Miklos
« Je donne mon avis non comme bon mais comme mien. » — Michel de Montaigne

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8 décembre 2010

Le musée comme cimetière

Classé dans : Actualité, Théâtre — Miklos @ 0:45

L’angle d’une grande salle de musée éclairée d’une lumière blafarde. Les murs rouge bordeaux tel un sang qui commence à sécher, en angle droit, s’élèvent à perte de vue. D’immenses tableaux néoclassiques sont accrochés très haut. À hauteur d’homme, des affichettes. Deux passages mènent dans les pièces avoisinantes, plus petites, où l’on entrevoit des œuvres de la même époque. Le sol est en parquet de Versailles.

C’est un cimetière. Un homme et une femme s’y retrouvent, par hasard. Ou non. Ils ne s’étaient vus depuis longtemps. Ils errent entre les pierres tombales, déchiffrent les inscriptions gravées sur les stèles. L’homme est marié et a un fils, la femme est seule. Elle a envie de l’homme, elle veut qu’il la prenne, elle veut le prendre pour elle. L’homme hésite, il est marié, il a envie de la femme.

Les parents de l’homme arrivent au cimetière : l’aïeule, la mère du père est morte, ce sont ses obsèques. Leur fils viendra-t-il ? Avec sa femme, dont il est séparé mais qui leur rend visite de temps à autre ? Et leur petit-fils qui a maintenant vingt ans et qu’ils n’ont vus depuis longtemps ?

L’homme, leur fils, arrive avec sa nouvelle femme. La mère ne la voit pas, elle. Elle ne peut se résigner à oublier l’autre, la mère de son petit-fils. Quand finalement elle se dit prête à faire connaissance avec cette femme, elle la fait fuir à force de parler de l’autre. L’homme suit sa femme. Sa mère tente de l’en empêcher, c’est la mort cette femme lui crie-t-elle. Mais il s’en va et n’assiste pas aux obsèques de sa grand-mère. Son ex femme si, bien que son fils soit hospitalisé gravement malade.

Le père de l’homme est mort. L’homme n’est pas venu à son l’enterrement. Il est courbé par l’âge, il semble dorénavant plus vieux que sa propre mère.

Son fils meurt. L’homme ne lui survit pas longtemps. Il meurt, comme ça.

Des années se sont écoulées bien que le temps semble suspendu. Les trois hommes sont morts, et bien morts. Il ne reste que les femmes : la mère de l’homme et ses deux belles-filles qui se comprennent au-delà de leur rivalité – après tout elles avaient désiré, aimé et possédé le même homme –, mais aussi la grand-mère, qui, morte, a erré toutes ces années silencieusement dans l’ombre de sa descendance, serrant tantôt l’un tantôt l’autre des hommes dans ses bras pour un bref instant de tendresse et de réconfort dont ils ne devaient pas comprendre la cause même s’ils en ressentaient les effets, c’est comme ça les hommes. Ce sont elles qui ont été finalement porteuses des sentiments les plus profonds : maternels des trois générations, amoureux des épouses et, dans tous les cas, entières et d’une possessivité violente et exclusive, révoltées. Les hommes, déchirés ou effacés, résignés.

Rêve d’automne de Jon Fosse est une pièce minimaliste à bien des égards : les décors, l’éclairage et les costumes1, mais surtout la mise en scène de Patrice Chéreau et le jeu des acteurs2, sans afféterie, simple, brut, tragique. Les sentiments qui tricotent cette pièce complexe, aussi élémentaires que les couleurs de base qui composent l’arc-en-ciel mais qui permettent de dessiner des tableaux splendides – amour, désir, jalousie, possessivité, solitude, et surtout peur de la mort et deuil impossible –, ballottent ces êtres comme à la dérive dans une tempête en mer, et tour à tour les jettent les uns dans les bras des autres ou les en écartent violemment. Ni psychologisation ni analyse des possibles causes de ces forces irrésistibles, on n’en voit que les terribles effets. Le texte est d’une grande sobriété : il est composé, à l’instar d’une passion de Schütz basée uniquement sur les quelques notes d’une gamme, d’un petit nombre de phrases courtes qui s’enlacent et se délacent pour dessiner la vie et la mort de ces quatre générations. Le style rappelle Koltès (serait-ce dû à la traduction ?) mais la patte suggère Ibsen : après tout, l’auteur est norvégien.

Cette magnifique cérémonie funèbre s’achève. Les femmes s’en vont. Les corps des trois hommes sont allongés sur le sol. La longue danse macabre s’est terminée. La lumière s’éteint et plonge le musée dans l’obscurité silencieuse d’une nuit d’automne.

_________________________

1 Décor : Richard Peduzzi. Costumes : Caroline de Vivaise. Lumière : Dominique Brugière.

2 L’homme : Pascal Greggory. La femme : Valeria Bruni-Tedeschi. La mère : Bulle Ogier. Le père : Bernard Verley. La première femme : Marie Bunel. L’aïeule : Michelle Marquais. Le fils : Alexandre Styker.


Matthäus Zasinger (1477-ca. 1503) : Vanitas (memento mori).
[Femme nue debout sur un crâne et tenant un cadran solaire à la main].
Allemagne, ca. 1500-1503.

7 décembre 2010

Une fable d’actualité

Classé dans : Actualité, Littérature, Politique — Miklos @ 0:50

Le vaisseau en péril

Un vaisseau, tourmenté par de longs ouragans,
Contre les aquilons et les flots mugissants
Luttait sur une mer d’écueils environnée ;
Et, plus fatale encor que les flots et les vents,
La Discorde en son sein rugissait déchaînée
        Son équipage mutiné
Ne reconnaissait plus la voix du capitaine.
Il ne pouvait régler la manœuvre incertaine
Du malheureux navire aux vents abandonné.
        Matelots, mousses et novices,
Tous veulent commander; nul ne veut obéir ;
Chacun a son avis, son orgueil, ses caprices.
    C’est un tapage à ne plus rien ouïr ;
    Et le vaisseau, dont l’ouragan se joue,
    Au sud, au nord, au couchant, au levant,
Présentant tour à tour et la poupe et la proue,
Va tantôt en arrière et tantôt en avant.

    De ce désordre innocentes victimes,
Les passagers en vain criaient aux disputeurs :
« Manœuvrez, sauvez-nous, suspendez vos fureurs ;
« Ou cette mer terrible, en ses profonds abîmes,
« Mettra bientôt d’accord et vaincus et vainqueurs. »
D’une frayeur trop juste inutile requête !
Livré sans gouvernail au choc des éléments,
Sur la pointe d’un roc le navire se jette,
        Et d’effroyables craquements
        Répondent aux mugissements
        Des vagues et de la tempête.
Ce malheur éteint-il la rage des partis ?
Non, non ; de leur ruine ils s’accusent l’un l’autre :
La dispute redouble ; on n’entend que ces cris :
         « C’est ta faute. — Non, c’est la vôtre.
         « — C’est vous. — C’est toi qui nous perdis. »

« — C’est la faute de tous, » répond le capitaine,
Dont la voix, libre enfin, domine les clameurs.
« C’est votre vanité qui fit tous vos malheurs.
« De vos divisions vous subissez la peine. »
Un dernier craquement retentit à ces mots.
Le pont s’était ouvert sous la vague en furie.
Un dernier cri s’élève, et l’abîme des flots
Se referme en grondant sur la nef engloutie.

        Je ne sais point sous quels climats
    Ni sous quel nom naviguait ce navire ;
Mais, vous qui me lisez, vous pourriez me le dire,
Et, si vous m’en croyez, vous ne l’oublierez pas.

Fables par M. Viennet
L’un des quarante de l’Académie-française.
Paris, 1845

6 décembre 2010

Des bourgeois carriéristes

Classé dans : Actualité, Médias, Politique — Miklos @ 20:24

« Je vois des gestionnaires résignés, des bureau­crates madrés, des stratèges de commis­sions des résolutions, des chanteurs d’Internationale gueu­larde, en un mot des bourgeois carriéristes. » — Jacques Julliard, « Ma gauche ! », Marianne, 4-10 décembre 2010.

« J’ai horreur des fanatismes mais aussi du populisme. D’une façon générale, dans une époque de barbarie où notre incapacité à la combattre effi­cacement doit nous conduire à l’humilité, les affir­mations péremptoires me paraissent d’indécentes frivolités. » — Jean Daniel, Cher Jacques…, 24.11.2010.

Les titres-choc de Marianne se succèdent aussi régulièrement que la parution du magazine en kiosque. La dernière en date, « Kouchner-Ockrent : la chute » nous a interpellé, on verra pourquoi. On l’a donc acheté, l’exception confirmant la règle. On n’a pas été déçu par la comédie qui se joue à nos yeux, mais il y a de quoi être atterré.

Ce numéro s’ouvre par un éditorial de Jacques Julliard récemment arrivé à Marianne : on avait récemment appris son départ d’un Nouvel Obs abandonné par un autre personnage marquant, Denis Olivennes (qui y était arrivé de la Fnac), parti, lui, rejoindre Europe 1 pour succéder à Alexandre Bompart (qui rejoint la Fnac – d’où venait Olivennes, vous suivez ? – faute d’avoir décroché France Télévision). Jean Daniel, homme d’« un certain âge », comme il l’écrit si joliment dans sa lettre ouverte à son cher Jacques dans laquelle il dit comprendre le désir de cet homme de 77 ans d’avoir l’« envie de conquérir toute sa place au soleil », tient bon à 90 ans : voici qu’on apprend que Laurent Joffrin, actuellement co-gérant et directeur de la rédaction et de la publication de Libé après avoir quitté le Nouvel Obs en 2006 est sollicité pour y revenir (se penser successeur de Jean Daniel – auquel on souhaite longue vie – est sans doute plus valorisant que tenir le rôle d’héritier de Serge July, dorénavant éditorialiste à RTL, dont Christine Ockrent avait été rédactrice en chef et éditorialiste), ou, tout au moins, étudier un « rapprochement » entre ces deux organes de presse. Jeu de chaises musicales assez contrapunctique et finalement quelque peu répétitif : plus ça change, plus c’est la même chose. Mais passons aux choses sérieuses.

On aimait bien Christine Ockrent (qui, question presse écrite, avait dirigé L’Express), autrefois, dans ses rôles de présentatrice de journal télévisé puis d’émissions politiques sur le petit écran : son visage intelligent, son écoute, ses remarques judicieuses et fines ne manquaient pas de tenir sous son charme.

Et puis elle avait disparu de notre horizon cathodique, réduit qu’il est surtout à Arte ou à Mezzo. On avait récemment aperçu de gros titres de la presse écrite qui parlaient de difficultés ou de conflits dans son poste actuel à la tête de la société de l’audiovisuel extérieur de la France, mais on ne s’intéresse pas particulièrement à ce genre d’informations.

Il y a quelques jours, on tombe sur une émission (du diable si l’on se souvient de laquelle), où l’on aperçoit la reine Christine. Quel plaisir de la revoir, se dit-on, et on se met à écouter. Elle n’est pas la seule, mais on s’aperçoit vite, très vite, qu’elle ne laisse pas parler les autres, les interrompant à tout bout de champ sans leur laisser la possibilité de finir une phrase, par des remarques ironiques, péremptoires ou arrogantes lancées d’un air innocent que dément la virulence sous-jacente de ses paroles : aucune écoute, si ce n’est pour contredire. Ils ne peuvent en placer une, c’est elle qui doit contrôler le plateau. C’est à tel point déplaisant qu’on quitte la chaîne presque aussi vite qu’on y était arrivé.

Alors quand on a vu le titre aguicheur de ce numéro de Marianne, qu’on s’est souvenu de l’impression fortement désagréable que nous avait fait cette émission d’une part et la récente attitude de son compagnon (que l’on aimait bien aussi, autrefois) d’autre part, notre curiosité a été attisée, on l’avoue sans vergogne. Eh bien, on en apprend de belles. Il paraît que l’avocat de la dame a annoncé qu’il allait porter plainte. De quoi booster les ventes, évidemment, mais pourquoi l’annoncer au lieu de le faire ? Si on était Wikileaks, on suspecterait quelque anguille sous roche. Mais nous ne sommes pas paranos, tout va pour le mieux dans le monde des (im)médias.

20 novembre 2010

Alla breve. XXXIII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 23:16

[230] Écoutez l’opéra Margaret Garner. Margaret Garner était esclave au Kentucky. Parvenue à s’échapper avec sa famille, ils sont découverts et cernés. Pour éviter de retomber en esclavage, elle jure de tuer ses enfants et de se tuer, et parvient à poignarder sa fille âgée de deux ans avant d’être maîtrisée et emprisonnée. Elle n’est pas jugée pour meurtre mais pour dégradation de propriété – en tant qu’esclave, elle n’a ni droits ni devoirs – et est renvoyée en esclavage avec son mari. Sur la base de cette histoire bien tristement vraie, le compositeur Richard Danielpour, lauréat d’un Grammy en 1991 pour toute son œuvre, et l’écrivain Toni Morrison, lauréate du prix Nobel de littérature en 1993 et du prix Pulitzer en 1988, ont collaboré à la composition de cet opéra dont la première mondiale a eu lieu en 2005. Le rôle titre est interprété par la soprano Denyce Graves, pour laquelle Danielpour a composé la partition du personnage. La National Public Radio américaine (dont on n’a de cesse d’apprécier la grande qualité de la programmation) propose l’écoute intégrale de l’œuvre, accompagnée d’éclairages du compositeur et de la librettiste. Celle-ci précise qu’il ne s’agit pas tant d’une histoire concernant le racisme, mais l’esclavage, ce qui n’est pas la même chose. « Tout le monde, chrétien, noir, juif, européen… a eu des esclaves parmi ses ancêtres. Ce n’est pas non plus à propos du fait de l’esclavage, mais de ses conséquences, de ce qui se passe intérieurement, émotionnellement, psychologiquement, quand on est soumis à l’esclavage. Que fait-on pour transcender cette circonstance ? C’est ce que cet opéra s’évertue à révéler. »

[231] Comment voyager avec un violoncelle. Umberto Eco avait étudié une problématique similaire, celle concernant le saumon. Mais le violoncelle, c’est une autre paire de manches, même s’il n’est pas fumé et qu’on n’essaie pas de le mettre dans le mini-frigo d’une chambre d’hôtel : le problème est en amont. Kristin Ostling, membre du quatuor américain Carpe Diem (aucun rapport avec un autre poisson, la carpe), s’est vu refuser l’entrée en Grande Bretagne du fait qu’elle voyageait accompagnée de son violoncelle, avec lequel elle venait accompagner (juste retour de procédé) gratuitement une conférence à l’Université de Leeds. La raison ? Se basant uniquement sur la taille de l’instrument, le gabelou de Sa Majesté en a conclu qu’elle tentait de s’infiltrer subrepticement pour travailler dans son royaume, et qu’il lui fallait donc un visa de travail en bonne et due forme, pour éviter sans doute qu’elle ne se joigne aux milliers de violoncellistes sdf qui saturent les rues de la capitale. Les autres membres du quatuor, équipés qui d’un violon qui d’un alto, ont pu franchir la frontière comme une lettre à la poste. La morale de cette histoire, la rirette, la rirette, c’est que les universités anglaises devront dorénavant bannir de leurs concerts toutes les œuvres comprenant un instrument d’une taille supérieure à, disons, 75cm, ou alors se contenter de violoncellistes britanniques pur jus (si si, il y en avait eu de bons : Jacqueline du Pré, évidemment, mais aussi Felix Salmond, dont le patronyme facilitait sans aucun doute le voyage avec son instrument en le noyant dans l’eau, en quelque sorte). (Source)

[232] Le chien qui chante. Si nous avons en France un chat qui pêche, les Britanniques, dont on vient de voir qu’ils ont un sens de l’humour bien particulier surtout quand il s’agit de musique et d’espèces animales, peuvent dorénavant apprécier un nouvel opéra à propos d’un chien qui chante. C’est l’histoire d’un chien errant, battu et affamé : « J’ai tout vécu, je suis résigné à mon destin, et si je pleure maintenant, c’est seulement à cause du froid et de la douleur physique, parce que mon âme n’est pas éteinte… c’est vivace, une âme de chien. » Elle est vivace, l’âme russe. Il sera recueilli par un médecin, qui va greffer au malheureux canidé l’hypophyse et les organes génitaux d’un homme venant de mourir. Et c’est là que tout dérape : la gentille bestiole devient odieuse, car le donateur était en fait un ivrogne grossier et sans scrupule, et se transforme en bureaucrate type. Le médecin finira par lui retirer les organes humains et lui remettre les siens. Cette histoire n’est pas sans rappeler la splendide et terrible nouvelle Des Fleurs pour Algernon, mais la précède de plusieurs décennies : il s’agit de Cœur de chien, la nouvelle satirique de Mikhaïl Boulgakov, écrite en 1925 et qui a sans doute inspiré Orango de Chostakovitch (voir brève suivante). Le texte, dans une traduction française de Vladimir Volkoff, est disponible en Livre de poche. L’opéra éponyme a été composé en 2008-2009 par le compositeur russe Alexander Raskatov (fils d’un journaliste connu du célèbre magazine satirique russe Krokodil) sur un livret de Cesare Mazzonis. La première mondiale avait eu lieu à Amsterdam, et il est actuellement représenté pour la première fois à Londres, au English National Opera. Dépêchez-vous, c’est jusqu’au 4 décembre. Pour vous aider à vous décider, voyez ceci. Le chien s’appelle, dans l’opéra, Charik (ce qui veut dire en russe « boulette ») et son rôle est tenu par trois personnes, la soprano dramatique Elena Vassilieva pour sa voix audible de chien, le contre-ténor Andrew Watts pour ses pensées et le ténor Peter Hoare pour sa voix humaine. (Source)

[233] Création mondiale d’un opéra de Chostakovitch. Ou presque. Orango est un opéra « satirique sous forme de fable futuriste » que Dimitri Chostakovitch avait commencé à composer clandestinement en 1932, sur la base d’un livret de l’écrivain Alexis Tolstoï (1882-1945) et le critique littéraire Alexandre Startchakov (né en 1892 et fusillé en 1938). Sujet éminemment séditieux – inspiré partiellement, semble-t-il, de la nouvelle Cœur de chien de Boulgakov dont nous venons de parler –, comme on peut le lire dans l’article du Devoir de mars 2009 qui relate la découverte récente de larges fragments de l’œuvre dans les archives du compositeur au musée de la culture musicale Glinka à Moscou. C’est l’Orchestre philharmonique de Los Angeles sous la direction d’Esa-Pekka Salonen qui aura l’honneur de donner en 2011 la première mondiale de l’orchestration qu’en a effectué le compositeur et musicologue britannique Gerard McBurney, spécialiste de musique russe : il avait étudié au Conservatoire de Moscou et a publié de nombreux articles et textes savants sur la musique russe et soviétique (on peut lire ici un article qu’il a consacré à Chostakovitch à l’occasion du centenaire de sa naissance). On ne sait exactement pourquoi Chostakovitch n’a pas achevé son projet. Salonen émet l’hypothèse qu’on lui a donné le conseil amical de se consacrer à un autre projet, s’il souhaitait rester en vie. (Source)

[234] La nuit des Mayas. La nuit dernière, France 3 a rediffusé un concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Kristjan Järvi (le mardi 27 octobre 2009 au Théâtre du Châtelet), intitulé La Nuit des Mayas… au cœur de la musique sud-américaine. Il tire la première partie de son titre d’une œuvre du compositeur et chef d’orchestre mexicain Silvestre Revueltas (1899-1940), La noche de los Mayas, suite orchestrale (1939) ; il s’agit en fait de la musique pour le film éponyme de Chano Urueta. Plusieurs éditions en ont été publiées après sa mort, notamment une sous forme d’une suite en quatre mouvements par José Ives Limantour, et une autre en deux mouvements par Paul Hindemith. Contemporain moins connu car plus discret d’intellectuels et d’artistes très actifs après la révolution culturelle, à l’instar de Diego Rivera ou de Frida Kahlo, sa musique n’était pas uniquement joyeuse ou exaltante, satirique ou ironique, selon l’analyse qu’en fait le poète Octavio Paz : elle est profondément imbue d’une empathie joyeuse pour l’homme, l’animal et les choses, bien plus signifiante que nombre d’œuvres de ses contemporains. L’enregistrement qu’a fait Esa-Pekka Salonen avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles d’un CD consacré entièrement à Revueltas a gagné un Diapason d’or en 1999 (on peut le voir diriger ici le quatrième mouvement de La noche de los Mayas). Le concert de l’orchestre de Paris comprenait, en sus de cette œuvre, Estancia, quatre danses d’Alberto Ginastera, la Suite pour guitare à sept cordes et orchestre de Mauricio Carrilho et le Concerto pour bandoneon et orchestre d’Astor Piazzolla. Très enlevé et swingant, comme concert. Les notes de programme du concert fournissent des détails fort intéressants sur les quatre œuvres et sur le contexte de leur composition. Pour les anglophones, on conseillera aussi la lecture des notes de programme du Kennedy Center consacrées à cette œuvre. (Source)

[235] L’Italie paie l’Europe pour un concert. Ça ne rigole plus à la Commission européenne : celle-ci a ordonné à l’Italie de lui payer la coquette somme de 720.000 €. Cette somme, prise sur des financements régionaux européens, avait été utilisée par les autorités locales pour organiser un concert d’Elton John au festival de Piedigrotta à Naples en septembre 2009. La raison : ce type de subvention peut servir à soutenir la culture, mais uniquement lorsqu’il s’agit d’investissements structurels à long terme, tels qu’une exposition d’œuvres d’art, la construction d’équipements culturels ou la restauration d’anciens bâtiments. La vache à lait européenne commence à se tarir… (Source)

Alla breve. XXXII.

Classé dans : Actualité, Alla breve, Musique — Miklos @ 3:19

[223] Vous avez tout juste une semaine pour… écouter gratuitement la retransmission, par la BBC, de l’enregistrement du concert Electronica donné le 6 octobre au Queen Elizabeth Hall de Londres. Ce concert était consacré aux instruments électroniques avec orchestre ; sur scène, il y avait deux thérémines (dont un joué par Lydia Kavina, petite-nièce de leur inventeur Lev Termen), deux ondes Martenot, six synthés et d’autres gadgets, en sus du BBC Concert Orchestra dirigé par Charles Hazlewood. Les œuvres présentées par Javis Cocker comprenaient : •••» la musique du film The Day The Earth Stood Still (Le jour où la terre s’arrêta) de Bernard Herrmann, qui a composé aussi la musique d’autres films célèbres (Psycho de Hitchcock, Citizen Kane, Taxi Driver) et d’émissions de radio (notamment pour Orson Welles) ; •••» la Suite Delphique (pour Iphigénie en Tauride) d’André Jolivet, pour ondes Martenot et quelques instruments acoustiques ; •••» Smear pour deux ondes Martenot et orchestre, la première œuvre classique et joliment acide de Jonny Greenwood (de Radiohead) ; •••» Journeys Into The Sky pour six synthétiseurs et orchestre, une création de Will Gregory (du groupe – attention avant de cliquer – Goldfrapp), partie expérimentale de son prochain opéra (qui sera diffusé en mars la BBC) consacré au vol stratosphérique d’Auguste Piccard en 1931 ; •••»  Luening*/Ussachevsky* – A Poem in Cycles and Bells & Other Music For Tape Recorder, composée en 1957 par Otto Luening et Vladimir Ussachevsky et adaptée pour bande magnétique et orchestre ; •••» Spellbound Concerto pour thérémine et orchestre de Miklós Rózsa pour le film éponyme de Hitchcock (en français : La maison du docteur Edwardes) ; •••» une orchestration de The Model pour thérémine et orchestre de (attention avant de cliquer…) Kraftwerk par la compositrice Ann Dudley, membre fondatrice du groupe Art of Noise et lauréate d’un Oscar pour la musique de Full Monty. Prévoyez de délicieux frissons dans le dos. (Source)

[224] Pollini et Chopin. Le 7 décembre, le (très grand) pianiste Maurizio Pollini donnera un récital d’œuvres de Chopin à la salle Pleyel. Au programme, Prélude op.45, Vingt-quatre Préludes op. 28, Deux Nocturnes op. 27, Scherzo n° 1 op. 20 et huit des Douze Etudes op. 25. À l’occasion de son soixantième anniversaire, en 2002, Deutsche Grammophon avait sorti un coffret de douze CD plus un bonus couvrant la carrière de Pollini et la variété des genres qu’il a maîtrisés : classique, romantique et contemporaine. (Source)

[225] Deux nouvelles sonates de Vivaldi. Deux sonates inconnues de Vivaldi, ainsi que des œuvres de Haendel, Corelli et Purcell, ont été découvertes dans une collection de manuscrits que possédait un homme d’affaires et acquise par le Foundling Museum de Londres en 2008. Selon des musicologues, il semblerait que ces sonates aient été composées pour des musiciens amateurs. L’une d’elle, en do majeur, sera créée à Liverpool demain dimanche. Le musée en question faisait partie jusqu’en 1998 de la fondation pour enfants Coram, elle-même héritière du Foundling Hospital, institution caritative destinée à recueillir les enfants abandonnés (« foundling » signifie enfant trouvé). Cet hôpital avait été créé en 1739 par un mécène, Thomas Coram, avec, entre autres, l’aide du compositeur Georg Frideric Handel, grâce à des concerts de ses œuvres. Le musée actuel est constitué de deux fonds, l’un concernant l’histoire de l’hôpital, et l’autre consacré à la vie et à l’œuvre de Handel ; c’est la plus grande collection privée concernant Handel. Elle comprend des manuscrits, des livres, des médailles et des œuvres d’art du XVIIIe au XXe siècles. (Source)

[226] Deux pianistes primés aux Pays Bas. Ralph van Raat est le lauréat du Prijs Klassik établi par NTR (service de radiodiffusion et télévision publique spécialisé dans l’information, l’éducation et la culture), qui lui a été décerné pour son plaidoyer sur le thème « composer de la musique aux Pays Bas ». Grand défenseur de la musique contemporaine (plusieurs disques, dont un très récent, chez Naxos), il avait décroché en 2005 le prix Elisabeth Everts, récompensant un musicien prometteur en début de carrière. Ce prix vient d’être décerné à Hannes Minaar (26 ans), lui-même déjà lauréat de plusieurs concours, dont celui de la Reine Elisabeth de Belgique. (Source)

[227] Un jeune chef québécois qui monte, qui monte… Jean-Michaël Lavoie a 28 ans : il a déjà à son actif le poste de chef-assistant de l’Ensemble inter­con­tem­porain ainsi qu’une résidence au Los Angeles Philharmonic en tant que Dudamel Conducting Fellow (Dudamel, faut-il le rappeler, est le très jeune chef de cet orchestre – à peine plus âgé que Lavoie) et va codiriger la création de Quartett, opéra de Luca Francesconi à la Scala de Milan en avril prochain. (Source)

[228] Proust et la soprano sacrifiée. Dans un article intéressant du magazine en ligne Slate.fr, le critique musical Jean-Marc Proust analyse le rôle archétypal de la femme dans l’opéra classique : glorifiée puis sacrifiée, de préférence de façon spectaculaire. « L’opéra aime le gore », écrit-il, exemples (toujours sexués et souvent sexuels) à l’appui. De L’Opéra ou la défaite des femmes écrit en 1979 par la philosophe Catherine Clément au Les femmes et l’opéra d’Hélène Seydoux en 2004, le dépoussiérage de l’opéra s’est accompagné d’une certaine féminisation et d’une libération de la féminité dans la mise en scène et dans l’interprétation du répertoire.

[229] Joyeux anniversaire ! L’Orchestre philharmonique de Liège fête ses cinquante ans en sortant un coffret de 50 CD à 50 €, rassemblant tous les enregistrements parus dans le commerce, dont la plupart ne sont plus disponibles. Œuvres de compositeurs belges, évidemment (à l’instar de César Frank ou de Henri Vieuxtemps), raretés (Léo Ferré en chef d’orchestre), solistes reconnus (Thierry Eschaich, Anne Gastinel…). Fondé en 1960 par Fernand Quinet, directeur du Conservatoire de Liège, l’orchestre aura été dirigé par Manuel Rosenthal (succédant à Quinet), Paul Strauss puis Pierre Bartholomée, et depuis 2001 par Louis Langrée, Pascal Rophé et François-Xavier Roth. (Source)

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