pseud. de Leonard Rauwolf), publié en 1681 à Rotenburg. Source :
British Library.
Cliquer sur l’image pour la voir en grand.

Alors : parcourez, admirez, utilisez, faites savoir… et citez vos sources.

14 décembre 2013

« Sur la langue yiddish »

Classé dans : Actualité, Histoire, Judaïsme, Langue, Littérature, Musique, Religion, Société — Miklos @ 15:14

L’intervention fort intéressante que l’on pourra lire ici a été prononcée il y a deux jours à l’Hôtel de Ville de Paris par Yitskhok Niborski à l’occasion de la présentation du Projet Pourim Shpil, qui vise à faire inscrire cette tradition carnavalesque juive multiséculaire – elle était déjà mentionnée au XIVe siècle – au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

Son nom est composé de deux mots : l’un en hébreu, « Pourim », qui dénote la fête (au printemps) qui a donné lieu à ce type de manifestation ; l’autre en yiddish, « spil », qui signifie « jeu, jeu de scène ». Il vise à représenter, souvent de façon humoristique et avec des clins d’œil plus ou moins ironiques à l’actualité de la communauté qui le monte, l’événement fondateur de la fête, et qui est décrit dans le Livre d’Esther de l’Ancien testament : on y trouve tous les ingrédients d’une pièce à rebondissements – désir, amour, jalousie, trahison… mais aussi l’entrelacement souvent périlleux entre les sphères politique et personnelle chez les grands de ce monde. Tout est bien qui finit bien, d’où cette fête (presque) débridée qui exprime un réel soulagement.

Il pourrait sembler curieux qu’on ait utilisé le terme de « carnavalesque » pour qualifier cette tradition, puisqu’il dénote la période précédant le Carême chrétien. Mais non seulement il en partage le sens de « bouffonnerie plus ou moins grotesque », mais la période à laquelle il a lieu est curieusement comparable dans les calendriers juif et chrétien : la fête de Pourim précède d’un mois jour pour jour la Pâque juive, tandis que le Mardi gras a lieu un mois et demi avant Pâques – en 2014, les 16 et 4 mars respectivement, et donc précédant de peu le l’équinoxe de mars…

Enfin, on précisera à ceux qui ne le connaissent pas encore que l’orateur est non seulement l’« un des meilleurs connaisseurs au monde de la langue et de la littérature yiddish », mais un des meilleurs enseignants de langues qu’il m’ait été donné d’avoir au cours de ma vie (et ce n’est certainement pas de sa faute si j’ai été sans doute un de ses cancres les plus notoires). Un maître.

«La proposition d’inscrire le Purim-shpil aux listes pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco ne prendra tout son sens que si nous considérons cette vieille pratique théâtrale des Juifs ashkénazes sous l’aspect de ses véritables liens avec la langue yiddish et sa littérature. Je ne parle pas du fait, évident, que tout projet pour remettre en valeur les purim-shpiln devrait impliquer un effort sérieux pour approfondir et diffuser la connaissance et la pratique du yiddish. Cela va de soi. Je parle maintenant de certaines caractéristiques du purim-shpil qui peuvent illustrer ce que le yiddish lui-même représente.

Parce que c’est le yiddish qui est le véritable chef d’œuvre de la civilisation ashkénaze. Pas forcément à cause de la grande diversité de ses origines : allemand du moyen-âge, hébreu et araméen, langues romanes, langues slaves. C’est très intéressant, mais tout de même un phénomène linguistique courant. Pas non plus à cause de la manière, pourtant remarquable, dont tous ces ingrédients se sont recomposés jusqu’à former une langue distincte et cohérente. Cela passionne à juste titre les spécialistes, mais au demeurant toutes les langues résultent de fusions entre autres langues, toutes empruntent et assimilent des éléments étrangers. Non ; si le yiddish nous intéresse, c’est pour avoir été en même temps le produit, le vecteur, le facteur d’équilibre et finalement aussi la force transformatrice de la civilisation qui l’a parlé.

Je dis : le yiddish, produit de la tradition juive, parce que c’est le mode de vie traditionnel juif qui a forgé la langue. L’activité intellectuelle par excellence était l’étude des textes bibliques et talmudiques en hébreu et en araméen, qu’on expliquait et commentait oralement en yiddish. Au fil des générations, cette activité a élargi le vocabulaire de la langue parlée, diversifié ses formes, changé sa musique. En même temps, des milliers d’expressions naissaient pour nommer l’infinité de pratiques rituelles et coutumières rythmant la vie de tous les jours, ainsi que les nombreuses règles et institutions du système rabbinique. Une vie si complexe et si spécifique ne pouvait se vivre qu’avec une langue également singulière.

Je dis : le yiddish, vecteur de la tradition juive, parce que s’il est vrai qu’une élite d’hommes instruits étudiait directement les textes sacrés, des couches plus vastes parmi les hommes et la grande majorité des femmes recevaient leur formation religieuse et morale à travers le yiddish. Non seulement à travers les sermons de rabbins et prêcheurs, mais aussi par le yiddish écrit, auquel la plupart des hommes et des femmes avaient accès. Pour eux on éditait en yiddish des livres édifiants et des vulgarisations des lois rabbiniques.

Je dis : le yiddish, facteur d’équilibre dans la tradition juive, parce que par sa seule existence comme fusion de mille emprunts, la langue constituait une surface de contact avec la vie des autres. Dès ses débuts, il y a six cent ans, la littérature yiddish a servi aussi pour apporter aux masses juives un peu de la culture séculière de leurs voisins. Femmes et hommes juifs appréciaient les mêmes genres littéraires que les gens d’autres peuples et en étaient d’autant plus friands que, pour la plupart, eux ils savaient lire. C’est ainsi que des contes et des nouvelles, des récits de chevalerie, des chroniques de voyages fantastiques et bien d’autres textes en yiddish apportaient aux gens du commun un divertissement donnant un aperçu de ce qui existait en dehors du groupe juif. Les rabbins se méfiaient de ce type de littérature si populaire, mais ont dû composer avec elle. On peut trouver étonnant que la langue façonnée par les études et pratiques traditionnelles, pétrie de leur esprit, ait pu en même temps servir de véhicule à des contenus, voire à des valeurs, venus de l’extérieur. Mais derrière ce paradoxe apparent se cache le plus savant des équilibres. Comme un épiderme qui protège l’organisme tout en lui assurant une respiration, le yiddish et sa littérature jusqu’au 19e siècle ont préservé la spécificité de la vie juive tout en compensant les tendances à l’enfermement et au verrouillage.

Je dis : le yiddish, force transformatrice de la tradition juive, parce qu’à partir du 19e siècle il s’arrache à son rôle figé de langue subalterne, tantôt appoint de la discipline religieuse, tantôt passeur en fraude d’un peu de culture extérieure. C’est l’époque où, sous l’influence des Lumières, des intellectuels formés dans le moule traditionnel en sortent pour entreprendre la réforme de la société juive. Ils veulent convaincre les couches populaires juives des empires russe et austro-hongrois de l’intérêt d’ouvrir l’éducation aux langues européennes, aux sciences, aux lettres et aux arts. Ils veulent moderniser les structures de la famille et de la communauté. En se servant du yiddish pour diffuser leurs idées, ils fondent une littérature moderne. Celle-ci, en véhiculant des idées progressistes et plus tard des pensées politiques tant sociales que nationales, a modifié de fond en comble la sensibilité et la réalité de tous les Juifs, bien au delà de la branche ashkénaze.

Le purim-shpil incarne bien ces caractéristiques principales du yiddish. Produit de la tradition, il a servi à la perpétuer tout en compensant sa rigueur excessive et ses hiérarchies rigides par cette libre respiration qu’est l’irrévérence. Il a fait entrer dans l’espace juif pas mal d’éléments du théâtre populaire européen. Berceau du théâtre moderne, il se place par là à l’origine d’un facteur majeur d’ouverture et de transformation culturelle. Même après le génocide, il inspire encore certaines œuvres comme celles de Khayim Sloves, où convergent la farce de Purim et l’esprit du théâtre de Bertolt Brecht.

Notre démarche auprès de l’Unesco aura un sens si, indépendamment de son issue, nous affirmons pour nous mêmes, autour du symbole du Purim-shpil, »les valeurs de contestation féconde, d’ouverture et de partage qui sont celles de la culture yiddish moderne. Sans ça, nous risquons de jouer un bien mauvais purim-shpil.

Yitskhok Niborksi

13 décembre 2013

Immigrés, suite et (une) fin

Classé dans : Judaïsme, Langue, Littérature, Récits, Religion, Société — Miklos @ 0:40

Pour ceux qui n’ont pas eu le loisir de lire le roman Uncle Moses de l’écrivain Sholem Asch dont on avait récemment résumé le début, en voici une suite.

Oncle Moses finit par obtenir ce qu’il convoitait : la jeune et belle Masha se résigne à l’épouser malgré le dégoût et le mépris qu’il lui inspire. Il n’y a pas d’autre issue pour elle : le jeune Charlie qui l’attire ne s’intéresse pas à elle et n’est passionné que par la lutte sociale ; quant à sa propre famille, elle attend avec un immense espoir ce mariage qui la tirerait de la misère.

Une très curieuse métamorphose du caractère de Moses commence alors : il s’adoucit à l’égard des autres, s’humanise et se rapproche de la religion tout en prenant un certain recul des affaires. Sam, son âme damnée et maître des hautes et basses œuvres, en profite pour prendre de l’ascendant dans l’atelier en en écartant graduellement son patron.

Deux ans plus tard, un enfant naît. Masha, elle, alterne entre dégoût et indifférence pour les attentions de son mari, passe ses journées à rêver et sombre dans l’ennui. Poussée par le désespoir, elle abandonne Moses en emmenant leur enfant avec elle. Travaillant jour et nuit dans des conditions bien pires que celles de l’atelier de Moses, elle assure à son fils la meilleure éducation possible ; il finit par entrer à Harvard, puis par devenir un avocat très en vue, ce qui lui permettra de se lancer en politique et d’aspirer aux plus hautes responsabilités. Il avait de qui tenir.

Moses a tout perdu : son fils, sa femme, son atelier. Désespéré, il ne peut rester dans cette ville, dans ce pays, qui de paradis s’était trans­formé en enfer. Il finit par se décider à tout quitter pour partir à Paris : ne disait-on pas dans le vieux pays גליקלעך ווי גאָט אין פֿראַנקרייַך Heureux comme Dieu en France. ?

Après un long voyage qui n’est pas sans lui rappeler celui qu’il avait accompli dans sa jeunesse et qui l’avait emmené de son shtetl de Kuzmin à New York, il arrive à destination. Ruiné, vivant d’expé­dients, couchant sous les ponts, il est finalement recueilli par les Frères missionnaires de la charité. Ils l’aident à se reconstruire psycho­lo­gi­quement, il finit par se convertir. Par reconnaissance ? Par besoin ? Par conviction ? L’auteur laisse le lecteur libre d’analyser ses motivations.

L’esprit d’entreprise de Moses et l’énergie inépuisable qui lui avaient permis, jeune, de sortir de la misère pour arriver à la tête d’une affaire, n’ont pas disparu : il gravit l’échelle de la hiérarchie de l’Église, est nommé cardinal, puis – faut-il s’en étonner – élu pape. Par un curieux clin d’œil à son histoire personnelle, c’est son ancien atelier de couture où règne Sam avec autant de brutalité que Moses l’avait fait en son temps avant d’en être évincé qui fournit dorénavant les habits d’apparat de la maison papale. Sam est vert de jalousie de la réussite de son ancien patron, mais ביזנעס איז ביזנעסBusiness is business, comme on dit à New York.

Et c’est la fin de l’histoire, voire même celle de l’Histoire : une légende juive affirme que l’élection d’un pape né juif annonce l’arrivée des temps messianiques.


Le pape Moses

11 décembre 2013

Comment multiplier une gifle musicale et autres considérations, ou, Sur Sur incises

Classé dans : Musique — Miklos @ 13:20

Une lumineuse leçon de Pierre Boulez.
 

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